Fevrier 2005

COMMUNIQUÉ DE LA PRÉSIDENCE DE LA REPUBPIQUE DE CÔTE D’IVOIRE.

18 Fevrier 2005

La Radio d’Etat française, Radio France internationale (RFI) diffuse depuis le mercredi 16 février 2005, les informations tendancieuses, visant à accréditer la thèse selon laquelle le Président Laurent GBAGBO aurait sollicité une médiation auprès de Sa Majesté Mohamed VI, Roi du Maroc, pour le règlement de la crise ivoirienne.

La Présidence de la République de Côte d’Ivoire dément formellement de telles allégations et réaffirme son soutien total et sa pleine confiance en la médiation de Son Excellence Monsieur Thabo MBEKI, Président de la République Sud Africaine, mandaté par Son Excellence Monsieur Olusegun OBASANDJO, Président de la République Fédérale du Nigeria, Président en exercice de l’Union Africaine (UA), au nom de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine (UA).

La Présidence de la République de Côte d’Ivoire rappelle à tous les médias désireux de contribuer à la recherche de la paix en Côte d’Ivoire, la nécessité d'observer scrupuleusement l’éthique et la déontologie du journalisme et de s'abstenir de toutes manipulations ou désinformations.

Fait à Abidjan, le 17 février 2005


“Le Monde diplomatique” met à nu Jacques Chirac.

14 Fevrier 2005

Article paru dans :
"NOTRE VOIE" du 12 février 2005

Le mensuel “Le Monde dilomatique” offre, dans son numéro de février-mars, un article sur les vraies raisons de la guerre que vit la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002.

Au-delà de quelques clichés sur le président Gbagbo et son entourage, cet article apparaît intéressant pour comprendre pourquoi Chirac veut la “tête” de Gbagbo.
Le bombardement de la zone rebelle du Nord, le 4 novembre 2004, et l’intervention française ont gravement dégradé la situation politique ivoirienne. La résolution des problèmes de fond s’en trouve encore repoussée.
Deux ans après le début de la rébellion, la Côte d’Ivoire semble exangue. Si la capitale, avec ses allures de Manhattan africain, peut encore faire illusion, un voyage vers le Nord permet de prendre la mesure d’une lassitude généralisée.
A l’entrée de Bouaké, une fois franchie la “zone de confiance” où patrouillent les soldats français de l’opération Licorne, les ex-rebelles, devenus Forces Nouvelles, tiennent le terrain. De très jeunes hommes, avec des t-shirts délavés, munitions en bandoulière, stationnent devant des barrages surmontés de grigris et de fétiches. On se fait fouiller encore plus fortement que du côté gouvernemental, et les ponctions sont plus lourdes. Normal : au début, les soldats étaient payés, mais, depuis que l’argent vient à manquer car les soldes se font rares, la troupe vit sur l’habitant, ou sur le voyageur.
A Bouaké, les services sanitaires, l’eau potable, l’électricité se déglinguent doucement ; les rues ne sont pas entretenues ; la nuit, des coups de feu résonnent. Cependant, le trafic demeure important, car les fonctionnaires -dont les enseignants restés à leur poste dans les zones occupées- doivent descendre à Abidjan ou à Yamoussoukro pour y percevoir leur salaire, payé par le gouvernement central. La traversée de Bouaké représente chaque fois une étape hasardeuse, qui ne peut être parcourue que moyennant paiement aux différents barrages.
Pour mesurer la déception de la patie du pays contrôlée par les Forces Nouvelles, il suffit de s’arrêter dans un petit village au Nord de Bouaké, Marabadiassa par exemple. Il est habité par les Malinkés, au coeur d’une zone peuplée de Baoulés, l’ethnie de feu le président Félix Houphouet-Boigny. Producteurs de coton pour la plupart, les Malinkés se sentent solidaires de leurs compatriotes du “grand Nord” et leur héros a longtemps été M. Alassane Ouattara, le leader du Rassemblement démocratique ivoirien (RDR). Tous avaient été choqués qu’on lui dénie sa nationalité ivoirienne et son droit à se présenter à la présidence, heurtés par la manière dont, à Abidjan, les “corps habillés” -la police et la gendarmerie- maltraitaient les Ivoiriens du Nord, assimilés à des Burkinabés ou à des Maliens.
A la veille de la rébellion, en septembre 2002, des photos du charnier de Yopougon avaient été distribuées dans le village et fait basculer l’opinion. Un homme entre deux âges, qu’on appelle “Bébé”, explique comment, sous le coup de l’indignation, il s’était engagé dans les rangs de la rébellion : “Je voulais lutter contre la xénophobie, contre l’exclusion dont les gens du Nord étaient victimes”.
Désormais, les commentaires sont amers. “Bébé” est revenu au village, où il n’a retrouvé qu’un emploi de gardien. “J’ai été roulé, explique-t-il à ses voisins qui se moquent de lui. Nous, les Ivoiriens, nous faisions le coup de feu, tandis que les Maliens et les Burkinabés, que nous considérions comme des mercenaires, pillaient les maisons et ramenaient le butin dans leur pays”. Les membres de la coopérative de coton affichent, eux aussi, leur mécontentement : “La récolte de 2003 a été mauvaise, car, l’année précédente, tous nos engrais, nos pesticides, avaient été pillés par les soldats rebelles. Ils nous disaient : “Ce sont les intrants (les produits chimiques venus d’Abidjan, indispensables à la culture du coton) de Gbagbo” et ils les vendaient sur les marchés du Burkina Baso. Cette année, nous n’avons pas encore touché l’argent de la récolte précédente. Il doit traîner quelque part entre Bouaké et Abidjan…”
Même si les chefs politiques des Forces Nouvelles assurent qu’ils contrôlent et gèrent la moitié du pays, et n’hésitent pas à brandir la menace de sécession, les services publics sont interrompus, les routes ne sont plus entretenues, beaucoup d’enseignants qui avaient fui vers Abidjan ne sont pas revenus. A Marabadiassa, le seul médecin est un retraité.
Si le président Gbagbo n’est guère aimé, les dirigeants des Forces Nouvelles passent pour des aventuriers. Un seul homme fait l’unanimité et son portrait, un peu jauni, figure dans toutes les maisons : Houphouet-Boigny, dont les Ivoiriens n’ont pas fini de porter le deuil.
Lorsque ce dernier disparaît, en décembre 1993, chacun sait qu’une époque se termine- celle d’un développement longtemps qualifié de “miracle”, fondé sur des liens tellement étroits, tellement symboliques avec la France qu’il semble que la décolonisation n’a pas encore eu lieu. Mais, surtout, la mort du “Vieux” marque le début de la guerre de succession. Une guerre des chefs, qui attise les sensibilités ethniques et suscite l’inquiétude des pays voisins, qui respirent par le poumon ivoirien.
Trois hommes, trois régions symbolisent ce combat. Le dauphin d’Houphouet d’abord : M. Konan Bédié, baoulé comme son mentor, originaire du Centre, porté par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).
Son challenger ensuite : M. Ouattara, un homme du Nord, technocrate libéral proche des institutions financières internationales (il fut directeur adjoint au Fonds monétaire international). Après avoir perdu la bataille du cacao (la Côte d’Ivoire avait vainement retenu ses stocks dans l’espoir de faire remonter les cours mondiaux), Houphouet avait fait de lui son Premier ministre afin qu’il remette de l’ordre dans la maison. Il s’acquitta de cette tâche avec brio, en adoptant des mesures d’austérité et en instituant la carte de séjour pour les étrangers. Fondateur du Rassemblement démocratique républicain (RDR), l’homme joue aussi sur de puissants réseaux internationaux et sur des amitiés en France (MM. Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius, entre autres).
Vient enfin M. Gbagbo. Né dans une famille pauvre, historien de formation, issu du groupe bété dans l’Ouest du pays, il se targue de trente années d’opposition et de militantisme, avec des relations nouées au sein de l’Internationale socialiste, à laquelle appartient son parti, le Front populaire ivoirien (FPI).
Entre ces trois hommes se croisent les ambitions, les rancoeurs, les alliances de circonstance : M. Gbagbo n’oublie pas que M. Ouattara l’a fait jeter en prison, mais s’allie à lui contre M. Bédié lorsque ce dernier, désireux d’exclure l’ancien Premier ministre de l’élection présidentielle, met en cause la nationalité d’un homme qui, au début de sa carrière, était titulaire d’un passeport burkinabé. Le PDCI forge alors le concept d’ivoirité, que M. Jean-Marie Le Pen nommerait “préférence nationale” : la Côte d’Ivoire aux Ivoiriens (de souche). Des intellectuels s’emploient à peaufiner un concept identitaire qui mène tout droit à la xénophobie et à l’exclusion.
Car il est vrai que le pays compte 26% d’étrangers, originaires du Burkina Faso, du Mali et du Ghana. Employés dans les plantations de café et de cacao, ils ont assuré le développement économique du pays. Houphouet-Boigny, après les avoir invités, les avait protégés et les documents d’identité avaient été très libéralement distribués, à tel point que M. Gbagbo, alors principal opposant, dénonçait ce qu’il appelait “le bétail électoral”. En fait, la présence de ces travailleurs immigrés n’a posé problème qu’au moment où les ressources se sont raréfiées, où les fonctionnaires, nouveaux chômeurs grâce à l’“ajustement structurel”, sont rentrés au village et ont découvert que les terres ancestrales étaient mises en valeur par des étrangers; ces derniers s’en considéraient les propriétaires légitimes puisqu’ils les avaient achetées et défrichées.
Même si M. Gbagbo ne l’entérine pas explicitement, le concept d’“ivoirité” est largement accepté par la base du FPI, qui fera parfois cause commune avec le PDCI. Mais, en décembre 1999, ces jeux politiciens s’arrêtent, un tabou est brisé : le général Robert Guéi, originaire de l’Ouest du pays, prend le pouvoir. Dix mois plus tard, l’éphémère “Père Noël en uniforme” est obligé d’organiser des élections, et, ayant pris goût à la politique, il entend bien les remporter. Il a d’ailleurs pris ses précautions : la Cour suprême a invalidé deux candidatures de poids, celle de M. Konan Bédié pour cause de corruption (l’Union européenne a reproché aux autorités d’avoir détourné 18 milliards FCFA destinés à un projet de santé…) et celle de M. Ouattara pour problème de nationalité. Seul M. Gbagbo est resté en piste et, faute d’adversaires civils à sa mesure, le 22 octobre 2000, il évince le général Guéi.
Lorsque ce dernier refuse d’abandonner le pouvoir, M. Gbagbo utilise une arme qui deviendra son meilleur recours : les étudiants descendent dans la rue, les militants du FPI manifestent en masse et le général Guéi doit s’incliner. Bien que les élections se soient déroulées dans des conditions qu’il qualifiera lui-même de “calamiteuses”, M. Gbagbo devient président. Se retranchant derrière l’avis de la Cour suprême et arguant d’une légitimité issue des urnes, il refuse catégoriquement de refaire le scrutin en l’ouvrant à ses deux rivaux évincés. Malgré le choc provoqué par le massacre de Yopougon, M. Gbagbo veut aller de l’avant et réaliser son programme : instaurer l’assurance-maladie universelle, faire en sorte que chaque Ivoirien ait droit à un toit, rendre l’enseignement accessible à tous.
Désireux de calmer le jeu politique, il rétablit M. Ouattara dans ses droits, organise un Forum pour la réconciliation nationale et, en 2001, le RDR emporte les élections municipales. Les perspectives économiques sont jugées bonnes par la Banque mondiale, qui promet de nouveaux crédits, la Côte d’Ivoire semble se redresser. C’est alors que le président Gbagbo prend la décision d’aller plus loin : il veut ouvrir le marché national, car il estime que son pays ne doit plus être la chasse gardée de la France.
De telles intentions provoquent des inquiétudes à Paris. En Côte d’Ivoire en effet, les intérêts français représentent un tiers des investissements étrangers et 30% du produit intérieur brut. Dans chaque ministère, un conseiller français veille au grain, et les grands groupes (Bouygues, Bolloré, EDF, Saur et autres) sont habitués à se voir attribuer les contrats sans devoir affronter la concurrence internationale, tandis que la société générale, la BNP et le Crédit lyonnais dominent sans partage le secteur bancaire. De plus, lors des campagnes électorales en France, les partis politiques de droite comptent traditionnellement sur les financements venus d’Afrique.
Du temps d’Houphouet, la Caisse de stabilisation (Caistab), présente à chaque échelon de la filière (collecte, achat, exportation), garantissait un prix fixe aux producteurs de cacao et de café. Ses bénéfices représentaient la “vache à lait” du régime : ils finançaient les projets de développement, mais ils assuraient aussi la marge de manoeuvre du “vieux”, à qui ils permettaient de consolider ses amitiés en métropole. Le démantèlement de la Caisse -avec la création de trois nouvelles structures, chargées de la régulation, de la gestion commerciale et du secteur financier- n’avait jamais réellement altéré ces “retours”.
Le président Gbagbo, lui, ne respecte pas les règles du jeu tacites : il fait entrer des Américains dans la filière cacao (Cargill, ADM), met en concurrence, notamment pour le troisième pont d'Abidjan, les offres françaises et chinoises (deux fois moins chères), menace de retirer à Bouygues les concessions d'eau et d'électricité. Véritable décolonisation économique, cette politique néglige le fait que la contrepartie des retours financiers vers l'ex-métropole, c'était la stabilité :
le fameux pacte de défense passé avec la France, qui a installé à Port-Bouët le 43è BIMA, avec pour mission de défendre la Côte d'Ivoire contre toute menace extérieure. Durant des décennies, cette assurance avait permis au pays d'investir plus dans le développement que dans les dépenses militaires.
C'est pourquoi, le 20 septembre 2002, les premiers succès de la rébellion surprennent tout le monde : à Abidjan, le coup est déjoué, mais le ministre de la défense Emile Boga Doudou est assassiné, et le corps du général Guéi est retrouvé non loin de chez lui. Dans le nord, un mouvement rebelle, le MPCI, avance rapidement et menace la capitale. Il ne sera arrêté qu'à hauteur de Bouaké, lorsque la France, qui refuse de faire jouer le traité de défense (qui ne vaudrait que dans le cas d'une agression étrangère), lance cependant l'opération “Licorne”. Quatre mille hommes se déploient sur la ligne de front, désormais stabilisée, mais le pays est coupé en deux.
Cette intervention, qui a empêché la Côte d'Ivoire de sombrer dans la guerre civile, est décriée des deux côtés : les forces nouvelles assurent que l'interposition française les a empêchées de prendre le pouvoir à Abidjan. En revanche, du côté gouvernemental, on ne pardonne pas aux Français d'avoir dissuadé le Nigeria de se porter au secours de M. Gbagbo et interdit à l'Angola de faire entrer en action ses avions de chasse (d'origine française). En outre, comment croire que les services de renseignements français - omniprésents dans la région, et surtout au Burkina Faso - aient pu ignorer que, dans les faubourgs de Ouagadougou, des militaires en rupture de ban préparaient une invasion de la Côte d'Ivoire, recrutaient des ressortissants des provinces du Nord mais aussi des combattants burkinabés et maliens ?
Avec le recul, l'attitude de paris apparaît ambiguë dès le départ : la France ne souhaite pas appuyer le président Gbagbo de manière décisive et lui permettre de neutraliser la rébellion, mais, dans le même temps, elle doit tenir compte de la présence en Côte d'Ivoire de quinze mille citoyens qui ont la double nationalité, et, à l'époque, de vingt mille français - il ne seraient plus que huit mille en 2004.
En janvier 2003, plusieurs tentatives de médiation africaines menées entre autres par le président togolais Eyadéma ayant échoué, un sommet est convoqué dans un gymnase de la région parisienne, à Linas-Marcoussis - un huis clos où se retrouvent tous les acteurs de la crise. Sous la forte pression des médiateurs français, un compromis est adopté ; la fonction présidentielle de m. Gbagbo est préservée, mais un premier ministre est désigné : M. Seydou Diarra, originaire du Nord, qui avait présidé le forum national de réconciliation, est un homme de dialogue accepté par toutes les parties. Les rebelles, désormais qualifiés de forces nouvelles, entrent au gouvernement et, lors d'un mini-sommet qui se réunit avenue Kléber, après la clôture et Marcoussis, les ministères de la sécurité et de la défense leur sont attribués, avec l'approbation du ministre français des affaires étrangères, M. Dominique de Villepin.
La formule de Marcoussis, qui provoquera l'indignation de nombreux Ivoiriens, n'a rien d'original. A plusieurs reprises, elle a été utilisée en Afrique centrale, avec des succès divers. Ainsi par exemple, en 2002, les accords conclus à Sun City, en Afrique du Sud, avaient jeté les bases d'un règlement de la crise en république démocratique du Congo : s'inspirant de l'accord de cessez-le-feu signé à Lusaka en 1999, il avaient placé sur pied d'égalité tous les belligérants, les rebelles soutenus par des pays étrangers (le Rwanda et l'Ouganda) et les représentants du pouvoir central. L'un des vice-présidents, émanant du rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda, s'était vu confier la responsabilité de la défense et de la sécurité.
A son tour, l'accord de Linas-Marcoussis apparaît comme une prime octroyée à des ressortissants ivoiriens qui ont pris les armes en bénéficiant de soutiens étrangers. Ce dangereux précédent - un encouragement à tous les rebelles potentiels - n'empêchera pas l'accord d'être entériné par la communauté internationale et présenté comme inévitable. Il est vrai que, s'il affaiblissait le pouvoir du président Gbagbo, il avait aussi le mérite de répondre à des problèmes de fond, comme le code de la nationalité ou le droit à la propriété en zone rurale et de prévoir le désarmement des forces rebelles.
Depuis janvier 2003, deux conceptions de la légitimité s'affrontent donc en Côte d'Ivoire. D'une part celle du président, qui invoque la Constitution et rappelle que, tenant son pouvoir des urnes, il n'entend pas organiser d'élections anticipées avant le terme prévu pour octobre 2005. De l'autre, la légitimité tirée d'un accord international, conclu sous la forte pression de la France, mais qui se révèle difficile à appliquer sur le terrain.
A Abidjan, deux années après le début de la rébellion, un an et demi après la signature des accords de Marcoussis, il faut bien reconnaître que, contre toute attente, le président Gbagbo a réussi à se maintenir au pouvoir, sinon à remonter la pente. Mais à quel prix… Il a utilisé pour cela tous les moyens à sa disposition, dont les moins avouables. Sans hésiter, l'ancien opposant a misé sur la rue, où les “patriotes”, - qui portent des T-shirts arborant le mot d'ordre “Xénophobe, et alors…”- multiplient les manifestations. A tout moment, la rue s'échauffe et les brasiers sont alimentés par l'entourage du président, son épouse Simone, M. Charles Blé Goudé, le “général de la jeunesse”, Mme Geneviève Bro-Grébé, qui lance dans la bataille les “femmes patriotes” ou “un million de filles pour Gbagbo”.
De mois en mois, au fil des crises, cette base se radicalise, menace, n'hésite pas à attaquer physiquement les Dioulas (gens du Nord), à bousculer les étrangers, à brûler les véhicules des Nations unies tandis que des milices, qualifiées d'“escadrons de la mort”, commettent des crimes qui demeurent impunis. Un climat de haine, de xénophobie se développe, qui a permis l'assassinat du journaliste Jean Hélène le 21 octobre 2003 et entraîné le départ d'Abidjan de toutes les grandes agences de presse et de plusieurs organisations de développement ou l'Unicef.
Face à la rue qui gronde, le chef de l'Etat recourt à la tactique bien connue du “moi ou le chaos”, se présentant comme le seul à pouvoir faire rentrer les démons dans leur boîte. Mais, malgré ses talents politiques, ne risque-t-il pas, à l'heure du compromis inévitable, d'être dépassé par ses propres extrémistes, désormais aveuglés par la haine identitaire, comme le fut naguère un certain Juvenal Habyarimana ?
Le président Gbagbo joue aussi sur l'usure, et cette partie-là semble plus facile, car les rebelles s'essoufflent, les soutiens dont ils bénéficient s'amenuisent et des dissensions apparaissent entre leurs chefs. Le président utilise aussi la carte internationale : lui qui a évolué dans le sillage du parti socialiste français, où il compte ses meilleurs amis, n'hésite pas à se rapprocher des Etats-Unis, qui lui accordent une aide très généreuse sous couvert des fonds de lutte contre le sida prévus par le président George W. Bush. Il entretient aussi des liens avec les milieux religieux américains, séduits par sa foi et par son prédicateur préféré, le pasteur Koné. En outre, par le biais de la communauté des Etats sahélo-sahériens (Cen-Sad), il a veillé à se réconcilier avec la Libye, qui jusqu'alors soutenait le Burkina Faso.
Mais surtout, l'habile président, un animal politique né, a utilisé son principal atout : les ressources du pays, qui, quoique affaiblies, assurent toujours ses arrières. De notoriété publique, les revenus de la filière café-cacao ont été utilisés pour renforcer l'armée et acheter des armes. C'est parce qu'il en savait trop sur ce sujet que le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer a été enlevé le 16 avril 2004, puis vraisemblablement assassiné. Dans la prison centrale d'Abidjan, nous avons rencontré deux détenus, anciens gardes du corps affectés à la présidence, qui assurent avoir vu un certain Tony Oulaï, pilote d'hélicoptère pour le président Gbagbo, enterrer le corps du journaliste quelque part du côté de l'autoroute du Nord…
Le président a aussi veillé à se réconcilier avec la France sur un point essentiel : celui des intérêts économiques. Même s'ils se sont désengagés de la production proprement dite (Bolloré a abandonné la filière cacao), plus que jamais les grands groupes français contrôlent les flux : transport, eau, électricité, voies de communication.
Ainsi, la concession d'accès à l'eau potable a été confiée, jusqu'en 2007, à la Société de distribution d'eau en Côte d'Ivoire (SODECI), dont le chiffre d'affaires se monte à 49 milliards de F CFA, Saur détenant 47 % du capital. L'électricité, jusqu'en 2005, revient à la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE), dont le chiffre d'affaires atteint 201 milliards de F CFA (306 millions d'euros), Saur et EDF détenant 51 % du capital. La téléphonie mobile (1,4 million d'abonnés) est attribuée à Orange et Telecel, tandis que les téléphones fixes sont concédés à France Cable radio, à raison de 51 %.
D'autres contrats vont s'ajouter à cette manne. Le terminal à containers du port d'Abidjan (15 millions de tonnes par an) sera confié à Bouygues. Le déménagement vers Yamoussoukro en 2004 et 2005 de certains bâtiments officiels comme le palais présidentiel ou la maison des députés (avec un coût de 500 milliards de CFA) profitera pour moitié à des intérêts français. Commentant ces données, un très haut cadre ivoirien conclut : “Croyant en la mondialisation, nous avions voulu diversifier nos partenaires, ouvrir nos marchés. Mais nous avons été obligés de suspendre la décolonisation de notre économie. Le fusil sur la tempe, nous avons dû marquer un temps d'arrêt”.
Dans l'attente des élections de 2005, qu'il entend bien remporter, M. Gbagbo, jusqu'en novembre 2004, avait repris la main, à sa façon. Après un sommet qui s'est tenu à Accra fin juillet, il avait accepté de réintégrer les représentants des Forces Nouvelles au conseil des ministres et de donner une nouvelle chance aux accords de Marcoussis. L'Assemblée nationale aurait dû en principe revoir la loi sur la nationalité, stipulant qu'il suffit, pour être candidat, d'être né de père ou de mère ivoirien d'origine.
Restait à obtenir le désarmement de la rébellion, la réintégration des provinces du Nord dans l'ensemble national. Un pari dangereux, car les Forces Nouvelles, refusant de désarmer, assuraient, fin octobre, que la guerre allait reprendre, tandis que le camp Gbagbo, de son côté, se préparait à une offensive militaire contre une rébellion qu'il estimait affaiblie et divisée.
Lorsque l'état-major des forces armées nationales de Côte d'Ivoire prépare, dès la mi-octobre, la reconquête militaire des provinces du Nord avec comme objectifs Bouaké, puis Korhogo, on peut difficilement imaginer que ce projet ait pu être ignoré par les forces françaises. Et lorsque les premiers bombardiers ivoiriens, des Sukhoï 25, décollent de Yamoussoukro le 4 novembre pour frapper les deux grandes grandes villes du Nord, les soldats français ne réagissent guère, et, à Paris, on ne s'émeut guère de ces “frappes limitées”. C'est le 6 novembre que le scénario dérape, lorsqu'un Sukhoï ivoirien, volant à basse altitude, lâche une bombe qui explose sur le mess des officiers français, faisant 10 morts et 38 blessés. Comment croire qu’il ait pu s’agir d'une bavure, d'une erreur de tir ? Le bâtiment, surmonté d'un drapeau français, était parfaitement visible et reconnaissable. Le président Gbagbo aurait-il été débordé par des militaires ? Les pilotes ukrainiens ou les conseillers israéliens se seraient-ils malgré tout trompés de cible ? A Paris, on ne se posera guère de questions : en quelques heures, toute la flotte ivoirienne, achetée à grand prix, sera détruite par les forces françaises, qui, sous les ordres du président Chirac, agissent sans le feu vert de l'ONU. L'engrenage sera à la fois fatal et prévisible : la rue d'Abidjan entre en guerre contre les Français, et contre les blancs en général. Pillages des biens des expatriés, viols, manifestations violentes, rumeurs de coups d'Etat, mais aussi, dans les quartiers populaires, assassinats de ressortissants du Nord. Pour protéger les expatriés, les militaires français utilisent des gaz lacrymogènes. Des hélicoptères entrent dans la danse, tirent à balles réelles sur une foule surexcitée, mais sans armes. Il y aura des dizaines de morts, des centaines de blessés ! La présidence parle de “répression coloniale”, les évêques condamnent une “réaction disproportionnée”. Depuis lors, c'est l'impasse : Laurent Gbagbo est discrédité, menacé de sanctions et placé sur le même plan qu'un Robert Mugabe en Afrique australe, l'ONU a décrété un embargo militaire visant tous les protagonistes du conflit.
Mais la France ainsi sort affaiblie de la crise : elle est critiquée, sinon exécrée par les nationalistes ivoiriens, dont le chauvinisme se trouve renforcé, elle est soupçonnée de double jeu par les rebelles, accusée d'usage abusif de la force par les uns ou de faiblesse par les autres. Lorsqu'en trois semaines plus tard, Ouagadougou accueille le sommet de la francophonie, M. Gbagbo ne fait pas le voyage. Solidaires de la France, les participants se réfèrent à la déclaration de Bamako menaçant de sanctions les pays accusés de violations massives des droits de l'homme, et envisagent de suspendre la Côte d'Ivoire de l'organisation. Mais le Burkina Faso, accusé d'avoir soutenu les rebelles ivoiriens et appuyé d'autres tentatives de déstabilisation dans la région (Sierra Leone, Guinée, Mauritanie), est lui aussi mis en cause : dans ce qui fut le précarré français, le feu n'est pas près de s'éteindre…

Par Colette Braeckman


EDITORIAL : Plaintes et réconciliation.

10 Fevrier 2005

Article paru :
www.embaci.com/french
Source : "FRATERNITÉ MATIN" du 8 février 2005.

"Si le RDR porte plainte contre Lida Kouassi pour ses propos, d'autres personnes ne pourraient-elles pas lui emboîter le pas? N'assisterait-on pas à une cascade de plaintes contre celui qui avait promis de rendre ce pays ingouvernable si on l'empêchait d'être candidat, contre un journal qui a consacré la partition du pays (avant terme) avec cette odieuse carte préfigurant la situation actuelle ? "

La Côte d’Ivoire est en guerre depuis deux ans. Attaquée par elle-même puisque les bien-pensants estiment encore aujourd'hui qu'il s'agit d'une crise ivoiro-ivoirienne. Les accords de Linas-Marcoussis ont célébré leur deuxième anniversaire, le 24 janvier dernier, dans le silence total parce que tous les observateurs honnêtes s'accordent à reconnaître leur échec. Depuis deux ans, un pays locomotive tourne en rond, avec dans son sillage tous les Etats satellites qui, tout en déployant un trésor d'énergie pour nuire à la Côte d’Ivoire, continuent de dépendre cruellement d'elle. Dans leur appel rendu public mercredi dernier, les évêques de Côte d’Ivoire ont eu le courage d'interpeller ceux qui méritaient de l'être. Au premier rang, la France, partenaire privilégié mais également adversaire déclaré de la Côte d’Ivoire.

Les évêques souhaitent ouvrir une nouvelle page de « relations faites de respect mutuel, d'équité, de justice et de fraternité ». Dans ce même message, les évêques ivoiriens interpellent les pays africains et les organisations de la sous-région. «Les non nationaux doivent apprendre à respecter les Ivoiriens dans leurs options qui les engagent. Qu'ils se gardent de s'immiscer dans leurs affaires internes, Nous demandons que le principe sacrosaint de la réciprocité en droit international soit appliqué de part et d'autre pour l'équilibre des relations humaines. Ce qui est odieux à toi même, ne le fais à personne ».

Les évêques ivoiriens enfoncent le clou quand ils demandent aux dirigeants africains un peu plus de sérieux et d'objectivité dans les propositions de solution à la résolution de la crise ivoirienne. «Ne défendez personne et ne jouez dans le camp de personne. Aidez-nous seulement dans l'intérêt supérieur de notre pays et de notre sous-région». Ont-ils seulement une chance d'être compris ? Nous en doutons. Les radios mondiales et agences de presse n'ont pas soufflé mot de ce message parce qu'il ne brocade pas le pouvoir en place. Tout le drame de la situation ivoirienne se résume à ce triste constat: tous ceux qui ne chantent pas le refrain du Parrain sont à bannir, à proscrire, à punir.

Aujourd'hui, la médiation du Président sud-africain est vivement torpillée par ceux qui pensent que pour réussir, il faut connaître la mentalité, la psychologie des populations et pouvoirs de l’Afrique de l'Ouest. En réalité, Mbeki dérange parce qu'il refuse de répéter comme un perroquet les litanies écrites par d'autres. Il refuse d'être une marionnette, exécutant les figures programmées par ses maîtres tapis dans l'ombre. Mbeki peut se tromper de bonne foi mais refuse de jouer les griots de service. A l'image de certains Chefs d'État qui ont choisi d'être la main qui plante le poignard dans le dos de leurs frères. Depuis le début de la crise, bien des dirigeants africains ont joué les Nègres de service, distillant les phrases assassines à profusion. Rappelez-vous cette sortie outrageante du Président Blaise Compaoré à la veille du Sommet de Kléber promettant le Tribunal pénal international au Président Gbagbo. Rappelez-vous, au plus fort de la tourmente pour l'armée française, angluée dans la gestion des événements abominables des 6-7-8-9 novembre 2004, la bouée de sauvetage lancée, depuis la rade de Dakar, par Abdoulaye Wade. «Si les Français se retirent de Côte d'Ivoire, ce sera le chaos éternel».

Il semble que cette prise de position, qui est venue enlever une grosse épine du pied de Chirac, a été particulièrement bien appréciée. Elle a motivé le voyage actuel au pays de la Teranga que le Président français évitait soigneusement depuis... dix ans. N'est-il pas curieux que, dès son arrivée au Sénégal, le débat de fond évoqué dans sa première conférence de presse par le Président Chirac soit la Côte d'Ivoire ?

Une fois de plus, la crise ivoirienne apparaît comme un bal de sorciers où les initiés utilisent un langage codé pour phagocyter les profanes, les plus faibles. C'est le sens qu'on pourrait donner à cette démarche récurrente consistant à s'appesantir sur les conséquences en oubliant royalement les causes de la crise. Aujourd'hui, l'actualité est focalisée sur les violations des droits humains. Il paraît qu'une liste de personnalités suspectées par l'ONU existe. Comme par hasard, sur quatre noms cités, trois sont du camp présidentiel. On a royalement oublié les anges exterminateurs qui, au nom de la lutte contre l'exclusion, ont procédé à des assassinats ciblés, à des chasses à l'homme contre des milliers d'Ivoiriens sur une base ethnique. Le massacre froid des gendarmes, le viol des femmes, l'enrôlement de force d'enfants dans la rébellion sont autant d'actes attentatoires à la dignité humaine, au droit à la vie. C'est pourquoi, le fait pour des médias d'opérer des choix tendant à faire des victimes, des bourreaux est une grande offense à l'intelligence et au bon sens.

C'est dans la même veine qu'on pourrait inscrire la campagne soulevée par une phrase dont l'ancien ministre Lida Kouassi semble être l'auteur présumé: « j'ai donné l'ordre de tuer ADO ». Un concert de protestations a été enregistré. Des menaces de plaintes ont été proférées. A juste titre, mais avec le recul du temps, nous pensons que pour la recherche de la réconciliation, il faudrait éviter d'ouvrir la boîte de Pandore afin de ne pas allumer un incendie qui, par sa propagation, pourrait tout dévorer sur son passage. Si le RDR porte plainte contre Lida Kouassi pour ses propos, d'autres personnes ne pourraient-elles pas lui emboîter le pas ? N'assisterait-on pas à une cascade de plaintes contre celui qui avait promis de rendre ce pays ingouvernable si on l'empêchait d'être candidat, contre un journal qui a consacré la partition du pays (avant terme) avec cette odieuse carte préfigurant la situation actuelle ? En cette période cruciale de l'histoire de la Côte d'Ivoire la solution réside-t-elle dans ces invectives, menaces et plaintes ?

Jean-Baptiste AKROU


Maîtres chanteurs and Co - Analyse

9 Fevrier 2005

Article paru :
www.embaci.com/french/
Source: "FRATERNITÉ MATIN" du 8 février 2005


Frat/Mat - Les adversaires de l’organisation du référendum pour l’adoption de la modification –par eux proposée- de l’article 35 de la Constitution sont véritablement à court d’arguments pertinents et convaincants. Le Chef de l’Etat gabonais en a encore fait la démonstration dans sa récente intervention sur RFI. Il avance deux raisons, qu’il juge certainement imparables, pour rejeter la votation populaire: la partition du pays et la possibilité du “Non” à la modification des conditions d’éligibilité à la Présidence de la République.

Le premier motif de l’opposition d’Omar Bongo Ondimba au scrutin référendaire est un prétexte spécieux. Le Chef de l’Etat gabonais fait partie de ceux qui militent pour une présidentielle 2005 “ouverte à tous les candidats”. Et seule la révision de l’article 35 de la Constitution peut permettre à tous les suspects, au niveau de la nationalité ivoirienne, de briguer la magistrature suprême. A une exception près (invalidation de la candidature d’Ange–Félix Patassé, président déchu), Bongo a réussi cette performance en République centrafricaine où il a battu en brèche l’irrévocabilité des décisions du Conseil constitutionnel qui n’avait retenu que cinq candidatures contre onze aujourd’hui. Le Chef de l’Etat gabonais pousse donc ses pions. Et pour obtenir les arrangements politiques qu’il souhaite, il fait de l’intox. Car ce qui est valable pour le référendum, l’est aussi pour la présidentielle. Autant, dans le contexte actuel, la consultation du peuple ivoirien n’est pas envisageable, autant l’organisation du scrutin présidentiel relèvera de la magie, tant qu’une partie du pays restera aux mains des rebelles. Le président du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine le sait plus que quiconque. Mais il sacrifie à la surenchère et au catastrophisme. Aussi, a-t-il rejoint le cercle, qui s’agrandit, des maîtres chanteurs qui, comme la France, ont entrepris d’instrumentaliser le Conseil de sécurité des Nations unies sur le dossier ivoirien. Pendant que nos aéronefs détruits ne seront pas réparés (preuve que la France a prémédité le coup), le Conseil de sécurité dénude les forces gouvernementales.

En outre, ce cercle encourage les rebelles à ne pas lâcher du lest sur la question du désarmement tant que leur revendication majeure, la candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle, n’est pas satisfaite. De gré ou de force. Car le vrai problème de toute l’agitation, qui s’est emparée de la galaxie rebelle, se trouve dans la peur bleue du verdict des urnes. Ceux qui ont justifié ou la prise des armes ou leur appui à la rébellion par l’absence de démocratie sont aujourd’hui pris en flagrant délit de démagogie et de manipulation de l’opinion quand ils refusent l’exercice du jeu démocratique. Il ne pouvait en être autrement quand on sait que l’autocratie et la dictature régentent ces partis et mouvements rebelles. Par exemple, l’adhésion au “G7”, c’est-à-dire à la coalition des partis et mouvements rebelles opposée au régime de Laurent Gbagbo, n’a nulle part fait l’objet de débats au niveau des instances. Elle a été imposée par les Alassanistes des différents groupes qui se sucrent sur le dos des militants et combattants.

Ceux qui se targuent, à longueur de discours enflammés et de déclarations tapageuses, d’incarner la majorité des Ivoiriens sont pris au piège de l’escroquerie politique et de leur propre supercherie quand ils apparaissent sous leur vrai visage: des géants aux pieds d’argile.

L’hebdomadaire panafricain “Jeune Afrique l’intelligent”, dans son édition n°2.298 du 23 au 29 janvier 2005, a soulevé le lièvre. Selon notre confrère édité à Paris, entre 60 et 70% des électeurs ivoiriens sont pour le maintien en l’état des dispositions se rapportant aux conditions d’éligibilité à la Présidence de la République. Cinglant désaveu qui donne des sueurs froides aux adversaires patentés de Laurent Gbagbo et de… la démocratie. Ils réalisent que la rébellion ne fait pas recette dans le cœur des Ivoiriens. De ce fait, les bandes armées et leurs commanditaires, incapables d’emporter le suffrage des Ivoiriens, veulent imposer leurs vues par la force des armes. La démocratie, en fait, ne leur sert que de cache-sexe pour corrompre les uns et les autres.

Bi Bally Maurice FERRO

Source: Frat-Mat


CRISE POLITIQUE AU TOGO : LA SUCCESSION DE EYADEMA RAPPELLE LA CRISE IVOIRIENNE.

9 Fevrier 2005

Article paru sur :
www.embaci.com/french/
"FRATERNITÉ MATIN" du 8 février 2005

Le Togo entre brutalement dans le carré d’as des foyers chauds du continent après la disparition inattendue de son président, le général Gnassingbé Eyadema. Le cours des évènements dans le pays confirmerait-il l’idée que la crise ivoirienne a forgé une certaine morale politique: la légitimation de la force pour parvenir au pouvoir d’Etat ? A Lomé, Fambaré Natchaba Ouattara, qui devait constitutionnellement assurer l’intérim du président décédé, est déclaré «Wanted » sur le territoire togolais.

Samedi 5 février, alors que Radio France Internationale (RFI) annonce le décès de Gnassingbé Eyadema, son successeur constitutionnel se trouve étrangement hors du pays. L’armée nationale abrège la procédure constitutionnelle. Et «offre» gracieusement le pouvoir à Faure Gnassingbé, fils du défunt. Le Parlement est convoqué à une séance extraordinaire dimanche soir. Modifie l’article 65 portant vacance du pouvoir en cas de décès du chef de l’Etat. Et élit Faure Gnassingbé, nouveau président de l’Assemblée nationale. A l’unanimité de 67 (bien 67) députés, sur un total 81. Le président du Parlement Fambaré Natchaba Ouattara est destitué et contraint de «s’exiler» au Bénin voisin; jusqu’à ce que l’ordre nouveau s’installe au pays. Les réactions fusent de partout.

La France, puissance tutélaire du Togo et de tous les Etats d’Afrique francophone réagit le dimanche 6 février 2005; estimant «indispensable le respect de la Constitution togolaise». Paris souligne que «la transition doit donc être assurée, conformément aux dispositions de cette Constitution, et dans le strict respect de la légalité, par le Président de l'Assemblée Nationale».

Quelle belle leçon de la tutelle, qui fait de deux poids deux mesures ! Concernant la Côte d’Ivoire, la France déploie toute sa réserve diplomatique pour convaincre, d’abord une partie des Ivoiriens et ensuite la Communauté internationale à l’idée qu’il n’est pas nécessaire de respecter la Constitution ivoirienne. Qui, en d’autres circonstances, indique la voie à suivre pour sa propre modification. La décision du gouvernement de court-circuiter les règles constitutionnelles a déplu à la communauté internationale, l'Union africaine (UA) dénonçant même un coup d'État. Le président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, qui préside l'UA, a prévenu qu'elle n'accepterait pas un transfert de pouvoir anticonstitutionnel. De son côté, l'Union européenne (UE) a appelé le Togo au «respect strict des procédures prévues par la Constitution»; prévenant que la reprise de son aide au pays en dépendait.

La classe politique ivoirienne qui suit de très près l’actualité togolaise n’est pas en reste. La présidence ivoirienne déclare que «Laurent Gbagbo et le peuple Ivoirien ont été choqués», par l’annonce du décès du doyen Eyadema. Cissé Bacongo du Rdr, Konaté Sidiki des forces nouvelles (rébellion), Paul Akoto Yao de l’Udpci, Maurice Kacou Guikahué du Pdci-Rda, Joël N’guessan du Mfa (tous membres du G7) ont tour à tour déploré la mort de cet «ami» de la Côte d’Ivoire sans toutefois évoquer la crise politique qui naît de la succession de Eyadema. Diront-ils comme la France, que les Togolais doivent appliquer la constitution en reconnaissant Fambaré Natchaba Ouattara comme le successeur légitime du défunt ? Pas si sûr. Dans un tel imbroglio, la France prend ses dispositions militaires pour parer à toute éventualité. La ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a indiqué que les troupes françaises ont été mises «en alerte» pour intervenir s'il fallait «protéger» les 2500 ressortissants français qui vivent au Togo. La presse retrace le parcours du général Eyadema. Considéré comme l'un des derniers «dinosaures» africains, le président Eyadema est mort samedi, à l'âge de 69 ans; emporté par une crise cardiaque.

Au pouvoir depuis 38 ans, il était le plus ancien dirigeant en exercice après le Cubain Fidel Castro. En 1967, M. Eyadema est l'un des principaux instigateurs du coup d'État qui a renversé le régime civil du premier président du Togo, Sylvanus Olympio, assassiné lors du putsch. Nicolas Grunitzky, le perdant des premières élections de 1958, prend le pouvoir, mais il peine à rétablir l'ordre. Eyadema fomente ainsi un second coup d'État quatre ans plus tard. Sa junte militaire dissout les institutions, dont le Parlement, et suspend tous les partis politiques de 1967 à 1969.

Source: Frat-Mat


Réponse à Omar Bongo à propos de l’article 35 : Faites-nous la guerre maintenant !

9 Fevrier 2005

Article paru dans :
"NOTRE VOIE" du 8 février 2005

Que veut-on à la Côte d'Ivoire et au peuple ivoirien, et par-delà ce peuple, aux peuples négro-africains? et pourquoi des Africains participent-ils à l'assassinat des peuples africains ? pourquoi des Africains déclarent-ils avec Chirac que les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie et que le multipartisme est un luxe pour les Africains ?
Avant-hier, ce sont les présidents du Burkina Faso, du Mali et du Niger, les sieurs Compaoré, Touré et Tandja, qui déclaraient que leurs compatriotes sont assassinés en Côte d'Ivoire du seul fait qu'ils sont leurs nationaux, alors même que ces présidents laissent venir en Côte d'Ivoire des cars entiers de leurs nationaux, comme s'ils avaient programmé la mort des leurs, exactement comme les Français ont déporté les Juifs afin que les Nazis les éliminent.
Hier, c'était le président sénégalais, le sieur Wade, qui déclarait que les Burkinabè sont plus malheureux en Côte d'Ivoire que les Africains (Sénégalais entre autres) ne le sont en France, le pays de son maître Chirac. Ce même Wade soutenait, aidé de Konaré, que si la force française Licorne se retire de la Côte d'Ivoire, ce sera le chaos éternel dans ce pays.
Aujourd'hui, c'est le président gabonais, le sieur Bongo, qui déclare que si le référendum n'aboutit pas à la modification de l'article 35 de la Constitution ivoirienne, la guerre reprendra. En effet, selon RFI citée par “Notre Voie”, en page 3 de sa livraison N° 2003 du mercredi 2 février 2005, Bongo affirme : ''Si on vote et que c'est le non qui l'emporte, évidemment, on reviendra à la case départ''. Bongo pousse le cynisme plus loin en précisant : “Tout le monde attend le résultat du référendum; le sort qui sera fait à la modification de l'article 35. Si l'article sort modifié dans le sens voulu par certaines opinions nationales et internationales, c'est tant mieux! Il n'y aura plus d'application de la résolution de l'ONU''.
C'est clair et les Ivoiriens sont avertis : si le peuple ivoirien, usant de la démocratie, ne permet pas la candidature d'Alassane Dramane Ouattara à la prochaine élection présidentielle en Côte d'Ivoire, la guerre reprendra. Mais ce que Bongo, la marionnette aux mains de Chirac, a caché par roublardise, en tant qu'il ne veut pas abattre toutes ses cartes avant terme, ou, peut-être, par couardise, mais que je sais qu'il pense, tout comme son maître Chirac, c'est ceci : ''Si à la prochaine élection présidentielle en Côte d'Ivoire, Alassane Dramane Ouattara n'est pas élu président comme le veulent certaines opinions nationales et internationales, la guerre reprendra en Côte d'Ivoire''.
C'est alors que je m'interroge à haute voix : pourquoi Chirac, Bongo et consorts n'imposent-ils pas la modification de l'article 35 de la Constitution ivoirienne aux Ivoiriens et pourquoi n'imposent-ils pas Alassane Dramane Ouattara comme président de Côte d'Ivoire? pourquoi perdre du temps à organiser un référendum ou une élection présidentielle si cela n'a aucun enjeu? pourquoi demander à un individu, Gbagbo Laurent, fût-il président de la république, de modifier la Constitution ivoirienne? que diraient-ils, Chirac et ses suppôts africains, si Gbagbo décidait de modifier, seul, la Constitution en décidant qu'il n'y aurait plus aucune élection présidentielle en Côte d'Ivoire et qu'il resterait au pouvoir à vie? Si Chirac, le raciste français, nie aux Ivoiriens la qualité de peuple, comme aux bons vieux temps où l'on parlait de peuplades africaines, et donc le droit à l'autodétermination, Bongo, pour qui le Gabon appartient aux Gabonais, doit apprendre que ce qui est bon pour les Gabonais l'est également pour les Ivoiriens : la Côte d'Ivoire appartient aux Ivoiriens!
Si Chirac et Bongo nous promettent la guerre en cas de non à la modification de l’article 35 de la constitution, il vaut mieux faire cette guerre maintenant. Le peuple ivoirien y est prêt, car il n'acceptera pas que ceux qui ont pris les armes au motif qu'il y a un déficit de démocratie en Côte d'Ivoire et qui ont assassiné froidement des Ivoiriennes et des Ivoiriens au nom de la démocratie, refusent d'appliquer la démocratie; il n'acceptera pas que ceux qui se proclament majoritaires dans ce pays refusent la loi de la majorité; il n'acceptera pas que ceux qui déclarent n'avoir pas appelé à voter pour l'actuelle constitution ivoirienne refusent de se présenter devant lui, peuple souverain, pour faire campagne pour la version de la Constitution qu'il lui propose.
Le président Laurent Gbagbo doit savoir que la nouvelle résolution de l'ONU autorisant la force française Licorne à contrôler l'équipement de nos Forces de défense et de sécurité est non seulement une insulte à notre souveraineté, mais aussi et surtout la préparation de la prochaine attaque de la France contre la Côte d'Ivoire. Oui, il doit se souvenir que c'est après une inspection, un audit, de notre armée par l'armée française, que la France, sachant exactement ce dont disposait notre armée, a tenté le coup d'état du 19 septembre 2002 qui ne devait durer que deux (2) jours. Il faut donc refuser cet aspect de l'embargo, quoi qu'il nous en coûte. Si l'ONU se range du côté de notre seul et véritable agresseur qu'est la France de Chirac, nous devons aussi combattre l'ONU, ce machin, selon l'expression de Charles De Gaule, le libérateur de la France.
Vaincre ou périr, tel doit être le principe organisateur de notre combat! Or, un peuple, conscient de sa grandeur et debout pour défendre sa dignité, ne peut être vaincu, quelle que soit la force de son agresseur. La France a perdu l'Indochine. La, France a perdu l'Algérie. La France perdra, à coup sûr, la Côte d'Ivoire et toute l'Afrique.
La sagesse africaine nous enseigne que toutes les morts n'ont pas la même signification, et mieux vaut mourir dans la dignité que de vivre dans l'ignominie!

NEA Kipré
Enseignant-chercheur,
Université de Cocody
neakipre@hotmail.com


BILAN DE LA GUERRE : L’Etat a perdu 126 milliards.

9 Fevrier 2005

Article paru dans :
"L'Intelligent d'Abidjan" du 9 février 2005

La guerre que vit la Côte d’Ivoire depuis près de trois ans a entraîné une baisse des activités économiques. Les conditions défavorables du marché de change international ont également perturbé les activités économiques. Ce qui a eu pour conséquence une baisse des recettes de l’Etat ivoirienne.

De façon spécifique, lorsque nous remontons au plan international, selon les données fournies par la Direction générale de l’Economie, les éléments ayant conduit à la baisse des activités économiques sont liés à la baisse du cours du dollar, à la faible croissance et à l’absence de financement extérieur puis à la baisse du cours des matières premières. Au cours de l’année 2004, le dollar américain a enregistré une baisse de son cours allant jusqu’à 9,8%. Les conséquences de cette dépréciation du cours du dollar se sont traduites par une baisse de la contre-valeur des recettes d’exportation. Etant donné que les marchés européens sont les plus gros consommateurs des produits ivoiriens. Une fois que le cours du dollar chute, il est automatiquement répercuté sur les matières premières ivoiriennes exportées. Et c’est ce qui se passe. Aussi, faut-il ajouter l’absence de financement de la part de l’extérieur. Depuis près de trois ans, la Côte d’Ivoire ne reçoit aucun concours extérieur, à cause de la guerre. Au plan national, la persistance de la crise a fait que la Côte d’Ivoire paraît pour certains opérateurs économiques un pays à risque. A telle enseigne que le niveau de concours du système bancaire à la Côte d’Ivoire a chuté, certains armateurs refusent la destination Côte d’Ivoire. Les investisseurs vers notre pays sont de plus en plus hésitants. A côté de tous ces facteurs, l’économie ivoirienne est victime de la contrebande et de la concurrence déloyale. Puisqu’en raison de la crise, des produits importés accèdent au marché ivoirien de façon frauduleuse. Pour pallier ces situations, les autorités ivoiriennes avaient pris un certain nombre de mesures contrariées par les évènements de novembre 2004 qui ont compromis les objectifs économiques initiés par la Direction générale de l’économie. Toutefois, en vue d’amortir les chocs et encourager la relance économique, le gouvernement ivoirien a renforcé les mesures de sécurité, et opéré les allègements fiscaux pour les opérateurs économiques touchés par les évènements de novembre 2004…

CONSEQUENCES

Pour une prévision du taux de croissance du produit intérieur brut (Pib) de 1,8%, le résultat de fin d’exercice 2004 en a donné 1%, en raison des événements de novembre 2004. Soit une baisse de 0,6% par rapport à l’année 2002 et 0,7% par rapport à 2003. La contraction de certaines composantes de ressources intérieures du pays y compris l’absence d’appui extérieur et l’expansion des dépenses (surtout celles liées à la crise) ont poussé les comptes de l’Etat à un déficit de 126,1 milliards de Fcfa, ce qui représente 1,5% du Pib. Par contre au niveau des échanges extérieurs, le niveau s’est tout de même amélioré. Il est excédentaire de 157,3 milliards (2,1 du Pib).

SECTEUR PRIMAIRE

Quand bien même le pays vit une situation exceptionnelle et que le cours du dollar baisse, les secteurs d’activités économiques ivoiriens se portent mieux. Au niveau du secteur primaire, par exemple, au terme de l’exercice 2004, une nette amélioration a été constatée. Ce secteur a enregistré une croissance de 4% en terme de volume grâce à l’extraction minière avec un taux de réalisation de (+10,4%) et l’agriculture d’exportation (+7,2%). La production du café et du cacao représente à cet effet respectivement 154 082 et 1 377 746 tonnes. Soit une hausse de 40,9% pour le café et 10,5% pour le cacao par rapport aux réalisations de 2003. Outre le secteur minier, le café et le cacao, d’autres produits subsidiaires ont eux a ussi enregistré des performances. Huile de palme (218,5 mille tonnes pour une croissance de plus de 20,5%), caoutchouc (142,6 mille tonnes pour une croissance de plus de 7,5%), anacarde (140 mille tonnes pour une croissance de plus de 66%), banane (280,5 mille tonnes pour une croissance de plus de 4,1%). Seules les filières du sucre et de l’ananas ont enregistré une baisse par rapport à l’année précédente en raison des contraintes du marché international et du problème de la concurrence déloyale pour le sucre.

Au niveau du secteur des mines, il n’y a pas trop de crainte. C’est un secteur en expansion depuis le premier trimestre de 2002. Grâce à la montée du puits CI-26, la production pétrolière s’est accrue de plus de 5,9% pour 7952,2 millions de barils. Du côté du gaz, la production annuelle est de 1584,1 millions de mètres cube. Soit une croissance de plus de 0,7%. Ce qui ne l’est pas pour le secteur des pierres précieuses qui connaît une baisse de 3,1% en raison des détournements. En résumé, le secteur primaire ivoirien se porte bien.

SECTEUR SECONDAIRE

Pour ce qui est du secteur industriel, une nette progression a été constatée en fin d’année 2004 sur l’ensemble des composantes, à l’exception du bois et de la mécanique. Ainsi pour la pétrochimie (+15,9%), industrie agroalimentaire (+2,9%), textile-chaussure (+35,6%), matériaux de construction (+42,3%), industries diverses (+5,4%), indicateur avancé du bâtiment et des travaux publics (+10,1%). Sauf les secteurs du bois et de la mécanique qui ont reculé de (-8,5%) et (-22,9%). Le rapport de la Direction générale de l’économie indique par ailleurs que les estimations réalisées pour la fin de l’année sur une base très conservatoire précise que l’industrie devrait se maintenir en parfaite stabilisation (0%). Malheureusement comme le souligne la Direction de l’Economie, la crise de novembre 2004 a pesé lourdement sur les secteurs de l’agroalimentaire, du bâtiment et des travaux publics (Btp). Les estimations en termes de dégâts, pourraient s’étendre à -4,1% pour l’agroalimentaire et -2,6% pour le Btp. En ce qui concerne le secteur de l’électricité, l’offre et la demande se sont accrues.

SECTEUR TERTIAIRE

Aussi prestigieux qu’il soit, il a été marqué par une croissance. Vente de véhicules neufs (+11,8%), secteur maritime (16,5% dont 21,7% pour les importations et 9,9% pour les exportations), trafic aérien (7,2%). En ce qui concerne le trafic ferroviaire, il s’est accru. Sur la base des données recueillies par la Direction générale de l’économie, le secteur tertiaire sort progressivement de sa torpeur. Au lieu de 2,4% en 2003, le recul pour l’année 2004 ne serait que de 0,7%. Et cela grâce au dynamisme des télécommunications qui enregistreraient un rebond de 8,1%. Ce qui permet de compenser le recul attendu da ns les activités de services (-5%).

SITUATION DU PORTEFEUILLE DE L’ETAT

Les recettes de l’Etat ivoirien sont en hausse. En fin d’année 2004, elle est passée à 1451,6 milliards de Fcfa. Soit une hausse de 3,6% par rapport aux recettes de l’année 2003. Cet exploit, tel que mentionné par la Direction générale de l’économie, a été possible dans un contexte difficile grâce au dynamisme des régies financières qui ont enregistré une croissance de 5,1%. Ce qui a permis de compenser les contractions diversifiées des recettes non fiscales de (-7,4%) et des dons (-31,7%). Non sans oublier que tous les objectifs des régies financières n’ont pas été atteints. Le manque à gagner sur ces recettes globalement est de 62,8 milliards de Fcfa. Cependant tous conviennent que la crise ivoirienne ne favorise pas la réalisation des investissements. Puisque les ressources publiques affectées à la réalisation des dépenses d’investissement s’affaissent de 24,5% permettant ainsi de couvrir la hausse des dépenses courantes de 4,2%. Quand bien même le solde budgétaire ressort négatif à 126 milliards (1,5% du Pib) par rapport aux prévisions, il est cependant en amélioration de 83,5 milliards de Fcfa par rapport à l’année 2003. En ce qui concerne le déficit, il se traduit par une accumulation d’arriérés intérieurs et extérieurs qui sont respectivement de 85 et de 446,6 milliards de Fcfa. Cependant, il faut reconnaître que les efforts sont consentis par le gouvernement ivoirien en ce sens. Malgré le contexte de crise, il a pu régler 258,8 milliards de Fcfa contre 709,6 milliards de Fcfa. L’encours total de la dette ivoirienne hors arriérés en 2004 est de 5816,4 milliards de Fcfa , soit 155,4% de la valeur des exportations de biens et des services dont 5118,1 milliards au titre de la dette extérieure et 698,3 milliards pour la dette intérieure. Le rapport de la Direction générale de l’économie précise également que l’Etat ivoirien, tout en reconnaissant les difficultés liées aux dépenses exceptionnelles liées à la crise et à l’absence d’appui extérieur, envisage de poursuivre ses efforts pour respecter ses engagements vis-à-vis de ses différents créanciers.

Au niveau des comptes extérieurs bien qu’excédentaires, le solde 2004 est en baisse de 14,9% par rapport au solde de 2003.Cette situation s’explique par la détérioration des termes de l’échange et la baisse du cours du dollar sur le marché de changes. Toutefois, il faut reconnaître un regain au niveau des comptes courants, lesquels sont excédentaires de 157,3 milliards de Fcfa (2,1% du Pib) malgré le déficit structurel des comptes de revenus nets des facteurs (-372,4 milliards) et de transferts nets (-288,1 milliards). Le risque du pays étant trop élevé, au point que les ressources d’investissements en destination de la Côte d’Ivoire ont été revues à la baisse. Conséquence, on assiste alors à une baisse du solde de la balance des capitaux et opé rations financières de moins de 37,3 milliards de Fcfa. Ce solde, si les projections se confirment, pourrait s’établir à 120 milliards en 2004 contre 40,8 milliards en 2003. Pour ce qui est de la situation des comptes monétaires à fin novembre 2004, elle est marquée par une baisse par rapport à l’année précédente. Cette baisse est plus ressentie au niveau du secteur public où les appuis bancaires se sont réduits de 374 milliards de Fcfa (8,4%) contre 1088 milliards (0,5%) pour le secteur privé. De façon globale, on retiendra que les échanges avec l’extérieur ont permis d’accumuler 1062,5 milliards en devise. Cela, dit-on, explique la progression des avoirs extérieurs à 16%.Cette évolution favorable des réserves renforce la masse monétaire qui enregistre une progression de 2,7% dont la grande partie sert dans les transactions fiduciaires (+9,8%), signe d’un faible développement du marché financier.

LES MESURES CORRECTIVES DE L’ECONOMIE D’UN PAYS EN GUERRE

L’avenir de l’économie ivoirienne repose essentiellement sur les élections futures. Nul ne doute que cette période va avoir des effets néfastes sur les activités économiques du pays. Pour pallier toute éventualité et à propos atténuer l’attitude des opérateurs des risques à courir, le gouvernement ivoirien, en accord avec la communauté internationale, promet de renforcer les mesures sécuritaires. Tout en comptant sur les nouvelles dispositions à prendre, les autorités du ministère de l’Economie se réjouissent des recommandations du séminaire organisé par l’état-major des Armées portant sur la réglementation du contrôle routier, l’organisation de patrouilles mixtes de même que la mise en ½uvre de mesures correctrices à la suite des évènements de novembre 2004. Toute chose qui, à en croire la Direction générale de l’Economie pourrait améliorer le niveau d’investissement à plus de 3,8% sous l’espoir du retour à la paix après les élections et du maintien de la compétitivité. Au niveau des finances publiques, la Direction de l’économie compte sur les recettes fiscales. Elle espère qu’elle connaîtra une croissance de 1,5% pour s’établir à 1269,8 milliards de Fcfa, en raison de la poursuite des réformes dans le redressement des recettes non fiscales. S’agissant des dépenses, la direction de l’économie compte les réduire à 6%. Toutefois, révèle-t-elle, le respect des engagements risque d’être fortement compromis en raison de l’absence d’appui extérieur. Il faut ajouter qu’à l’issue de la rencontre du comité de direction du Ministère de l’économie du lun di 7 février 2005, présidé par le Directeur de l’Economie M. Kouassi Oussou, il a été décidé dans les jours à venir, l’organisation d’un séminaire sur la situation économique.

HONORE KOUASSI

Source : Direction de l’économie


Le chantage de Soro à Thabo Mbeki, et à Seydou Diarra - Ce que cachent les rebelles.

9 Fevrier 2005

Article paru dans :
"L'Inter" du 9/2/2005

A quand le retour des ministres des forces nouvelles au gouvernement de réconciliation nationale ? Bien malin qui pourra répondre à cette question. En tout cas, les dernières conditions posées par les rebelles au Premier ministre Seydou Diarra, samedi, et aux émissaires du président sud-africain, Thabo Mbeki, le lundi dernier, n’annoncent pas pour demain, leur arrivée à Abidjan. Guillaume Soro et ses camarades ont plutôt durci le ton au regard des nouveaux préalables qu’ils brandissent pour reprendre leur place à la table gouvernementale. Pour revenir à Abidjan, les autorités de Bouaké ont exposé à leur rencontre avec le Premier ministre ivoirien et les envoyés du médiateur de la crise ivoirienne, des exigences à faire pâlir les quelques observateurs qui demeurent encore optimistes quant au processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire. Alors même que le véritable concerné ne s’en soucie pas, les tenants de la moitié nord du territoire ivoirien sont encore revenus sur le vieux débat portant sur la délégation de pouvoir au Premier ministre. Ils réclament, au profit du Premier ministre des prérogatives en matière de signature des décrets. Un pouvoir dévolu jusque là au seul chef de l’Etat. Or il est presqu’inimaginable aujourd’hui que le président Laurent Gbagbo veuille accepter de partager ses prérogatives de signature, qui fondent toute son autorité, avec son Premier ministre. Le chef de l’Etat a, à plusieurs occasions, démontré combien de fois ces pouvoirs lui servent pour faire face à ses adversaires. Pour lui, tant qu’il “ détient la signature ”, il demeure le véritable maître à bord du navire Ivoire. Voilà donc que sur la question, la position radicale de Guillaume Soro et ses hommes risquent encore d’envenimer les débats déjà grippés. Ensuite, au moment où le président de la République estime avoir tranché définitivement sur les nombreuses intrigues à la radiotélévision ivoirienne en conférant à ce groupe, un nouveau statut, les rebelles réclament la réinstallation dans leurs charges des responsables récemment déchus du conseil d’administration en application des nouvelles mesures prises. Ce qui risque de polariser les débats Mais, là où le bât blesse, ce sont leurs préoccupations liées à la sécurité qu’ils ont toujours invoquées pour leur retour au gouvernement. Les “ forces nouvelles ” ont introduit des éléments nouveaux en ce qui concerne cette question qui risque désormais de crisper davantage la situation. Dans un premier temps, les rebelles sont fermes sur leur volonté de faire assurer leur protection par des éléments issus de leur rang. Soro et ses hommes sont intransigeants sur ce fait. “ Il n’y a pas de concession à faire, les forces nouvelles amènent leurs hommes à Abidjan pour leur sécurisation ”, indiquait le chef de la rébellion ivoirienne dans un entretien sur le site officiel de Bouaké, avant-hier, à quelques heures de l’arrivée des émissaires du président Mbeki dans son fief. Selon les compte rendu de la rencontre avec les Sud-africains, les rebelles ne voudraient désormais permettre à leurs ministres de prendre part aux activités du gouvernement qu’à la condition que les conseils se tiennent à un endroit autre que le cadre habituel du palais présidentiel d’Abidjan. Pis, Guillaume Soro et ses camarades ministres exigent que leurs hommes armés aient accès aux réunions du conseil pour veiller à leur sécurité. Une exigence qui s’assimile fort bien à du chantage contre le pouvoir ivoirien. A la vérité, Soro et ses hommes n’ont pas envie de revenir à Abidjan. Les rebelles continuent de ruser avec la médiation dans la crise ivoirienne pour gagner du temps. Les tenants de la rébellion ivoirienne n’ont en effet pas encore renoncé à leur volonté de voir partir du pouvoir le régime Gbagbo pour entamer une transition en Côte d’Ivoire. Ce qu’ils n’ont pu obtenir par les armes, les insurgés du 19 septembre 2002 tiennent absolument à l’avoir par la voie politique. La stratégie qui leur reste est de faire traîner les négociations au-delà des échéances butoir prévues jusqu’à l’expiration du mandat du président de la République en exercice d’ici octobre prochain. Passées ces échéances, il se profile déjà à l’horizon un désordre en Côte d’Ivoire qui pourrait être orchestré par le G7 (groupe des sept formations signataires des accords de Linas-Marcoussis) dont les trois mouvements rebelles sont parties prenantes. Ce scénario avance bien, et le pouvoir en Côte d’Ivoire est en danger.

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Laurent Gbagbo :“Heureux que le cas togolais fasse comprendre le respect strict de la Constitution”

9 Fevrier 2005

Article paru dans :
"FRATERNITE MATIN" du 9 février 2005
Source: N'Cho Jean

Crise ivoirienne

L’évolution de la situation politique au Togo après le décès du Président Eyadéma, apporte de l’eau au moulin du Chef de l’État.


Face aux populations (à droite) qui se sont exprimées par la voix du député Boidou, le Chef de l’État a encore réaffirmé sa volonté de défendre la Constitution contre vent et marrée.

Les Sanwi d’Aboisso et les Ehotilé d’Adiaké n’avaient pas leurs tenues d’apparat et leurs femmes n’étaient pas parées de leurs plus beaux atours. Sobrement habillés de pagnes aux couleurs de préférence noires, ils voulaient, au-delà du soutien politique aux actions du Président Laurent Gbagbo, marquer le deuil qui le frappe depuis la disparition de son père. Après les avoir remerciés, le Chef de l’Etat leur a dit que les dates de l’inhumation du patriarche à Mama (sous-préfecture de Ouragahio) seront connues dans une ou deux semaines.
Mais, à l’instar du 3ème sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba en juillet 2004 au cours duquel Kofi Annan avait dénoncé le tripatouillage des Constitutions en Afrique, la succession du général Eyadéma par son fils Faure Gnassingbé est une aubaine, tellement elle suscite une levée de boucliers de la communauté internationale. L’Union africaine, l’Union européenne et Paris notamment ont dénoncé le “coup d’Etat militaire” perpétré à Lomé, exigé “le respect de la Constitution togolaise” et des “procédures” qu’elle prévoit.
“Je suis heureux que le cas togolais fasse comprendre le respect strict de la Constitution à tout le monde. Je suis heureux que le Togo vienne rappeler à l’Afrique entière et au monde entier qu’il n’est pas bon de violer la Constitution. S’il faut respecter la Constitution au Togo, c’est qu’il faut d’abord la respecter en Côte d’Ivoire”, a déclaré Laurent Gbagbo pour s’élever contre toutes les pressions qui sont exercées sur lui pour qu’il modifie l’article 35 de la Constitution. “Une Constitution est faite pour être respectée parce que nous sommes divers. Ce qui nous unit, c’est le territoire et la Constitution. C’est nous-mêmes qui acceptons de la modifier pour la mettre en harmonie avec nos aspirations nouvelles. On ne va pas prendre des fusils et les mettre sous nos tempes et nous dire: ‘Allez changer votre Constitution’. Cela ne marche pas. On ne peut pas demander à un peuple de modifier sa loi constitutionnelle en lui mettant un fusil sous la tempe”, a-t-il commenté. Pour lui, c’est peine perdue. Car ceux qui ont pris les armes pour cela “ne gagneront pas la guerre, ils ne gagneront rien du tout”.
S’étant toujours mis dans la position du défenseur de la loi fondamentale, conformément à son serment, Laurent Gbagbo a donc rejoint les organisations qui dénoncent le mode de succession au Togo. “Il ne faut jamais encourager quelqu’un qui viole la Constitution”, a-t-il déclaré. Il a adopté cette position par conviction mais aussi et surtout pour interpeller la communauté internationale qui n’a pas eu la même réaction dans la crise armée ivoirienne. “Il ne faut jamais encourager quelqu’un qui prend les armes contre son pays”, a-t-il protesté. Car son raisonnement coule de source: “Tant qu’on n’aura pas mis notre Constitution et notre liberté à la modifier quand nous voulons au centre des réflexions, on ne trouvera pas une solution à la crise de la Côte d’Ivoire”. “Je suis élu pour protéger les Ivoiriens, défendre leurs intérêts. Je revendique la liberté pour le peuple ivoirien d’élire le Président de la République qu’il veut, de se donner la Constitution qu’il veut et de la modifier quand il veut”, a poursuivi Laurent Gbagbo dans un discours nationaliste. Mais il a tenu à préciser que cet objectif d’approfondissement de l’indépendance de la Côte d’Ivoire ne signifie point que les Ivoiriens sont des anti-Français.
Il a terminé par des conseils à ses opposants: “Il faut parcourir le pays, il faut être persévérant, il faut connaître les populations, il faut expliquer et s’expliquer”. La voie qu’ils ont empruntée est sans issue. “Ils ont pris les armes; ils sont bloqués et nous aussi nous sommes bloqués et on est là”.
Pour le porte-parole des populations, le député Boidou N’Gouan de la circonscription électorale d’Ayamé et de Bianouan, la crise armée a une explication: empêcher Laurent Gbagbo de gouverner afin qu’il n’applique pas son programme. “Si on vous laissait gouverner, il n’y aurait pas match aux élections”, a-t-il affirmé. C’est pourquoi, il a promis le soutien indéfectible des populations à la politique du Chef de l’Etat. Dans une allusion claire au Président Henri Konan Bédié qui a quitté la Côte d’Ivoire le 24 décembre 1999 (jour de son renversement par la junte militaire) pour la France via le Togo, il a affirmé que Laurent Gbagbo n’est pas ce capitaine qui, au premier coup de semonce, abandonne le navire avec ses bagages et ses voyageurs.

Auteur: Bi Bally Maurice FERRO


Laurent Dona Fologo : “L’heure de la françafrique est terminée… ”

9 Fevrier 2005

Article paru dans :
"L'intelligent d'Abidjan" du 9 février 2005

Laurent Dona Fologo, président du Conseil économique et social et grand disciple d’Houphouët-Boigny, a accordé une interview au bimensuel ‘‘Afrique éducation’’, dans sa parution du 01 au 16 février 2005.

Le père du sursaut national assène ses vérités sur la crise ivoirienne, le sommet de Libreville, la médiation de Mbeki, l’action de la France en Côte d’Ivoire. Le président du conseil économique et social propose même une solution interne de sortie de crise. Concernant, les deux premiers points, le disciple d’Houphouët-Boigny pense comme le chef de l’Etat Laurent Gbagbo, que “Monsieur Mbeki doit être notre dernier médiateur”. Pour lui, si la crise ivoirienne a connu beaucoup de circuits, d’étapes et de tentatives de règlement, c’est parce que Accra II, III et Marcoussis en particulier ont été faussés , injustes, inacceptables et méchants. Car soutient-il, les sentiments qui ont habité les participants à la table ronde de Marcoussis, n’avaient pour objectif que de dépouiller le président de ses pouvoirs constitutionnels, de l’humilier, ou pour certains, de se venger. “Toutes les difficultés de la crise ivoirienne partent de là”, révèle t-il. Donc pour le président du CES, parmi toutes les étapes que la Côte d’Ivoire a connues dans le règlement de sa crise, les décisions de Libreville qui reconnaissent que le referendum pouvait être l’une des options que le président Laurent Gbagbo pourrait utiliser, constituent le “document le plus clair, le plus équilibré et le plus juste pour régler la crise”. Le disciple d’Houphouët-Boigny pense en outre que , le président Thabo Mbeki remplit les conditions qu’aucun autre médiateur n’a rempli. Pour lui, plusieurs choses concourent à cela. D’abord, Thabo Mbeki est loin de la zone Ouest-africaine et ne peut de ce fait, être mêlé aux manœuvres de leadership. Ensuite, n’étant pas francophone, il échappe à l’emprise de la France. Puis, en tant que “grand’’ combattant pour la liberté et la justice, il n’a avec Nelson Mandela, aucune leçon de nationalisme ni de patriotisme à recevoir de qui que ce soit. Enfin, Mbeki est jusque-là, le seul médiateur qui a parlé aux représentants du peuple à l’Assemblée nationale. Sur la modification de l’article 35, Laurent Dona Fologo est clair. Selon lui, toute question qui touche à l’élection présidentielle ou concernant l’exercice du pouvoir présidentiel ne peut être modifiée que par référendum. Mais si, poursuit-il, l’on fait de cette procédure un problème, c’est parce que la Côte d’Ivoire n’est pas en situation normale. Situation qui a amené le viol de la constitution : premier ministre imposé au président, le quota de ministres par parti politique, etc. Or pour le président du Ces la violation positive serait celle qui pourrait amener et garantir le désarmement immédiat, la réunification du pays et qui permettrait d’aller directement à des élections ouvertes, propres et transparentes. C’est pourquoi le président du Rpp envisage, si la Côte d’Ivoire continue de faire du sur-place, la création d’une structure appelée “coalition nationale de soutien à la médiation pour la paix en Côte d’Ivoire”, qui pourrait demander au président de la république d’accepter exceptionnellement de promulguer directement l’article 35 modifié, sans recours au référendum. Mais selon Fologo, la seule garantie que demanderait cette coalition, c’est l’engagement de la communauté internationale à procéder immédiatement au désarmement des rebelles, à la réunification du pays et au déploiement de l’administration et de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire. Intervenant sur l’action de la France en Côte d’Ivoire, Ldf pense que l’heure est venue de voir les choses de façon responsable dans les relations entre l’Afrique francophone et la France. Un travail qui, selon lui, ne doit pas se conduire dans la haine, la précipitation ni pendant les conflits. Mais plutôt de façon sereine et responsable. “L’heure de la françafrique est terminée”, martèle-t-il. Et d’ajouter qu’“ il n’y aura plus de chasse gardée en Afrique”.

S.Z


Après le décès du Président Eyadema - L’armée installe son fils au pouvoir.

8 Fevrier 2005

Article paru dans :
"Les Echos du Matin" du 7/2/2005

Le Président Gnassingbé Eyadema, le « timonier » du Togo, est mort avant-hier, samedi 5 février, à 69 ans après avoir passé 38 ans à la tête du pays. Depuis sa disparition, c’est l’incertitude quant à l’avenir tant l’actualité dans ce pays s’est brusquement accéléré.

Le président togolais, Gnassingbé Eyadema est décédé, samedi dernier, d’une crise cardiaque, à la surprise générale, alors même qu’il était en train d’être évacué d’urgence à l’étranger pour des soins. Deux heures à peine après l’annonce officielle de son décès, toutes les frontières du Togo ont été bouclées et le fils du défunt, Faure Gnassingbé, a été fait président du pays, au mépris de la Constitution du pays. La loi fondamentale du pays prévoit, en effet, un intérim de 60 jours assuré par le président de l’Assemblée nationale en cas d’incapacité du président d’assurer ses fonctions, à l’issue duquel l’élection présidentielle doit se tenir. Le président de l’Assemblée nationale n’a pas eu le temps de mettre en application cette disposition de la Constitution togolaise. L’armée en a décidé autrement pour des raisons inavouées. Elle a prétexté le fait que le président de l’Assemblée nationale était absent du territoire et que le pays dès cet instant se trouvait dans une « vacance totale du pouvoir » pour mettre en selle le fils du président défunt. Et pourtant, en visite en France au moment du décès du président togolais, le président de l’Assemblée nationale, Fambaré Ouattara Natchaba n’a pu regagner le Togo jusqu’à présent pour assurer les fonctions qui lui sont désormais dévolues au regard du texte constitutionnel car toutes les frontières du pays ont été fermées sur décision du gouvernement en place. Plus précisément sur décision du Premier ministre togolais, Kofi Sama qui s’est empressé d’annoncer à la radio nationale que « les frontières terrestres, aériennes et maritimes » étaient immédiatement bouclées « pour mesure de sécurité. « Le gouvernement, les forces armées et de sécurité veilleront à ce que l’ordre, la sécurité et la paix règnent sur toute l’étendue du territoire national », a-t-il déclaré après avoir annoncé officiellement le décès du Président Gnassingbé Eyadema. Et comme il fallait s’y attendre, le successeur constitutionnel, M. Fambaré Ouattara, n’a pu regagner son pays. Il s’est donc résolu à atterrir à Cotonou, au Bénin avec l’espoir de pouvoir entrer au Togo par d’autres moyens. Après avoir résisté à plusieurs tentatives de coup d’assassinats, à un accident d’avion, à une série de manifestations violentes contre son régime et battu tous les records de longévité au pouvoir en Afrique, le président Gnassingbé Eyadema, dont le pays était sous embargo depuis 1993 pour « déficit démocratique », a tiré sa révérence.

C’est un grand « ami » de la France, au dire du président français Jacques Chirac lui-même, qui s’en est allé. Il s’était rendu maître dans l’art du « tripatouillage » de la Constitution.
Et c’est de cette façon là qu’il a pu briguer un mandat présidentiel supplémentaire en 2003. Dès l’annonce officielle de sa mort, les messages de compassion à l’endroit du peuple togolais venus du monde entier se sont succédé en même temps que les messages de condamnation du coup d’Etat orchestré par le chef d’état-major de l’armée togolaise, le général Zakari Nandja, avec le soutien du gouvernement en place. Toute la nuit de samedi, Jacques Chirac, Kofi Annan, Abdou Diouf, Mohamed VI, Laurent Gbagbo, Louis Michel et Mamadou Tandja ont manifesté leur compassion au peuple et au gouvernement togolais. Quant aux condamnations du coup d’Etat, elles n’ont cessé de se manifester depuis la prise du pouvoir par Faure Eyadema. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) suivie de l’Union africaine (UA), soutenues par l’Union européenne, l’Organisation des nations unies (ONU) et bien d’autres organisations, ont tout de suite manifesté leur désapprobation devant ce qu’elles ont qualifiées de « coup d’Etat militaire ». C’est donc pour donner une teinture légale au nouveau pouvoir que l’Assemblée nationale togolaise sur les conseils avisés de “la France de l’ombre”, s’est réunie en session extraordinaire pour élire Faure Gnassingbé à la tête du parlement après modification de la consitutition. La CEDEAO a depêché hier à Lomé son secrétaire général exécutif, Ibn Chambas.
Roselyne Aka

La résistance se prépare
Hier, dimanche 6 février, la situation était calme et le pays se préparait à reprendre une activité normale malgré tout, de sources bien introduites. Mais, revigoré, certainement, par les condamnations qui ont fusé de partout, le président de l’Assemblée nationale, Fambaré Ouattara Natchaba, a entrepris dans un premier temps, de se donner les moyens de rejoindre son pays pour assurer ses fonctions avant de changer d’avis. Dès son arrivée à Cotonou, samedi soir à bord d’un vol de la compagnie Air France, M. Fambaré Ouattara s’est entretenu avec le président béninois Mathieu Kérékou, puis avait souhaité être conduit à la frontière entre le Bénin et le Togo. Visiblement, le président de l’Assemblée nationale togolaise entendait rentrer au pays, avec la ferme intention d’assurer ses fonctions de président intérimaire. Il faut savoir que M. Fambaré Ouattara est un homme de caractère auquel l’on prête de toujours aller jusqu’au bout de ses idées. Selon la presse togolaise, le président de l’Assemblée nationale, ancien professeur de droit à l’Université de Lomé et ancien directeur de Cabinet du président togolais, joue depuis plusieurs années un rôle central dans la vie politique du pays. A l’évidence, c’est quelqu’un qui ne s’en laisse pas conter. Et pourtant, aux dernières nouvelles, M. Ouattara a décidé de revenir sur sa décision pour des raisons évidentes de sécurité. De sources diplomatiques, le président de l’Assemblée nationale ne souhaitait plus rentrer dans son pays dans l’immédiat, préférant attendre que la situation soit stabilisée. Il « s’est désisté au dernier moment. Il ne souhaite pas retourner à Lomé tant que la situation n’est pas stabilisée », a expliqué un diplomate béninois, qui a requis l’anonymat. Entre temps, il est fait état de ce qu’une résistance était en préparation avec une partie de la diaspora togolaise, notamment celle de Belgique, foncièrement opposée à cette prise de pouvoir par le fils du président défunt. Un mouvement dénommé « Mouvement patriotique du 5 octobre (MO5) », s’est manifesté hier, dimanche 6 février, à travers un communiqué pour désapprouver ce coup d’Etat militaire. « Comme on pouvait s’y attendre, l’armée a décidé de confier le pouvoir à un des fils du dictateur togolais au mépris des règles constitutionnelles taillées sur mesure pour le défunt président. La constitution togolaise prévoit qu’en cas de vacance de poste de président de la République, c’est le président de l’Assemblée nationale togolaise qui doit assumer les responsabilités présidentielles et convoquer les élections présidentielles dans les 60 jours », explique Eloi Koussawo, coordonnateur du mouvement. Puis d’ajouter : « Aujourd’hui, le Mouvement patriotique du 5 octobre ( MO5 ) constate et dénonce la violation des règles démocratiques et invite le peuple togolais dans son ensemble, les partis d’opposition et les syndicats des différents corps de métier du Togo, à refuser cet énième coup de force des militaires. Le MO5 soutient la position de l’Union Africaine (UA) et du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour une transition pacifique qui respecte les règles constitutionnelles, et rassemble la nation togolaise qui n’en peut plus de tourner la page ». La résistance contre ce coup d’Etat militaire est donc lancée même s’il n’est pas certain qu’elle réussisse.
R. A.


Les députés votent la révision de la Constitution
Les députés de l’Assemblée nationale togolaise ont voté dimanche en séance extraordinaire la révision de l’article 65 de la Constitution portant sur la vacance du pouvoir en cas de décès du chef de l’Etat. Les députés ont également voté la destitution du président du parlement, Fambaré Natchaba Ouattara, et plusieurs parlementaires ont demandé que soit élu à ce poste Faure Gnassingbé, fils du président Gnassignbé Eyadéma décédé samedi, auquel l’armée avait immédiatement “confié” le pouvoir en violation des règles constitutionnelles. Dans son ancienne version, l’article 65 prévoyait qu’”en cas de vacance de la présidence de la république par décès (...), la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l’Assemblée nationale” et l’organisation d’une élection présidentielle “dans les soixante jours de l’ouverture de la vacance”. Le nouvel article 65 a supprimé le mot “provisoirement”, et ne fait plus mention d’organisation d’un scrutin présidentiel. Les députés lui ont en revanche ajouté la phrase suivante: “le nouveau président de la République exerce ses fonctions jusqu’au terme du mandat de son prédécesseur”. 61 députés, sur les 81 que compte le parlement, étaient présents à la séance extraordinaire et ont voté à main levée, et à l’unanimité, la révision des articles 65 et 144 de la Constitution, ainsi que la modification de l’article 203 du code électoral. L’article 144 de la Constitution stipulait qu’”aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie en période d’intérim ou de vacance ou lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire”. Les députés togolais l’ont épuré de la manière suivante: “aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire” Enfin, ils ont modifié l’article 203 du code électoral, permettant à un ministre de retrouver son mandat de député en cas de démission de ses fonctions ministèrielles. Faure Gnassingbé était ministre dans le gouvernement, mais était auparavant député. Le président de l’Assemblée natinale destitué se trouvait hors du pays lors du décès du président Eyadéma et est actuellement au Bénin, empêché de rentrer au Togo par la fermeture des frontières décidées par l’armée.

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Diarra : ‘’Venez avec vos gardes de corps’’

8 Fevrier 2005

Article paru dans :
"Le Front" du 7 février 2005

Le samedi 05 février 2005, le Premier ministre du gouvernement de réconciliation nationale, M. Seydou Elimane Diarra à la tête d’une délégation, est arrivé à Bouaké où il a rencontré les Forces nouvelles.

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Après un entretien à huis clos au Secrétariat général des Forces nouvelles entre Seydou Diarra et Guillaume Soro, les deux délégations se sont retrouvées au Ranhôtel de Bouaké pour une séance de travail qui a duré prés de deux heures d’horloge. Plusieurs questions ont été abordées au cours de cette rencontre notamment le problème de sécurité, la délégation de pouvoir au Premier ministre, la situation d’illégalité que vit la Rti, le programme national Ddr, la question des lois dénaturées et la récurrente question de l’école dans les zones Forces nouvelles.
C’est à 15h 15 que la délégation de la Primature conduite par le Premier ministre a quitté Bouaké à bord du Lear Jet, avion spécial du représentant spécial de Kofi Anann en Côte d’Ivoire.

PROPOS RECUEILLIS

A la fin de la rencontre entre la primature et les Forces nouvelles, le Premier ministre Seydou E. Diarra et le Secrétaire général des Forces nouvelles Guillaume Soro ont livré leurs impressions à la presse.
Seydou Diarra
« Les Forces nouvelles peuvent venir à Abidjan avec leur sécurité »
Monsieur le 1er ministre vous sortez d’une longue séance de travail avec les Forces nouvelles est ce qu’on peut d’ores et déjà avoir quelques points d’accords surtout à un moment où on parle de sécurité, où à Abidjan on sait qu’il y a des mouvements par rapport au GPP et à la sécurité officielle ?
Tout d’abord je voudrais remercier les Forces nouvelles d’avoir organisé cette rencontre avec le ministre d’Etat Soro Guillaume et le colonel Bakayoko ainsi que toute son équipe . Je crois que j’observe une chose, je ne viens pas fréquemment à Bouaké et quand on ne se rencontre pas, la méfiance s’agrandit d’avantage. Il faut se voir, se parler et nous évitons par là même beaucoup de malentendus. C’était, je crois, une séance de travail assez riche , nous avons eu a échanger sur tous les points, les questions de sécurité, les questions sur l’école, les questions sur le DDR, enfin sur toutes ces questions, je pense qu’on avait besoin de recentrer nos positions. Je pense qu’il n’ y a pas un différentiel de questions qui nous oppose, je crois que c’est ce que je peux retenir comme le premier point .
Le deuxième point, je persiste a dire qu’il faut restaurer la confiance, on parle de sécurité pourquoi, parce qu’il n’ y a pas la confiance. C’est vrai, vous avez parlé d’Abidjan, des événements qu’on a connus, moi je pense aussi que ces questions doivent être traitées au sein du gouvernement, je pense que nous allons aborder toutes ces questions là . Pour le moment, les Forces nouvelles pour revenir à Abidjan pour reprendre leur place au conseil de gouvernement et dans toutes les instances posent des problèmes de sécurité, sécurité concernant la formation de leurs gardes de corps personnels. A partir du moment je pense que ces personnalités et ces gardes du corps sont issus de la même corporation des forces armées d’Etat, je ne vois pas, je ne pense pas qu’il y ait un problème de fond. Je crois que c’est cela surtout . Ce que je dis toujours, c’est la méfiance.
Donc ils peuvent aller avec leur sécurité ?
Moi, mon point de vue, je ne suis pas opposé à cela, il faut qu’on échange pour voir dans quel cadre cela peut se faire.
Vous n’êtes pas opposés, mais vous n’avez pas tous les pouvoirs, ils se battent aussi pour la délégation de pouvoirs ?
Non, non, le problème n’est pas là. Je crois qu’il faut échanger ? Qu’on tombe d’accord sur ces questions là. La délégation de pouvoir, je crois que c’est une question qu’on a eu a échanger sur cela. Nous savons bien de quoi il s’agit, je n’ai pas besoin de vous le dire aujourd’hui, nous savons bien de quoi il s’agit.
Qu’en est il de la question de l’école ?
Vous avez raison, d’ailleurs cette question a été inscrite en conseil des ministres.
La semaine passée, et il a été convenu qu’une commission se penche sur cela de façon qu’il y ait les examens dans la zone.
Les examens auront il lieu ?
Il y aura les examens, je peux vous le dire.
Guillaume Soro
« Les conseils de ministres doivent se tenir en dehors du palais présidentiel »
Vous venez d’avoir une longue séance d’entretien avec Monsieur le Premier Ministre, est ce - que déjà on peut avoir un aperçu sur la démarche qui a été engagée ce matin ?
Voyons la rencontre de ce matin avait pour objectif de faire le point avec le Premier ministre sur le processus de paix en cours. Vous savez que depuis le 04 Novembre 2004, il y a eu une rupture de dialogue entre le Président de la République et les forces politiques dont les Forces nouvelles. L’arrivée du Premier ministre ce matin, répondait à l’exigence de faire un bilan de ce processus. Naturellement, avec le Premier ministre, nous avons évoqué la question du gouvernement de réconciliation nationale et la position des Forces Nouvelles est très claire. La première condition que nous posons, c’est que nos ministres qui doivent prendre place dans le cadre du gouvernement de réconciliation nationale à Abidjan doivent être en sécurité et nous avons clairement signifié au Premier Ministre et il ne s’oppose pas du tout à l’idée. Il nous a dit qu’il était parfaitement d’accord. Nous avons proposé de venir avec nos propres gardes de corps à Abidjan. C’était quelque chose qui était déjà acquise depuis longtemps et nous disons qu’il est normal que nous allions à Abidjan avec notre propre sécurité. Deuxièmement, nous avons dit que la situation d’illégalité que vit la RTI doit être résolue. Il faut que l’ancienne équipe dirigeante de la RTI revienne à la RTI à savoir que le premier responsable de la RTI qui est le PCA reprenne son poste, je veux parler de M. Bandaman Maurice.
La troisième condition est que M. Laurent Gbagbo donne une délégation de pouvoirs au Premier Ministre dont la délégation de signature des décrets. Ça nous est apparu important pour que le gouvernement ait l’autorité nécessaire pour fonctionner.
En ce qui concerne les lois, des lois ont été dénaturées, il faut que ces lois soient révisées et qu’elles répondent à l’esprit et à la lettre de Linas-Marcoussis.
En ce qui concerne le programme national DDR, les FN ont réaffirmé leur soutien au PCO, le Plan Conjoint des Opérations que nous signé et validé. En même temps, nous disons qu’il n’existe pas un programme national DDR validé par notre Etat-major. C’est pourquoi, nous pensons que toutes les mesures doivent être prises pour permettre qu’on rédige, on discute, on négocie un programme national DDR complet, qui soit soumis au gouvernement pour être simplement entériné. Donc, je pense que sur l’ensemble de ces questions, nous avons été parfaitement en phase avec M. le Premier ministre qui dans un premier temps a reconnu la nécessité que les lois soient conformes à Marcoussis, qui a noté la pertinence n’est-ce-pas de la possible rédaction d’un programme national DDR. Donc, nous pensons que ce sont des questions qui sont éminemment importantes, nous avons aussi évoqué plusieurs autres questions en dehors donc du gouvernement de réconciliation. Nous avons évoqué la récurrente question de l’école et de la démonétisation ; nous avons demandé qu’en tant que Premier ministre du gouvernement de réconciliation nationale, il faut qu’il instruise le ministre de l’Education nationale pour qu’il organise dans les délais les meilleurs, les examens dans nos zones. Là aussi, nous avons reçu l’accord du Premier ministre de ce que déjà, il avait fait une lettre au ministre Amani pour qu’il organise les examens et que bien sûr, il allait continuer de faire en sorte que les examens se déroulent ici. Je pense que sur l’ensemble de ces questions, nous avons été en phase et nous espérons que ce sont des questions qui seront traitées avec diligence.
Pour rester dans le ton de la sécurité, quel commentaire faites vous des récents évènements à Abidjan ?
Voyons, la résurgence des milices armées qui tuent à Abidjan, c’est une question que nous avons, maintes fois dénoncé. Tantôt, le clan présidentiel nous répondait qu’il n’y avait pas de milices. Aujourd’hui, la preuve est faite que le GPP est armé, peut- être même mieux armé que les forces de défense et de sécurité et qu’il y a urgence à régler le problème. Alors, ce n’est pas dans ce contexte d’insécurité totale et de confusion généralisée qu’on va demander aux ministres des Forces Nouvelles de se rendre à Abidjan alors que même la force légale telle que la police n’est même pas en mesure d’en imposer aux milices. Donc, la situation est extrêmement grave et que dit le Président de la République de tout ça. On se demande si dans ce pays, il existe un ministre de la défense et un ministre de la sécurité. Partant de là la position des FN est extrêmement claire :l’avant dernière résolution a épinglé les milices et nous disons qu’il est plus que urgent en dehors même du programme national DDR que les milices soient désarmées et nous pensons qu’aujourd’hui, l’Onu doit prendre ses responsabilités dans le cadre de la sécurisation de la ville d’Abidjan pour désarmer les milices. Si le médiateur Thabo Mbeki voulait des preuves de l’existence des milices, aujourd’hui elle sont faite.
Vous parlez du médiateur justement, il y a eu un report pour la dernière concertation avec les émissaires du médiateur, ce report c’est pour ce Lundi. Est ce que les FN avec du recul, feront de nouvelles propositions ou bien qu’est ce qu’elles poseront sur la table de négociation ?
Il n’ y a pas de concessions à faire, ce n’est pas de ça qu’il s’agit ; au cours la dernière rencontre avec la médiation, nous avons évoqué globalement les questions de sécurité. Le premier point à l’ordre du jour était la sécurité des ministres des FN, nous avons estimé qu’il fallait que les ministres issus des FN bénéficient d’une meilleure sécurité à Abidjan. La réunion a convenu qu’il fallait mettre un comité de techniciens, d’experts pour étudier et évaluer cette question de sécurité à Abidjan. Donc à l’heure où nous parlons, un plan de sécurité est en élaboration, qui sera soumis à la réunion de Lundi prochain. Donc, dans ce plan, il est évidemment de faire cas de ce que les FN amènent leurs hommes à Abidjan pour les sécuriser. Deuxièmement si on considère que l’enceinte du palais relève de la souveraineté de l’Etat de Côte d’Ivoire et donc est inviolable par rapport à la présence des forces impartiales, il faut qu’on trouve un autre lieu. Il n’est écrit nulle part dans la constitution que les conseils de ministres doivent se tenir au palais de la Présidence de la République, donc on peut trouver tout autre lieu sécurisé convenablement répondant aux normes de sécurité pour que nous allions tenir les conseils des ministres. Le deuxième point était relatif au cessez le feu. Vous savez que nous sommes dans une période ou une situation de belligérance. Le-cessez-le feu a été violé de façon unilatérale par le régime de M. Laurent Gbagbo, donc nous avons demandé aux interposants, aux forces impartiales interposées entre nous de nous donner les garanties de ce que le cessez le feu ne sera pas à nouveau violé surtout qu’on a oui dire que la flotte de M. Laurent Gbagbo était reconstruite. Donc, à partir de là il était important de savoir si la guerre était possible ou non. Auquel cas, chaque partie adoptera les schémas qui conviennent à la situation. Et le troisième point c’est le programme national DDR, c’est ce point, justement qui n’a pas été épuisé et nous avons reporté la réunion à Lundi et cette réunion va naturellement et je suppose, adopté le plan de sécurité proposé par le comité d’experts et de techniciens et ensuite nous allons épuiser la question du programme national DDR.
Monsieur le Secrétaire général, les élections de 2005, vous y croyiez ?
Il ne s’agit pas que le Secrétaire Général croit ou pas. Nous sommes dans une situation où naturellement la solution à la guerre en Côte Ivoire sera des élections démocratiques et transparentes. Or, les instruments qui devraient permettre de préparer les élections dans notre pays sont paralysés et sont bloqués. Je veux parler du gouvernement de réconciliation nationale qui est essentiel dans la préparation des élections. Je veux parler de l’Assemblée Nationale, de la commission électorale indépendante. etc. A partir de là, si le gouvernement ne fonctionne pas, les FN iront bientôt en réflexion pour proposer d’autres solutions. Pourquoi ne pas, à partir de maintenant, confier l’organisation des élections à l’ONU puisque le gouvernement ne peut pas les organiser. En ce qui concerne le processus électoral, avoir mandat de partir de l’identification, des cartes d’électeurs, du recensement jusqu’à la publication de la liste des candidats et organiser des élections démocratiques et transparentes, c’est la seule possibilité pour mettre fin à la guerre. Parce que le plus important, la clé de voûte du processus de paix en Côte d’Ivoire, contrairement à ce que les gens affirment, ce sont les élections qui pourront sortir les Ivoiriens de la guerre. Donc, je pense que c’est important, et toutes les énergies doivent aller dans le sens de l’organisation desdites élections.
Certains ont encore des doutes sur la médiation de Thabo Mbéki et actuellement nous assistons au delà de nos frontières à une bataille rangée entre la France et l’Afrique du Sud, entre Thabo Mbéki et Chirac. Quel commentaire faites vous de tout cela , même quand on dit quelques fois que lorsque deux couteaux se battent, le coq se met à l’écart.
Je ne sais pas qui serait le coq dans cette situation.
Mais ce qui est le plus important c’est que ce n’est pas un combat qui nous concerne. Les Ivoiriens veulent la paix, donc on ne peut pas revenir sur la guerre des gens et faire d’autres guerres. Je pense que ce n’est pas un sujet qui nous occupe. Nous, nous voulons que les africains, que la communauté internationale nous aident à aller à la paix. Et la paix en Côte d’Ivoire passe obligatoirement par des élections démocratiques, transparentes et ouvertes à tous. Donc ce que nous demandons aux Présidents Chirac et Mbeki , ce que nous demandons à la Cedeao, à l’union africaine et à l’ONU, c’est de s’impliquer et de s’approprier le processus électoral en Côte d’Ivoire. Ce qui permettrait de rassurer toutes les parties quant à la clarté du scrutin et certainement, offrirait des perspectives généreuses de sortie de crise et bien sûr, de la relance d’une paix durable dans notre pays.

Propos recueillis par Charles Bamba à Bouaké (chabamb@yahoo.fr)


John Kufuor irrité par les derniers propos de Chirac.

8 Fevrier 2005

Article paru dans :
"Le Courrier d'Abidjan" du 7/2/2005

Colère - La dernière sortie de Jacques Chirac n'a pas que mécontenté SEM. Thabo MBeki, chef de l'Etat sud-africain et médiateur dans la crise ivoirienne. Depuis le week-end dernier, le président John Kufuor du Ghana est entré dans la danse pour dire à Chirac ses quatre vérités.

Par William-Varlet ASIA

La nouvelle est tombée au moment où le chef de l'Etat ivoirien répondait - à Accra - à une invitation de son homologue ghanéen. Une dépêche de l'Agence France Presse (AFP) qui estimait être dans le secret des dieux "balançait" l'information selon laquelle ; "le président Gbagbo est allé voir John Kufuor pour lui demander son soutien dans la perspective de l'organisation du référendum" devant régler la question de l'article 35.
Pour l'AFP, "le président Kufuor a dit niet à Gbagbo", lui déconseillant cette voie.
Pour faire bonne impression, cette agence a ajouté tenir son information "de source proche de la présidence ghanéenne". Il n'en fallait pas plus, pour que le cabinet Kufuor - saisi de cette autre imposture désormais propre aux médias français - réagisse. Joints depuis Accra, les services du président Kufuor qui ne se reconnaissent nullement dans de telles "allégations de nature à détériorer des rapports bilatéraux au beau fixe entre la Côte d'Ivoire et le Ghana ", se sont d'abord appuyés sur les acquis du récent sommet de l'UA à Abuja.
"A Abuja, le médiateur MBeki a fait un exposé de la situation en Côte d'Ivoire. Il a parlé des avancées et de ce qui reste à faire. Devant la qualité de l'exposé, du travail abattu et de ses prochaines visions par rapport à ce qu'il entend faire dans la droite ligne de sa médiation, le président Obasanjo, président en exercice de l'UA, l'a félicité. En présence du Secrétaire général de l'ONU, il a remercié MBeki, au nom de tous les chefs d'Etat présents dans la salle et lui a donné carte blanche et les pleins pouvoirs pour continuer cette médiation, qui, nous en sommes convaincus, est sur la bonne voie. L'exposé du médiateur sud-africain était si limpide que le cas ivoirien a été bien perçu et réglé en moins de 5 minutes. Ceux qui étaient à Abuja peuvent vous dire combien de temps a duré le traitement de la question ivoirienne. La clarté de l'exposé du président MBeki nous a permis de passer rapidement aux autres questions à l'ordre du jour. Aujourd'hui, nous sommes plus que convaincus d'une chose : MBeki est sur la bonne voie et il réussira, malgré les sentiments des uns et des autres".
Ce, avant de répondre fondamentalement à l'intoxication qui a entouré le récent voyage du président Gbagbo au Gahna :"A Accra, le président Gbagbo répondait simplement à l'invitation d'un frère. Le président Kufuor et lui ont fait le tour d'horizon de toutes les questions qui se posent aujourd'hui à l'Afrique. Ils ont évidemment parlé de la situation en Côte d'Ivoire, mais il n'a nullement été question de référendum. Le président Gbagbo n'a jamais demandé au président Kufuor son soutien pour que le référendum puisse avoir lieu en Côte d'Ivoire. Ce point est une question qui ne se règle pas ici, au Ghana. Il est donc malsain de livrer ce genre d'information. Ce que nous pouvons par contre vous révéler, c'est que les deux chefs d'Etat étaient très décontractés, lors de l'entretien. Et pour la première fois, nous les avons vus parler des chances de qualification de leurs équipes nationales respectives à la prochaine Coupe du monde. C'est dire combien de fois il n'a pas été question, même un seul instant, du référendum en Côte d'Ivoire. Ce genre d'actions qui sont de nature à saboter le processus de retour à la paix doivent cesser. La Côte d'Ivoire doit, à tout prix, redevenir ce qu'elle a toujours été".
Les services de la présidence ghanéenne se sont, par la suite, prononcés sur ce qui est des injures du président français à l'endroit de la médiation du président MBeki. Ils confirment que "le président Kufuor, le plus naturellement du monde, n'a pas du tout apprécié la sortie de route du président Chirac". Pour lui, "s'en prendre à une médiation qui a reçu l'onction de tous les chefs d'Etat africains et qui est mandatée aussi bien par les plus grandes institutions que par les grandes puissances, revient à s'en prendre en premier lieu aux chefs d'Etat africains que nous sommes. Et cela, nous ne saurions le tolérer pendant longtemps".
Depuis samedi, les propos de Kufuor ont fait le tour des médias ghanéens. Ils attendent sans doute que l'AFP les reprennent pour corriger son mensonge. Mais, l'AFP "mouille", comme ont le dit, du côté d'Adjamé.

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LES PRINCIPALES RÉSOLUTIONS DU SOMMET D'ABUJA.

7 Fevrier 2005

Voici les principales résolutions du quatrième sommet de l'Union Africaine, qui s'est tenu dimanche et lundi à Abuja, la capitale du Nigeria.

Ces «décisions», prises par les Ministres des Affaires Etrangères en Conseil Exécutif, ont été approuvées par les Chefs d'Etat.

Fusion de la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples avec la Cour de Justice de l'Union Africaine :

Le Conseil demande que le projet soit présenté à sa session du Sommet de Juillet 2005 et «invite tous les Etats membres qui ne l'ont pas encore fait à signer et à ratifier ou à adhérer au Protocole relatif à la Charte africaine sur la création d'une Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples et le Protocole relatif à la Cour de Justice de l'Union Africaine».

Evaluation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD):

Le Conseil «soutient avec force l'élaboration d'une position africaine commune». Il «demande à la Commission de coordonner les activités et de jouer un rôle de premier plan dans le processus d'élaboration de la position africaine commune en étroite collaboration avec les Etats membres, le Secrétariat du NEPAD, la Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), les Communautés Economiques Régionales (CER) et la Banque Africaine de Développernent (BAD)».

Négociations de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en cours :

Le Conseil « recommande l'adoption rapide d'une approche sur le règlement de la question du coton sur la base des résultats de la réunion de concertation tenue à Bamako, les 12 et 13 janvier 2005 ( ... ), l'examen rapide de la question des subventions agricoles et l'adoption d'une position commune africaine sur les produits de base d'une manière générale ». Il «accepte l'offre de l'Egypte d'abriter une réunion au Caire en Mai 2005 pour discuter des moyens de relever les défis auxquels sont confrontés les pays africains producteurs de coton».

Sur la réforme des Nations Unies (représentation au Conseil de Sécurité) :

Le Conseil «décide de mettre sur pied un comité ministériel de 15 membres», et «décide que le comité tiendra une réunion du 20 au 22 février 2005 qui sera suivie d'une session extraordinaire du Conseil Exécutif en vue d'adopter la position de l'Afrique».
Il «accepte avec gratitude l'offre du Royaume du Swaziland d'abriter la réunion du comité des 15».

Accréditation de la Communauté d'Afrique de l'Est :

Le Conseil «recommande à la Conférence, la reconnaissance de la Communauté de l'Afrique de l'Est et par conséquent son accréditation en tant que Communauté Economique Régionale de l'Union Africaine».

Sur les candidatures africaines aux postes dans le système international :

Le Conseil «décide d'appuyer les candidatures» du Dr Mohamed Elbaradei (Egypte) pour sa réélection au poste de Directeur Général de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, et du Ministre mauricien des Affaires Etrangères, du Commerce International et de la Coopération régionale, au poste de Directeur Général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Il soutient la candidature du Ghana pour le siège non-permanent alloué à l'Afrique de l'Ouest au Conseil de Sécurité de l'ONU pour 2006-2007, en remplacement de l'Algérie.

Il soutient aussi celle de Madagascar au Conseil Economique et Social des Nations Unies (ECOSOCC) et de la Côte d'Ivoire pour une réélection au Comité des Programmes et de la Coordination (CPC) et au Conseil du Développement (CDC) de l'Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI).

Il soutient enfin celle du Niger au Conseil d'Administration du Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour la période 2005-2007.

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