Novembre 2006

DISCOURS DE SON EXCELLENCE MONSIEUR CHARLES KONAN BANNY, PREMIER MINISTRE DE LA REPUBLIQUE DE COTE D'IVOIRE.

9 Novembre 2006

Ivoiriens, Ivoiriennes,
Mes chers Compatriotes ;

Il y a une semaine, le Conseil de Sécurité des Nations Unies, organisation dont la Côte d’Ivoire est membre, à adopté, à l’unanimité, la Résolution 1721 qui détermine les dispositions essentielles devant régir désormais la sortie de crise dans notre pays. Aujourd’hui je me propose de partager, avec vous, ma compréhension de cette Résolution, l’esprit qui s’en dégage et les actions essentielles qu’elle prescrit. Tout d’abord, je note, avec vous tous, que l’adoption de la Résolution 1721 traduit, encore une fois, l’intérêt que la communauté internationale porte à notre pays et son souci renouvelé de nous aider à sortir de cette situation difficile qui n’a que trop duré. Mais comme je vous l’ai souvent dit, et je vous le répète : “ le sage doit se trouver dans le village”. Aussi, nous aurons notre rôle à jouer pour mettre fin à la crise. Ensuite, je tiens à rappeler que de toutes les résolutions adoptées par le Conseil de Sécurité sur la Côte d’Ivoire, les Résolutions 1633 et 1721 ont un intérêt particulier qui leur est commun. Ainsi, la Résolution 1633 après avoir constaté la fin du mandat du Président de la République qui est de cinq (5) ans tel que prescrit par la constitution, a décidé de proroger de douze (12) mois la durée de ce mandat. La même résolution a décidé de la désignation d’un Premier Ministre pour la même durée de douze (12) mois avec pour mission de préparer les élections à l’échéance du 31 octobre 2006. De même la résolution 1721, après avoir constaté l’impossibilité d’organiser des élections dans ce premier délai a prorogé le mandat et du Président de la "République et du Premier Ministre, ce dernier ne pouvant, en aucun cas, être candidat lors des prochaines élections. Cette dernière prescription, bien que non constitutionnelle, est importante. Elle part du principe de ce que le Premier Ministre ne saurait être juge et partie. Cette prescription garantit la neutralité de son rôle et du processus qu’il devra conduire. C’est très bien ainsi, dans la situation que traverse notre pays. Je l’ai accepté pour ma part, car je me considère comme un homme de missions, un homme de devoirs, plutôt qu’un homme de pouvoir. C’est pour toutes ces raisons, que je voudrais remercier, en notre nom à tous, le Secrétaire Général de l’ONU, tous les pays membres permanents et non permanents du Conseil de Sécurité, le Président de l’Union Africaine les pays membres du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine et les Chefs d’Etat de la CEDEAO pour leur constante sollicitude à l’égard de notre pays. La résolution 1721 est l’aboutissement de tous les débats et consensus obtenus lors des sommets des Chefs d’Etat de la CEDEAO et de l’Union Africaine, auxquels notre Etat a été pleinement associé. C’est alors l’aboutissement de décisions auxquelles la Côte d’Ivoire a consenti.

Enfin, la Résolution 1721 constitue, à mes yeux, un nouveau et ultime cadre de règlement pacifique de la crise que vit notre pays, un nouveau cadre de travail pour le Premier Ministre et le Gouvernement, un nouveau cadre pour aider les Ivoiriens à retrouver le chemin de la paix, de la concorde et de la prospérité qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Dans ce contexte, il ne m’apparaît absolument pas nécessaire de rechercher un autre schéma. Du moins, un schéma qui se substituerait à cette résolution, même s’il n’est pas interdit de rechercher les moyens de son approfondissement, de l’amélioration de son efficacité. Pour que la Résolution 1721 nous soit vraiment utile, et il est impératif qu’elle le soit, nous devons nous efforcer de tourner le dos aux interprétations qui, au lieu de nous rassembler, accentueraient les fractures et les divisions au sein de la communauté nationale. L’adoption de cette Résolution, à l’unanimité des membres du Conseil de Sécurité, y compris les cinq (5) membres permanents c’est-à-dire la Chine, les Etats-Unis d’Amérique, la France, la Grande-Bretagne et la Russie, devrait être perçue par tous les Ivoiriens comme un appel à l’union autour de notre mère patrie malade. Là où les grandes puissances de ce monde se sont entendues, il apparaîtrait paradoxal, dangereux, voire irresponsable que les Ivoiriens ne s’entendent pas. Je pense que le peuple ivoirien, qui veut la paix, souscrira à cette interprétation positive de la Résolution 1721 et adhérera, de toutes ses forces, au consensus international qui lui a donné naissance. Les échos qui me parviennent depuis l’adoption de cette Résolution m’ont permis d’ailleurs de comprendre que les Ivoiriens, dans leur immense majorité, parce qu’ils veulent la paix, ont déjà opté pour une interprétation positive de cette Résolution. Je les encourage à persévérer dans cette voie afin que la paix, qui frappe déjà à nos portes, puisse s’installer dans nos cœurs, nos demeures et notre pays.

Mes chers compatriotes La Résolution 1721 a défini des rôles pour tous et pour chacun. Pour ma part j’entends prendre toutes mes responsabilités et exécuter pleinement la mission qui m’a été confiée avec votre adhésion et votre soutien à tous, avec le soutien de tous ceux qui, dans l’Administration ou ailleurs à quelque niveau qu’ils se trouvent, ont un rôle à jouer et veulent sincèrement que la paix arrive enfin dans notre beau pays. Je compte, d’ores et déjà, poursuivre avec détermination et parachever les actions de sortie de crise identifiées dans la Résolution 1721, à savoir :
- Le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) ;
- Les opérations d’identification de la population et d’enregistrement des électeurs en vue d’établir des listes électorales crédibles ;
- Les opérations de désarmement et de démantèlement des milices ;
- La restauration de l’autorité de l’Etat et le redéploiement de l’administration et des services publics sur l’ensemble du territoire ivoirien ; .La préparation technique des élections ;
- La restructuration des forces armées.

C’est pour cela que, sur la base des travaux déjà réalisés, je vais relancer les opérations de délivrance des jugements supplétifs d’actes de naissance et des certificats de nationalité. Quant aux opérations d’identification devant conduire plus tard, à l’établissement des listes électorales, l’opérateur technique sera choisi au cours de ce mois en vue de permettre le démarrage des enrôlements pour la délivrance des cartes nationales d’identité. Ces opérations d’identification se feront avec les acteurs internes et toutes les structures auxquelles la Résolution 1721 attribue un rôle, notamment le Haut Représentant pour les Elections. S’agissant des questions militaires, je vais relancer rapidement le processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) qui s’était arrêté au pré regroupement. Une nouvelle structure pour le dialogue militaire sera mise en place, ainsi que le groupe de travail prévu dans la Résolution 1721, destiné à la restructuration de l’Armée, afin d’en faire une Armée attachée aux valeurs d’intégrité et de morale républicaine. Cette réforme sera conduite avec les cadres de notre armée, sans distinction de leur appartenance, armée au nord Ou armée au sud. Je vais également poursuivre et achever, dans les plus brefs délais, le programme de démantèlement des milices pour retirer définitivement, à tous ceux qui n’y ont pas droit, les armes qu’ils détiennent illégalement.

J’œuvrerai avec détermination et sans faiblesse à la réunification du pays et à la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, pour rendre son unité à notre pays et restituer aux citoyennes et citoyens la liberté de circulation, sans entrave et dans la sécurité. Je conduirai toutes ces importantes actions avec une équipe gouvernementale remobilisée et ressoudée autour des actions prescrites par la résolution 1721. Cet engagement n’est pas qu’une profession de foi, c’est une promesse d’application, soutenue par des actes prévus par la Résolution 1721 qui seront pris incessamment. A cet égard, j’invite et encourage tous ceux qui envisagent de briguer un mandat électif, à transcender leurs appréhensions, leurs suspicions et leurs doutes pour faire confiance au gouvernement à créer les conditions optimales de transparence, et au peuple à choisir librement celui qu’il jugera à même de conduire sa destinée dans les délais prescrits.

Mes chers compatriotes L’année 2007 sera, à coup sûr, une année électorale, une année au cours de laquelle nous renouvellerons les instances dirigeantes dans notre pays, qui sera débarrassé des armes, et dans le respect des règles du jeu démocratique. Il dépend de notre volonté à tous, et de notre seule volonté, qu’il en soit ainsi. C’est pourquoi, je vous lance cet appel solennel. Avec la résolution 1721, l’espoir renaît. La paix frappe à nos portes. Faisons tout pour mériter d’elle en sachant écouter son langage, en sachant surtout mesurer ses bienfaits.

Cet appel, je le lance aux jeunes et aux moins jeunes, aux hommes et aux femmes, aux citadins et aux ruraux, aux opérateurs économiques, à ceux qui exercent une profession libérale, aux agents de l’Administration, aux hommes politiques, à nos vaillants soldats et à tous les hommes de bonne volonté qui habitent sur notre sol. Ne nous trompons pas : toute nation bénéficiant d’abondantes ressources peut être une nation riche. Mais sans idéal, elle n’est qu’une pauvre nation. La Côte d’Ivoire a un idéal. Rassemblons nous tous autour de cet idéal qui est de créer les conditions de la réhabilitation et de la reconstruction de notre pays aux plans économique, social et politique. Sans la paix, et nous le savons tous, aucun développement n’est possible. Donnons une chance à la Côte d’Ivoire dont la spécificité repose sur son économie naguère prospère pour que demain, la prospérité retrouvée, il nous soit possible de bâtir un avenir lumineux pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour tous ceux qui vivent sur cette terre d’amour et de fraternité. Vive la Côte d’Ivoire !

Je vous remercie.

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Source : www.abidjan.net / SOIR INFO du 09 novembre 2006.
Copyright © 2006 Soir Info, Tous droits réservés.


DISCOURS A LA NATION DE S.E.M. LAURENT GBAGBO, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE COTE D'IVOIRE.

3 Novembre 2006

Ivoiriennes,
Ivoiriens,
Chers amis de la Côte d'Ivoire,

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies vient de prendre la Résolution 1721 (2006) sur la Côte d'Ivoire. Cette résolution constitue la 19ème du genre par laquelle notre organisation universelle se penche sur la crise qui secoue la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002.

Je me suis imposé le devoir de vous rendre compte des circonstances de l'adoption de cette résolution, des enjeux contenus dans son adoption et surtout de la belle victoire remportée par la Côte d'Ivoire et avec elle tous les Etats africains.

Vous savez que, comme l'année dernière à la même époque, la CEDEAO a fait des recommandations de règlement de la crise ivoirienne à l'Union Africaine. Celle-ci, à l'issue d'une réunion de son Conseil de Paix et de Sécurité a rendu une décision sur laquelle je me suis gardé de faire des commentaires. A la suite du Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine, l'ONU a été saisie pour clôturer la procédure.

Comme moi, vous avez eu connaissance du projet de résolution qui a constitué la base de travail du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ce projet contenait la grave affirmation selon laquelle: « les décisions du Conseil de Sécurité prévalent sur la constitution ivoirienne et la législation du pays».

Cette proposition posait pour la première fois la double question de la souveraineté des Etats africains indépendants et de l'égalité de ces Etats avec les autres Etats du monde.

Sur cette question fondamentale, la réponse de l'ONU est tombée: elle est claire et sans ambages. Les pays membres du Conseil de sécurité ont rejeté toute possibilité de subordination de la Constitution d'un Etat, quel qu'il soit, à une décision d'une organisation internationale, fut-elle l'ONU. Ils l'ont fait en ne retenant pas dans la présente résolution la proposition visant à soumettre la constitution d'un Etat souverain à la décision d'une organisation internationale.

Notre pays se réjouit d'avoir donné l'occasion au Conseil de Sécurité de l'ONU de trancher cette question. Nous nous réjouissons pour nous-mêmes mais aussi pour tous les pays du monde épris de liberté.


Je saisis cette occasion pour saluer les grandes puissances membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui partagent avec nous la même conception de la Constitution et de la souveraineté. Je salue également leur attachement à la charte des Nations Unies et à l'espoir qu'ils viennent de donner aux peuples du monde.

La position du Conseil de Sécurité met ainsi fin au débat sur la possibilité de remettre en cause la souveraineté d'un Etat par la suspension ou la modification de sa constitution par l'ONU.

Notre constitution sera donc appliquée.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Un autre débat était celui de la possibilité pour le Premier ministre de nommer aux emplois supérieurs civils et militaires de l'Etat. Ce même projet contenait en effet la phrase selon laquelle le Premier Ministre pouvait « nommer aux emplois civils et militaires». Ce débat a été également tranché par la présente résolution. Au regard de notre constitution, le Premier ministre de Côte d'Ivoire, nommé par le Président de la République, par décret, ne peut lui-même nommer par décret.

Le premier ministre ne nommera donc pas aux emplois civils et militaires de l’Etat.

Bien sûr, ce texte étant le fruit d'une véritable bataille diplomatique, c'est à nous Ivoiriens, bénéficiaires de la paix dans notre pays, qu'il appartient de poursuivre et d'achever le combat mené pour nous au Conseil de Sécurité.

C'est pourquoi, toutes les atteintes contenues ça et là encore dans le texte de la résolution et qui constituent des violations de la constitution de la République de Côte d'Ivoire ne seront pas appliquées.

Cette position, nous la défendons parce qu'elle est dans la droite ligne de celle adoptée par le Conseil de sécurité sur la question de la souveraineté nationale de la Côte d'Ivoire. Nous la défendons également parce que nous n'en sommes pas les seuls bénéficiaires. C'est une position qui profite à tous les Etats indépendants d'Afrique et du monde.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Je vous invite à aller plus loin. Nous devons en effet, nous rassembler et faire preuve d'imagination pour rechercher et retrouver la paix par nous-mêmes et pour notre pays.

Je l'ai déjà dit et je le répète; les autres, quelle que soit la bonne volonté qui les anime, ne pourront que nous apporter leur aide. Mille résolutions pourront être prises, elles ne seront pas couronnées de succès si nous refusons la paix. Je vous invite donc au rassemblement autour de notre constitution et des institutions de notre pays.

Depuis quatre ans vous vous battez pour que la Côte d'Ivoire reste debout. Je vous demande de rester sereins. Le moment est venu pour le Président de la République de monter en première ligne. Je suis à la barre. J'invite particulièrement notre armée, dans toutes ses composantes à protéger les populations, à défendre la Constitution et la République.

Je demande à chacune et à chacun de rester calme, de vous abstenir de toute manifestation de nature à donner le prétexte à ceux qui veulent prolonger les souffrances de notre peuple et plonger la Côte d'Ivoire dans le chaos.

Je vous demande à vous tous de vaquer à vos occupations.

Allez au travail, allez au champ, allez à l'école!

Gardez vous de toute manifestation qui servirait de prétexte à ceux qui, en restant dans leurs salons, donnent des mots d'ordre, incitent à des manifestations de rue et organisent des massacres de personnes en vue d'en faire la comptabilité en escomptant des dividendes politiques. Demeurez vigilants!

J'ai donné des instructions fermes à la police, parce que c'est sa vocation, de veiller à l'ordre public dans le district d'Abidjan, et sur l'ensemble du territoire national, avec l'appui de la gendarmerie. Leur mission est d'assurer la libre circulation des biens et des personnes, avec les moyens conventionnels, dans le respect de l'intégrité et de la vie des citoyens.

J'ai également pris un décret permettant à l'armée de leur venir en appui, s'il y a lieu, afin que durant cette période, rien ne vienne perturber la mise en œuvre des mesures nécessaires au retour de la paix en Côte d'Ivoire.

J'appelle au rassemblement de tous les Ivoiriens autour de notre constitution et de nos institutions. Notre force, dans cette bataille, c'est la solidité du lien sacré entre le Chef de l'Etat, le peuple et l'armée. Restons soudés. Dans quelques jours, je m'adresserai de nouveau à vous pour tracer avec vous le nouveau cadre de règlement de la crise ivoirienne.

Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire!

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Abidjan, le 02 novembre 2006
Source : www.presidence.ci


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ PROROGE POUR UN AN LA PÉRIODE DE TRANSITION EN CÔTE D’IVOIRE JUSQU'À LA TENUE DES ÉLECTIONS.

2 Novembre 2006

Investi des pouvoirs nécessaires pour conduire le processus de paix, le Premier Ministre Charles Konan Banny devra lancer l’opération d’identification des électeurs.

Devant la persistance de la crise en Côte d’Ivoire et l’impossibilité de respecter le calendrier électoral initialement prévu, le Conseil a adopté le 1er novembre 2006, une résolution visant à mettre pleinement en œuvre le processus de paix dans ce pays et à y organiser d’ici le 31 octobre 2007 des élections présidentielle et législatives libres, ouvertes, régulières et transparentes.

Présentée par la France, la résolution 1721 (2006) a été adoptée à l’unanimité des 15 membres du Conseil. Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil déclare que l’application intégrale de ladite résolution et du processus de paix sous la conduite du Premier Ministre, M. Charles Konan Banny, exige des parties ivoiriennes qu’elles s’y conforment totalement et n’invoquent aucune disposition légale pour faire obstacle à ce processus.

Le Conseil souscrit aux décisions du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, selon lesquelles le Président Laurent Gbagbo et Charles Konan Banny demeureront respectivement chef de l’État et Premier Ministre de la Côte d’Ivoire, à partir du 1er novembre 2006, pour une nouvelle période finale de transition n’excédant pas 12 mois. M. Konan Banny ne pourra pas se présenter comme candidat à l’élection présidentielle.

Aux termes de cette résolution, le Premier Ministre aura pour mandat de mettre en œuvre toutes les dispositions de la feuille de route établie par le Groupe de travail international (GTI) et des accords conclus entre les parties ivoiriennes en vue de l’organisation de ces élections avec l’appui de l’ONU et des donateurs.

Pour ce faire, le Conseil souligne que le Premier Ministre devra disposer de tous les pouvoirs nécessaires, de toutes les ressources financières, matérielles et humaines requises et d’une autorité totale et sans entraves, notamment sur les Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire et sur le Gouvernement qu’il aura constitué. Exigeant la reprise immédiate du programme de désarmement et de démantèlement des milices sur l’ensemble du territoire national, le Conseil souligne la responsabilité personnelle des chefs des milices à cet égard.

Le Conseil invite en outre le Premier Ministre à établir immédiatement un groupe de travail chargé de lui soumettre un plan sur la restructuration des forces de défense et de sécurité, en vue de refonder des forces de défense et de sécurité attachées aux valeurs d’intégrité et de moralité républicaine. Il encourage à cette fin l’Union africaine et la CEDEAO à organiser des séminaires sur la réforme du secteur de la sécurité.

De même, M. Konan Banny est invité à établir immédiatement un groupe de travail chargé de l’aider à mettre en œuvre les processus d’identification et d’enregistrement des électeurs, afin d’assurer leur crédibilité et leur transparence. Dans le cadre de l’opération d’identification, qui devra être menée conjointement à celles de DDR, le Conseil lui a demandé de prendre toutes les mesures appropriées en vue d’accélérer la délivrance des certificats de naissance et de nationalité.

Les parties ivoiriennes sont également exhortées à mettre un terme à toutes les incitations à la haine et à la violence dans les médias ainsi qu’à s’abstenir de tout recours à la force et à la violence. Le Conseil exige aussi qu’elles garantissent la sécurité et la liberté de circulation sur l’ensemble du territoire ivoirien de tous les ressortissants ivoiriens et du personnel de l’ONU et des forces françaises.

Des sanctions ciblées pourront être prises au besoin, souligne le Conseil, contre les personnes reconnues comme entravant la mise en œuvre du processus de paix, comme responsables de violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire et comme incitant publiquement à la haine et à la violence ou agissant en violation de l’embargo sur les armes, conformément aux résolutions 1572 (2004) et 1643 (2005) du Conseil de sécurité.

LA SITUATION EN CÔTE D’IVOIRE

Texte du projet de résolution (S/2006/854)

Le Conseil de sécurité,

Rappelant ses résolutions antérieures et les déclarations de son président concernant la situation en Côte d’Ivoire,

Réaffirmant son ferme attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité de la Côte d’Ivoire, et rappelant l’importance des principes de bon voisinage, de non-ingérence et de coopération régionale,

Rappelant qu’il a entériné l’Accord signé par les forces politiques ivoiriennes à Linas-Marcoussis le 24 janvier 2003 (S/2003/99) (l’Accord de Linas-Marcoussis) approuvé par la Conférence des chefs d’État sur la Côte d’Ivoire tenue à Paris les 25 et 26 janvier 2003, l’Accord signé à Accra le 30 juillet 2004 (l’Accord d’Accra III) et l’Accord signé à Pretoria le 6 avril 2005 (l’Accord de Pretoria),

Félicitant l’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et les dirigeants de la région des efforts qu’ils continuent de déployer en vue de promouvoir la paix et la stabilité en Côte d’Ivoire, et leur renouvelant son plein soutien,

Rendant hommage au Président Thabo Mbeki, de la République sud-africaine, pour les efforts inlassables qu’il a déployés au service de la paix et de la réconciliation en Côte d’Ivoire et les nombreuses initiatives qu’il a prises pour faire avancer le processus de paix, en sa qualité de Médiateur de l’Union africaine, mû par sa profonde détermination à trouver des solutions africaines aux problèmes africains,

Saluant les efforts continus du Représentant spécial du Secrétaire général, M. Pierre Schori, du Haut Représentant pour les élections, M. Gérard Stoudmann, et du Groupe de travail international (GTI), et leur réitérant son plein appui,

Réaffirmant son appui aux forces impartiales, à savoir l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et les forces françaises qui lui apportent leur appui,

Ayant pris note de la décision que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, réuni au niveau des chefs d’État et de gouvernement, a adoptée à sa soixante-quatrième réunion, tenue le 17 octobre 2006 à Addis-Abeba (« la décision du Conseil de paix et de sécurité ») (S/2006/829),

Ayant entendu, le 25 octobre 2006, le rapport de M. Saïd Djinnit, Commissaire de l’Union africaine,

Ayant pris acte du rapport du Secrétaire général en date du 17 octobre 2006 (S/2006/821), notamment des paragraphes 68 à 80,

Ayant à l’esprit que le mandat constitutionnel du Président Laurent Gbagbo a expiré le 30 octobre 2005 et que le mandat de l’ancienne Assemblée nationale a expiré le 16 décembre 2005,

Se déclarant vivement préoccupé par la persistance de la crise et la détérioration de la situation en Côte d’Ivoire, notamment par leurs graves conséquences humanitaires qui sont à l’origine de souffrances et de déplacements à grande échelle parmi la population civile,

Condamnant à nouveau fermement toutes les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises en Côte d’Ivoire,

Considérant que la situation en Côte d’Ivoire continue de mettre en péril la paix et la sécurité internationales dans la région,

Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,

1. Souscrit à la décision du Conseil de paix et de sécurité, souligne que son application sans entrave exige le plein appui du Conseil, considère en conséquence que les dispositions ci-après de la présente résolution, fondées sur la décision du Conseil de paix et de sécurité, visent à mettre pleinement en œuvre le processus de paix en Côte d’Ivoire et à organiser des élections libres, ouvertes, régulières et transparentes dans ce pays d’ici au 31 octobre 2007, et affirme que ces dispositions sont destinées à s’appliquer durant la période de transition jusqu’à ce qu’un président nouvellement élu prenne ses fonctions et qu’une nouvelle assemblée nationale soit élue;

2. Prend note du dixième communiqué final du GTI en date du 8 septembre 2006;

3. Prend note également de l’impossibilité d’organiser des élections présidentielle et législatives à la date prévue et de l’expiration, le 31 octobre 2006, de la période de transition et des mandats du Président Laurent Gbagbo et du Premier Ministre, M. Charles Konan Banny;

4. Rappelle les paragraphes 5 et 8 du dixième communiqué final du GTI daté du 8 septembre 2006, le paragraphe 10 de la décision du Conseil de paix et de sécurité et le paragraphe 75 a) du rapport du Secrétaire général daté du 17 octobre 2006 (S/2006/821) et déclare, par conséquent, que pour soient appliqués intégralement la présente résolution, conformément aux paragraphes 13 et 14 de la décision du Conseil de paix et de sécurité, et le processus de paix mené par le Premier Ministre, il faut que toutes les parties ivoiriennes s’y conforment totalement et qu’elles n’invoquent aucune disposition légale pour faire obstacle à ce processus;

5. Souscrit à la décision du Conseil de paix et de sécurité selon laquelle le Président Laurent Gbagbo demeurera chef de l’État à partir du 1er novembre 2006 pour une nouvelle période finale de transition n’excédant pas 12 mois;

6. Approuve la décision du Conseil de paix et de sécurité de proroger le mandat du Premier Ministre, M. Charles Konan Banny, à partir du 1er novembre 2006, pour une nouvelle période finale de transition n’excédant pas 12 mois, et sa décision selon laquelle le Premier Ministre ne pourra se présenter à l’élection présidentielle qui sera organisée avant le 31 octobre 2007;

7. Souligne que le Premier Ministre aura pour mandat de mettre en œuvre toutes les dispositions de la feuille de route établie par le GTI et des accords conclus entre les parties ivoiriennes en vue de l’organisation d’élections libres, ouvertes, régulières et transparentes d’ici au 31 octobre 2007 au plus tard avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies et de donateurs potentiels, et de conduire en particulier:

– Le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR);

– Les opérations d’identification et d’enregistrement des électeurs en vue d’établir des listes électorales crédibles;

– Les opérations de désarmement et de démantèlement des milices;

– La restauration de l’autorité de l’État et le redéploiement de l’administration et des services publics sur l’ensemble du territoire ivoirien;

– La préparation technique des élections;

– La restructuration des forces armées, conformément au paragraphe 17 de la décision du Conseil de paix et de sécurité et à l’alinéa f) du paragraphe 3 de l’Accord de Linas-Marcoussis;

8. Souligne que le Premier Ministre, pour l’exécution du mandat mentionné au paragraphe 7 ci-dessus, doit disposer de tous les pouvoirs nécessaires, de toutes les ressources financières, matérielles et humaines requises et d’une autorité totale et sans entraves, conformément aux recommandations de la CEDEAO en date du 6 octobre 2007, et qu’il doit pouvoir prendre toutes les décisions nécessaires, en Conseil des ministres ou en Conseil de gouvernement, par ordonnance ou décret-loi;

9. Souligne également que le Premier Ministre, pour l’exécution du mandat mentionné au paragraphe 7 ci-dessus, doit disposer également de toute l’autorité nécessaire sur les Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire;

10. Rappelle l’article iii) du paragraphe 10 de la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine en date du 6 octobre 2005 (S/2005/639) ainsi que la décision du Président du Conseil en date du 9 décembre 2005 (S/PRST/2005/60), réaffirme les dispositions des paragraphes 6 et 7 de la résolution 1633 (2005) et rappelle que le Premier Ministre exercera sa pleine autorité sur le gouvernement qu’il aura constitué;

11. Réaffirme que les opérations de DDR et d’identification doivent être conduits de façon concomitante, souligne le rôle central des deux opérations dans le processus de paix, engage le Premier Ministre à les mettre en œuvre sans délai, et demande à toutes les parties ivoiriennes de coopérer pleinement avec lui à ce sujet;

12. Exige la reprise immédiate du programme de désarmement et de démantèlement des milices sur l’ensemble du territoire national, souligne que ce programme est un élément clef du processus de paix et souligne aussi la responsabilité personnelle des chefs des milices dans la mise en œuvre complète de ce processus;

13. Demande instamment au Premier Ministre de prendre immédiatement, par voie d’ordonnance qu’il signera aux conditions énoncées au paragraphe 8 ci-dessus, toutes les mesures appropriées en vue d’accélérer la délivrance des certificats de naissance et de nationalité dans le cadre de l’opération d’identification, dans un esprit d’équité et de transparence;

14. Exige de toutes les parties ivoiriennes concernées, en particulier des forces armées des Forces nouvelles et les Forces armées de Côte d’Ivoire, qu’elles participent pleinement et de bonne foi aux travaux de la commission quadripartite chargée de surveiller la mise en œuvre du programme de DDR et des opérations de désarmement et de démantèlement des milices;

15. Invite le Premier Ministre à établir immédiatement, en liaison avec toutes les parties ivoiriennes, l’ONUCI et les forces françaises qui la soutiennent, un groupe de travail chargé de lui soumettre un plan sur la restructuration des forces de défense et de sécurité et de préparer éventuellement des séminaires sur la réforme du secteur de la sécurité qui seraient organisés par l’Union africaine et la CEDEAO, en vue de refonder des forces de défense et de sécurité attachées aux valeurs d’intégrité et de moralité républicaine;

16. Encourage l’Union africaine et la CEDEAO à organiser des séminaires sur la réforme du secteur de la sécurité, en collaboration avec des partenaires et avec la participation de commandants et de fonctionnaires supérieurs de pays d’Afrique de l’Ouest sortant d’un conflit, afin d’examiner, entre autres questions, les principes du contrôle civil des forces armées et de la responsabilité personnelle pour des actes d’impunité ou des violations des droits de l’homme;

17. Invite le Premier Ministre à établir immédiatement, en liaison avec toutes les parties ivoiriennes concernées et le Haut Représentant pour les élections, un groupe de travail chargé de l’aider à mettre en œuvre les opérations d’identification et d’enregistrement des électeurs, afin d’assurer leur crédibilité et leur transparence;

18. Encourage le Premier Ministre à solliciter, en tant que de besoin, la participation active de la société civile, afin de faire avancer le processus de paix, et demande instamment aux parties ivoiriennes, au Haut Représentant pour les élections et à l’ONUCI de tenir compte des droits et des ressources des femmes et des sexospécificités, conformément à la résolution 1325 (2000), en tant que questions intersectorielles, dans la mise en œuvre du processus de paix, y compris par des consultations avec les groupes de femmes locaux et internationaux;

19. Exige de toutes les parties ivoiriennes qu’elles mettent un terme à toutes les incitations à la haine et à la violence, à la radio, à la télévision et dans tous les autres médias, et engage le Premier Ministre à établir et à mettre en œuvre sans délai un code de bonne conduite à l’intention des médias, conformément aux décisions prises à Yamoussoukro le 5 juillet 2006 et à la décision du Conseil de paix et de sécurité;

20. Approuve la décision du Conseil de paix et de sécurité selon laquelle, pour éviter des médiations multiples et conflictuelles, le Président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso (« le Médiateur »), en sa qualité de Président de l’Union africaine, dirigera les efforts de médiation en liaison avec les Présidents de la Commission de l’Union africaine et de la CEDEAO et, si nécessaire, en liaison avec tout autre dirigeant africain disposé à apporter une contribution à la recherche de la paix en Côte d’Ivoire, et souligne que le représentant du Médiateur dans ce pays conduira, en liaison avec le Représentant spécial du Secrétaire général, la médiation au quotidien;

21. Demande à l’Union africaine et à la CEDEAO de continuer à surveiller et à suivre de près la mise en œuvre du processus de paix, les invite à examiner les progrès accomplis avant le 1er février 2007 et, si elles le jugent approprié, à réexaminer la situation après cette date et avant le 31 octobre 2007, et les prie de lui rendre compte, par l’intermédiaire du Secrétaire général, de leur évaluation et, au besoin, de lui soumettre toutes nouvelles recommandations;

22. Renouvelle pour une durée de 12 mois le mandat du Haut Représentant pour les élections défini au paragraphe 7 de la résolution 1603 (2005), souligne que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a encouragé le Haut Représentant pour les élections à jouer un rôle plus important dans le règlement des différends liés au processus électoral, ou des difficultés issues des procédures et processus devant être adoptés pour assurer des élections ouvertes, libres, régulières et transparentes et décide par conséquent qu’en plus de ce mandat, le Haut Représentant pour les élections, avec le plein appui du Premier Ministre et en consultation avec celui-ci:

– Sera la seule autorité habilitée à rendre les arbitrages nécessaires en vue de prévenir ou résoudre toute difficulté ou contentieux liés au processus électoral, en liaison avec le Médiateur;

– Certifiera que tous les stades du processus électoral, y compris les opérations d’identification et d’établissement des listes électorales et la délivrance de cartes d’électeur, fourniront toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections présidentielle et législatives ouvertes, libres, régulières et transparentes, conformément aux normes internationales;

23. Demande à l’ONUCI, conformément au mandat énoncé dans la résolution 1609 (2005) concernant la protection du personnel des Nations Unies, d’assurer la sécurité du Haut Représentant pour les élections dans les limites de ses capacités et de ses zones de déploiement;

24. Rappelant le paragraphe 9 ci-dessus, souligne qu’il en découle que le personnel des Forces de défense et de sécurité de la Côte d’Ivoire qui assure la protection rapprochée et la sécurité des bureaux du Premier Ministre doit être sous l’autorité de celui-ci, qui doit notamment le nommer, sans préjudice des dispositions du paragraphe 2 l) de la résolution 1609 (2005);

25. Rappelle le rôle du GTI en tant que garant et arbitre impartial du processus de paix et lui demande:

– D’établir dès que possible, en liaison avec le Premier Ministre, un calendrier précis pour la mise en œuvre des principaux aspects de la feuille de route;

– D’évaluer, de surveiller et de suivre de près, chaque mois, les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la feuille de route;

– De lui rendre compte, par l’intermédiaire du Secrétaire général, de son évaluation à ce sujet et de tout obstacle rencontré par le Premier Ministre dans l’exercice de son mandat, tel qu’énoncé au paragraphe 6 ci-dessus;

– De lui soumettre, en tant que de besoin, ainsi qu’à toutes les parties ivoiriennes concernées, toutes les recommandations qu’il jugera nécessaires;

26. Exige de toutes les parties ivoiriennes qu’elles s’abstiennent de tout recours à la force et à la violence, y compris contre les civils et les étrangers, et de toutes formes de manifestations de rue de nature à créer des troubles;

27. Exige de toutes les parties ivoiriennes qu’elles garantissent la sécurité et la liberté de circulation sur l’ensemble du territoire ivoirien de tous les ressortissants ivoiriens;

28. Exige de toutes les parties ivoiriennes qu’elles coopèrent pleinement aux opérations de l’ONUCI et des forces françaises qui la soutiennent, de même qu’à celles des organismes des Nations Unies et des personnels associés, notamment en garantissant la sécurité et la liberté de circulation de leur personnel et des personnels associés sur tout le territoire ivoirien, et réaffirme qu’aucune entrave à leur liberté de mouvement et à la pleine mise en œuvre de leur mandat ne sera tolérée;

29. Demande instamment aux pays voisins de la Côte d’Ivoire d’empêcher tout mouvement transfrontière de combattants ou d’armes vers la Côte d’Ivoire;

30. Se déclare à nouveau gravement préoccupé par toutes les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises en Côte d’Ivoire, et demande instamment aux autorités ivoiriennes d’enquêter sans retard sur ces violations afin de mettre un terme à l’impunité;

31. Rappelle la responsabilité individuelle de toutes les parties ivoiriennes, y compris des membres des Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire et des forces armées des Forces nouvelles, quel que soit leur grade, dans la mise en œuvre du processus de paix;

32. Souligne qu’il est totalement prêt à imposer des sanctions ciblées contre les personnes, désignées par le Comité établi par le paragraphe 14 de la résolution 1572 (2004), qui sont reconnues, entre autres choses, comme entravant la mise en œuvre du processus de paix, y compris en attaquant ou en faisant obstacle à l’action de l’ONUCI, des forces françaises qui la soutiennent, du Haut Représentant pour les élections, du GTI, du Médiateur ou de son représentant en Côte d’Ivoire, comme responsables de violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire perpétrées en Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002, comme incitant publiquement à la haine et à la violence ou agissant en violation de l’embargo sur les armes, conformément aux résolutions 1572 (2004) et 1643 (2005);

33. Décide de demeurer activement saisi de la question.

Dixième rapport du Secrétaire général sur l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) (S/2006/821)

Dans ce rapport, le Secrétaire général rappelle qu’en dépit des efforts déployés ces quatre dernières années par la communauté internationale pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise, la première période de transition prévue par l’Accord de Linas-Marcoussis en janvier 2003 s’est terminée en octobre 2005 sans que des élections se soient tenues et sans que des progrès aient été accomplis sur les grandes questions du désarmement, du démantèlement des milices, de l’identification de la population et de la réunification du pays. Quand la transition a été prolongée de 12 mois en octobre 2005, la réaction initiale a été l’espoir, d’autant plus que le Premier Ministre, M. Konan Banny, qui s’apprêtait à exécuter le mandat que lui avait confié le Conseil de sécurité dans sa résolution 1633 (2005), déployait des efforts louables pour nourrir la confiance et amener les dirigeants politiques ivoiriens à dialoguer.

Malheureusement, ces trois derniers mois, le manque évident de volonté politique des principaux dirigeants ivoiriens, incapables de faire passer l’intérêt national avant leurs intérêts personnels et politiques et donc de régler les problèmes faisant obstacle à l’identification de la population, a conduit à une nouvelle impasse, déplore le rapport. À chaque étape importante du processus de paix, certains d’entre eux font délibérément de l’obstruction, exploitent les lacunes des accords, tirent avantage de subtilités juridiques et incitent leurs partisans à la violence. Par conséquent, la deuxième période de transition se termine, comme la première, sans que des élections aient pu se tenir.

Compte tenu de ce qui précède, Kofi Annan se déclare convaincu que la durée de la nouvelle période de transition doit être déterminée sur la seule base du temps nécessaire pour achever le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), procéder efficacement à l’identification de la population, démanteler les milices, rétablir l’autorité de l’État et achever les préparatifs techniques en vue des élections. Il faut faire bien comprendre aux dirigeants ivoiriens que si la transition est à nouveau prolongée, ce sera pour la dernière fois. Si des élections ne se tiennent toujours pas, la CEDEAO, l’Union africaine et le Conseil de sécurité devraient alors envisager la mise en place d’une structure gouvernementale de transition, composée de personnalités impartiales issues de la société civile, qui puisse mener les programmes de transition à bonne fin, organiser les élections, et ainsi répondre au désir qu’ont les Ivoiriens et les États de la région de voir le pays se stabiliser pour de bon.

Quand le Conseil de sécurité examinera les dispositions devant régir la prochaine période de transition, sur la base des recommandations faites par la CEDEAO et l’Union africaine, il sera bon qu’il garde à l’esprit la nécessité de préserver les acquis et de les prendre comme point de départ pour la suite des opérations, surtout en ce qui concerne les programmes de désarmement et d’identification, qui devraient être menés en parallèle. Si les grands principes devant régir la délivrance des certificats de nationalité et l’établissement des listes électorales, qui se trouvent au cœur de l’impasse actuelle, mais aussi du conflit lui-même, ne sont pas définis précisément, sans aucune ambiguïté, la prochaine période de transition ne sera, comme les précédentes, qu’une suite d’impasses menant à d’autres impasses, prévient le Secrétaire général. C’est pourquoi il engage vivement le Conseil de sécurité à chercher des moyens de régler ces questions cruciales, en tenant compte des recommandations de la CEDEAO et de l’Union africaine.

En outre, pour qu’il puisse être remédié aux lacunes actuelles et afin que les obstacles déjà rencontrés ne resurgissent pas, il faudrait absolument que le Conseil de sécurité envisage d’édicter les règles suivantes. Tout d’abord, en cas de divergence, les instruments internationaux qui définissent les modalités particulières de la transition (résolutions antérieures et futures du Conseil, décisions de l’Union africaine et de la CEDEAO et accords de paix) prévalent sur la Constitution ivoirienne et la législation du pays. Ensuite, le Premier Ministre doit exercer son autorité sur tous les services de l’État concernés, ainsi que sur les Forces de défense et de sécurité, pour tout ce qui touche à l’application de la feuille de route. Par ailleurs, poursuit le rapport, les responsables des Forces de défense et de sécurité, ainsi que les dirigeants politiques, sont personnellement responsables des activités qui entravent l’application de la feuille de route. Le Conseil de sécurité pourra leur imposer des sanctions et, dans les cas les plus graves, saisir la Cour pénale internationale. En outre, le Premier Ministre prend, sans aucune restriction, toutes les décisions relatives à la mise en œuvre du programme de désarmement, à l’opération d’identification, au démantèlement des milices et au rétablissement d’urgence de l’autorité de l’État dans tout le pays, ainsi qu’au financement de ces programmes clefs. Enfin, il est évident que pour que le processus de paix aboutisse, les articles 35 et 48 de la Constitution ne doivent pas être invoqués, pendant la période de transition, à l’égard de ces programmes.

En ce qui concerne les institutions de transition, il faudrait que soient créés deux groupes d’étude, placés sous l’autorité du Premier Ministre, dont l’un serait chargé de la restructuration des Forces de défense et de sécurité et l’autre s’occuperait de l’opération d’identification, indique le Secrétaire général. Il est également important que pendant la période de transition, la Commission électorale indépendante ait le dernier mot en ce qui concerne le processus électoral, et l’Institut national de la statistique soit placé sous son contrôle direct. La composition de ces organes devrait être passée en revue par le Premier Ministre, qui prendrait les décisions relatives à la nomination des nouveaux membres et serait donc le garant de leur parfaite impartialité. La régularité de la procédure serait certifiée par le Haut Représentant pour les élections, qui devra être habilité à prendre des décisions contraignantes sur toutes les questions, ajoute le rapport. L’ONU devrait jouer un rôle accru dans la mise en œuvre des programmes clefs et le Conseil, pour sa part, devrait envisager de revoir le mandat de l’ONUCI et mettre des ressources supplémentaires à sa disposition, recommande en conclusion le Secrétaire généraL.

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Source : ONU