Juin 2003

Allocution de SEM KOUAME N'Goran à l'Assemblée Générale de la Chambre de Commerce Suisse Afrique de l'Ouest - Vendredi 13 juin 2003 à Berne

17 Juin 2003

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres de l'Assemblée,
Amis de la Côte d'Ivoire,

Je voudrais en ma qualité d'Ambassadeur de la Côte d'Ivoire en Suisse, vous adresser mes sincères remerciements, pour votre aimable invitation à participer comme l'année dernière, à vos assises. J'apprécie hautement la précieuse opportunité que m'offre votre auguste assemblée de pouvoir vous donner un tant soit peu d'éclairage sur mon pays, la Côte d'Ivoire, la situation qui y prévaut et ses perspectives . soyez en remerciés.

Cependant, en raison du laps de temps qui m'est imparti, il ne me paraît pas nécessaire de vous infliger un rappel fastidieux et exhaustif de ces tristes événements, et des nombreuses et douloureuses conséquences de cette guerre absurde, dont la Côte d'Ivoire aurait pu faire l'économie, guerre qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive de la part des médias, et que vous avez eu l'occasion de suivre au jour le jour, grâce aux technologies modernes d'information.

Je me contenterais de faire mon devoir de vérité et de franchise, puisque nous sommes entre amis et que l'amitié ne se nourrit que de vérité, pour vous rappeler simplement que la Côte d'Ivoire, ce pays d'Afrique de l'Ouest, jadis havre de paix et de stabilité politique, pays d'hospitalité et de relative prospérité, locomotive en maints domaines de la Sous-région ouest-africaine, ce pays modèle à tous égards à la réussite exemplaire que d'aucuns ont convenu d'appeler miracle ivoirien, ce pays qui abrite en réalité plus de 30% de populations étrangères et qui continue d’accueillir comme naguère, des centaines de milliers de réfugiés fuyant les atrocités et les persécutions chez eux, ce pays que beaucoup parmi vous ont connu pour y avoir séjourné, soit pour affaires, soit pour des vacances, ou tout simplement pour y travailler, ce pays que vous, opérateurs économiques suisses et votre pays, avez contribué grâce à votre inestimable aide à bâtir dans la paix et le progrès, ce pays enfin, qui s'est ouvert sur la voie de la démocratie, ce pays la Côte d'Ivoire, est aujourd'hui méconnaissable, mutilé qu'il est par cette guerre fratricide .

En effet, la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002, est victime d'une agression perpétrée par des éléments lourdement armés venus du Burkina-Faso voisin, dans le but de prendre le pouvoir d'Etat par la force et la violence. Ces agresseurs composés de déserteurs de l'armée ivoirienne suite à la transition militaire de 10 mois, mais également de mercenaires venus de pays de la sous/région, se sont attaqués de façon concertée à Korhogo, Bouaké, et Abidjan, trois villes situées respectivement au Nord, au Centre et au Sud du pays faisant de nombreuses victimes. La première conséquence de ces attaques, c’est la partition de fait du pays en zone sous occupation des rebelles, et en zone sous contrôle des forces loyalistes et donc des autorités légales dont la région d'Abidjan, où la vie se déroule normalement.

Les conséquences sont incalculables, tant au plan des atrocités et exactions commises par les parties en conflit, qu'au plan économique et social, politico-administratif, humanitaire, éducatif et culturel. dans tous ces domaines, c'est la désolation totale sous-tendue par un traumatisme profond des populations massivement déplacées ou réfugiées, pour celles qui ont eu l'heureuse fortune d'être épargnées par la barbarie, la mort.

Toutes les activités tournent au ralenti: Ainsi, les activités scolaires et le fonctionnement des structures socio-sanitaires ont été interrompues en zones sous occupation, les activités économiques et commerciales y sont paralysées aussi bien entre ces zones qu'entre la Côte d'Ivoire et les pays voisins, principalement au Nord et à l'Ouest. L'acheminement du coton, principale richesse du Nord du pays et les différentes usines de transformation implantées dans les zones assiégées, ont connu un arrêt brutal.

Quant aux relations de bon voisinage que la Côte d'Ivoire s'est évertuée à entretenir avec l'ensemble des pays qui l'entourent, elles ont fait place à la suspicion et à la méfiance, certains de ces pays ayant même menacé à un moment donné d'envahir militairement la Côte d'Ivoire.

Par ailleurs, comble de malheur et de disgrâce, les Ivoiriens qui ont été par le passé, l'objet de louanges et de satisfecit des autorités du HCR ( Haut Commissariat aux Réfugiés ) pour la qualité de leur accueil à l'ivoirienne, accueil chez l'habitant, de centaines de milliers de réfugiés venus d'ailleurs, notamment des pays voisins, se sont retrouvés eux-mêmes réfugiés en terres étrangères ou sur leur propre sol.

Comme il fallait s'y attendre, au regard du rôle prépondérant et de poumon économique que joue la Côte d'Ivoire dans la Sous-région, les effets de la crise ivoirienne se sont répercutés durement et de façon négative sur l'économie de ladite sous-région, la Côte d'Ivoire produisant 40% des richesses de cette zone. Ainsi, des pays comme le Mali et le Burkina-Faso, ne pouvaient plus s'approvisionner au port d'Abidjan, d'où s'opèrent près de 70% de leurs opérations respectives.

Le coup de grâce a été asséné à la Côte d'Ivoire au plus fort de cette crise, lorsque l'ONU a décidé de placer ce pays en difficulté, à la phase 4 de son échelle de sécurité; ce qui a entraîné un départ massif des organismes internationaux et autres personnes installés en Côte d'Ivoire.

Cependant, la Côte d'Ivoire n'a pas donné dans la fatalité. Bien au contraire, les autorités et les populations indignées, dans un sursaut d'orgueil et de patriotisme, se sont mobilisées pour faire face à cette grave crise, grâce à des efforts herculéens , à des sacrifices incommensurables et au don de soi. Ces efforts, conjugués aux diverses actions de la Communauté Internationale, notamment la CEDEAO, l'UA, l'ONU et des pays amis dont la Suisse que je ne cesserai jamais de remercier pour sa précieuse aide tout en saluant, les représentants de l'Administration Suisse présents dans cette salle, toutes ces actions dis-je, nous permettent aujourd'hui, de redresser progressivement la situation et la tête, grâce aux tentatives sincères de réconciliation et de stabilisation internes, et à un élan de solidarité internationale.

Ces efforts , associés à la détermination des Ivoiriens à renouer avec la paix, par la réconciliation, ont abouti à des avancées notables sur la voie de cette paix. Je citerais entre autres au titre des ces avancées:
- La formation du Gouvernement de Réconciliation Nationale avec la participation de toutes les composantes de la rébellion et de tous les partis politiques qui comptent,
- La signature du Cessez-le-feu intégral sur toute l'étendue du territoire national,
- La levée du Couvre-feu en vigueur depuis le 19 septembre 2002 et des barrages routiers,
- Le redémarrage de la voie ferroviaire Abidjan-Niger et l'ouverture des voies routières vers le Mali,
- La suppression des zones de guerre,
- Le dialogue engagé entre les parties en conflit pour le désarment,
- Le dialogue renoué avec les pays voisins, pays avec lesquels nous sommes malgré tout condamnés à nous entendre puisque condamnés à vivre ensemble,
- La tenue pour la première fois à Bouaké, il y a deux semaines du Conseil du Gouvernement ouvrant ainsi la voie au rétablissement progressif de l'autorité de l'Etat dans les territoires occupés et enfin, ce qui nous comble de joie,
- La décision de l'ONU de ramener la Côte d'Ivoire de la phase 4 à la phase 3 de degré de sécurité, faisant ainsi renaître l'espoir et la confiance.

Ce sont là, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, des pas de géant vers la bonne direction, la paix. Des percées géantes accomplies par les Ivoiriens toutes tendances confondues, susceptibles de ramener la confiance et la quiétude tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Car, dès l'instant où les FANCI (Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire) et les trois mouvements rebelles ont signé un accord de cessation totale de tous les combats, sur toute l'étendue du territoire national, et se sont engagés à œuvrer pour favoriser la libre circulation des personnes, des biens, des opérateurs économiques et des agences humanitaires, ainsi que le redéploiement de l'administration dans les meilleures conditions de sécurité ,dès la signature de cet accord dis-je, les combats ont cessé et les armes se sont tues, cédant la place au dialogue, à la négociation et à la concertation, en un mot, à la perspective de réconciliation fraternelle ouvrant la voie aux activités républicaines de développement.

C'est à cet égard, que je voudrais Mesdames et Messieurs, chers amis de la Côte d'Ivoire, vous lancer cet appel pathétique pour vous demander de vous joindre à nous, afin de nous encourager et nous accompagner vers la paix totale et durable, par vos actions de développement et vos investissements.

Dois-je vous rappeler que la Côte d'Ivoire, malgré la crise qui l'a freinée dans ces efforts sur la voie du progrès et du développement, regorge d'énormes potentialités économiques encore inexploitées ou sous exploitées ? Premier producteur de cacao avec 40% de la production mondiale, 4ème producteur de café, la Côte d'Ivoire produit en outre d'autres cultures de rente diverses et variées offrant plusieurs choix aux investisseurs. Elle dispose également d'un sous-sol riche en minerais et minéraux, notamment le fer , l'or , le diamant, le manganèse, le gaz, le pétrole etc...
Son PIB est le 3ème en Afrique sub-saharienne après l'Afrique du Sud et le Nigeria, et le 8ème du Continent africain. La Côte d'Ivoire qui, très rapidement était revenue à une croissance positive après la douloureuse transition militaire, croissance de 3% en 2002, a la ferme volonté de renouer aussi vite que possible avec cette croissance et de la renforcer. C'est pourquoi, je vous exhorte, vous opérateurs économiques qui êtes partis, ou qui avez suspendu temporairement vos activités et affaires en Côte d'Ivoire, à revenir. A revenir avec à votre suite de nombreux et nouveaux investisseurs et investissements. A ceux parmi vous qui veulent investir en Afrique, le président de la Côte d'Ivoire, le Président Laurent GBAGBO vous dit ceci: et je cite : " Si vous voulez venir faire des affaires en Afrique, la meilleure porte d'entrée, c'est la Côte d'Ivoire. Il y a les ports, le meilleur réseau routier, le meilleur réseau de communication. " fin de citation. L'on me permettra d'ajouter: et toutes autres facilités.

C'est le lieu de vous rappeler, que toutes les infrastructures du pays sont restées intactes malgré la guerre; toutes les infrastructures de base existent, de même que la main-d'œuvre qualifiée.

Monsieur le Président, chers amis de la Côte d'Ivoire, permettez-moi de vous révéler que, certains opérateurs économiques n'ont pas attendu cette accalmie pour revenir en Côte d'Ivoire. L'exemple de la compagnie aérienne Nouvelle SABENA est plus qu'édifiant. En effet, cette compagnie a choisi de reprendre ses vols vers mon pays au plus fort de la crise, et je souhaite que ce seul exemple plein de confiance et d'espoir en la Côte d'Ivoire, vous inspire abondamment pour revenir ou venir massivement, nous accompagner dans nos efforts de redressement, de paix et de développement. Et je puis vous assurer connaissant les potentialités de mon pays, que vous ne le regretterez pas. Je voudrais à cet égard, lancer un appel express à la compagnie aérienne SWISS, pour qu'elle reprenne très vite sa place, car c'est elle le chemin. Et comme dit l'adage, la route précède le développement. Mesdames et Messieurs, l'évacuation récente des étrangers du Libéria vers la Côte d'Ivoire par la France, à la demande de la communauté internationale, devrait constituer pour tous un autre signal fort du retour de la confiance en ce pays.

Chers amis de la Côte d'Ivoire, un autre adage ne dit-il pas, que c'est dans la détresse et la difficulté que l'on reconnaît ses vrais amis? La Côte d'Ivoire mon pays vous attend. Je voudrais pour finir, porter à votre attention que le Gouverneur du District d'Abidjan se trouve aujourd'hui même à Berne, jusqu’au 17 juin, à la tête d'une délégation, dans le cadre d'une mission de prospection pour la réalisation de projets dans les domaines ci-après:
- le train urbain
- l'aménagement des berges lagunaires
- l'abattoir municipal
- les stations d'épuration
- la construction de gares routières
- la Société Immobilière du District
- Etc…

Par ailleurs, depuis le début de cette année 2003, notre Ambassade s'est dotée d'un site Web www.acibe.org, site sur lequel vous pouvez recueillir les informations utiles que vous recherchez sur la Côte d'Ivoire.

Je vous remercie.


Mission de prospection du Gouverneur du District d'Abidjan à Berne

10 Juin 2003

Monsieur DJEDJI AMONDJI Pierre, Gouverneur du District d'Abidjan, séjournera à Berne (Suisse) du 13 au 16 juin 2003, dans le cadre d'une mission de prospection. Il sera accompagné par Messieurs MAMBE Robert et KACOU Mathieu, respectivement 5è Vice-Gouverneur et Président de la Commission des Affaires Economiques et Financières du Conseil du District d'Abidjan.

Au cours de son séjour, la délégation souhaite rencontrer des opérateurs économiques et autres amis de la Côte d'Ivoire, pour la réalisation de certains projets communautaires, notamment :
- le train urbain
- l'aménagement des berges lagunaires
- l'abattoir municipal
- les stations d'épuration
- la construction de gares routières
- la Société immobilière du District
- etc...

Les personnes ou opérateurs économiques désireux d'investir à Abidjan et en Côte d'Ivoire, dans les domaines précités ou autres, sont priés de prendre l'attache du Premier Conseiller de l'Ambassade, au numéro de téléphone : 031 350 80 86 ou par E-Mail : acibe-2@acibe.org


Nuit de la Solidarité avec les victimes de la guerre en Côte d'Ivoire

10 Juin 2003

A l'initiative du Collectif des Ivoiriens du Canton de Zurich, une nuit dénommée "Nuit de la Solidarité avec les victimes de la guerre en Côte d'Ivoire", a été organisée le 31 mai 2003, dans ledit Canton, sous le co-parrainage de Leurs Excellences Messieurs KOUAMÉ N'Goran et BEKE DASSYS Claude, respectivement Ambassadeur de Côte d'Ivoire en Suisse et Représentant Permanent de Côte d'Ivoire près l'Office Européen des Nations-Unies à Genève.

Outre des amis de la Côte d'Ivoire, des délégations d'Ivoiriens venues de France, d'Italie et d'Allemagne, ont pris part à cet émouvant rendez-vous de la solidarité.

L'Ambassadeur KOUAME N'Goran, qui a présidé personnellement cette manifestation, était accompagné de tous les agents diplomatiques de l'Ambassade, ainsi que du représentant de l'Ambassadeur BEKE, en mission.

Après l'allocution de bienvenue des organisateurs, l'Ambassadeur KOUAME, a livré le message suivant :

Chers Frères et Soeurs ivoiriens,
Chers Amis de la Côte d'Ivoire,
Chers invités,
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,

Au nom de mon collègue et frère, l'Ambassadeur BEKE DASSYS Claude, Représentant Permanent de la Côte d'Ivoire près l'Office Européen des Nations Unies à Genève, absent pour cause de mission, mais représenté par Monsieur Adrien KOUADIO, un de ses proches collaborateurs, au nom de mes collaborateurs et en mon nom personnel, il me plaît tout d'abord de vous adresser, à vous tous ici présents, notre salut fraternel et amical, et de remercier de tout cœur le collectif des ivoiriens du Canton de Zurich, d'avoir bien voulu nous associer si étroitement à cette manifestation nocturne pleine d'émotion et de souvenirs pour notre cher pays, la Côte d'Ivoire.

Je voudrais également saluer la présence nombreuse et variée des amis de la Côte d'Ivoire, ainsi que des invités venus de partout, abandonnant leurs diverses occupations et autres activités de fin de semaine, pour méditer avec nous l'espace d'une nuit sur la situation exceptionnelle que traverse notre pays depuis le 19 septembre 2002, nous témoigner leur fidèle amitié, leur sympathie et leur solidarité, au moment où, en Côte d'Ivoire, nos populations et nos familles affligées et meurtries, attendent soutien et réconfort. Assurément "c'est dans la détresse et les difficultés que l'on reconnaît les vrais amis". Soyez-en infiniment remerciés.

Qu'il me soit à présent permis de féliciter tout particulièrement les artisans de cette "Nuit de la Solidarité avec les victimes de la guerre en Côte d'ivoire", notamment Monsieur YAYAUD Vincent et tous les organisateurs, pour la grandeur de leur initiative, initiative louable à tout point de vue, et la qualité de leur organisation. Cela ne me surprend guère, connaissant le dynamisme et le dévouement qui ont toujours caractérisé la communauté ivoirienne du canton de Zurich, à travers les activités de l'AIZ sous la direction de Monsieur Franck VAHO, qu'il me plaît de saluer fraternellement. En effet, l'AIZ est une des rares Associations ivoiriennes dans toute la Confédération Helvétique, à œuvrer avec pragmatisme et efficacité dans la solidarité au profit de tout ivoirien arrivant ou vivant dans ce canton et pour l'intérêt de la Côte d'Ivoire, sans coloration politique, ethnique, clanique, religieuse et sociale. Puisse cette ferveur patriotique servir d'exemple à nos compatriotes des autres cantons et ce dynamisme les inspirer!

Frères et soeurs ivoiriens, qui avez répondu si massivement à l'invitation des organisateurs de cette soirée, et qui êtes venus de si loin avec une mention particulière à nos frères et soeurs venus de d'Italie et de France, votre participation témoigne éloquemment du souci légitime qui vous habite quotidiennement pour l'avenir de notre pays, dont l'admirable et paisible parcours se trouve brutalement et injustement obstrué par la guerre. Je vous en remercie et vous exhorte à rester dignes et solidaires pour l'action commune à mener, comme vous avez toujours su le faire. Car cette nuit dite de la solidarité avec les victimes de guerre, devra être à mon sens l'expression d'un cri de cœur pour l'ensemble des ivoiriens de la diaspora, particulièrement en Suisse, un cri de cœur qui s'adresse certes à ceux qui souffrent dans leur chair et leur âme mais aussi, à nos frères qui ont préféré le langage des armes au dialogue qui comme on nous l'a appris, est l'arme des forts.

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, il ne me paraît pas nécessaire, en cette Nuit spéciale d'émotion et de souvenirs, de vous infliger un rappel magistral et fastidieux de la genèse et des nombreuses conséquences douloureuses de cette horrible guerre absurde, qui ont fait couler beaucoup d'encre et de salive, et que vous avez suivies au jour le jour, par la magie des technologies modernes d'informations. Car près de 10 mois de guerre ne sauraient se résumer en quelques phrases. Nous nous prêterons volontiers à cet exercice lors de la prochaine rencontre spéciale que vous envisagez d'organiser à cet égard.

Je voudrais cependant, pour la circonstance, plus pour éveiller vos esprits que pour vous attrister, rappeler sommairement à votre mémoire, la partition de fait du pays, les scènes effroyables ,les atrocités sans épithètes commises dans des villes et villages, jusqu'aux moindres petits hameaux, pillés, saccagés, brûlés et vidés de leurs habitants, par des actes de barbaries d'une autre époque, que l'on n'aurait jamais imaginé dans ce pays de paix et de tolérance, mais barbaries perpétrées tout de même par des hommes sans coeur ni foi .

Oui, émotion et souvenirs ai-je dit, car notre chère Patrie bien-aimée, hospitalière et jadis havre de paix, est depuis bientôt 10 mois, dangereusement ébranlée par les forces de la violence et de l'agressivité sans nom, décimant des familles entières et laissant sur leur funeste passage, des corps inertes, des femmes violentées, sauvagement violées ou éventrées, des hommes, des femmes et des enfants amputés, égorgés ou décapités, des hommes et femmes de tous âges abandonnés sans secours ni recours.

Emotion et souvenirs ai-je dit, car des Ivoiriens naguère pourvoyeurs de gîtes et de couverts à des réfugiés étrangers massacrés, fuyant les affres de la guerre et de la persécution chez eux, des Ivoiriens dis-je, sont devenus aujourd'hui des "Sans abris ni domiciles fixes, des déplacés de guerre, des réfugiés chez eux, sur leurs propres terres, qui dans des centres d'accueil de fortune aux conditions sanitaires précaires, qui chez des parents ou amis loin des zones de guerre, venant grossir une population déjà très dense dans les zones sous contrôle gouvernemental et se contentant de pitance à peine disponible.Et, là où le bât blesse le plus, des ivoiriens qui, il n'y a pas si longtemps faisaient l'objet de louanges par les Autorités du H.C.R. (Haut Commissariat au Réfugiés), pour la qualité de leur accueil, accueil à l'ivoirienne je dois préciser de centaines de milliers de réfugiés venus d'ailleurs, notamment des pays voisins, se trouvent aujourd'hui, comble de malheur et de disgrâce, réfugiés eux mêmes en terres étrangères.

Ainsi, la Côte d'Ivoire, terre nourricière et bénie, source incontournable de toutes les richesses de la sous-région ouest-africaine, est aujourd'hui méconnaissable, victime qu'elle est, de sa légendaire hospitalité et de sa relative prospérité qui, en toute apparence ne lui ont pas fait que des amis.

Comme l'on devait s'y attendre, les conséquences sont incalculables au plan économique et social, au plan politico-administratif, au plan humanitaire et alimentaire et au plan éducatif et culturel. Ainsi, toutes les activités économiques tournent au ralenti,. Les opérateurs économiques ayant soit délocalisé, soit mis la clé sous le paillasson, les activités portuaires et aéroportuaires en forte baisse, les pertes se chiffrant à plusieurs milliards de francs. Toutes ces difficultés sont répercutées également sur l'économie de la sous-région, la Côte d'Ivoire produisant 40% des richesses de cette zone.

Au plan politico-administratif, l'occupation des régions entières par la rébellion, a mis à mal l'autorité de l'Etat qui est inexistante dans ces zones.

Au plan humanitaire et alimentaire, les nombreuses personnes déplacées et les Ivoiriens dans leur grande majorité vivent un traumatisme profond avec ce cortège de victimes innocentes, de disparus et de déplacés. La situation alimentaire elle, se détériore de plus en plus d'après le PAM ( Programme Alimentaire Mondial) qui a lancé un programme d'aide d'urgence.

Au plan éducatif et culturel, tous les établissements scolaires et universitaires étant fermés dans les zones occupées, l'année scolaire s'y trouve en conséquence compromise.

Fort heureusement, les autorités sous la haute direction du Président Laurent GBAGBO et nos vaillantes populations, au patriotisme affirmé ont pu faire face à cette grave crise, grâce à des efforts herculéens, à des sacrifices incommensurables et au don de soi. Ces efforts internes, conjugués aux diverses actions de la communauté internationale, notamment la CEDEAO, l'ONU, l'UA et des pays amis, nous permettent progressivement, de redresser la situation et la tête, grâce aux tentatives sincères de réconciliation et de stabilisation, et à un élan de solidarité internationale. Dans cet élan, la Suisse, notre pays hôte, dont nul n'ignore la notoriété mondiale en matière d'actions humanitaires, n'est pas restée insensible. Elle a, par le truchement du CICR, octroyé en octobre 2002, une aide d'urgence d'une valeur d'un million cinq cent mille (1.500.000) Francs suisses, et suit avec beaucoup d'intérêt, l'évolution de la situation sur le terrain. Cet élan de solidarité ,les ivoiriens qui ont été formidables, l'ont exprimé du plus profond de leur coeur, par une ferveur patriotique, qui s'est chiffrée à plusieurs milliards de nos francs de dons et de contributions à l'effort de paix.

Vous, Ivoiriens et Ivoiriennes du canton de Zurich et d'ailleurs, à travers une manifestation pacifique de soutien et une enveloppe symbolique et spontanée, d'un montant de 796.60 CHF, soit environ 350.000 F CFA, vous avez modestement soutenu l'action du gouvernement dans ses efforts de reconquête de notre paix et de notre dignité bafouées. J'ai eu l'occasion de vous en féliciter, je le réitère cette nuit, tout en me réjouissant de noter qu'aujourd'hui, au moment où le Chef de l'Etat, le Gouvernement et le peuple ivoiriens consentent d'énormes sacrifices, vous décidez à nouveau, à travers cette heureuse initiative qui nous rassemble ici, de vous engager résolument avec eux, dans la dynamique de la réconciliation et de la reconstruction nationales. Quoi de plus noble, que dis-je, de plus naturel ?

La Côte d'Ivoire tout entière, dans tous ses compartiments économique, social, politique et culturel, ébranlée par ce malheureux séisme, le chemin de la réconciliation de ses fils et de sa reconstruction passe également par nous, ici en Suisse. En effet, en ce qui nous concerne, il nous revient de réconcilier les Ivoiriens avec le peuple suisse, qui ne s'abreuve qu'aux seules sources d'informations déformées et mal intentionnées qu'offrent certains médias internationaux. Nous devons, autour de nous et dans nos milieux respectifs d'activités, propager par tous les moyens, le vrai visage de notre pays en faisant notamment écho à son hospitalité légendaire, son potentiel économique ainsi qu'à sa détermination à renouer avec la paix et la réconciliation et aux avancées notables sur le chemin de cette paix que sont notamment, et c'est çà qui est la vérité:

- Le Gouvernement de Réconciliation nationale avec la participation des rebelles et tous les partis qui comptent,
- La signature du cessez-le-feu intégral sur toute l'étendue du territoire national;
- La levée du couvre-feu et des barrages routiers;
- Le redémarrage des voies ferroviaires Abidjan-Niger; et l'ouverture de la voie routière vers le Mali
- La suppression des zones de guerre
- Le dialogue engagé entre les parties en conflit pour le désarmement,
- La tenue, pour la première fois à Bouaké, du Conseil de Gouvernement.
- Le dialogue renoué avec les pays voisins, pays avec lesquels nous sommes malgré tout condamnés à nous entendre, puisque condamnés à vivre ensemble et enfin,
- La décision de l'ONU de placer notre pays de la phase 4 à la phase 3 de degré de sécurité.

Ce sont là, des pas de géant vers la bonne direction la paix, pas de géant susceptibles de susciter et ramener la confiance tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Je vous exhorte donc, à encourager et soutenir ces acquis, en vous inscrivant aussi, dans cette dynamique de paix par le pardon et la tolérance.

Nous devons enfin défendre autour de nous, l'honneur et la dignité de la Côte d'Ivoire en soignant davantage son image par nos comportements, nos pensées et nos paroles. C'est à ce prix que nous contribuerons à accroître sa crédibilité et son respect auprès de nos hôtes. Vous connaissant, je ne doute pas un seul instant que vous vous y attellerez.

Je voudrais d'avance, vous en féliciter bien vivement et vous exhorter à accomplir dès cette nuit, sans calcul aucun, cet agréable devoir patriotique que retiendra la jeune et passionnante histoire de notre merveilleux pays, devoir patriotique que nous autres ,fonctionnaires expatriés, n'avons pas hésité à accomplir avec joie il n'y a pas si longtemps. C'est à cet égard, que je m'en voudrais de ne pas rappeler à votre attention, que le Gouvernement a mis en place dès le début de cette crise, une cellule dénommée Cellule "Solidarité et Actions Humanitaires " cellule donc qui attend les dons et actions de toutes les personnes de bonne volonté.

Mesdames et Messieurs, tous les observateurs nationaux et internationaux ainsi que les Ivoiriens, s'accordent à reconnaître que n'eût été la Toute Puissante Main de DIEU, la Côte d'Ivoire aurait été anéantie, à la grande joie de ses ennemis. C'est pourquoi, je voudrais avant de terminer, Lui rendre grâce, car à cause de Sa Divine Présence fidèle et invisible, la tempête qui a fait tanguer notre barque, s'apaise à présent. Que nos genoux continuent de fléchir pour l'invoquer, le prier, l'adorer et le glorifier pour une réconciliation franche et une paix durable.

Frères et soeurs, amis de la Côte d'ivoire, ramons ensemble sans relâche, ramons avec espoir et détermination aux côtés du Président de la République, de son Gouvernement et du peuple ivoirien, pour une Côte d'Ivoire plus unie, toujours hospitalière et prospère.

Je vous remercie.

Afin de donner l'exemple aux participants, les diplomates présents ont fait un don de CHF 500.00 (soit environ 225.000 f CFA).

C'est dans une ambiance conviviale, animée aux rythmes des chants et danses du terroir ivoirien, que la manifestation s'est achevée au petit matin.