Message traditionnel de fin d'année à la Nation, livré par Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, Président de la République.
12 Janvier 2004 Ivoiriennes,
Ivoiriens,
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d'Ivoire.
Je suis particulièrement heureux ce soir de vous adresser, dans une atmosphère de détente, le message traditionnel de vœux à la Nation. Dans la vie de chacun de nous, comme dans l'histoire de notre pays, l'an 2003 a été une année d'épreuves. Pendant douze mois, nous avons vécu entre la crainte de voir la guerre se poursuivre et un fragile espoir de paix.
Après ces épreuves, nous savons désormais ce que veut dire une Nation divisée, une Nation opposée à elle-même. Nous savons désormais ce qu'il en coûte d'être dans un pays en guerre: des morts, des destructions, la peur et l'angoisse au quotidien, des ressources et des énergies dépensées, non pas pour développer le pays, mais pour se défendre les uns contre les autres.
Nous mesurons d'autant combien tout cela est dommageable à l'avenir de notre Nation. Il est temps de surmonter ensemble ces épreuves. Il est temps de tourner la page sombre de l'an 2003.
Que l'an 2004 voie enfin l'aboutissement des efforts de paix que nous avons déployés ensemble.
Que la nouvelle année apporte l'unité du pays, l'unité entre les Ivoiriens, l'unité entre tous les habitants de la Côte d'Ivoire.
Bonne et Heureuse Année à toutes et à tous, Paix à la Côte d'Ivoire
Paix à tous les Ivoiriens et à tous ceux qui vivent dans ce pays.
En ces moments de joie, ayons une pensée pour tous ceux et toutes celles qui sont ce soir dans la peine, du fait de la guerre ou pour tout autre raison; les malades dans les hôpitaux, les personnes seules, les personnes déplacées et tous nos compatriotes qui n'ont pas encore rejoint la patrie.
Je voudrais saluer les soldats des forces impartiales. Ils viennent de la France, du Sénégal, du Bénin, du Togo, du Ghana et du Niger. Il sont en Côte d'Ivoire depuis déjà plus d'un an et ils fêteront le nouvel an loin de leurs familles, loin de leurs pays. Qu'ils soient assurés de notre reconnaissance, pour leur contribution inestimable au processus de paix .
A tous les diplomates, représentant les pays amis ou des institutions internationales, je voudrais renouveler les remerciements du peuple ivoirien et leur souhaiter une bonne fête de fin d'année. Je forme pour chacun d'eux et pour leurs familles les vœux de santé, de prospérité et de bonheur.
Le Ministre français de la Défense, Mme Alliot Marie, nous fait l'amitié de fêter le réveillon du Nouvel An en Côte d'Ivoire. En votre nom à tous, je lui souhaite la bienvenue et une Bonne et Heureuse année 2004. Sa visite témoigne non seulement de la solidité des liens qui nous unissent à la France, mais aussi de l'espoir que nous partageons de voir la guerre prendre fin en Côte d'Ivoire, pour ouvrir les voies d'une nouvelle coopération.
Mes chers compatriotes,
Nous vivons le temps de la renaissance pour la Côte d'Ivoire. La volonté de toutes les parties ivoiriennes, la mobilisation de tout le peuple, le soutien de la communauté internationale et mon engagement personnel à mettre fin à la guerre, sont manifestes. Ils nous donnent la possibilité de rechercher des solutions aux deux problèmes qui se posent à la Côte d'Ivoire, depuis la nuit du 18 au 19 septembre 2002. D'une part, faire cesser les hostilités en obtenant le silence des armes et résoudre, d'autre part, les questions ouvertes par la crise. Nous avons décidé de nous attaquer à la fois à ces deux problèmes.
Nous avons déjà marqué des pas importants. Il nous reste à faire les derniers pas qui nous conduiront au retour définitif de la paix. Je vous demande, mes chers compatriotes, de garder confiance. Nous sommes sur la bonne voie. La paix est pour bientôt.
Ceux qui ont pris les armes veulent la fin de la guerre. Les soldats qui sont allés au front au nom de la République veulent la fin de la guerre. Les jeunes qui ont organisé la résistance veulent la fin de la guerre. C'est pourquoi je suis confiant car, si nous refusons la guerre, personne ne nous forcera à la faire.
Dès le 04 mai, à Tiébissou, les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire signaient un Accord de cessez-le-feu intégral avec les combattants des Forces nouvelles. Ils avaient accepté auparavant le déploiement des Forces impartiales (MICECI, LICORNE), à l'intérieur d'une zone de confiance.
Cet Accord, signé en terre ivoirienne, par ceux-là mêmes qui ont les armes en main, sans aucun intermédiaire étranger, était une étape décisive. Il signifie que toute négociation pour la paix et la réconciliation est vaine si les combats se poursuivent sur le terrain.
Le 04 juillet, au palais de la Présidence de la République, les chefs militaires des Forces Nouvelles et l'Etat-Major des Forces Armées de Côte d'Ivoire proclamaient solennellement la fin la guerre au cours d'une cérémonie émouvante. Depuis cette date, avec l'appui des Forces impartiales, les armes se sont tues et nous travaillons tous à ce qu'elles se taisent pour toujours.
Le 04 décembre, à Yamoussoukro, nous avons arrêté un calendrier pour la libération des prisonniers de guerre, le retrait du front et le regroupement des armes en vue du désarmement.
Je puis vous dire ce soir, mes chers compatriotes, que ce calendrier est respecté. Plusieurs prisonniers ont été libérés. Les forces qui se sont infiltrées de part et d'autre dans la zone de confiance se sont retirées. Les contrôles effectués pour vérifier le retrait et le regroupement des armes lourdes montrent que cette opération se déroule plutôt bien.
C'est au regard de cette évolution que j'ai annoncé que j'irais à Bouaké, avant la fin de l'année, pour proclamer officiellement la fin de la guerre, dans cette ville, aujourd'hui symbole de la division du pays. Oui ! J'irai à Bouaké.
Les différents Etats-Majors, celui des Forces Armées Nationales de Côte d'Ivoire et celui des Forces Armées des Forces Nouvelles, que j'ai reçus il y a deux semaines, ainsi que le Premier Ministre, sont à pied d'oeuvre pour préparer cette visite. Tous veulent que cette visite soit un succès.
La portée symbolique de ce voyage n'échappe à personne. Mais, pour moi, aller à Bouaké doit signifier la réunification effective du pays, c'est-à-dire la possibilité pour les habitants de Bouaké de regagner leur ville, la possibilité pour tous les Ivoiriens de se rendre librement à Bouaké, la fin en un mot de la partition du pays, la fin de la guerre. C'est pourquoi nous nous sommes donné quelques jours. Je serai donc à Bouaké avant fin janvier.
Dès le lendemain des fêtes, les 06, 07 et 08 janvier, nous allons nous atteler à l'adoption, en Conseil des Ministres, de tous les projets de lois et de décrets suggérés par l'Accord de Marcoussis. A cet égard, je me réjouis du retour des Ministres qui avaient quitté le Gouvernement.
Mes chers compatriotes,
Nous vivons le temps de la renaissance pour la Côte d'Ivoire. Il y a eu l'Accord de Marcoussis. Nous devons ensemble honorer tous les engagements issus de cet Accord, pour solder le passif de la crise.
Après la formation du Gouvernement de réconciliation nationale, après le vote de la loi d'amnistie et les mesures mises en oeuvre pour le désarmement, il nous faut à présent franchir la dernière étape: l'adoption des textes suggérés par l'Accord de Marcoussis.
Il s'agit de quinze textes présentés par les membres du Gouvernement.
- Deux projets de loi autorisant le Président de la République à ratifier des modifications du protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d'établissement;
- Un projet de loi modifiant et complétant le code de la nationalité ivoirienne;
- Un projet de loi relatif à la déclaration de patrimoine des personnalités élues;
- Un projet de loi portant répression de l'enrichissement illicite;
- Un projet de décret portant composition, organisation et fonctionnement du Conseil National de Lutte contre l'enrichissement illicite;
- Un projet de décret portant création d'une Commission Nationale de Naturalisation;
- Un projet de décret portant suspension du processus d'identification de la population de la Côte d'Ivoire;
- Un projet de décret portant création, organisation, attribution et fonctionnement de la Commission Nationale d'Identification;
- Un projet de décret portant modification du décret sur les conditions d'établissement, d'obtention et de la forme de la Carte Nationale d'Identité;
- Un projet de décret portant création, organisation, attributions et fonctionnement de la Commission de Supervision de l'Identification;
- Un projet de loi relatif à l'amendement de l'article 26 de la loi relative au domaine foncier rural;
- Un projet de loi portant création de la Commission Nationale des Droits de l'Homme de Côte d'Ivoire;
- Un projet de décret portant création du Conseil Interministériel d'Identification, d'Indemnisation, de Réhabilitation et de Réinsertion des victimes de la guerre, des déplacés et exilés.
Mes chers compatriotes,
Aucune de ces questions ne sera éludée, aucun sujet ne sera esquivé. Nous allons les examiner tous. J'ai déjà donné ma position sur les sujets qui engagent la responsabilité directe du peuple de Côte d'Ivoire. Il s'agit de la question de la Nationalité et de la question de la terre.
J'ai une claire conscience de la place et des responsabilités particulières qui sont celles de la Côte d'Ivoire en Afrique de l'Ouest. Je mesure d'autant toute l'importance qui est accordée à ces questions dans la conscience nationale.
C'est pourquoi, ainsi que la Constitution m'en donne le droit, j'entends soumettre ces questions au peuple par référendum. C'est une exigence démocratique. J'espère que le peuple s'étant prononcé directement, la cause sera définitivement entendue. C'est la meilleure voie pour éviter toute polémique future pouvant engendrer des conflits.
Mes chers compatriotes,
La guerre a mis en lumière le caractère artificiel des divisions que l'on a voulu exploiter. Ce pays est le nôtre. Nous devons le construire ensemble et l'aimer.
Nous devons donner aujourd'hui une valeur nouvelle à l'idée de Nation qui nous rassemble. La guerre avait introduit un morcellement du territoire national, qui est le socle de notre communauté de vie. C'est la libre circulation intérieure qui éveille et consolide la solidarité économique des différentes régions.
Le pays doit retrouver son unité, à l'intérieur des frontières héritées de la colonisation. Cela veut dire non seulement une seule armée et une même administration, mais aussi un marché national unifié et un même système éducatif. L'éducation est le creuset de l'unité nationale. Elle est le premier garant de notre communauté de culture.
C'est rassemblés autour de ces valeurs que nous pouvons envisager la reconstruction de notre pays. La guerre avait interrompu les chantiers que nous avons mis en route. Il faut les reprendre:
- L'Assurance Maladie Universelle;
- L'école gratuite;
- L'approfondissement de la décentralisation;
- La réforme de la Fonction publique
- La loi de programmation militaire
J'appelle donc au rassemblement autour de nos Institutions et autour de nos valeurs communes. Le Président de la République est au service de tous et de la Nation. Le Fonds National de Solidarité pour l'emploi des jeunes que je viens d'instituer est le premier levier de ce nouvel élan pour bâtir la prospérité de la Côte d'Ivoire.
Mais encore une fois, c'est dans la cohésion retrouvée, c'est dans l'unité que nous reconstruirons notre pays. C'est dans la concorde que nous rebâtirons notre économie. C'est dans la paix que nous pourrons consolider la démocratie. C'est dans la paix que nous tiendrons notre place en Afrique de l'Ouest, sur le continent et dans le monde.
La Côte d'Ivoire a besoin de la paix. L'Afrique a besoin de la Côte d'Ivoire.
C'est ce message que j'irai porter dans toutes les régions du pays dès après la proclamation de la fin de la guerre à Bouaké. Du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest et du Centre, vous êtes venus m'exprimer votre soutien.
J'ai été particulièrement sensible à cet élan de compassion et d'encouragement du pays profond. D'ores et déjà j'adresse mes remerciements à tous et toutes. En retour, je m'engage, après Bouaké, à rendre visite à toutes les régions du pays. Je commencerai cette tournée par Abengourou, à l'invitation du roi de l'Indénié. J'irai ensuite à l'Ouest, dans cette région durement éprouvée par la guerre et je rendrai successivement visite à toutes les autres régions.
Mes chers compatriotes,
Une Nouvelle Année commence. Laissons la guerre derrière nous. Ensemble, allons à la paix.
Bonne Fête à toutes et à tous !
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire !