VOEUX DE L'AMBASSADE DE CÔTE D'IVOIRE A BERNE.
30 Decembre 2004 A l'occasion des festivités de fin d'année, l'Ambassadeur de Côte d'Ivoire en Suisse (BERNE) et ses collaborateurs, vous adressent leurs meilleurs vœux de santé et de succès en tous domaines, vœux empreints du message de Paix et d'Espérance de Noël.
Le Président GBAGBO aux jeunes africains : "Je vous laisserai demain un pays debout".
21 Decembre 2004 Je suis heureux d'être là parce que nous menons une révolution démocratique dont les gens ne comprennent pas toujours le sens. Nous menons une révolution pacifique et démocratique que les gens veulent dévoyer. Mais nous ne laisserons pas les gens de mauvaise foi dévoyer notre noble combat (applaudissements). Je voudrais demander seulement une chose: qu'on nous laisse travailler; qu'on nous laisse travailler; qu'on nous laisse travailler! (la salle répond en choeur). Pour nos amis qui viennent d'arriver de l'extérieur, je ne voudrais pas faire mon parcours. Ce n'est pas important. Mais je voudrais seulement dire les obstacles qu'on me met, les attaques que je reçois depuis que j'ai été élu par le peuple de Côte d'Ivoire le 22 octobre 2000. Avant d'égrener ces obstacles, je voudrais vous signaler que j'ai commencé véritablement mon combat en décembre 1969. Nous avons créé la première organisation dont une branche deviendra plus tard le FPI, à Strasbourg (en France), dans une chambre d'étudiants dans la chambre de mon ami Assoa Adou, qui est aujourd'hui ministre des Eaux et Forêts. Il était étudiant en médecine. Nous étions quatre. Pendant ces trente années de combat dans l'opposition, jamais je n'ai pris aucune arme contre aucune institution de la Côte d'Ivoire (applaudissements). Jamais, pendant ces trente années, alors que je subissais les affres de la prison. Mon père a été en prison, moi-même j'ai été en prison, mon oncle a été en prison, mon épouse a été en prison, mon fils a été en prison, ma soeur a été en prison, mais jamais, jamais, nous n'avons songé à prendre les armes contre la Côte d'Ivoire. Parce que nous croyons en nous. Parce que nous avons confiance en nous. Et nous avons confiance en notre relation avec le peuple. Nous savions que, tôt ou tard, ce peuple-là, que nous défendions, allait nous reconnaître et nous donner le pouvoir. Quand on a confiance en soi, on ne prend pas les armes pour faire la guerre civile. Quand on a confiance en soi, on ne cherche pas les fusils comme moyen d'accession au pouvoir (...) Donc j'ai été élu le 22 octobre 2000. Cette élection était un peu comme des données qu'on met dans l'ordinateur. Dans beaucoup de capitales européennes, ils ont mis un certain nombre de données. Et ils ont tenté des touches, mais la feuille qui est sortie n'indiquait pas mon nom. Ils se réveillent un matin, on dit que c'est Laurent Gbagbo qui est président. Ils disent: "Mais, ce n'est pas ce que l'ordinateur nous a donné!". Mais ça dépend de ce que vous avez mis dans l'ordinateur comme données de base. Ils ont été surpris. Ils ont été étonnés. Mais ils vont d'étonnements en étonnements (applaudissements). Parce que ce n'est pas eux qui décident qui doit gouverner la Côte d'Ivoire. C'est le peuple de Côte d'ivoire qui décide qui doit gouverner la Côte d'Ivoire (ovations). C'est tout simple mais c'est difficile à comprendre pour eux. C'est simple mais c'est très difficile pour eux à avaler. Donc, dès que j'ai été élu, on a dit : "D'ailleurs, Gbagbo est mal élu. Il est mal élu, il faut reprendre les élections". Alors j'ai dit: "je ne reprendrai rien. Nous ne reprendrons rien". Il y a un chef d'Etat africain que j'ai rencontré un jour. Il avait dit sur une radio qu'il faut reprendre les élections parce que Gbagbo a été élu avec très peu de gens. Parce que ceux qui ont participé aux élections ne sont pas nombreux. Quand je l'ai rencontré, je l'ai pris dans un couloir et j'ai dit: "Toi, pour ton élection, le taux de participation était de 21 %. Pour mon élection, le taux de participation était de 37% et j'ai été élu avec 59%. Je n'avais pas été élu avec un score africain. Alors, 21 % et 37 %, je ne veux plus t'entendre parler de ça, sinon, je vais te répondre" (applaudissements). Pour ne pas brouiller les relations diplomatiques, il y a des choses qu'on ne dit pas publiquement, mais quand on se retrouve, on peut se permettre de dire des vérités. J'ai été bien élu. Mais seulement leur candidat n'était pas là. Ce n'est pas mon problème à moi. J'ai dit plusieurs fois que j'ai été élu dans des conditions calamiteuses. Certains qui ne comprennent pas bien français disent: "Gbagbo a dit qu'il a été élu dans des conditions calamiteuses, ça veut dire que son élection a été mauvaise". Vous voyez comment les gens ne comprennent pas ? Parce qu'après la proclamation des résultats, il y a eu des bagarres dans les rues et il y a eu des morts. Ce qui fait que nous n'avons même pas fait la fête pour que ceux qui n'ont jamais été au pouvoir et qui y arrivent fêtent au moins leur victoire. Nous n'avons pas fait cette fête. "J'ai été élu dans des conditions calamiteuses" ne veut pas dire que je suis mal élu. Je suis très bien élu mais dans des conditions calamiteuses (applaudissements). La langue française a ses règles, il faut la comprendre pour commenter une phrase en français. A un moment donné, ils ont cessé de dire ça pour s'attaquer à autre chose: "Gbagbo a créé un charnier. Il a tué des gens, il y avait 50 personnes tuées, entassées dans un coin, en brousse. Et que toutes ces personnes sont musulmanes". Alors j'ai demandé à savoir comment on fait pour reconnaître un cadavre musulman. C'est un peu difficile. Vous trouvez plus de 50 corps quelque part et ce qui est curieux, c'est que la première personne à en parler est un journaliste français de RFI. Le réflexe normal d'un Ivoirien qui découvre un tas de cadavres, c'est d'aller à une gendarmerie ou à un poste de police. Son premier réflexe n'est pas d'aller à RFI. Alors, je me suis contenté de dire: "Ecoutez, dans ces bagarres que mes adversaires ont organisées c'est nous qui avons perdu le plus de monde. Il y a eu plus de 300 morts. Alors, ne me parlez pas seulement de 50. Si on veut parler des morts de 2000, parlons de 300 morts et ne me parlez pas de morts d'une certaine religion par rapport à des morts d'une autre religion. Un mort n'a plus de religion". Alors, progressivement, ça a cessé. On a dit, par la suite qu'en Côte d'Ivoire, il y a la xénophobie; un autre thème de campagne. Comment un pays qui reçoit tous les Africains de tous les pays d'Afrique un pays qui reçoit tous ceux qui sont venus du Liban au moment de la guerre du Liban; un pays qui reçoit tous les Européens de tous les pays d'Europe peut-il être traité de xénophobe ? Alors j'ai dit à quelqu’un que quand on nous traite de xénophobes, c'est un hommage à notre pays. Parce que dans un pays où il n'y a aucun étranger, on ne peut pas dire qu'il y a de la xénophobie. S'il n'y a aucun étranger chez vous, on ne peut pas dire que vous êtes xénophobes. Parce que la xénophobie se définit comme une attitude vis-à-vis des étrangers. Mais, chez nous, il faut que nos amis sachent que, officiellement, il y a 26 % d'étrangers. C'est le taux le plus élevé au monde après, peut-être, Doubaï. Mais la différence, c'est qu'à Doubaï, on ne peut pas devenir Doubaï. Quand vous êtes étrangers, vous ne pouvez pas devenir Doubaï, alors qu'en Côte d'Ivoire, tous les étrangers qui sont ici peuvent devenir Ivoiriens, s'ils le désirent, sur une simple demande. Tout le monde peut devenir ivoirien s'il le veut. Et je suis le président qui a signé le plus de décrets de naturalisation depuis que la Côte d'Ivoire existe (applaudissements).
Cela est vérifiable en comptant dans le Journal Officiel et je n'ai pas fini encore mon mandat. Je n'ai peut-être pas encore fini mes mandats (applaudissements). Ils ont vu que la thèse de la xénophobie ne tenait pas parce que les chiffres parlaient contre une telle thèse. Donc, ils ont dit: "La Côte d'Ivoire est première productrice de cacao, mais le cacao est produit par les enfants-esclaves". Nous avons fait front devant tout ça. Le cacao a été introduit en Côte d'Ivoire à la fin du 19ème siècle. Non seulement je n'étais pas encore né, mais ni mon père ni ma mère n'étaient encore conçus. Et voilà que c'est le jour où je deviens président de la République qu'on découvre que le cacao ivoirien est produit par les enfants-esclaves. Nous avons invité des journalistes du monde entier à venir se promener dans les plantations de cacao (rires). C'est risible, c'est petit; c'est minable, c'est ridicule (applaudissements). Tout cela est méprisable; et nous les méprisons. On ne vous demande pas de m'élire. On vous dit que je suis président. Un point, un trait ! (applaudissements). Les Ivoiriens ont élu celui qu'ils veulent. Où est votre problème? Jusqu'à présent, sur cette question, je ne comprends pas les problèmes des autres. Où est leur problème? On dit: "Gbagbo ne nous prend pas dans ses mains" . Les Ivoiriens qui sont concernés m'ont élu. Où est votre problème ? Vraiment, ça c'est une grande question sur laquelle on va faire des colloques. Où est le problème des autres? Quand ils élisent leur président, moi, j'envoie un message de félicitations. Je n'ai jamais rien dit sur les pratiques d'un chef d'Etat voisin ou lointain. Mais ça ne veut pas dire que je ne sais pas. Je pense que, pour que les Etats vivent tranquillement, sereinement, il ne faut rien dire. Donc je ne dis rien. Moi, je n'ai rien fait mais, eux, ils disent que j'ai fait des choses que je n'ai pas faites. Ils parlent... Dites-leur que ce n'est pas leur problème si je suis élu. Donc, ils ont essayé tout ça. Tout cela était appuyé par des faits de violence. Les plus significatifs ont lieu d'abord les 7 et 8 janvier 2001 où ils ont tenté de faire un coup d'Etat. Ils ont même pris la radio et la télévision. Nous les avons chassés de là. Et la tentative de septembre 2002 est la seconde. Certains disent que les rebelles descendaient du Nord et les Français les ont arrêtés au Centre. Ce n'est pas vrai. Ils ont attaqué d'abord Abidjan. Ils ont concentré le plus gros de leurs forces à Abidjan. A Abidjan, ils ont attaqué la Brigade anti-émeute (BAE), la gendarmerie d'Agban, l'école de gendarmerie. Ils ont bloqué la route du camp militaire d'Akouédo. Nos soldats se sont battus et les ont chassés d'Abidjan. C'est ça qui est la vérité (applaudissements). Et comme dans leur fuite nous n'avions pas les moyens logistiques pour projeter nos militaires derrière eux, puisqu'ils s'enfuyaient vers le Nord, j'ai donc demandé de l'aide à la France. J'ai demandé à la France de mettre à notre disposition deux ou trois hélicoptères. Naturellement, la France a refusé. On comprendra plus tard pourquoi (applaudissements). Ce coup d'Etat a échoué donc puisqu'ils ont été repoussés. Jusqu'à la fin de la médiation d'Eyadéma à Lomé, il y avait une nature de cette attaque que je vais vous expliquer. La CEDEAO a convoqué une réunion à Accra, c'était Accra I. On a discuté. Les chefs d'Etat, pour manifester leur solidarité, ont pris une très belle résolution. La plus belle d'ailleurs depuis que cette crise est née. La plus belle sur papier, et on a créé un comité de médiation qu'on a confié au président Eyadéma. Mais, jusque-là, on considérait qu'il y avait des rebelles contre l'Etat de Côte d'Ivoire et qu'il fallait convaincre ces rebelles pour qu'ils déposent les armes et qu'ils partent. C'était le sens d'Accra I et de Lomé.
Alors, l'Etat que je représente a envoyé une délégation conduite par le président du Conseil Economique et Social, Laurent Dona Fologo, comprenant tous les partis qui étaient au gouvernement. Cette médiation, on ne l'a pas laissé aller jusqu'à son terme. Pendant qu'elle se déroulait, on a convoqué Marcoussis. A partir de Marcoussis, la nature du conflit a été changée par les négociants. On n'a plus considéré l'Etat de Côte d'Ivoire. On a convoqué des partis politiques à Marcoussis et on leur a demandé de signer une déclaration. Moi-même, j'ai pris connaissance de ce document lorsque je suis arrivé à Paris pour la réunion de Kléber. J'ai été mis devant le fait accompli , mais je ne suis pas un pleureur. Je ne pleure pas. J'ai regardé le document. Le contenu était simple: "Gbagbo, pour le moment, tu vas rester-là, mais donne ton pouvoir à quelqu'un que nous te désignons et petit à petit on va te pousser à la mort et après tu partiras, et puis celui que nous attendons viendra s'installer ”. Mais moi, je ne ferai pas ça (applaudissements). J'ai regardé le papier et j'ai dit: "Eux-là, la lutte ne fait que commencer!" (applaudissements). La lutte ne faisait que commencer. Et la lutte a commencé effectivement. Et, petit à petit, les poissons nageurs dont on ne voyait que les écailles, on a découvert leur visage. Celui qu'on a découvert aujourd'hui, je ne sais pas si c'est le plus gros ou le dernier. En tout cas, il est gros (rires et applaudissements)...
Marcoussis plaçait les rebelles sur le même pied que l'Etat. C'est inacceptable. Marcoussis nous a contraints à mettre des rebelles, des tueurs, des assassins, des violeurs dans le gouvernement. Et, en plus, ils sont incapables. Donc le travail n'avance pas. Mais ça, c'est du passé; on marche vers l'avenir. Beaucoup disent aujourd'hui: "pourquoi Thabo Mbeki ?" Il est venu, il m'a parlé comme un homme. Il m'a parlé avec respect parce que lui, il sait ce que tout ça veut dire. D'où il vient, ils ont connu l'apartheid. Ils ont connu les emprisonnements. Ils ont connu les tueries. Ils ont connu les assassinats des militants. Et Dieu faisant bien les choses, pendant qu'il était ici chez moi, à 500 ou 600 mètres à l'Hôtel Ivoire, le 9 novembre, l'armée française a tiré sur les jeunes manifestants aux mains nues. Thabo Mbeki était là. Donc, il s'est fait une idée in vivo. Alors, la discussion a pris une autre forme, une autre dimension. Nous avançons. Aujourd'hui, nous voilà. Ce n'est pas Gbagbo qui est là. Ce n'est même pas seulement la Côte d'Ivoire, mais aujourd'hui, l'Afrique est là. Aujourd'hui, l'Afrique est là devant elle-même. Le fils de Lumumba est présent. Donc je vais citer un exemple qui vient de Congo et un exemple qui vient de Côte d'Ivoire. Quand Lumumba s'est battu pour l'indépendance et qu'il a été élu, il y a d'autres Congolais dont je ne vais pas citer les noms parce que je ne voudrais pas blesser leurs descendants, mais qui s'offraient aux Belges, aux Français pour dire: "Lumumba, il est trop révolutionnaire. Laissez-le et mettez-moi à sa place, je vous rapporte le pays". Ça ne ressemble pas à quelque chose ça!? (la salle répond par l'affirmative). Il y a des gens qui ne connaissent pas l'histoire de leur propre pays. Ceux-là ont aidé à tuer Lumumba pour que les Européens les prennent et les mettent au pouvoir. Au moment où Lumumba comptait sur le peuple pour arriver au pouvoir, eux, ils comptaient sur l'extérieur pour arriver au pouvoir chez eux. Ça ne vous dit rien ? Mais, même ici, Houphouët a gagné parce qu'en 1949 et en 1950, pendant qu'il luttait, pendant que Anne- Marie Raggi, qui est morte et qu'on enterre aujourd'hui (samedi 18), lançait la grève contre les produits importés, il y avait, pendant ce temps-là, des Africains qui allaient voir les Français, leur gouverneur, pour dire :"Nous sommes là, enlevez Houphouët, il est révolutionnaire, il est trop anti-français. Mettez-nous à sa place". Mais, ils ne peuvent pas vous mettre à sa place. C'est le peuple qui l'a élu! Donc quand les indépendances ont été proclamées, ils ont institué ce phénomène par les coups d'Etat. On veut quelqu'un, on enlève l'autre. On vient, on l'enlève par un coup d'Etat, on encercle des adversaires. Il faut que cette tentative de coup d'Etat soit la dernière! (applaudissements). Que veut l'Afrique dans son partenariat avec l'extérieur? L'Afrique est demandeur parce que l'Afrique, du fait de son histoire, a accusé un retard technologique, financier et économique. Mais l'Afrique est souveraine. Dans la discussion avec elle, il faut la respecter. La première chose qu'il faut comprendre, c'est que, dans toutes négociations, même si elles sont techniques, c'est la dignité. Oui, nous sommes les combattants de la dignité. L'Afrique veut le respect. Je négocie avec toi un prêt. Si tu veux, tu me le donnes. Si tu ne veux pas, tu le dis. Tu peux me dire : "Je te fais un prêt, voici les conditions". Moi aussi, j'accepte tes conditions ou je ne les accepte pas. Mais l'irrespect ne peut pas être accepté par les générations à venir. L'indignité ne peut pas être acceptée par les générations à venir. Cher ami du MEDDA, nous sommes particulièrement heureux de ta présence. Dis au peuple français que ni le gouvernement ivoirien, ni le président de la République de Côte d'Ivoire, ni le peule ivoirien n'a rien contre le peuple français. Je suis un représentant de ceux qui ne peuvent rien avoir contre le peuple français. Mon père s'est battu avec ses camarades soldats français contre l'armée nazie. Mon père s'est battu pour que l'Allemagne nazie ne triomphe pas. Il était dans cette armée-là, qui, hélas, a été vaincue en 1940. Il était soldat volontaire. Le sergent Koudou, tel est son nom, a été prisonnier de guerre. Evadé, il a repris les armes. Il a été blessé de guerre, et il en porte encore les cicatrices. Soigné, il a été ramené à Fréjus. Il s'est reposé, puis il est rentré en 1942 par la voie maritime. Le prénom que je porte, Laurent, était le prénom du capitaine français qui commandait la compagnie de papa. Il est mort dans les bras de mon père. C'était un Français, blanc comme toi. Dans mon combat, j'ai vécu en France. J'ai fait six ans et demi d'exil en France sans argent. Mais il fallait que cet exil ait lieu pour que le combat soit popularisé au niveau mondial. Ce sont des amis français qui m'ont logé durant ces six ans et demi. Ce sont des camarades français qui m'ont logé. Donc nous n'avons absolument rien contre le peuple français. Mais, quiconque, au nom des intérêts idéologiques ou économiques, veut nous asservir nous trouvera debout! (applaudissements). Le griot de Soundjata chantait (il fredonne une chanson en malinké). Ça veut dire que la mort vaut mieux que le déshonneur. Je ne me laisserai pas déshonorer et je ne laisserai pas déshonorer le peuple qui m'a élu. Jamais! (applaudissements). Je voudrais vous dire que cette crise est en train de finir, et elle va finir. Nous en sortirons par la voie constitutionnelle. Il n'y a pas d'autres voies. Je lis des amusements sur certains journaux du genre: "Le président va peut-être choisir le référendum"; " le président ne va peut-être pas choisir le référendum". Ce n'est pas une question de choix du président. C'est une obligation cons - ti - tu - tion - nelle !!! (ovations). La Constitution dit: "Si vous voulez modifier la Constitution, faites ceci, faites cela et enfin faites cela". On a fait ceci, on a fait cela et puis, on va s'arrêter-là ? (nooon! répond la salle).
Donc allez dire aux gens que nous nous sommes engagés tous dans la voie constitutionnelle de la modification de notre propre Constitution. La Constitution, c'est nous, c'est nous-mêmes. C'est notre sang. Nous avons commencé. On a introduit le texte au parlement. Le parlement pouvait bloquer le texte. Le vote du parlement ne signifie pas la modification constitutionnelle. Le parlement n'a pas compétence pour modifier la constitution. Ni le président de la République, ni le gouvernement, ni le parlement n'ont compétence pour modifier l'article 35 et l'article 55 de la Constitution. Eux (les députés), ils peuvent seulement dire au peuple: "Nous t'amenons le texte ou nous le bloquons". Voilà le rôle du parlement. Au niveau du conseil des ministres, le président de la République peut bloquer le texte. Il ne l'a pas fait. Au niveau du parlement, l'Assemblée nationale peut bloquer le texte. Elle ne l'a pas fait. Le parlement a dit: "Peuple, nous te donnons ton texte. Tu veux le modifier ou tu ne veux pas le modifier. Fais-en ce que tu veux". Voilà ce que le vote du parlement veut dire. Relisez les articles 126 et 127 de la Constitution de Côte d'Ivoire. Donc sur ce plan-là, il faut être serein. C'est moi qui vais vous parler à la télévision, pour dire tel jour, on va aller au référendum. D'autres personnes parlent. Elles disent: "nous, on n'aime pas le référendum". Mais, on ne vous demande d'aimer le référendum. Vous voulez la modification constitutionnelle ? La seule voie pour la modifier, c'est le peuple, et on va aller voir le peuple. S'il le modifie, il le modifie. S'il ne le modifie pas, il ne le modifie pas. Mais si c'est pour ça que vous avez fait un coup d'Etat, il faut que vous y renonciez désormais. Je voudrais dire à tous les présidents qui vont venir qu'il ne faut plus qu'ils fuient devant un petit pétard. C'est cette fuite qui favorise les coups d'Etat. A tous les jeunes de Côte d'Ivoire, je voudrais vous dire que chaque génération fait son travail. La génération des Houphouët, c'était de proclamer l'indépendance. Ce qu'ils ont fait est bien ou n'est pas bien, ça c'est de l'histoire. La génération que je représente, c'est de donner la dignité, c'est de forcer le respect. C'est de faire en sorte que chacun, dans notre pays, se sente chez lui. C'est de faire en sorte que la colonisation que nos parents avaient combattue ne revienne sous une autre forme. C'est de faire en sorte que chacun puisse avoir du travail et manger. C'est de faire en sorte que chacun puisse mettre son enfant à l'école et l'éduquer. C'est de faire en sorte que si chacun est malade, il puisse se soigner. C'est ça notre génération. Le reste du combat vous appartient. Vous les jeunes, vous aurez d'autres combats à venir. Parce qu'une action, lorsqu'elle est menée, elle crée toujours des déchets que vous serez amenés à nettoyer après. Je me bats dans le cadre de ma génération aujourd'hui. Je me bats sur la terre que nos ancêtres nous ont laissée. Je mène le combat que nos parents ont mené avant moi. Il y en a qui meurent aujourd'hui. Sachez qu'au temps de la pénétration coloniale, beaucoup des nôtres sont morts. Y compris Gbagbo Likpi, mon grand-père; Amangoua est mort en exil au Gabon. Nous venons de rapatrier ses restes. Au temps de la lutte pour l'indépendance, il y a eu encore beaucoup de morts: Bouaflé, Dimbokro, Adzopé, Grand-Bassam, Treichville, Séguéla, Agboville; il y a eu beaucoup de morts. Aujourd'hui, la dame que vous voyez-là (la mère du jeune manifestant décapité le 9 novembre par l'armée française devant l'Hôtel Ivoire), son fils est mort dans le cadre du combat que nous menons pour la dignité et le respect. Il faut que, chez nous ici, nous soyons libres d'ouvrir les bras pour accueillir tous nos frères qui arrivent.
Il ne faut pas qu'on nous mette le fusil sur la tempe pour nous obliger à faire quelque chose. Je ne comprends pas ceux qui nous agressent parce qu'on peut arriver au même résultat en étant serein. Nous accueillons déjà tout le monde. Je fais ma part et je le ferai sans aucune faiblesse, sans reculade, sans crainte parce que je sais que je fais mon devoir. Je sais que je lutte au nom de toute une génération d'Africains. Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est regardé en Afrique, en Amérique latine, en Asie, et, un jour, vous saurez tous les témoignages que je reçois. Même ceux qui se réunissent comme ça (rires dans la salle) après ils viennent pour dire : "On n'est là, mais vraiment, c'est difficile". Donc les jeunes, voilà ce que je vais vous laisser. Aucun pays ne se développe sans combat. Même les pays occidentaux qui ont envers nous quelquefois des attitudes dédaigneuses ont traversé des périodes dures dans leur histoire pour arriver à se développer. Les Etats-Unis ont connu la lutte d'indépendance. Ils ont connu aussi la guerre de sécession. La France a connu un siècle de chaos: la révolution française de 1788, celle de 1789, enfin, les restaurations, l'empire de nouveau, la révolution. L'Allemagne a connu l'unité allemande avec Bismark l'unité italienne avec Karvour. Tous ces pays ont connu leurs temps de tristesse, de pleurs et leurs morts. Je vous laisserai demain, un pays debout. Je vous laisserai un pays libre et prospère. Haut les coeurs, haut les coeurs, haut les coeurs ("On y va", a répondu à trois reprises la salle).
Propos recueillis par Laurent Brindou
Source : « Notre Voie » du 19 décembre 2004
L'ascension vers le printemps de la liberté.
17 Decembre 2004 “..Notre histoire a le hoquet et fait du surplace. Le même suit le même ; le même succède au même; le même et le même convolent en injustes noces pour enfanter notre descente aux enfers... Ils ( les prédateurs ) se sont trompés au sujet du peuple. Le handicapé qui ne sait pas parler peut crier. L’impuissant peut même pisser sur eux... Ils ont cru pouvoir, par la force, faire pencher l’incertitude du peuple de leur côté, interpréter le silence de la majorité en leur faveur. Parce qu’ils ont contraint le peuple à ramper, ils ont oublié que les reptiles peuvent les mordre et leur injecter un venin mortel. Erreur de gawa ! Comme on dit en Côte d’Ivoire. ”
Pour sûr, Professeur, notre histoire a bégayé et marqué le pas, tout au long de la parenthèse cinquantenaire, parenthèse meublée de mensonges éhontés, de crime crapuleux, de vols et de viols sans vergogne ni scrupules. La France tenait entre ses mains toutes les cartes. Elle avait droit de vie et de mort sur chacun de nous. Elle faisait et défaisait notre politique, au gré de ses fantasmes ataviques et de son appétit vorace. Nous avons vu se figer dans notre champ de vision des fantômes sans âme ni génie, sans cran ni coffre, qui se roulaient dans la boue au pied de la France, fantôme qui n’ont eu de cesse de nous mystifier. Ils se voulaient omniscients.
Dans sa volonté exacerbée d’hégémonie, la France a créé son cinéma, cinéma
dont elle tient toutes les ficelles. Le titre du film ? Rébellion en Côte d’Ivoire ! La France en a conçu le scénario, choisi les acteurs et assuré le tournage. Elle est au commencement. Elle rêvait d’être, indubitablement, à la fin, avec tout l’usufruit qui en découle. Hélas, trois fois hélas, pour elle ! Les patriotes de Côte d’Ivoire en on décidé autrement. La France a pris le sommeil du Peuple de Côte d’Ivoire pour sa mort. En effet, à la surprise générale, le Peuple de Côte d’Ivoire s’est mis debout dans un élan catégorique, dans la rectitude du fromager, déjouant tous les pronostics.
Toutes les certitudes néo-coloniales ont été balayées malgré le silence coupable d’une communauté internationale devenue soudain aphone, malgré la duplicité de certain de nos frères africains, malgré louvoiements et errements de tristes hères qui se proclament intellectuels, malgré les tribulations de certains de nos compatriotes qui ont si traîtreusement planté le glaive dans le sein de la mère-patrie. Et l’histoire, notre histoire, accuse un magnifique coup d’accélérateur. Le même ne suit plus le même ; le même ne succède plus au même; le même et le même ne peuvent plus convoler. Le cercle vicieux est brisé. Les aveugles de Côte d’Ivoire ont vu la barbarie et la sauvagerie sans nom de la France. Les impuissants de la Côte d’Ivoire ont pissé d’abondance sur la face monstrueuse de la France. Le Peuple de Côte d’Ivoire qu’on faisait ramper a planté ses belles dents dans le tendon d’Achille de la France, et le venin est en train de faire son effet. La parenthèse cinquantenaire est en train de se refermer... enfin sur ses mensonges éhontés, ses crimes crapuleux ses vols et ses viols sans vergogne ni scrupules, son fleuve de sang et son cortège de patriotes lâchement assassinés. Le Peuple de Côte d’Ivoire est en train de refermer la tristement célèbre parenthèse de sa sueur, de sa bave, de son sang et de sa chair.
Peuple de Côte d’Ivoire, tu tiens désormais ton destin entre tes mains. Tu as compris, à temps, que tout peuple digne, que tout peuple considérable, doit, à un moment donné de son histoire, forcer le destin. Peuple de Côte d’Ivoire, tu as anéanti tous les logiciels que les esprits malins concoctaient pour te mettre durablement les chaînes de l’esclavage moderne. Tu as superbement déjoué les prévisions les plus optimistes qui te représentaient couché, la face dans la boue, pour des décennies et des décennies, décennies sans fin. Peuple de Côte d’Ivoire, tu es promis à un grand destin, un destin fabuleux.
Peuple de Côte d’Ivoire, ici commence un combat d’une autre dimension. En effet, tu as appris, à tes dépens, que les relations dans le fameux village planétaire sont impitoyables. Il n’y a pas de droit international qui tienne. Chaque pays joue sa survie. Il s’agit de prendre son destin en main ou de périr, à petit feu, sous le joug de plus puissants que soi. Peuple de Côte d’Ivoire, tu ne dois et ne peux compter sur personne. Seule ta volonté et ta détermination comptent. Peuple de Côte d’Ivoire maintenant que tu as amorcé ton ascension vers le printemps de la liberté, tu n’as pas droit à l’erreur. Pour cette raison, il incombe à chacun de nous de se mettre résolument au travail. Ponctualité, assiduité et probité doivent être les trois phares qui éclairent dorénavant le jour nouveau qui se lève sur notre pays. Chaque minute de retard, chaque jour non ouvré pour des raisons inavouables, chaque mauvaise gestion de la chose publique, aussi minime que soit le forfait, entrave la marche victorieuse du Peuple de Côte d’Ivoire. Si chacun de nous vole une minute de travail en arguant que cela passe inaperçu, nous dressons des milliers voire des millions d’obstacles sur le chemin de notre liberté. Si chacun de nous vole un jour de travail en pensant que cela est sans importance, nous mettons des milliers voire des millions de chaînes au cou du Peuple de Côte d’Ivoire. Si chacun de nous gère mal la chose publique en prétendant que cela ne représente pas grand-chose, nous précipitons le vaillant Peuple de Côte d’Ivoire dans un gouffre financier sans fond. Chacun de nous est une pièce indispensable dans l’architecture du Peuple de Côte d’Ivoire. Tout ce que chacun de nous fait, de bien ou de mal, rejaillit positivement ou négativement sur notre beau pays. Peuple de Côte d’Ivoire, tu viens de donner une leçon fulgurante au monde entier, et le monde entier te regarde. Mets-toi résolument au travail avec conscience, dévouement et patriotisme. Mets en exergue ton génie et tes talents, dans tous les domaines afin que vive la mémoire de ceux de tes fils et de tes filles qui ont payé le prix du sang pour chacun de nous ! Peuple de Côte d’Ivoire, ta véritable liberté est à ce prix. Seul le travail bien fait fera ta grandeur. Garde-toi, Peuple de Côte d’Ivoire, d’agir comme cet infortuné qui meurt de soif alors qu’il est assis sur la margelle d’un puits dont il ignore l’existence.
CAMARA Nangala
Ecrivain
04 BP 1659 Abidjan 04
Source : NOTRE VOIE du 17 décembre 2004
Interview de Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, Président de la République : "L'attitude de la France est scandaleuse".
17 Decembre 2004 Propos recueillis par Laurent Valdiguié - parus dans "LE PARISIEN" du jeudi 16 décembre 2004.
Le Parisien : Pensez-vous, comme le disent certains journaux ivoiriens, que “la France veuille détruire la Côte d'Ivoire” ?
Laurent Gbagbo : Je pense que certains dirigeants français veulent, à la tête de la Côte d'Ivoire, des hommes qu'ils auraient choisis. Mais ce n'est pas comme cela que cela se passe.
L'Afrique n'émergera jamais dans ces conditions-là. Ce n'est pas sain que certains dirigeants des pays développés souhaitent avoir “leurs” dirigeants dans des pays moins forts.
L.P. : Vous visez les responsables français actuels...
L.G. : Ce n'est pas seulement à eux que je jette la pierre. Je n'ai pas envie d'être un procureur. Mais j'estime que cette vision des choses est dangereuse. Nous en souffrons terriblement, ici, en Côte d'Ivoire.
L.G. : Cela veut-il dire, selon vous, que la France a joué un rôle dans la tentative de coup d'Etat de septembre 2002 ?
L.G. : L'histoire dira beaucoup de choses. Mais quand on met les faits et les détails bout à bout, on arrive à se poser, au moins, beaucoup de questions.
L.P. : Que s'est-il passé début novembre ?
L.G. : L'aviation ivoirienne a tué des soldats français à Bouaké. On m'a appelé pour me dire que les avions qui nous sécurisaient en détruisant les infrastructures des rebelles avaient été détruits ! Ensuite, on m'a téléphoné de Yamoussoukro pour me dire que l'aviation française bombardait dans la cour de la présidence les hélicoptères qui y étaient parqués. Enfin, j'apprends que les militaires français détruisent à la hache nos autres avions de combat à Abidjan. Dans le même temps, ils occupent les deux ponts et l'aéroport. Si tout cela ce n'est pas une agression, cela y ressemble beaucoup!
L.P. : Avez-vous eu des contacts avec l'Elysée à ce moment-là ?
L.G. : Personne ne me téléphone. Personne n'a envie de me téléphoner. Contrairement à ce qui a été dit, je n'ai jamais eu Jacques Chirac en ligne depuis le début de la crise.
L.P. : La France vous soupçonne d'avoir donné l'ordre de faire bombarder le camp militaire de Bouaké, tuant neuf soldats...
L.G. : Elle peut me soupçonner de tout ce qu'elle veut. Dans le monde moderne, on a ce qu'on appelle les enquêtes ! Quand ces enquêtes ont donné des résultats, on prend des mesures. C'est comme cela que le monde fonctionne. Si la latitude est laissée au plus fort de régler ses comptes en tapant le plus faible, où le monde s'en va ? Objectivement, en détruisant nos appareils, Paris a aidé les rebelles. Toute son attitude en Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002 fait penser aux Ivoiriens que la France est avec les rebelles contre le régime légal et légitime en place. Voilà la réalité.
L.P. : Nombreux sont ceux à Abidjan, notamment vos partisans, qui demandent le départ de l'armée française. Vous aussi ?
L.G. : Je ne l'ai pas encore demandé. La politique, c'est de ne pas dire tout ce que tout le monde dit ! En tout cas, l'armée française a gravement écorné son image en Côte d'Ivoire.
L.P. : Avez-vous eu peur d'un coup d'Etat orchestré par l'armée française?
L.G. : Peur n'est pas le mot. Mais je me suis dit : “Là, ils font trop fort”. C'est intolérable. Ce qu'a fait l'armée française est inacceptable. Dans la fameuse journée de dimanche, j'avais pourtant eu au téléphone le ministre Barnier, un homme de bon sens. A la suite de cela, je suis intervenu à la télévision pour demander aux gens de quitter la rue. J'avais à peine fini mon texte que trente blindés se retrouvent devant ma porte et qu'on m'explique qu'ils se sont trompés de route ! Les Ivoiriens ne croient pas du tout qu'ils se sont trompés de route !
L.P. : Ils affirment qu'il s'agit d'une erreur d'itinéraire...
L.G. : Nous servir l'explication comme quoi on s'est trompé de route, c'est se moquer de nous ! Pour aller à l'Hôtel Ivoire, il y a mille routes. Mais la plus directe, c'est le boulevard Latrille, qui est tout droit ! On ne peut pas sortir du boulevard ! On ne peut pas se tromper !
L.P. : Avez-vous des résultats de la commission d'enquête que vous avez lancée ?
L.G. : Le procureur militaire, à qui j'ai confié cette mission, n'a toujours pas été autorisé par l'armée française à rentrer sur le site bombardé de Bouaké où il y a eu des Français morts. Il a essuyé plusieurs refus. C'est un scandale.
L.P. : Où en est l'enquête sur les événements de l'Hôtel Ivoire ?
L.G. : Le procureur militaire travaille. Et, là aussi, l'attitude de la France est scandaleuse. Je me suis cru à Prague en 1968 ! A l'époque, il y avait, dans le giron de Moscou, un Etat dont les chefs ne marchaient pas droit, et Moscou a envoyé des blindés faire un tour. C'est la même chose, dans le giron français : il y a un Etat qui ne marche pas comme on voudrait qu'il marche, alors on envoie des blindés faire un tour. Je ne peux pas accepter cela ! L'Afrique ne peut pas accepter cela longtemps !
L.P. : Le commandant de la force Licorne, le général Poncet, explique que ses soldats se sont retrouvés face à des milices...
L.G. : Je ne vais pas répondre à cela. Passons à autre chose.
L.P. : Les relations entre Paris et Abidjan n'ont jamais été aussi mauvaises...
L.G. : Ce n'est pas un problème de bonnes ou mauvaises relations. Le problème est de comprendre que l'armée française a fait ici, dans un pays indépendant et souverain, quelque chose d'inacceptable. De cela, nous nous en souviendrons longtemps. Le reste, savoir qui a commencé, relève de l’enfantillage. L'armée française a-t-elle le droit d'agir, ici, chez nous et contre notre gré, comme elle veut? A-t-elle le droit de tirer sur ma résidence, d'occuper la ville ? Tout m'a choqué. Tout est choquant.
L.P. : Allez-vous déposer plainte ?
L.G. : Je n'ai pas encore parlé de plainte. Beaucoup de gens en parlent, mais, pour le moment, c'est encore moi qui engage la Côte d'Ivoire. Quand on gouverne un pays, ce qui compte, c'est le temps de chaque parole.
L.P. : Huit mille Francais sont partis, certains ont tout perdu. Que leur dites-vous ?
L.G. : Je leur dis de revenir. On ne leur a jamais demandé de partir. C'est regrettable, mais c'est comme cela. Il y a eu les 5, 6, 7, 8 et 9 novembre 2004. Il y avait un avant, et il y aura un après. Il faut que les Français sachent que ce qui s'est passé ici, du fait de leur armée, n'est pas acceptable.
L.P. : Vous risquez des sanctions de l'ONU...
L.G. : Le rôle des bruits, c'est de courir. Il faut les laisser courir. Le rôle des hommes, c'est d'agir sur les faits. Laissez courir les bruits.
L.P. : Quelle est la prochaine étape avec les “rebelles” ?
L.G. : Il faut leur montrer que la rébellion est une impasse. Et que, dans le monde d'aujourd'hui, on gagne le pouvoir par des élections. Tous ceux qui apportent une quelconque justification à la rébellion ont tort.
L.P. : Les accords de Marcoussis, lancés par Paris, étaient censés réconcilier les Ivoiriens...
L.G. : Moi, je n'y étais pas. L'Etat ivoirien n'y était pas. Marcoussis était une catastrophe. Mais le temps d'en parler n'est pas encore venu. En attendant, moi, j'applique les accords, même si je dis que c'est un mauvais texte. Je fais ma part, les rebelles devront faire la leur.
L.P. : La font-ils ?
L.G. : Jusqu'à présent, la seule chose qu'ils ont faite, c'est d'accepter d'être ministres ! Aujourd'hui, la seule chose qu'on leur réclame, c'est de désarmer. En attendant, le négociateur, à la demande des rebelles, veut me faire voter des lois, et je le fais. Mais, contrairement à ce que pense la communauté internationale, je ne crois pas qu'ensuite, ils déposeront les armes.
L.P. : Quelle est la situation sanitaire des Ivoiriens du Nord ?
L.G. : Gravissime. Et il y a aussi la pauvreté, les enseignants qui sont partis... C'est une zone où il n'y a plus de loi. C'est une catastrophe.
L.P. : Qu'en est-il de votre rôle dans les négociations pour la libération des deux otages français en Irak ?
L.G. : En France, les gens se sont beaucoup excités sur cette affaire qui ne me concerne pas. Je ne connais pas M. Julia. Il y a seulement dans son groupe un ami qui m'a dit qu'ils avaient des tuyaux avec certains députés UMP comme quoi ils pouvaient faire libérer les deux otages français. L'Etat français ne pouvait pas mettre à leur disposition des éléments parce que, officiellement, c'est le Quai d'Orsay qui mène des négociations. Ils m'ont dit qu'on tolérait des voies parallèles et m'ont demandé un avion. C'est tout ce que j'ai fait. J'ai été ahuri ensuite de voir toute une polémique. C'est la France!
Source : NOTRE VOIE du 17 décembre 2004
L'Eglise ivoirienne ne jette pas de l'huile sur le feu, affirme le Cardinal Bernard Agré.
3 Decembre 2004 L'Eglise en Côte d'Ivoire est "ouvrière de paix" et ne "jette pas d'huile sur le feu" dans la crise que traverse son pays, affirme le Cardinal Bernard Agré, Archevêque d'Abidjan. Il a expliqué le 21 novembre 2004 à Rome la position de son Eglise à une poignée de journalistes, dont le correspondant de l'Agence de presse internationale catholique (Apic), en présence de l'Ambassadeur de la Côte d'Ivoire près le Saint-Siège.
Venu à Rome à l'occasion de l'Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille, dont il est membre, le Cardinal africain a personnellement rencontré le Pape Jean Paul II, "un frère, plus qu'un chef", le 18 novembre. Il n'a pas tenu à divulguer le contenu de cet entretien.
"Je ne suis envoyé par personne à Rome, je suis venu pour une réunion statutaire annuelle et pour rencontrer celui-ci ou celui-là", a déclaré l'Archevêque d'Abidjan sous l'œil de Benjamin Konan Kouamé, Ambassadeur de Côte d'Ivoire près le Saint-Siège depuis janvier 2004. "Ma porte est ouverte à ceux qui veulent me voir", a-t-il souligné.
Interrogé sur la déclaration de la Conférence épiscopale de Côte d'Ivoire du 10 novembre 2004, condamnant la réaction "si disproportionnée de la France" suite à l'attaque le 6 novembre d'une position française par l'aviation ivoirienne, qui a fait neuf victimes, le Cardinal a déclaré qu'il pouvait dire "ce qu'il pensait de façon décontractée". La Conférence épiscopale ivoirienne (CEI) n'est pas là "pour jeter de l'huile sur le feu après ce qui s'est passé", a-t-il souligné.
Non à la violence.
Sait-on exactement ce qui s'est passé à Bouaké?, s'est-il interrogé. "Seule la France le sait et nous aussi, nous aimerions savoir. Nos frères français ont riposté, ce que nous regrettons", a-t-il poursuivi. La réponse militaire française est apparue à certains comme des représailles. "En Côte d'Ivoire, la rumeur est que, si la France le voulait, cette guerre serait achevée", a affirmé le Cardinal Agré aux journalistes présents.
"La CEI s'est prononcée pour inviter la population au calme et à ne pas recourir aux voies de la violence. Le temps est venu de conclure une situation qui a trop duré. (…) Il faut faire preuve d'intelligence pour avoir la capacité de trouver une solution efficace, rapide et en douceur" à la crise, a poursuivi le prélat. "Il faut qu'il y ait des sages au sommet et dans la masse du peuple pour arrêter de crier au loup".
Chirac doit parler à Gbagbo "en frère".
La voie la meilleure est la négociation, a-t-il plaidé. "Les protagonistes doivent se rencontrer chez nous et pas au bord de la Seine", a poursuivi le Cardinal pour qui une telle rencontre pourrait parfaitement se dérouler en Côte d'Ivoire puisque la France et l'ONU sont présents pour garantir la sécurité.
Ainsi, le Président ivoirien Laurent Gbagbo doit pouvoir parler "en frère et en partenaire, non en dominé" avec le Président français Jacques Chirac. A ses yeux, l'accusation des évêques ivoiriens, qui voient dans l'action française une volonté de réduire de nouveau le pays en une colonie, n'est "pas exagérée", selon le Cardinal. "Il faut avoir vécu les faits pour savoir, pour comprendre et nous ne sommes pas les seuls à les dénoncer". Et de donner, entre autres, en exemple les Sénégalais et les Burkinabés.
"Si personne n'arme les rebelles, que nous appelons frères, alors ce sera une lecture bénéfique de l'embargo sur les armes voté par les Nations Unies. L'embargo ne doit pas uniquement museler le gouvernement, mais les deux parties et ainsi ouvrir le pays à la réunification", a aussi insisté le prélat ivoirien.
"Des préjugés colportés par la presse française".
Par ailleurs, interrogé sur les tensions entre musulmans (38% de la population) et chrétiens (28% environ de la population) ivoiriens qui pourraient naître de l'arrivée au pouvoir d'un président musulman, le Cardinal a estimé que "ça ne changerait rien, s'il est compétent". "Ce sont des préjugés colportés malheureusement par la presse française. Le problème religieux en Côte d'Ivoire, c'est vous qui l'avez attisé", accuse le Cardinal, reconnaissant cependant qu'il pouvait y avoir des "fanatiques" parmi les chrétiens et les musulmans.
"Qu'on arrête de colporter le mythe d'une opposition entre un Nord musulman et un Sud chrétien. Dans le Nord, les chrétiens sont aussi très nombreux", a expliqué le Cardinal Agré. "Nous sommes unis pour que la paix revienne dans ce pays", a-t-il poursuivi, rappelant que les responsables religieux musulmans, catholiques, protestants, évangélistes, bouddhistes de Côte d'Ivoire ont appelé "avec insistance" leurs compatriotes "au calme et à la sérénité", le 15 novembre dernier, afin d'éviter d'entretenir dans les coeurs un climat de haine, de suspicion et de vengeance.
"Il n'y a pas de xénophobie en Côte d'Ivoire".
"Nous voulons prendre contact avec tous ceux qui veulent nous rencontrer. Les chrétiens de Côte d'Ivoire ne sont pas uniquement les évêques", a-t-il poursuivi rappelant l'engagement des chrétiens ivoiriens dans les partis politiques nationaux et le rôle important des œuvres de bienfaisance, telle la CARITAS, dans la résolution du
conflit.
Puis, le Cardinal a rejeté toute idée de xénophobie dans son pays. "Cette xénophobie dont on parle, je ne sais pas où elle se loge, parce qu'il faudrait bien nous montrer ce que c'est que d'être xénophobe", a-t-il expliqué soulignant que la Côte d'Ivoire était "le seul pays au monde avec plus de 30% de sa population qui soit étrangère. Vous avez vu d'autres pays comme çà ?"
Suite à la déclaration du président ivoirien invitant les entrepreneurs français à rentrer en Côte d'Ivoire, après les émeutes anti-françaises dans la capitale, le Cardinal estime que "si le Président a fait cet appel, c'est qu'il est sincère". "Quel sort faites-vous à ces Français qui sont revenus chez vous ? Aurons-t-ils le même sort, la même situation qu'ils avaient chez nous ? Alors laissez-les revenir s'ils le veulent", a insisté le haut prélat. "Ce qui s'est passé ne ressemble pas à la Côte d'Ivoire"
"Beaucoup de Français n'ont pas voulu prendre l'avion pour partir. Ils aiment ce pays, ils se sentent chez eux. Nous regrettons ce qui s'est passé, ça ne ressemble pas à la Côte d'Ivoire", a expliqué l'Archevêque d'Abidjan, au sujet des exactions commises contre les ressortissants français. "Il faut regarder qui les a commises, qui a mis 4000 prisonniers dans la nature, qui les a fait sortir de prison, dans quel but ?", s'interroge le Cardinal Agré. "Ce ne sont pas les Ivoiriens moyens qui aiment les Français, qui aiment la France", a-t-il conclu.
Le 11 novembre dernier, sur les ondes françaises de Radio Vatican, le Cardinal Agré avait demandé aux dirigeants français d'aider la Côte d'Ivoire à prendre son destin en main "de façon libre et souveraine". Il reprochait aux forces françaises sous mandat de l'Onu de et la désolation dans son pays et affirmait avoir vu dans les hôpitaux les victimes "décapitées par l'Armée française".
Le Cardinal Agré, âgé de 76 ans, jouit d'une grande popularité dans son pays et d'une grande liberté d'action et de parole. Très entreprenant, cet ami du Cardinal Jean-Marie Lustiger, Archevêque de Paris, qui lui a adressé une lettre à la suite des événements du début du mois de novembre, a en particulier voulu former les laïcs à la politique pour combattre la corruption dans son pays, ce qui lui a valu de nombreuses difficultés avec le monde politique ivoirien.
Source : (apic/imedia/hy/be)