LIBREVILLE : Intégralité de la déclaration des Chefs d'Etat.
12 Janvier 2005 Réunis au chevet de la Côte d’Ivoire le lundi 10 janvier à Libreville, les chefs d’Etat de l’Union Africaine ont publié, au terme de leurs travaux, la déclaration ci-dessous.
Sur la situation en Côte d’Ivoire
Le Conseil,
1. Réitère la préoccupation de l’Union Africaine (UA) face aux graves difficultés auxquelles est confronté le processus de paix en Côte d’Ivoire et aux retards importants accusés dans la mise en œuvre de l’accord de Linas Marcoussis du 24 janvier 2003 et de celui d’Accra III du 30 juillet 2004, qui doivent continuer à guider le processus de paix en Côte d’Ivoire;
2. Réitère également la préoccupation de l’UA face aux conséquences désastreuses de la présente situation sur la cohésion sociale, le tissu économique et l’unité de la Côte d’Ivoire, ainsi que sur la stabilité régionale et les perspectives de développement économique dans l’ensemble de la région. A cet égard, le Conseil réaffirme son attachement au respect de la légalité, la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la Côte d’Ivoire ;
3. Félicite le président de l’UA et le président de la Commission pour leur prompte réaction à la suite de la grave détérioration de la situation enregistrée au début du mois de novembre 2004, y compris les réunions de consultations UA/CEDEAO d’Ota et le Sommet d’Abuja, tenus respectivement les 08 et 14 novembre 2004 sous les auspices du Président Olusegun Obasanjo, président de l’UA, et la décision de confier au Président Thabo Mbeki le mandat d’entreprendre une médiation entre les parties ivoiriennes ;
4. Salue les efforts déployés par le Président Mbeki et les perspectives de solution qu’il a suscitées et exhorte toutes les parties ivoiriennes à continuer à maintenir un climat propice à la poursuite des efforts du Président Mbeki. Le Conseil fait sien le plan de sortie de crise qu’il a soumis aux parties ivoiriennes, qui s’articule autour des points suivants:
a. l’adoption de l’ensemble des textes issus de l’accord de Linas Marcoussis,
b. la mise en œuvre du programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR),
c. le fonctionnement effectif du gouvernement de réconciliation nationale, et
d. la création sur l’ensemble du territoire national d’un climat propice au retour de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire ;
5. Exprime son appréciation au Président Laurent Gbagbo, au président de l’Assemblée nationale, au Premier ministre, au G7 et à l’ensemble des parties ivoiriennes pour le progrès réalisé et les encourage à persévérer sur la voie de la recherche d’une solution pacifique à la crise ;
6. Se félicite de l’adoption par l’Assemblée nationale de 14 textes de lois issus de l’accord de Linas Marcoussis et notamment le projet de loi portant révision de l’article 35 sur les conditions d’éligibilité à la Présidence de la République. A cet égard, le Conseil encourage le Président Laurent Gbagbo à tout mettre en œuvre pour mener à terme cette réforme. Dans cette optique, le Conseil reconnaît que le recours au référendum est une des options –qui n’est pas exclusive- auxquelles le Président de la République de Côte d’Ivoire pourrait avoir recours seulement si cette consultation est organisée dans le respect de l’esprit de Linas Marcoussis et d’Accra III. Le Conseil appelle à une solution rapide de cette question, et ce de manière à encourager la mise en œuvre du programme DDR et à permettre la tenue des élections dans les délais prévus, en octobre 2005 ;
7. Souligne l’urgence de la mise en œuvre intégrale du programme DDR, conformément au chronogramme établi par le Président Mbeki et la Commission nationale du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion (CNDDR) selon les étapes ci-après : aménagement des sites de cantonnement, regroupement des hommes et des armes, et désarmement qui va permettre le redéploiement, d’abord, des services de santé et de l’éducation, puis celui de l’administration sur l’ensemble du territoire national. Le Conseil exhorte les Forces Nouvelles à coopérer pleinement avec la CNDDR en vue de faciliter le commencement du DDR le plus tôt possible ;
8. Souligne également la nécessité du fonctionnement effectif du gouvernement et d’une plus grande cohésion entre ses membres, afin de lui permettre d’assurer pleinement ses responsabilités dans la mise en œuvre du programme du gouvernement de réconciliation, ainsi que la nécessité d’un examen régulier du fonctionnement du gouvernement de réconciliation nationale ;
9. Demande au gouvernement et à l’ensemble des parties ivoiriennes de prendre les mesures appropriées pour rétablir la sécurité des personnes et des biens et pour mettre un terme à toute incitation à la haine, à l’intolérance et à la violence, notamment dans les médias. A cet égard, le Conseil encourage toutes les mesures visant à s’assurer que la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) émet sur l’ensemble du territoire national et que les médias contribuent à promouvoir un climat de réconciliation et de tolérance ;
10. Se félicite de la création des patrouilles mixtes composées d’éléments des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) et de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) en vue de ramener durablement la sécurité dans la ville d’Abidjan et sa banlieue. A cet égard, le Conseil demande au Conseil de sécurité des Nations Unies d’accroître substantiellement les effectifs de l’ONUCI, y compris par l’apport des forces africaines pour lui permettre de contribuer efficacement au retour de la sécurité à Abidjan et ailleurs dans le pays, et de renforcer son mandat de manière appropriée ;
11. Apporte son appui à l’embargo sur les armes imposé à la Côte d’Ivoire au terme de la résolution 1572 (2004) et demande aux parties ivoiriennes et à tous les Etats membres de l’UA, en particulier les Etats voisins, de respecter scrupuleusement cet embargo. Le Conseil demande aux Nations Unies d’apporter l’assistance requise aux Etats voisins de la Côte d’Ivoire pour faciliter le respect de l’embargo sur les armes ;
12. Apporte également son appui aux mesures individuelles prévues aux paragraphes 9 et 11 de la résolution 1572. Toutefois, le Conseil demande que leur entrée en vigueur soit différée pour permettre aux parties ivoiriennes d’apporter la preuve de leur volonté de mettre en œuvre les propositions énumérées au paragraphe 4 du présent communiqué ;
13. Invite également les autorités ivoiriennes à envisager de prendre des mesures d’accompagnement susceptibles de contribuer à l’apaisement de la situation et à l’instauration d’un climat propice à l’organisation des élections sous supervision internationale dans les délais prévus. Ces mesures consisteraient à :
- autoriser les partis politiques qui le souhaitent à remplacer leurs représentants actuels au sein de la Commission électorale indépendante,
- dédommager les populations ivoiriennes victimes de la guerre civile, les populations étrangères expulsées et/ou expropriées lors et à la suite des événements de septembre 2003 et de novembre 2004, les formations politiques dont les sièges ont été pillés et détruits et les personnalités politiques dont les biens, meubles et immeubles ont été également saccagés ;
14. Souligne l’impératif de la lutte contre l’impunité et la nécessité de traduire en justice tous les acteurs des violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire et tous ceux qui incitent à la haine et à la violence ;
15. Décide de renouveler le mandat confié au Président Mbeki et demande à ce dernier de poursuivre ses efforts au nom de l’UA et de tenir le président de l’UA régulièrement informé de ses efforts. Le Président Mbeki bénéficiera de l’appui de l’Envoyé spécial du président de l’UA, du Groupe de suivi mis en place par l’accord d’Accra III, et comprenant la CEDEAO, l’UA et l’ONU et du Bureau de liaison de l’UA à Abidjan qui doit être renforcé en conséquence. Le Conseil exhorte les parties ivoiriennes à apporter leur entière coopération au Président Mbeki et à honorer scrupuleusement les engagements qu’elles ont pris dans le cadre de la mise en œuvre des propositions de sortie de crise contenues dans la feuille de route proposée par le Président Mbeki ;
16. Exprime son appréciation au Secrétaire général de l’ONU et au Conseil de sécurité pour leur soutien et leur coopération ;
17. Décide d’examiner la situation en Côte d’Ivoire sur la base des rapports périodiques qui lui seront soumis et au plus tard dans un délai de trois mois.
Source : LE PATRIOTE du 12 janvier 2005
Le Président Laurent GBAGBO s'adresse à la Nation pour la Nouvelle Année.
3 Janvier 2005 Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d'Ivoire.
L'année 2004 s'achève. Dans quelques heures, nous serons en 2005. Je souhaite à chacune et à chacun une bonne et heureuse année. Que l'an 2005 voie enfin l'aboutissement des efforts de paix que nous déployons ensemble depuis deux ans! Que la nouvelle année apporte l’unité du pays, l'unité entre les Ivoiriens, l'unité et la réconciliation entre tous les habitants de Côte d'Ivoire.
Dans quelques jours, à l'occasion des voeux traditionnels au corps diplomatique, je m'adresserai aux ambassadeurs et aux représentants des institutions internationales. Ils partagent nos peines et oeuvrent à nos côtés pour le retour de la paix dans notre pays. J'adresse à leurs familles, aux princes, chefs d'Etat et autorités qu'ils représentent, ainsi qu'à eux -mêmes, mes voeux de santé, de bonheur personnel et de prospérité.
Le message de fin d'année est traditionnellement l'occasion, pour le Chef de l'Etat, de présenter à ses compatriotes l'état du monde, d'en dégager les enseignements qui peuvent nous aider à consolider ce qui doit l'être et à mieux prévoir et préparer ce qui s'annonce. La Côte d'Ivoire, notre pays, fait partie intégrante de la communauté internationale. Tout ce qui se passe dans le monde nous concerne : de la guerre en Irak au prix Nobel de la paix, attribué cette année à une Africaine; de l'élection présidentielle en Ukraine à la catastrophe naturelle qui vient de ravager plusieurs pays d'Asie. Au seuil de la nouvelle année, j'exprime en votre nom à tous la solidarité du peuple ivoirien envers tous ceux qui souffrent et je forme le voeu d'une paix juste dans toutes les parties du monde en proie à la guerre.
Mais comment pourrais-je m'appesantir sur l'actualité internationale, quand la situation dans notre pays demeure préoccupante, pour nous-mêmes et pour tous nos amis à travers le monde ?
Je voudrais donc, ce soir, que nous saisissions ce moment de détente que nous offrent les fêtes de fin d'année, pour méditer ensemble les conséquences de la guerre qui nous est imposée depuis deux ans, réfléchir sur les événements survenus au cours de ces derniers mois et envisager ensemble l'avenir de la Côte d'Ivoire.
La guerre a éclaté dans notre pays dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Depuis cette date, nous faisons droit à tout ce que demandent les rebelles pour déposer les armes et libérer le pays. Nous avons appliqué et nous continuons d'appliquer tous les accords de paix signés sous les auspices des pays amis et de la communauté internationale.
Les forces politiques et la rébellion ont signé l'Accord de Marcoussis en janvier 2003. Avec la formation du gouvernement de réconciliation nationale, issu de cet Accord, suivie aussitôt par la loi d'amnistie et la mise en route des réformes politiques, le peuple de Côte d'Ivoire était en droit d'espérer la fin de la guerre, par le désarmement des rebelles, au cours de l'année 2003.
Mais 2004, l'année de tous les espoirs, s'achève dans un contexte inattendu. Le désarmement n'est pas venu. Le pays continue d'être divisé. Une partie de la population est toujours prise en otage. Nos ressources naturelles continuent d'être pillées dans la partie du territoire sous le contrôle de la rébellion.
Les efforts d'assainissement économique et financier entrepris au cours de l'année 2001, après les périodes difficiles de 1998, 1999 et 2000 sont compromis par l’état de guerre. Les capacités de mobilisation des ressources de l'Etat sont réduites, du fait de la division du pays et de la suspension des financements extérieurs. Les charges, au contraire, se sont accrues à cause de la nécessité de sécurisation du territoire national, des aides au profit des populations déplacées et du soutien aux Forces de défense et de sécurité. Notre économie doit renouer avec la croissance. La Côte d'Ivoire doit jouer pleinement son rôle de moteur de l'économie ouest-africaine. Pour cela, il faut le désarmement.
Les conséquences sociales de cet état de guerre qui dure sont tout simplement insupportables. L'université de Bouaké, créée pour permettre aux enfants issus du milieu rural d'accéder à l'enseignement supérieur, est délocalisée à Abidjan où les étudiants manquent de tout et vivent dans la plus grande précarité. L'enseignement secondaire et primaire n'est plus assuré correctement depuis deux ans dans les zones occupées. Les écoles, les lycées et les universités du Nord, du Centre et de l'Ouest sont devenues des dépôts d'armes et servent d'états-majors à des seigneurs de la guerre, si elles ne sont pas détruites. Les enfants de ces zones ne vont plus à l'école. Leurs aires de jeu sont devenues des champs de tir. Ils ont besoin de la solidarité de toute la nation. Nous devons mettre fin à leur cauchemar, en allant dès maintenant au désarmement.
Aujourd'hui, le système sanitaire est complètement déstructuré. D'après les chiffres fournis par le ministère de la santé publique, 80% des infrastructures socio-sanitaires dans les zones affectées par la guerre ne fonctionnent plus. L'impossibilité de mener sur l'ensemble du territoire les campagnes de vaccination contre les maladies contagieuses accroît la vulnérabilité des populations et fait peser une menace permanente sur la santé publique. Les dernières données sur la lutte contre le SIDA en Côte d'Ivoire font apparaître que la pandémie est à nouveau en progression dans notre pays du fait de la guerre.
En tant que Chef de l'Etat, en tant que citoyen tout court, je ne peux pas laisser se développer et perdurer dans mon pays une zone de non droit, créée par des chefs de guerre pour y régner en maîtres. Je ne peux pas laisser croître le décalage entre ce que la Côte d'Ivoire représente aux yeux de ses habitants, aux yeux de l'Afrique et du monde et cette triste réalité que nous impose la guerre. Nous devons aller au désarmement pour recoudre le tissu social, construire dans la solidarité une nation forte et unie.
Que deviendrait notre patrie, si l'éducation de nos enfants, la santé des populations et notre sécurité, devaient être reléguées au rang des exigences secondes ?
Mes chers compatriotes,
La Côte d'Ivoire a besoin de paix.
L'Afrique a besoin de la Côte d'Ivoire.
Nous devons avoir cette vérité toujours en tête. J’ai pensé avec vous que la paix était à notre portée après la dernière conférence d’Accra. L'Accord signé à Accra, le 30 juillet, fixait la première semaine d'octobre 2004 pour le démarrage du désarmement. Dès le lendemain de la Conférence d'Accra, j’ai confirmé par décret la délégation des pouvoirs au Premier ministre de réconciliation nationale. Tous les ministres qui boycottaient les travaux du Gouvernement, y compris ceux que j'avais limogés, ont repris leur place au Conseil des ministres. Le Parlement, que j’avais convoqué en session extraordinaire, a poursuivi l'adoption des projets de lois recommandés par la conférence de Marcoussis. Mais le désarmement n'a pas commencé.
Le 15 octobre, les rebelles proclamaient qu'ils sortaient du processus de paix, en refusant de désarmer.
Ils menaçaient d'engager une guerre généralisée en rassemblant à cet effet, des troupes composées d'anciens combattants de Charles Taylor et de Sam Bocarie à nos frontières et dans les zones sous leur contrôle.
Un Etat responsable, ayant ou non une partie de son territoire occupée, ne peut avoir tous les renseignements sur les préparatifs d'une guerre imminente, connaître les sites des armes amassées sur son sol pour l'attaquer et rester les bras croisés, sans réagir.
Voilà pourquoi nous avons fait les frappes aériennes des 04, 05 et 06 novembre 2004 sur les sites militaires des rebelles. Nous avons lancé cette offensive aérienne pour préserver la Côte d'Ivoire du chaos que la rébellion avait préparé.
L'opération Dignité est une action légitime d'un Etat qui doit protection, sécurité et paix à ses habitants. C'est la même raison qui me fait appliquer l'Accord de Marcoussis qui m'a fait entreprendre l'opération Dignité. J'applique cet Accord pour que mon pays retrouve la paix et non pour voir se reconstituer, à partir de la Côte d'Ivoire, sous le couvert de cet Accord, les troupes de combattants désœuvrés des guerres civiles ayant ravagé le Liberia et la Sierra Léone. Je voudrais rendre ce soir hommage à nos forces de défense et de sécurité qui restent fidèles à la République. La vocation de l'armée d'un pays, c'est de défendre le territoire national lorsqu'il est attaqué, de le libérer lorsqu'il est occupé. Le 19 septembre 2002, quoique sous équipée, en sous effectif et éprouvée par dix mois de transition militaire, notre armée a repoussé l'agression. Elle a fait échec à la tentative de coup d'Etat, elle a protégé la ville d'Abidjan qui concentre à elle seule près de 4 millions d'habitants, plus de la moitié des infrastructures économiques de notre pays, et abrite toutes les ambassades et le siège de prestigieuses institutions africaines ou internationales.
Nous ne sommes en guerre avec aucun pays. Nous n'avons ni l'intention ni le projet de mener une guerre de conquête. Nous ne sommes pas en guerre avec la France. C'est pourquoi j'ai douloureusement ressenti les événements consécutifs à ce qui s'est passé à Bouaké. Le drame survient trop souvent lorsque la passion l'emporte sur la raison dans l'examen des problèmes dont dépend la vie ou la mort des hommes.
Je présente ce soir mes condoléances aux familles des victimes et il est de mon devoir d'exprimer les regrets de la nation à tous ceux qui ont perdu des biens.
Dès le lendemain des événements, j'ai donné des instructions à mon directeur de cabinet en vue de recenser tous ceux qui ont vu leurs domiciles pillés. Cette opération est en cours. J'ai également instruit le ministre de l'économie et des finances pour qu'il rencontre les opérateurs économiques. Ils ont travaillé ensemble. Les mesures qu'ils ont arrêtées sont en train d'être mises en œuvre.
Laissons le temps au Temps de panser les plaies. Laissons à l'Histoire le soin de donner un jour l'explication de ce que le poids des passions et des événements nous empêche aujourd'hui de comprendre. Revenons à l'essentiel et l'essentiel aujourd'hui c'est le désarmement des rebelles.
Ce que je retiens aussi de ces événements de novembre 2004, c'est la mobilisation exemplaire du peuple de Côte d'Ivoire, de sa jeunesse et de ses femmes qui se sont levés pour démontrer aux yeux du monde la solidité du lien sacré entre le Chef de l'Etat, son peuple et son armée.
Nous avons vu, pendant ces jours de feu, la Nation ivoirienne enfin émerger et revendiquer sa place parmi les autres nations. Les jours qui ont suivi ont vu un jaillissement d'idées, matérialisées par des initiatives et des rapprochements au sein de la jeunesse africaine. C'est un mouvement inscrit à la fois dans l'Histoire et dans la nature des choses. Pour saluer cet esprit des temps nouveaux et rendre hommage à tous ceux qui sont tombés pendant les événements, j'invite demain au stade Houphouët-Boigny, à un concert de la renaissance, les femmes, les filles, les jeunes et les moins jeunes, les soldats de tous rangs, de tous grades, de toutes disciplines et de tous corps.
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d'Ivoire.
Comme je vous l'ai toujours dit, cette crise passera. Les événements de novembre ont au moins le mérite de faire prendre conscience aux uns et aux autres, combien il est urgent d'aller au désarmement. En recevant le Président Thabo Mbeki j'ai dit, en présence du Comité de suivi, que pour moi il est un bon médiateur dans la crise ivoirienne. Je l'ai dit et je le pense sincèrement; le président Thabo Mbeki un bon médiateur. Il y a entre son pays, la République Sud Africaine et la Côte d'Ivoire, une longue et riche histoire. Il a le soutien de la communauté internationale et il a la confiance des Ivoiriens. Il a toute ma confiance.
Il est resté en Côte d'Ivoire 4 jours pour comprendre ce qui se passe dans notre pays. Il a écouté tous les protagonistes. A la fin de son séjour, il a élaboré une feuille de route réaliste, assortie d'un calendrier précis. Les difficultés sont identifiées. Chacun a reçu sa part de travail: le Chef de l'Etat, le Gouvernement de réconciliation nationale, le Parlement, le Comité de suivi et la rébellion. Cinq domaines prioritaires sont définis: le programme législatif, le désarmement, la création d'un climat propice à des activités politiques libres, le fonctionnement du gouvernement de réconciliation nationale, la restauration des services sociaux et le redéploiement de l'administration dans le territoire entier .
Aujourd'hui, j'ai terminé ma part. Tous les textes issus de l'Accord de Marcoussis ont été transmis au Parlement. Les partis politiques mènent librement leurs activités, dans la partie du territoire sous contrôle gouvernemental. Un nouveau parti vient même d'être créé.
Je lance encore ce soir un appel à la presse et aux médias nationaux : Laissez les hommes politiques faire la politique. Votre mission à vous est d'informer. La guerre a rendu notre pays fragile, en exacerbant les susceptibilités. Evitez dans vos écrits, vos propos, dans vos commentaires, tout ce qui peut inciter à la haine.
Je lance également cet appel aux médias internationaux. Ils sont plus puissants que nos journaux, nos radios et nos télévisions.
Ils sont écoutés là où nos médias ne peuvent pas être entendus, regardés là où nos médias ne peuvent pas être vus. Ils émettent encore quand nos médias se sont tus.
Ils bénéficient d'une crédibilité souvent surfaite. On ne souligne pas assez combien leur responsabilité est grande dans les crispations que l'on observe dans les crises en Afrique.
La crise de novembre est intervenue pendant que nous examinions les nouveaux textes devant régir la communication audiovisuelle en Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, la nouvelle loi sur l'audiovisuel est votée par le Parlement. Dès la semaine prochaine, la RTI va quitter sa situation actuelle pour retrouver une direction légale.
J'ai donc fait ma part. Le Parlement a également fait sa part. Depuis la signature de l'Accord de Marcoussis, le gouvernement a élaboré 19 projets de loi dont 18 déclinés de l'Accord de Marcoussis et une loi connexe. Le Conseil des ministres a adopté 16 projets dont 15 issus de Marcoussis.
Tous ces textes ont été transmis au Parlement.
Aujourd'hui il ne reste plus que deux projets de loi à examiner par le Parlement. Des 14 textes qu'ils ont étudiés, les députés en ont adopté 13 et rejeté un. Parmi les 13 textes adoptés, figure le projet de loi portant modification de l'article 35 de la Constitution. La procédure d'adoption de ce texte suit son cours. Ce qui n'est pas le cas des 12 autres textes qui sont définitivement adoptés et que j'ai déjà promulgués.
Il faut retenir que notre Parlement a fini de voter toutes les lois relatives aux questions principales invoquées par la rébellion pour occuper une partie du territoire national, après l'échec de la tentative de coup d'Etat dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 :
- La modification de la loi sur le foncier rural,
- La modification de la loi portant composition, attributions et fonctionnement de la Commission Electorale Indépendante (CEI),
- Les deux projets de loi relatifs au régime juridique de la presse et au régime juridique de la communication audiovisuelle,
- Le 10 décembre 2004, le Parlement a adopté un projet de modification de l'article 35 de notre Constitution, relatif à l'éligibilité à la Présidence de la République.
Concernant particulièrement ce fameux article 35, je rappelle que l'Accord d'Accra III me demande, en tant que Chef d'Etat, d'utiliser les pouvoirs que me confère la Constitution pour faire aboutir ce point inscrit dans l'Accord de Marcoussis. J'ai choisi la seule voie compatible avec la Constitution, c'est la voie du referendum.
D'après notre Constitution, pour devenir une loi de la République, le projet d'une modification constitutionnelle, relative à l'élection présidentielle ou au mandat présidentiel, doit franchir trois étapes. Il doit d'abord être adopté en Conseil des ministres. Cela relève du Président de la République. Le Conseil des ministres a adopté le projet de article 35, écrit à Marcoussis. Ensuite le projet, transmis à l'Assemblée Nationale, doit être adopté par les deux tiers du Parlement. Nous venons de franchir cette deuxième étape. Nos députés ont accepté, à la majorité qualifiée des deux tiers, de soumettre la modification de article 35 de la Constitution au referendum. Il reste donc la troisième et dernière étape, c'est-à-dire le referendum. La procédure est engagée, il faut la suivre.
J'invite les acteurs politiques institutionnels à s'engager dans cette voie qui est, je le rappelle, la seule voie. Une loi dont la procédure d'adoption n'est pas achevée n'est pas une loi.
Quinze années d'expérience d'élections pluralistes, marquées par de nombreux scrutins, avec une participation sans cesse accrue, ont assis une culture électoraliste en Côte d'Ivoire. Le peuple ivoirien est attaché à ses élections. Il ne faudrait pas lui demander de payer la paix au prix de la démocratie. Une paix contre la démocratie c'est une paix contre le peuple, c'est-à-dire la consécration de la force sur le droit, la consécration de la guerre. Je suis heureux de noter que sur ce point, l'opinion nationale et l'opinion internationale sont en phase.
Les débats, parfois houleux, sur les textes issus de Marcoussis ont montré que le Parlement est un pilier essentiel de la démocratie. Nos députés ont bien travaillé. Ils ont été à la hauteur des enjeux de la crise ivoirienne. Je tiens ce soir à les féliciter en votre nom à tous.
Les députés ont donc fait leur part. Le Président de la République a fait sa part. La preuve est ainsi faite que nous pouvons entreprendre toutes les réformes politiques. Mais que valent les réformes politiques dans un pays divisé ? Que valent de nouvelles lois si elles ne peuvent être appliquées sur l'ensemble du territoire ? Les lois votées par notre Parlement sont les lois de la République dans la mesure où elles peuvent être appliquées sur l'ensemble du territoire de la République.
Ceci ne vaut pas uniquement pour la modification constitutionnelle. La crédibilité de tout ce que nous entreprenons depuis le début du processus de paix dépend d'une chose et d'une seule chose: le désarmement des rebelles. Le désarmement conditionne tout le reste, notamment la sécurité des personnes et des biens.
Je voudrais dire à ce sujet que l'insécurité que nous déplorons tous aujourd'hui en Côte d'Ivoire est liée à l'état de guerre. C'est pourquoi on ne peut pas souhaiter la fin de l'insécurité sans souhaiter la fin de la guerre. Pour moi, la question de l'insécurité est globale. Elle concerne l'ensemble du territoire national. Je suis autant préoccupé par l'insécurité à Man, à Korhogo, à Bouaké, à Bouna qu'à Abidjan. Nous ne sommes pas, ici à Abidjan, dans une ville-Etat. Abidjan est la capitale économique d'un pays en guerre. Résoudre le problème de l'insécurité c'est résoudre le problème de la guerre.
Mes chers compatriotes,
Nous avançons bien dans le processus de paix avec le président Thabo Mbeki. L'année 2005 est l'année électorale selon les dispositions de notre Constitution. Allons à la paix par les élections. Préparons les élections par le désarmement. Nous avons un pays à construire. Allons au désarmement. Allons à la Paix.
Bonne et heureuse année à toutes et à tous !
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire !
Source : NOTRE VOIE du 1er janvier 2005