Juin 2005

Sommet de Pretoria II les 28 et 29 juin : Ce que dit le communiqué final.

30 Juin 2005

Article paru dans : "Le Nouveau Réveil" du 30.06.05
sur le site : www.abidjan.net

Devant les nombreux blocages de l'application de l'accord de paix signé à Pretoria le 06 avril dernier, le Président sud-africain, médiateur de l'UA et de l'ONU dans la crise ivoirienne a rappelé chez lui les protagonistes ivoiriens pour un sommet d'évaluation les 28 et 29 juin. Il ressort de ces longues heures d'échanges que chaque partie est quasiment obligée de jouer pleinement sa partition. Sous peine de subir es sanctions onusiennes qui planent depuis le début de l'année 2005. Cette fois, l'on espère que ceux qui ont dressé par calculs politiciens des obstacles à l'application des accords de paix sauront honorer leurs engagements. Pour le reste, voici l'intégralité du communiqué final de ce sommet qu'il est convenu d'appeler Pretoria II.

À l'invitation du Médiateur, les signataires de l'Accord de Pretoria se sont réunis à Pretoria les 28 et 29 juin 2005 pour examiner la mise en œuvre de l'Accord qu'ils avaient conclu le 6 avril 2005.

Participaient à la réunion Son Excellence Laurent Gbagbo, Président de la République de Côte d'Ivoire, Monsieur le Premier Ministre Seydou Diarra, représentant le Gouvernement de Réconciliation Nationale, l'ancien Président Henri Konan Bédié, représentant le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), l'ancien Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara représentant le Rassemblement des Républicains (RDR) et le Ministre d'État Guillaume Soro, Secrétaire général des Forces Nouvelles. La réunion était présidée par le Président Thabo Mbeki.

La réunion se tenait dans le contexte du récent massacre à Duékoué. En reconnaissance renouvelée du droit sacré du peuple ivoirien à la vie, à la paix et au développement, les dirigeants ont condamné cette action et ont souligné qu'elle constitue une menace à l'avancée du processus de paix. Ils se sont engagés, en conséquence, à travailler de concert pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent.

Les dirigeants ivoiriens ont souligné que la tenue d'élections est au cœur du processus devant ramener la Côte d'Ivoire à la normale. C'est pourquoi, ils ont réaffirmé l'importance de supprimer rapidement tous les obstacles à la tenue d'élections présidentielles en octobre 2005.

Les dirigeants ont pleinement entériné l'Accord de Pretoria du 6 avril et ont observé que certains progrès avaient été accomplis dans sa mise en oeuvre, mais qu'il subsiste certains aspects qui n'ont pas encore été suivis d'effet. Après avoir examiné en détail la mise en œuvre de l'Accord, ils ont convenu de ce qui suit :

1. DECLARATION COMMUNE DE FIN DE LA GUERRE

La déclaration de fin de la guerre a été prononcée le 6 avril 2005 à Pretoria. Les parties ont convenu qu'elles allaient examiner de nouvelles mesures à prendre pour renforcer ce message de cessation des hostilités.

2. DESARMEMENT ET DEMANTELEMENT DES MILICES

Le Premier Ministre a rendu compte des préparatifs effectués par le Gouvernement pour le désarmement et le démantèlement des milices.

La réunion a noté que le désarmement et le démantèlement effectifs des milices n'ont pas encore commencé.

À cet égard, il a été convenu que ce processus commence immédiatement pour s'achever d'ici le 20 août 2005.

Il a aussi été convenu que la Troïka, composée du Premier Ministre, du Médiateur et de l'ONUCI, allait évaluer le soutien supplémentaire qui pourrait être nécessaire pour accélérer ce processus, afin de raccourcir encore les délais de finalisation de cette tâche.

3. DESARMEMENT, DEMOBILISATION ET REINSERTION (DDR)

Consciente de ce qu'il serait impossible de tenir les élections si cette question reste en attente, la réunion s'est gravement inquiétée de l'absence de progrès dans le processus de DDR.

La réunion a pris acte de la volonté commune des États Majors des deux forces à s'inscrire dans le processus du DDR. Celles-ci ont proclamé la reprise du dialogue militaire, le retrait des armes lourdes du front, ont doté la Côte d'Ivoire d'un PNDDR/RC et d'un chronogramme de refondation et de restauration des forces de défense et de sécurité.

La réunion les a vivement encouragées à faire plus de progrès dans la réalisation du processus, pour ce faire, les Chefs d'État Major des FANCI et des FAFN vont se réunir avec la CNDDR le jeudi 7 juillet 2005 pour finaliser l'adoption du chronogramme.

La réunion a été informée que le Gouvernement a commencé de réhabiliter les sites DDR dans le nord du pays. Le Président de la CNDDR a assuré la réunion que trois sites au nord seraient prêts à accueillir des combattants dans un délai de trois semaines. Les sites au sud du pays sont prêts.

En conséquence, il a été convenu que l'accueil des combattants devrait commencer à partir de fin juillet 2005, sachant le lien existant avec la décision d'amender les lois sur la nationalité et l'identification, tel que prévu au point 8 ci-dessous.

Entre-temps les autres programmes convenus de DDR, dont la sensibilisation et la réhabilitation des autres sites se poursuivront.

4. Sécurité dans la zone de responsabilité des Forces Nouvelles

La réunion a pris note des efforts accomplis en vue d'assurer la formation des 600 éléments des Forces Nouvelles et a prié toutes les parties intéressées d'accélérer ce processus.

Les personnes qui vont assurer la formation des éléments des Forces Nouvelles qui seront responsables des activités normales de police après le regroupement des combattants des Forces Nouvelles ont achevé leur formation. Le processus d'identification des 600 éléments devant être formés est en cours. L'ONUCI et la médiation examineront les besoins de forces de police supplémentaires.

5. Sécurité des membres du Gouvernement issus des Forces Nouvelles et des autres candidats à la Présidence

La Médiation a achevé la formation du personnel de sécurité qui sera responsable de sécuriser les Ministres des Forces Nouvelles. Ce personnel formé à la garde rapprochée est rentré en Côte d'Ivoire pour y être déployé.

Les mesures de sécurité nécessaires ont maintenant été mises en place pour permettre aux Ministres des Forces Nouvelles de reprendre totalement leurs tâches au gouvernement. Le Secrétaire général des Forces Nouvelles a indiqué qu'ils sont maintenant tous prêts à reprendre leurs activités au gouvernement.

Le plan de sécurité global pour tous les membres du gouvernement issus des Forces Nouvelles sera finalisé et adopté par les Chefs d'État Major lors de leur réunion du 7 juillet 2005.

L'ONUCI et la Médiation vont accorder la priorité à la mise au point d'un plan de protection et autres mesures nécessaires pour assurer la sécurité du Ministre d'État Guillaume Soro et des candidats à la Présidence, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara.

Ils examineront également les plans de sécurité nécessaires à la tenue des élections, en particulier eu égard à l'accès aux bureaux de vote.

6. Commission électorale indépendante (CEI) et organisation des élections

La législation relative à la CEI devrait être adoptée d'ici le 15 juillet 2005 et 1a CEI devrait commencer de fonctionner immédiatement après cette date et au plus tard le 31 juillet 2005.

Les dirigeants ont réaffirmé que la CEI est la seule institution responsable du processus électoral et que l'Institut national des statistiques doit lui rendre compte sur tout ce qui concerne les élections.

Les dirigeants ont reconnu le rôle positif joué par le Conseil de sécurité des Nations Unies en soutien au processus électoral et ont exprimé leur appréciation du fait que les Nations Unies avaient réagi en urgence à leur demande.

Le Secrétaire général des Nations Unies est exhorté à nommer rapidement le haut représentant qui supervisera le processus électoral.

7. Radio Télévision Ivoirienne (RTT)

L'accord conclu à Pretoria selon lequel le Président Gbagbo allait publier un décret restaurant le statut et l'administration de la RTI a été suivi d'effet. Le Gouvernement s'efforce d'assurer l'extension, dès infrastructures de la RTI au reste du pays.

Les dirigeants ont prié instamment la direction de la RTI de faire en sorte que tous les partis aient un accès équitable aux média publics et que la qualité des programmes soit améliorée.

8. Nouvelle saisine de l'Assemblée nationale

La réunion s'est inquiétée de ce que les lois n'avaient pas été adoptées comme il en avait été convenu dans l'Accord de Pretoria.

Les parties ont prié instamment les élus du peuple ivoirien à l'Assemblée nationale de contribuer au processus de paix en aidant à la mise en œuvre dudit Accord.

À cet égard, l'Assemblée nationale devrait adopter, d'ici le 15 juillet 2005, tous les amendements aux sept lois proposés par la Médiation, faute de quoi le Médiateur est autorisé à prendre une décision sur les mesures exceptionnelles, tels qu'ordonnances et décrets, à prendre par le Président pour assurer que ces amendements soient adoptés.

Ces lois portent, sur la CEI, le financement des partis politiques, la nationalité, l'identification, la Commission des droits de l'homme, la presse écrite et la communication audiovisuelle.

La loi sur le financement des partis politiques va être amendée pour stipuler que les partis politiques non représentés à l'Assemblée nationale puissent bénéficier de financement à condition qu'ils aient des élus locaux. Ce financement devrait commencer le 15 juillet 2005.

9. Éligibilité à la Présidence de la République

Les parties ont rappelé que la question de l'amendement à l'Article 35 de la Constitution avait été un obstacle majeur à l'avancée du processus de paix. Elles ont reconnu que l'annonce faite par le Président de la République le 26 avril 2005 avait marqué un jalon significatif dans la création d'une atmosphère favorable à la tenue des élections. Les parties se sont engagées à tirer parti de cette réussite.

S'il s'avérait nécessaire d'avoir de nouveau recours aux dispositions de l'Article 48 de la Constitution, il faudrait en discuter avec la Médiation et les autres signataires.

10. Rôle de la Médiation.

Les parties, reconnaissant l'importante contribution apportée par la Médiation et s'inspirant de leur volonté réelle de supprimer tous les obstacles à la tenue d'élections le 30 octobre 2005, demandent à la Médiation de jouer un plus grand rôle dans la mise en application de l'Accord.

11. Sanctions

Les parties, voulant faire nouvelle preuve de leur engagement à la mise en œuvre de l'Accord de Pretoria, conviennent que l'Union Africaine devrait proposer des sanctions appropriées à toutes parties qui manqueraient à mettre en œuvre l'Accord de Pretoria et bloquerait ainsi, le processus de paix.

De même, les Parties conviennent qu'en cas de tel manquement, la Médiation entreprendrait de recommander l'imposition des sanctions des Nations Unies prévues à la résolution 1572 du 15 novembre 2004 et autres résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.


LA FRANCE EN PROCÈS EN AFRIQUE

23 Juin 2005

Source : http://www.embaci.com
Editorial de : FRATERNITÉ MATIN

La France a perdu son Afrique dans la nuit du 6 au 7 novembre 2004 à Abidjan ”. Cette phrase terrible est d’un journaliste français qu’on ne pourrait pas soupçonner d’appartenir à la galaxie patriotique ivoirienne : il s’agit de Stephen Smith, travaillant au service Afrique du prestigieux quotidien français Le Monde qui s’est plutôt signalé comme un grand pourfendeur du pouvoir en place à Abidjan. Il vient de publier un livre dans lequel il fait le procès de la Françafrique. Il compare les tristes évènements de Novembre 2004 devant l’Hôtel Ivoire à la prise de la Bastille ; car “c’est là que des soldats français ouvrent le feu sur une population patriotique mais civile… La donne la plus importante en Afrique subsaharienne pour nous, c’est que 46% de la population a moins de 15 ans. La France est aujourd’hui en train de régresser vit un peu dans le rétroviseur et passe à côté des enjeux contemporains de l’Afrique… La France n’a jamais défini une politique française en Afrique. Elle parle d’une politique africaine de la France. Elle se substitue. De ce fait-là, elle ne sait pas exactement ce qu’elle cherche en Afrique. Et je pense que c’est son grand handicap… La mentalité, ici à Paris, des responsables politiques reste éminemment paternaliste, éminemment collant aux dictateurs et aux régimes qui longtemps ont été loyaux, fidèles à l’égard de la France. Lorsque Jacques Chirac dit c’est un ami personnel qui meurt, c’est une faute politique… Même en mettant 4 000 soldats dans un pays que la France maîtrise de bout en bout, elle n’arrive pas à résoudre un problème ”. Ces morceaux choisis résument, avec assez d’éloquence, le désamour qui traverse, depuis la crise ivoirienne, l’opinion publique africaine. Tout au long de cette semaine, les autorités algériennes ont chargé copieusement la France à qui elles ont demandé de reconnaître ses crimes de guerre pendant 160 ans de colonisation. Le Président Bouteflika a même comparé la colonisation française au nazisme : “ Qui ne se souvient des fours de la honte installés par l’occupant dans la région de Guelma ? Ces fours étaient identiques aux fours crématoires des nazis ”.

Cette prise de conscience s’est manifestée à l’occasion de la célébration du 60e anniversaire de la sanglante répression de manifestations pacifiques, organisées par des indépendantistes à Sétif, le 8 mai 1945. Cette intervention musclée des forces de répression françaises a fait des milliers de morts. Aujourd’hui, l’Algérie parle de crime contre l’humanité et interpelle, avec beaucoup de véhémence, la France qui tente plutôt d’adopter un profil bas. Confrontée à un devoir de mémoire et de vérité, la France se regarde dans le miroir. Quelle image a-t-elle d’elle-même ? Les observateurs attentifs des relations franco-ivoiriennes ont des conclusions convergentes : la France est en train de perdre pied dans son ancien pré-carré. Patrick de Saint-Exupéry l’a très bien résumé dans un article paru dans Le Figaro du 28 avril dernier sous le titre L’Afrique a mal à la France. “ Hier, la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui le Togo. Et demain, à la mort du président Omar Bongo, 70 ans et quarante-trois ans de pouvoir, vraisemblablement le Gabon. En Côte d’Ivoire et au Togo, des images identiques : violence sur fond d’émeutes tournant au pillage, des foules de jeunes vouant Paris aux gémonies, des ressortissants français agressés au nom d’une politique dont certains ont pu abuser mais qu’ils n’ont, globalement, pas initiée. Et, à chaque fois, un décalage observé entre la réalité du terrain et le discours tenu à Paris…

Les crises ivoirienne et togolaise viennent de le démontrer : l’Afrique a mal à la France ; et –cela est moins probant, mais réel- la France a mal à l’Afrique. Car Paris voudrait bien. Il ne faut pas en douter. Mais Paris est dépassé. Au point de ne plus se rendre compte des répercussions que peuvent avoir en Afrique les mots prononcés sur les bords de la Seine. ” Le constat de Patrick de Saint-Exupéry est franchement accablant : “coupée de ses traditionnels piliers d’influence (Houphouet-Boigny à Abidjan, Mobutu à Kinshassa, Eyadéma à Lomé…), l’ancienne puissance tutélaire est comme privée de boussole sur l’Afrique. ” Que dire du cinglant désaveu que des Françaises viennent de faire subir à la France cette semaine? Selon une dépêche de l’AFP, que nous avons publiée hier, les épouses des militaires du 43ème Bima ont dit catégoriquement non à la décision de rapatrier, pour des questions de sécurité, les 70 familles encore en place. Elles ont adressé trois lettres au Président Chirac, au ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie et au chef d’état-major des armées, le Général Bentegeat pour s’opposer à cette décision qu’elles ne jugent pas fondée. Plus grave, elles pensent que la vérité sur la situation en Côte d’Ivoire est travestie et que le tableau est volontairement noirci.

Comme on le constate, les relations franco-africaines connaissent une tournure tragique qu’il convient de réorienter au pus vite dans l’intérêt bien compris des uns et des autres. Dans le cadre d’un nouveau partenariat fondé sur le respect des engagements, librement consentis dans le cadre d’accords de coopération renégociés, actualisés au nouvel environnement basé sur la globalisation des échanges, l’ouverture des marchés, la coopération tous azimuts… Pour réussir sa mue, la France doit savoir tourner résolument la page et sortir des petitesses qui ne la grandissent pas du tout. A quoi rime le refus de visas à des journalistes ou à des intellectuels allant en mission en France au motif qu’ils ont eu des prises de position défavorables à la France ? Atteinte à la liberté d’expression ? Esprit de revanche ou de rancune ? Cela n’honore pas du tout la France qui se veut la fille aînée des droits de l’homme, des libertés individuelles. Stephen Smith l’a dit : 46% de la population subsaharienne a moins de 15 ans : c’est elle qui sera demain aux affaires. En la rejetant ou la frustrant, les autorités françaises actuelles font le lit d’une fracture à venir beaucoup plus dramatique. Au moment où l’Espagne vient de régulariser la situation de plusieurs centaines de milliers de sans-papiers, la France concocte avec Dominique de Villepin une politique pour traquer et chasser les immigrants clandestins. C’est pourtant le même de Villepin qui, alors ministre des Affaires étrangères, a orienté la position française dans la crise ivoirienne en exigeant la naturalisation de millions d’étrangers en Eburnie.

Jean-Baptiste AKROU


LA FRANCE EN PROCÈS EN AFRIQUE

23 Juin 2005

Source : http://www.embaci.com
Editorial de : FRATERNITÉ MATIN

La France a perdu son Afrique dans la nuit du 6 au 7 novembre 2004 à Abidjan ”. Cette phrase terrible est d’un journaliste français qu’on ne pourrait pas soupçonner d’appartenir à la galaxie patriotique ivoirienne : il s’agit de Stephen Smith, travaillant au service Afrique du prestigieux quotidien français Le Monde qui s’est plutôt signalé comme un grand pourfendeur du pouvoir en place à Abidjan. Il vient de publier un livre dans lequel il fait le procès de la Françafrique. Il compare les tristes évènements de Novembre 2004 devant l’Hôtel Ivoire à la prise de la Bastille ; car “c’est là que des soldats français ouvrent le feu sur une population patriotique mais civile… La donne la plus importante en Afrique subsaharienne pour nous, c’est que 46% de la population a moins de 15 ans. La France est aujourd’hui en train de régresser vit un peu dans le rétroviseur et passe à côté des enjeux contemporains de l’Afrique… La France n’a jamais défini une politique française en Afrique. Elle parle d’une politique africaine de la France. Elle se substitue. De ce fait-là, elle ne sait pas exactement ce qu’elle cherche en Afrique. Et je pense que c’est son grand handicap… La mentalité, ici à Paris, des responsables politiques reste éminemment paternaliste, éminemment collant aux dictateurs et aux régimes qui longtemps ont été loyaux, fidèles à l’égard de la France. Lorsque Jacques Chirac dit c’est un ami personnel qui meurt, c’est une faute politique… Même en mettant 4 000 soldats dans un pays que la France maîtrise de bout en bout, elle n’arrive pas à résoudre un problème ”. Ces morceaux choisis résument, avec assez d’éloquence, le désamour qui traverse, depuis la crise ivoirienne, l’opinion publique africaine. Tout au long de cette semaine, les autorités algériennes ont chargé copieusement la France à qui elles ont demandé de reconnaître ses crimes de guerre pendant 160 ans de colonisation. Le Président Bouteflika a même comparé la colonisation française au nazisme : “ Qui ne se souvient des fours de la honte installés par l’occupant dans la région de Guelma ? Ces fours étaient identiques aux fours crématoires des nazis ”.

Cette prise de conscience s’est manifestée à l’occasion de la célébration du 60e anniversaire de la sanglante répression de manifestations pacifiques, organisées par des indépendantistes à Sétif, le 8 mai 1945. Cette intervention musclée des forces de répression françaises a fait des milliers de morts. Aujourd’hui, l’Algérie parle de crime contre l’humanité et interpelle, avec beaucoup de véhémence, la France qui tente plutôt d’adopter un profil bas. Confrontée à un devoir de mémoire et de vérité, la France se regarde dans le miroir. Quelle image a-t-elle d’elle-même ? Les observateurs attentifs des relations franco-ivoiriennes ont des conclusions convergentes : la France est en train de perdre pied dans son ancien pré-carré. Patrick de Saint-Exupéry l’a très bien résumé dans un article paru dans Le Figaro du 28 avril dernier sous le titre L’Afrique a mal à la France. “ Hier, la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui le Togo. Et demain, à la mort du président Omar Bongo, 70 ans et quarante-trois ans de pouvoir, vraisemblablement le Gabon. En Côte d’Ivoire et au Togo, des images identiques : violence sur fond d’émeutes tournant au pillage, des foules de jeunes vouant Paris aux gémonies, des ressortissants français agressés au nom d’une politique dont certains ont pu abuser mais qu’ils n’ont, globalement, pas initiée. Et, à chaque fois, un décalage observé entre la réalité du terrain et le discours tenu à Paris…

Les crises ivoirienne et togolaise viennent de le démontrer : l’Afrique a mal à la France ; et –cela est moins probant, mais réel- la France a mal à l’Afrique. Car Paris voudrait bien. Il ne faut pas en douter. Mais Paris est dépassé. Au point de ne plus se rendre compte des répercussions que peuvent avoir en Afrique les mots prononcés sur les bords de la Seine. ” Le constat de Patrick de Saint-Exupéry est franchement accablant : “coupée de ses traditionnels piliers d’influence (Houphouet-Boigny à Abidjan, Mobutu à Kinshassa, Eyadéma à Lomé…), l’ancienne puissance tutélaire est comme privée de boussole sur l’Afrique. ” Que dire du cinglant désaveu que des Françaises viennent de faire subir à la France cette semaine? Selon une dépêche de l’AFP, que nous avons publiée hier, les épouses des militaires du 43ème Bima ont dit catégoriquement non à la décision de rapatrier, pour des questions de sécurité, les 70 familles encore en place. Elles ont adressé trois lettres au Président Chirac, au ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie et au chef d’état-major des armées, le Général Bentegeat pour s’opposer à cette décision qu’elles ne jugent pas fondée. Plus grave, elles pensent que la vérité sur la situation en Côte d’Ivoire est travestie et que le tableau est volontairement noirci.

Comme on le constate, les relations franco-africaines connaissent une tournure tragique qu’il convient de réorienter au pus vite dans l’intérêt bien compris des uns et des autres. Dans le cadre d’un nouveau partenariat fondé sur le respect des engagements, librement consentis dans le cadre d’accords de coopération renégociés, actualisés au nouvel environnement basé sur la globalisation des échanges, l’ouverture des marchés, la coopération tous azimuts… Pour réussir sa mue, la France doit savoir tourner résolument la page et sortir des petitesses qui ne la grandissent pas du tout. A quoi rime le refus de visas à des journalistes ou à des intellectuels allant en mission en France au motif qu’ils ont eu des prises de position défavorables à la France ? Atteinte à la liberté d’expression ? Esprit de revanche ou de rancune ? Cela n’honore pas du tout la France qui se veut la fille aînée des droits de l’homme, des libertés individuelles. Stephen Smith l’a dit : 46% de la population subsaharienne a moins de 15 ans : c’est elle qui sera demain aux affaires. En la rejetant ou la frustrant, les autorités françaises actuelles font le lit d’une fracture à venir beaucoup plus dramatique. Au moment où l’Espagne vient de régulariser la situation de plusieurs centaines de milliers de sans-papiers, la France concocte avec Dominique de Villepin une politique pour traquer et chasser les immigrants clandestins. C’est pourtant le même de Villepin qui, alors ministre des Affaires étrangères, a orienté la position française dans la crise ivoirienne en exigeant la naturalisation de millions d’étrangers en Eburnie.

Jean-Baptiste AKROU


Soutien de la France à la rebellion, crimes de la Licorne en novembre 2004 : La presse française dénonce, enfin, les mensonges de Chirac.

23 Juin 2005

Source : http://www.embaci.com/french
Marianne

Au fur et à mesure que le temps passe, la vérité sur la crise ivoirienne et le rôle nocif de la France se révèle au monde entier. En France même, plusieurs journaux n’hésitent plus à dénoncer les mensonges du président Chirac sur la vraie nature des relations franco-africaines. Et à mettre le doigt sur les raisons de la crise qui sont essentiellement économiques et liées à la volonté de la France de continuer le pillage de l’économie ivoirienne. Pour vous en rendre compte, nous vous proposons deux articles. Le premier de l’hebdomadaire “Marianne” revient sur les mensonges de Chirac sur la nature de ses relations avec les Africains. Ce second du quotidien “France-soir” donne quelques raisons de la guerre que nous fait la France.

Les tragiques événements d'Abidjan ont sévèrement entamé le capital sympathie de la France. Désormais, l'Afrique de l'Ouest se tourne vers d'autres partenaires. “L'amitié est comme la lame d'un couteau, en se retournant, elle peut blesser son propriétaire”. Jacques Chirac aurait tout intérêt à méditer ce proverbe gabonais. Il lui permettrait de comprendre les raisons de la singulière défaveur dont lui et sa politique sont aujourd'hui l'objet au sud du Sahara. La lune de miel entre le président français et l'Afrique appartient désormais au passé. A la séduction réciproque a succédé la bouderie quand ce n'est pas la brouille totale.

Les tragiques événements d'Abidjan, en novembre 2004, ont mis en évidence l'existence d'un fort courant francophobe. Soupçonné d'avoir armé et financé la rébellion, Paris est accusé de se comporter comme si la Côte d'Ivoire appartenait encore à l'empire. Le déploiement de ses troupes, même légitimé par un mandat onusien, est assimilé plus à une expédition coloniale et à une reprise de la “politique de la canonnière” qu'à une application des accords de défense liant deux Etats souverains.

Laurent Gbagbo n'est pas le seul dirigeant africain à tenir Jacques Chirac pour son "meilleur ennemi". C'est aussi le cas du président rwandais Paul Kagamé qui n'hésite pas à affirmer que la France le hait parce qu'elle se refuse à reconnaître sa “responsabilité morale directe” dans le génocide de 1994. Avec ces deux hommes, le dialogue est quasiment impossible. Il est vrai que le président français n'a fait aucun effort pour tenter de le renouer. Ce n'est un mystère pour personne qu'avant même la crise de 2002, Chirac entretenait des rapports exécrables avec son homologue ivoirien, Gbagbo, considéré comme une marionnette manipulée par l'Internationale socialiste. Le prototype, en somme, de ces opposants africains qui dissimulent, derrière
un verbiage tiers-mondiste, un mépris profond de la France et un autoritarisme saturé de relents tribalistes. Chirac leur préférait, de son propre aveu, les chefs d'Etat membres de longue date du “village” franco-africain, mis en place ou soutenus par Paris, qu'il côtoie depuis des décennies et qui ne lui ont jamais marchandé leur appui: le Camerounais Paul Biya, le Togolais Eyadéma, le Sénégalais Abdou Diouf, auquel a succédé l'encore plus francophile Abdoulaye Wade, le Congolais et marxisto-gaulliste Denis Sassou N'Guesso, le Burkinabé Blaise Compaoré ou le Gabonais Omar Bongo. Ils étaient “ses” hommes et il était “leur” toubab favori. Tout ce petit monde se réjouissait de l'entendre dévider, à satiété, ses généreux discours sur les relations Nord-Sud, l'annulation de la dette et l'aide au développement. Car, même les plus sévères admettent à demi-mot que le président français a été un excellent avocat de l'Afrique dont il a toujours plaidé avec talent, et parfois avec succès, la cause dans les grandes instances internationales. S'il est un domaine où il a mérité son nom de “Chi”, adepte de l'altermondialisme, c'est bien celui-là. Ce parcours lui valut longtemps de nombreuses sympathies sur le continent noir. Les statuettes en bois à son effigie et les “Jacques Chirac ! ” complices adressés par les passants aux touristes français attestaient bien de sa popularité et de cette connivence instinctiveentre lui et les laissés-pour-compte de la mondialisation.

Mais, faute de se traduire par des mesures concrètes, ces harangues ont fini par passer pour “parole en bouche”, c'est-à-dire comme un catalogue de vœux pieux qui n'engageait à rien. Généreuse en théorie, la France s'accommodait fort, en pratique, d'une singulière bienveillance envers des régimes corrompus peu respectueux des droits de l'homme et des valeurs démocratiques. Le Jacques Chirac qui plaidait en faveur de l'instauration d'une taxe sur le kérosène pour financer la lutte contre le sida qualifiait d'“ami” Gnassingbé Eyadéma, l'implacable dictateur togolais. Il parut même cautionner, dans un premier temps la mascarade juridico-politique qui porta au pouvoir, à la mort du dictateur, son fils Faure Gnassingbé. Un népotisme condamné non seulement par l'opposition togolaise, mais aussi par l'Union africaine et tous les chefs d'Etat de la sous-région. Ce double langage est d'autant insupportable aux Africains que la France est de plus en plus encline à doser son aide : son verbalisme pro-Afrique s'accompagne, en effet, d'une diminution constante et préoccupante du volume de l'aide, directe et indirecte, au développement.

D'où la “dissidence” de certains chefs d'Etat, jusque-là fidèles soutiens de la France en général et de Jacques Chirac en particulier, qui prennent désormais leurs distances, envisagent de nouer de nouveaux partenariats avec des pays qui savent se montrer plus généreux (le Canada, la Grande-Bretagne, le Japon, le Brésil ou les Etats-Unis) et qui piétinent aujourd'hui allègrement le “pré carré français” (cf. Antoine Glaser et Stephen Smith, Comment la France a perdu l'Afrique, Calmann-Lévy, 18). En février 2005, lors de la conférence de Brazzaville consacrée à la protection de la forêt équatoriale, on a pu assister à une passe d'armes, impensable il y a quelques mois, entre le président francais et son homologue gabonais. Excédé par le discours écologique et très politiquement correct de Jacques Chirac, Omar Bongo souligna que les pays africains, auxquels on demandait de renoncer, pour les beaux yeux de l'écologie, à l'exploitation de leurs richesses, attendaient toujours les compensations financières promises par ces nobles cœurs.

Furieux de ces critiques, le “Chi” finit par rétorquer à son contradicteur que le Gabon était “un pays plein de ressources et d'imagination” et qu'il puiserait dans celles-ci les moyens de faire face à ses difficultés.

Ressentiment populaire

Omar Bongo n'est pas le seul à hausser le ton. C'est le cas aussi du Nigérian Olusegun Obasanjo, de l'ancien président malien Alpha Oumar Konaré, très actif au sein de l'Union africaine, ou du Sud-Africain Thabo Mbeki qui a peu apprécié que Paris mette en cause son rôle de médiateur dans le conflit ivoirien et (c'est un comble !) critiqué son “manque de connaissance de la psychologie des Africains de l'Ouest” ! Ces chefs d'Etat ne cachent pas préférer les propositions concrètes de Tony Blair et de son ministre de l'Economie, Gordon Brown, aux envolées - jamais suivies d'effets - de l'occupant de l'Elysée.

En quelques mois, le chef du New Labour a réussi à mettre sur pied une Commission sur l'Afrique très efficace, où les sociétés civiles et les gouvernements du continent sont fort bien représentés. Il a fourni un programme d'action chiffré (doublement du montant de l’aide, mise en œuvre d'un “plan Marshall” pour l'Afrique, etc.) qui a obtenu l'approbation de Washington. Grande-Bretagne et Etats-Unis se feront d'ailleurs un plaisir de le présenter au cours du prochain sommet du G8, signant ainsi la marginalisation de la France en ce domaine. Résultat : la politique africaine de Jacques Chirac se sera révélée comme le cheval de Troie des entreprises anglo-saxonnes...

En plus de cette dissidence au sommet, comment ne pas évoquer - ce qui est plus grave - le ressentiment populaire, de plus en plus marqué en Afrique de l’Ouest. Il se nourrit moins de considérations géopolitiques que de la colère engendrée par les difficultés que rencontrent les candidats au départ pour obtenir des visas pour la France. Sans parler du non-respect des engagements pris par Paris afin de régler le dossier litigieux du “gel“ depuis 1959 des pensions versées aux anciens combattants et dont ceux-ci attendent toujours le paiement des arriérés. Une visite à la Paierie de France à Dakar, un jour de versement des pensions, ou à un consulat devant lequel patientent, des heures durant, des candidats au visa, dont la demande est la plupart du temps rejetée sans explication, permet de mesurer l’ampleur du désamour franco-africain.

Par Patrick Girard

Source : Marianne


Ah ces pages françaises ! - Humeur

23 Juin 2005

Source : http://www.embci.com/french
Paru dans : FRATERNITE MATIN

Merci M. Chirac de nous faire savoir que la justice n'est ni négationniste, ni révisionniste, ni raciste, ni xénophobe. Qui a tué doit payer. Dure est la loi. Mais il faut l'appliquer. Dans toute sa rigueur.

8 mai 1945 - 8 mai 2005. 60 ans. Soixante longues années de silence coupable. Soixante longues années à vouloir effacer les plus de 20.000 morts Algériens. Soixante longues années de silence à oublier que des soldats français ont tué, massacré, écrasé des milliers d'Algériens à Sétif.

Et pourtant, la France a pu se souvenir qu'il y a soixante ans, les alliés de la seconde guerre mondiale ont mis fin au règne nazi. En des mots bien choisis, la France a célébré sa victoire, sa grande victoire : "... une exigence de réflexion et d'action. Elle nous fait devoir de lutter, sans merci, contre toutes les formes de racisme et d'antisémitisme, contre toutes les formes de révisionnistes, contre tous ceux qui proclament l'inégalité entre les hommes.

Si le 20ème siècle fut un siècle de progrès prodigieux comme jamais toute l'humanité n'en n'avait connu, il fut aussi celui de malheurs immenses. Au seuil de ce nouveau millénaire, mais pour que l'histoire ne se répète pas, la communauté internationale a le devoir de veiller au respect des droits de l'Homme et des valeurs universelles. Partout dans le monde, les auteurs de crimes contre l'humanité doivent savoir qu'ils seront poursuivis, sans relâche, jugés et condamnés sans faiblesse". C'était le Président Chirac à propos de la shoa. Pas un mot sur le massacre de Sétif.

Que représentent, pour le Président Chirac, 20.000 Algériens tués par l'Armée française ? Juste une page que le ministre français des Affaires étrangères, M. Barnier, suggère de "surmonter". Pas besoin de s'en souvenir. Point besoin de reconnaître que l'Armée française a tué. Ce n'est ni du révisionnisme, ni du négationnisme, encore moins un crime contre l'humanité. Juste une page à surmonter. Pas un mot à la mémoire de tous ces morts. Pas un geste pour le pays endeuillé.

Et, parce que l'histoire se répète, l'armée française a tiré, et tué, une fois encore des hommes et des femmes aux mains nues. C'était en novembre dernier, en Côte d'Ivoire. Plus de 60 morts. Parce que l'histoire se répète, la France ne reconnaît pas ses crimes. Comme l'histoire de la France se répète, son ministre de la Défense, Mme Alliot-Marie nous demande de "tourner la page". L'Algérie doit surmonter la page rouge sang de ses milliers de fils et filles tués. La Côte d'Ivoire doit tourner la page de ses fils et filles tués.

Quand il s'agit de l'Afrique, la France veille à ce que ses crimes soient couverts du lourd manteau du silence et de l'oubli. Quand il s'agit des crimes commis par les nazis, M. Chirac monte sur ses grands chevaux et réclame la justice : "tous les auteurs de crimes contre l'humanité doivent savoir qu'ils seront poursuivis, sans relâche, jugés et condamnés sans faiblesse". Parce qu'il n'est ni raciste, ni xénophobe, le Président Chirac sait donc que lui, le grand justicier de l'humanité, doit payer pour ses crimes en Afrique. Il sera poursuivi, sans relâche, jugé et condamné sans faiblesse. Parce qu'un crime est un crime et que le destin d'un criminel est d'être jugé et condamné. A moins que les criminels qui, en France, donnent des ordres à l'armée française pour tuer et massacrer des Africains ne soient pas considérés comme tels. A moins que pour l'Afrique, la France peut se permettre de nier et de réviser son histoire rouge du sang des Africains versé et mouillée par les tonnes de larmes versés.

Hier c'était Sétif. 20.000 morts. Hier, c'était Thiaroye. Nombre de morts indéterminés. Aujourd'hui, c'est la Côte d'Ivoire. Une rébellion et des militaires français qui tuent. Nombre de morts indéterminés. Et la France veut surmonter et tourner la page. Nous ne pouvons, ni surmonter, ni tourner ces pages de sang. Parce que "les auteurs de crime contre l'humanité doivent savoir qu'ils seront poursuivis, sans relâche, jugés et condamnés sans faiblesse".

Merci M. Chirac de nous faire savoir que la justice n'est ni négationniste ni révisionniste, ni raciste, ni xénophobe. Qui a tué doit payer. Dure est la loi.

Par Agnès KRAIDY

Source: Frat/Mat


DISCOURS DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LAURENT GBAGBO, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.

20 Juin 2005

Article paru dans : "L'INTELLIGENT D'ABIDJAN" du 18 juin 2005

Le Chef de l’Etat a pris hier des décisions importantes pour retablir la sécurité dans le Moyen-Cavally et la renforcer à Abidjan, à l’occasion de son message à la nation. Le président Gbagbo a, par ailleurs, rappellé que les élections auront lieu aux dates constitutionnelles indiquées.

Ci-dessous l’intégralité de son message.

Ivoiriens,
Ivoiriennes,
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d’Ivoire.

Le 1er juin 2005, des assaillants ont investi nuitamment les villages de Guitrozon et de Petit Duékoué dans le Département de Duékoué, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire.

Ils ont massacré des populations endormies et incendié des habitations.

Le bilan, très lourd, est d’une centaine de morts et de nombreux blessés.

Les survivants de cette attaque ont fui leurs villages et abandonné leurs plantations.

Ils vivent aujourd’hui dans le plus grand dénuement dans des centres d’accueil où ils sont devenus des réfugiés sur leur propre terre, dans leur propre pays…

Je suis donc allé à Duékoué et j’ai vu les effets de la barbarie lâche.

J’ai vu une population meurtrie dans sa chair et dans son âme et qui s’interroge sur son avenir.

Je suis allé voir nos compatriotes pour leur apporter, en votre nom à tous, le soutien et le réconfort de la Nation.

Ce soir encore, je voudrais leur exprimer toute notre compassion et leur dire que la Côte d’Ivoire ne les abandonnera pas.

Ils ont droit à notre solidarité.

J’ai ordonné une enquête, elle est en cours, les premiers suspects ont été appréhendés.

Je salue toutes les structures démembrées de l’ONU basées dans la région du Moyen Cavally, tous les organismes humanitaires, toutes les ONG qui ont volé au secours de nos compatriotes dans la détresse.

Mais, au-delà de la peine qui nous afflige, nous devons tirer les leçons de cette agression.

Les événements de Duékoué ne sont pas les premiers de ce type à l’Ouest depuis le début de la guerre.

Ils ne sont ni isolés, ni fortuits.

Malgré la présence d’une zone de confiance au Nord de la région et le redéploiement de l’administration dans tout le Moyen-Cavally, des individus armés s’attaquent périodiquement aux populations, créant ainsi une atmosphère de peur et d’insécurité dans toute la région, de Duékoué à Toulépleu en passant par Guiglo et Bloléquin.

Face à l’ampleur de ce phénomène récurant, comment ne pas penser qu’il y a une volonté de déstabiliser la Côte d’Ivoire à partir de l’Ouest et de compromettre, par là-même, le processus de paix?

Il y a deux mois, j’ai rencontré à Pretoria les leaders de l’opposition et de la rébellion armée, à l’invitation du Médiateur sud africain.

Les discussions ont duré quatre jours.

Elles ont permis d’identifier clairement ce que les uns et les autres considèrent comme étant les points essentiels de blocage du processus de paix.

– Le désarmement des rebelles;
– L’éligibilité à la présidence de la République;
– La sécurité des personnes et des biens.

Pour créer la confiance, l’accord de Pretoria recommandait, entre autres, de remettre en place la direction de la RTI, la diffusion sur tout le territoire national des émissions de la radio et de la télévision nationale, le retour des rebelles au gouvernement.

La question de la modification de la Constitution étant écartée, je me suis saisi de l’article 48 de notre Constitution ainsi que l’a recommandé le Médiateur et compte tenu des circonstances exceptionnelles imposées par la guerre, pour régler la question de l’éligibilité des candidats à présenter par les partis signataires de l’Accord de Marcoussis et enclencher le processus électoral.

Intervenant dans ce contexte, les évènements de Duékoué appellent des mesures exceptionnelles pour sécuriser toute la région afin de permettre à tous ses habitants de vivre tranquillement et de permettre à la Côte d’Ivoire tout entière d’aller aux élections dans la sérénité.

L’insécurité matérielle et humaine dans laquelle vivent les populations civiles dans cette région est liée à un affaiblissement de l’autorité de l’Etat occasionné par la guerre.

Et chaque fois que la situation du pays l’a exigée, et elle l’exige aujourd’hui plus que jamais, le chef de l’Etat fait appel à des officiers de l’armée pour leur confier des missions à la tête de l’administration territoriale.

Je ne peux pas laisser les populations de l’Ouest dans la peur.

Je ne peux pas laisser l’insécurité compromettre le processus électoral.

C’est pourquoi, ayant visité tous les départements du Moyen Cavally où j’ai rencontré les populations et les autorités administratives, j’ai pris les mesures suivantes:

1 – Un gouverneur militaire est nommé pour la région du Moyen Cavally.

Il sera basé à Duékoué ; cette ville étant la plus exposée au plan de la sécurité.

Guiglo demeure le chef lieu de la région du Moyen Cavally.

Le gouverneur militaire aura sous son autorité l’ensemble des troupes ivoiriennes stationnées dans la région: l’Armée, la Gendarmerie, la Police, les Douanes, et les Eaux et Forêts.

Des moyens logistiques conséquents seront mis en œuvre au plus tôt pour faciliter la mobilité de nos hommes et la transmission entre nos troupes.

Des évaluations seront faites périodiquement pour rendre compte à la nation des résultats de cette mesure.

2 – Temporairement, des préfets militaires seront nommés à Duékoué, à Guiglo, à Toulépleu et à Blolequin, qui devient un département.

Le rôle des Préfets militaires sera d’être autour du Gouverneur militaire, pour assurer la sécurité dans la région, aider les populations à retourner dans leurs villages, dans leurs plantations et dans leurs champs et prendre toutes les mesures avec lui pour ramener le calme afin que nous puissions nous consacrer à la préparation des élections.

Car, ne l’oublions pas, la sortie de la crise par les élections est la seule voie pour nous.

3 – Des discussions ont été engagées avec les responsables de l’ONUCI, elles ne sont pas encore achevées, afin que la zone de confiance soit vraiment une zone de confiance.

J’entends, par ailleurs, saisir l’ONU et le Médiateur pour que les membres des mouvements de résistance, organisés en groupes d’autodéfense durant la guerre et qui ont défendu la République, soient pris en compte dans le processus de réinsertion.

Mais, au-delà de la région de l’Ouest, les évènements de Duékoué ont mis en lumière les risques que l’insécurité fait peser sur tout le pays.

Ainsi, comme nous le constatons tous, et nous le déplorons, l’insécurité et la violence sont devenues insupportables dans la ville et le district d’Abidjan.

Pour faire face à cette situation, j’engage la mise en place d’un PC Opérationnel Intégré qui fonctionnera 24 heures sur 24 et sera sous le commandement d’un officier supérieur des Forces de défense et de sécurité.

La ville d’Abidjan sera divisée en cinq zones dans lesquelles des Unités d’Intervention Décentralisées seront responsabilisées.

Elles combineront des détachements d’infanterie issus des grands corps des Forces de défense et de sécurité: Armée, gendarmerie et police.

Ces unités seront équipées de moyens opérationnels de communication tandis qu’un numéro téléphonique spécialisé sera mis à la disposition du public qui solliciterait une intervention.

Les unités opérationnelles effectueront des patrouilles quotidiennes jour et nuit et elles seront toujours prêtes à intervenir.

Des évaluations périodiques seront effectuées et vous serez informés des résultats qui seront mis à la disposition de la presse.

Ce PC Opérationnel Intégré aura désormais une seule et unique tutelle qui sera le Ministère de la Défense.

Sa mission sera de lutter, sans relâche, contre le grand banditisme et la criminalité urbaine.

Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d’Ivoire.

Alors que dans l’application des accords de Pretoria, l’Etat de Côte d’Ivoire s’est résolument soumis au respect de ses engagements, la rébellion continue de prospérer dans la violence et le chaos.

La sécurité est le meilleur gage pour aller aux élections dans le cadre des prescriptions de la constitution de notre pays.

Ce qui s’est passé à Duékoué est moralement, politiquement, et militairement inacceptable.

Les mesures sécuritaires que je viens de prendre s’imposaient d’elles-mêmes pour lutter contre la criminalité et le grand banditisme.

Nous allons rétablir l’autorité globale de l’Etat de Côte d’Ivoire et normaliser la situation sécuritaire et humanitaire des populations à l’Ouest.

Nous allons veiller à Abidjan et partout en Côte d’Ivoire à la sécurité des personnes et des biens.

La Côte d’Ivoire n’est pas encore sortie de la crise.

Elle en sortira par les élections organisées aux dates constitutionnelles.

Les élections auront lieu.

Nous nous y sommes engagés à Pretoria.

Nous n’allons pas nous détourner de notre voie.

Car ce n’est pas par la violence que l’on va imposer des gouvernants à notre pays.

Je vous demande d’être vigilants et de garder confiance.

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !


Source : Archive de "L'INTELLIGENT D'ABIDJAN" du 18 juin 2005,
sur le Site : www.abidjan.net


Dr. Daniel MENGARA, Opposant gabonais : "Et si GBAGBO avait raison?"

16 Juin 2005

Article paru dans : "L'INTELLIGENT D'ABIDJAN" du 14 juin 2005.
sur le site : www.abidjan.net)

Un leader politique gabonais apporte de l’eau au moulin du Chef de l’Etat ivoirien à propos de l’affaire “Bongo est un rigolo”. Le coordonateur du BDP-Gabon nouveau, en exil fait le procès du numéro un gabonais. Dr Daniel Mengara persiste et signe “Gbagbo n’a pas insulté Bongo mais lui a donné des leçons”. Ci-dessous l’intégralité de sa prise de position.

Le tollé ayant accueilli les commentaires faits sur Omar Bongo, le dictateur du Gabon, par le président de Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo dans le quotidien France Soir du 6 juin 2005 est assez surprenant. Surprenant car traiter Omar Bongo de rigolo n'est ni une insulte, ni un simple fait de l'esprit. C'est la simple vérité qui repose sur les 38 ans d'incompétence représentés par le pouvoir bongoïste au Gabon. Et dans ce contexte, Gbagbo n'a fait que dire ouvertement ce que les Gabonais et tous les observateurs du Gabon pensaient déjà d'Omar Bongo: Omar Bongo, tout le monde le sait, est la risée de la communauté internationale et ceci à plusieurs égards.

Mais revenons un instant sur les propos "choquants" du président ivoirien. Qu'a dit exactement Laurent Gbagbo?

Voici les commentaires du président ivoirien:

"Aucun Etat africain n'a condamné cette constitution [ivoirienne] parce que beaucoup des leurs sont marquées du sceau du nationalisme et rédigées de la même façon. Regardez le Gabon. Le père Bongo veut donner des leçons, mais c'est un rigolo ! Pour être candidat à l'élection présidentielle, il faut être Gabonais depuis au moins quatre (4) générations."

En quoi ce commentaire représente-t-il une insulte? Sur le plan de la véracité des faits constitutionnels du Gabon, Laurent Gbagbo a entièrement raison, et semble même mieux connaître la constitution du Gabon qu'Omar Bongo lui-même. Le problème c'est que nous en Afrique, et surtout au Gabon, nous aimons nous arrêter sur les mots. Nous aimons tellement les débats vides et les jeux de mots reposant sur des superficialités que le fond des choses nous échappe souvent, faisant donc de nous de simples palabreurs, partisans du cirque politique que des leaders incompétents nous imposent. Il ne faut donc pas, dans cette affaire, rester superficiel en s'arrêtant sur le mot "rigolo" utilisé par Laurent Gbagbo.

La vraie question est plutôt la suivante: Le fond de l'assertion de Gbagbo repose-t-il, lui, sur des arguments vérifiables, donc sérieux? En fait, Gbagbo ne pose-t-il pas là un problème sérieux en Afrique, celui des singeries constitutionnelles qui ont fait que nous, Africains, avons tout simplement accepté de perpétuer chez nous les modalités constitutionnelles que nos colonisateurs nous ont laissées ? Modalités constitutionnelles dictatoriales jadis faites pour perpétuer le joug colonial en Afrique? Quand Gbagbo dit par exemple qu'aucun Etat africain n'a condamné la constitution ivoirienne parce que "beaucoup des leurs sont marquées du sceau du nationalisme et rédigées de la même façon", il faut voir dans cette assertion beaucoup plus que les mots. En fait, il ne s'agit pas de nationalisme car les leaders africains ne savent pas le sens de ce mot. Ce dont il s'agit, c'est d'une réalité animalière qui accable l'Afrique. Gbagbo, sans peut-être le savoir, a mis son doigt sur quelque chose d'essentiel: les legs constitutionnels de l'Europe en Afrique ont souvent été la source de divers maux politiques, économiques, sociaux et culturels au sein de notre continent. Les Africains francophones que nous sommes se sont-ils jamais posé la question de savoir pourquoi la plupart de nos constitutions se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, et pourquoi ces constitutions semblaient toutes calquées sur la constitution française? Mieux même encore, nous sommes-nous demandé si le modèle français était véritablement adapté aux réalités africaines de la post-colonisation, où justement le problème des nationalités qui déchire la Côte d'Ivoire ne peut se poser de la même manière qu'en Europe, à cause justement des frontières abusivement tracées par les colons, frontières qui ont séparé des familles, des tribus et des clans, frontières qui ont cassé les liens de sang comme seule l'Afrique sait les comprendre, et redéfini la territorialité africaine avec des principes venus d'ailleurs?

Où sont les penseurs africains et pourquoi ne se sont-ils jamais penchés sur ce problème pour proposer des formules constitutionnelles plus adaptées à nos réalités? Où sont les politiciens patriotes d'une Afrique des nationalismes nouveaux, ceux qui feront pour l'Afrique les transformations désintéressées qui s'imposent, en tenant compte de l'esprit de nos cultures?

Ils ne sont malheureusement plus nulle part, ces nationalistes-là. Nos politiciens et intellectuels ventrus et vendus ont des chats plus urgents à fouetter: leur ventre et la grosse tête du leadership dénoué de tout sens de la Patrie. En Afrique, nous sommes tous devenus apatrides.

Ce n'est pas Bongo que Gbagbo accuse, chers frères. C'est l'Afrique toute entière. C'est nous, pompeux intellectuels, accrochés à nos privilèges élitistes et incapables de pensée libératrice; c'est nous, politicards enfoncés jusqu'au cou dans nos ventres à la recherche du pouvoir politique et de l'assouvissement des bas instincts, refusant de faire face aux réalités coloniales qui nous séparent encore de nos frères exilés de nous par la force de ces bâtardes frontières; c'est nous, Etats africains, empêtrés dans nos individualismes fossilisés, alors que de part et d'autre de nos infâmes frontières, des divisions se creusent entre peuples de même origine. C'est quoi être Gabonais? C'est quoi être Ivoirien, Camerounais, Equato-Guinéen? Et nous laissons faire; et nous regardons faire. Car nous nous complaisons dans la marée nocive et déshumanisante de ces legs coloniaux qui nous animalisent.

C'est quoi, en fin de compte, la nationalité en Afrique? Le Fang du Cameroun arrête-t-il d'être Fang parce qu'il est séparé du Fang gabonais par une frontière artificielle? Si le dénominateur commun du Téké gabonais et du Téké congolais se trouve dans leur "tékitude", qu'importe que l'on soit Gabonais ou Congolais? Peut-être faudrait-il que nous soyons capables de dépasser ces labels divisifs pour nous consacrer à la réfection de l'Africain sur la base de l'esprit?

Il faut respecter Laurent Gbagbo, mes frères. Laurent Gbagbo, sans être un intellectuel pompeux à la Senghor, est un visionnaire. Il a ses limites et a tendance à dire les choses de manière crue. Mais il n'en demeure pas moins qu'il est le seul en Afrique aujourd'hui à poser les vrais problèmes. Quelle honte pour nous Africains de nous en prendre à ce Monsieur simplement parce qu'il a utilisé le mot "rigolo" pour parler d'un collègue malhonnête! Quelle honte pour nous de le maltraiter parce que nous aurons nous-mêmes failli à notre devoir, celui qui consiste à lire, au-delà de la crudité des mots, le vrai message que Gbagbo essaie de nous communiquer: Celui d'une Afrique qui singe et qui se retrouve prisonnière de ses singeries, à l'image même du Gabon où Omar Bongo, le singe en chef se réjouit de voir son peuple croupir dans la misère la plus inexplicable dans un pays pourtant riche. La culture des coups fourrés politiques est ce qui satisfait le bonhomme. Et c'est de ce machiavélisme que parfois nous nous complaisons, au moment où parfois nous surprenons certains en train de dire: "Tchuuooo, Bongo est fort; il a acheté tous ses opposants." Et nous voilà en train de normaliser la culture du faux, d'ériger la médiocrité en moralité et de sanctifier la criminalité comme valeur morale. Et pendant ce temps, personne ne se demande avec quel argent Omar Bongo a acheté tous ces opposants. Eh bien laissez-moi vous le dire: la prochaine fois que l'enfant de l'un de vos proches mourra de paludisme faute de médicaments et d'hôpitaux, sachez que c'est avec l'argent qui aurait pu sauver cet enfant que Bongo aura acheté ses opposants.

Et loin de moi l'idée d'absoudre Laurent Gbagbo de la débâcle ivoirienne. Avec un peu plus de tact et d'esprit démocratique, le président Gbabgo aurait pu éviter aux Ivoiriens les affres de la guerre civile. Cette guerre n'était pas nécessaire. Il suffisait de libéraliser là où ni Houphouët, ni Bédié, ni Guéi n'avaient pu le faire. Il en avait le pouvoir. Sur ce point, Gbagbo aura trop tergiversé. La Côte d'Ivoire en souffre aujourd'hui.

Mais Laurent Gbagbo pose aujourd'hui de vrais problèmes et ces problèmes méritent notre attention. Concernant le Gabon, le problème reste évidemment entier, les commentaires de Gbagbo ayant au moins le mérite de révéler au grand jour les incohérences de la maison Bongo.

A ce titre, Gbagbo a raison, car Omar Bongo est non seulement un rigolo, mais véritablement un clown qui ne mérite le respect de personne, tellement il a couvert le Gabon d'opprobre sur les plans national et international, ce qui, si Bongo avait encore un peu d'humanité en lui, aurait dû le forcer à se retirer de la vie publique gabonaise. Il y a eu dans l'histoire du Gabon sous Bongo trop de gaspillage, trop d'opportunités perdues, trop de crimes, trop de viols, trop d'incompétence, trop de honte, trop d'humiliations.

Pour que l'on accusât Gbagbo d'irrévérence insultante envers Bongo, il eût fallu au préalable que sa déclaration fût fausse ou injurieusement infondée. Or, les encyclopédies nous disent qu'une injure "est une parole offensante adressée à une personne dans le but de la blesser délibérément, en cherchant à l'atteindre dans son honneur et sa dignité. Une insulte, quasi-synonyme d'injure, est cependant considérée comme une injure moins grave. Une injure grave est un outrage." Et sur ce plan, la loi française, par exemple, est claire quant à son interprétation de l'outrage ou de l'injure. En effet, l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, par exemple, définit l'injure comme suit: " toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait est une injure. "

Il est important ici de noter les termes de la loi française telle qu'elle est clarifiée par l'idée de l'absence de faits. Autrement dit, c'est l'absence d'imputation de fait précis qui fait l'injure, c'est-à-dire l'absence de preuves. C'est ainsi que l'injure ou l'outrage devient parfois synonyme de diffamation car reposant principalement sur des supputations ou invectives non fondées. Pour qu'il y ait donc, injure, insulte ou outrage dans les propos tenus par le président ivoirien à l'encontre d'Omar Bongo, il faudrait que Bongo puisse établir sur le plan de la loi et du langage, que l'affirmation de Gbagbo repose sur des invectives non fondées.

Or, à ce niveau, les commentaires de Laurent Gbagbo sont clairs: Le président ivoirien pense qu'Omar Bongo est un rigolo parce qu'il veut donner des leçons à Gbagbo sur la conduite à tenir dans son pays alors qu'à ce niveau, Bongo n'est pas une référence. Et pour le prouver, Gbagbo cite le texte fondamental gabonais, établissant ainsi un rapport de correspondance directe et véridique entre le Bongo manipulateur de constitutions dans son propre pays et le Bongo faussement moralisateur qui s'étend avec une arrogance mal placée sur l'Afrique. Puisqu'il y a un gouffre de fausseté évident entre ces deux "Bongos", Gbagbo en conclut tout simplement que Bongo est un clown, car ce sont les clowns qui aiment à se revêtir de masques de fausseté pour faire croire aux incrédules qu'ils représentent quelque chose qu'ils ne sont pas en réalité.

Pour, donc, prouver que Bongo est un clown qui a pour vocation d'amuser la galerie sans pour autant être drôle (il est incompétent même dans cela), il suffit de regarder ce que Bongo a fait du Gabon pendant les 38 dernières années.

Bongo le prestidigitateur manipulateur de constitutions

Prenons d'abord le personnage Bongo sur le plan même du texte constitutionnel gabonais, que ni Bongo lui-même, ni beaucoup de Gabonais ne semblent connaître. Gbagbo aura heureusement permis aux Gabonais et au monde de se rendre compte des incohérences suivantes entre ce que Bongo veut donner comme leçons aux autres dirigeants africains, et ce qui se passe réellement chez lui:

Incohérence No. 1: L'article 10 de la constitution, celui-là même qui est incriminé dans le bras de fer diplomatique entre le Gabon et la Côte d'Ivoire, stipule clairement que "Toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la présidence de la République. Seule sa descendance ayant demeuré sans discontinuité au Gabon le peut, à partir de la quatrième génération."

Cet article est problématique du point de vue même de la loi et de la possibilité de son application sur le plan historique. Car, si l'on se réfère à la simple histoire du Gabon, on se rend compte que l'entité connue aujourd'hui comme Gabon n'existe aucunement avant la colonisation européenne. On ne peut donc parler de nationalité gabonaise avant les colons puisque le Gabon est une création occidentale. Durant la période coloniale elle-même, le Gabon n'existe pas non plus en tant qu'entité juridique autonome puisqu'il fait partie d'abord de ce qu'on appelait à l'époque "Congo français", avant d'être intégré à l'AEF de 1910 à 1958. Pire même encore, les machinations françaises qui, de Gaulle à de Gaulle, essayèrent de maintenir l'empire français menèrent, entre 1946 et 1958 à des aménagements juridiques et constitutionnels (Union française 1946-1958 et Communauté française, 1958-1960) qui firent pratiquement des ressortissants des territoires français des citoyens français. C'est dire que les Gabonais nés avant 1960 furent tout-Congolais, Camerounais, Aéfiens, Français-sauf Gabonais. Puisque le Gabon n'existe en tant que pays indépendant que depuis le 17 août 1960 et sa première constitution en tant que nation indépendante ne date que de février 1961, les légalistes qui se respectent peuvent conclure qu'Omar Bongo est lui-même frappé d'illégalité puisqu'il n'aurait acquis la nationalité gabonaise qu'au moment de l'indépendance et, donc, de l'existence juridique du Gabon en tant qu'entité autonome. Du moment qu'il n'est pas né au Gabon, mais en AEF, Omar Bongo serait-il alors, sur la base de sa propre constitution, prêt à se disqualifier lui-même de la course à la présidence en décembre 2005?

C'est donc là la première incohérence que Bongo doit résoudre s'il veut se rendre crédible aux yeux du monde.

Incohérence No. 2: Le même article 10, contient, dans l'alinéa précédent, la stipulation suivante: "Sont éligibles à la présidence de la République, tous les Gabonais des deux sexes jouissant de leurs droits civils et politiques, âgés de quarante (40) ans au moins (L. 1/97 du 22 avril 1997).".

Cet alinéa est problématique. Sur la base de quoi le régime Bongo est-il parvenu à déterminer que l'âge requis pour un Président de la république valable se situe à 40 ans? 40 ans est-il forcément l'âge de la maturité et de la compétence? Or, quand on sait que Bongo lui-même, qui dit être né en 1935, est arrivé au pouvoir en 1967 à l'âge, donc, de 32 ans, on s'étonne. A moins que Bongo n'ait menti sur son âge véritable, n'y a-t-il pas une contradiction flagrante entre ce que Bongo s'applique à lui-même comme loi et ce qu'il impose aux autres dans sa tentative de bloquer par des manipulations constitutionnelles tous ceux qui seraient susceptibles de l'évincer?

Et puis, est-ce qu'il appartient véritablement aux hommes politiques de fixer comme cela de manière arbitraire des limites que seul le peuple serait habilité à fixer par son vote? Il me semble que si un jeune de 32 ans se décide à se présenter comme candidat aux élections présidentielles, ce n'est pas aux politiciens véreux de limiter sa candidature. Le peuple doit lui-même être capable de décider s'il veut d'un jeune à sa tête ou non. Cette peur de perdre le pouvoir est donc si chronique chez Bongo qu'il est obligé de se tailler des constitutions sur mesure, montrant ainsi qu'il est non seulement un rigolo comme le dit Gbagbo, mais aussi un homme sans couilles. Il a trop peur de la transparence, Omar Bongo. Vous remarquerez que des pays comme le Sénégal, le Burkina, le Cameroun, le Cap-Vert, le Tchad et beaucoup d'autres, fixent la limite d'âge minimale à 35 ans. Les Gabonais sont-ils donc plus immatures que les Sénégalais et les Camerounais?

Et que s'est-il passé depuis 1967 qui a fait que Bongo se trouve acceptable comme présidentiable à 32 ans, et refuse désormais que d'autres Gabonais ne fassent comme lui? Cette incohérence doit également être résolue avant décembre 2005 si Omar Bongo se veut crédible.

Incohérence 3: En juillet 2003, Omar Bongo a fait modifier l'article 9 de la constitution, pour réaffirmer non seulement le mandat de 7 ans, en contradiction flagrante d'avec la limitation de 5 ans décidée à la conférence nationale de 1990, mais également pour établir une rééligibilité permanente sans limite de mandats. Les Américains ne mâchent donc pas leurs mots quand ils écrivent, par l'entremise du Département d'Etat dans son rapport annuel des droits de l'homme au Gabon (Rapport 2003, publié en septembre 2004), que: "Le Gabon est une république dominée par un fort régime présidentiel. Le Parti Démocratique Gabonais (PDG) est demeuré au pouvoir depuis 1968 et a depuis lors restreint le choix politique. Le Leader du PDG El Hadj Omar BONGO, président depuis 1967 a été réélu pour un mandat de 7 ans en 1998 à l'issue d'un scrutin entaché d'irrégularités. Le 14 Juillet, le Parlement a voté un amendement constitutionnel qui a supprimé la limitation du nombre de mandat électif présidentiel et a de facto facilité une présidence à vie."

Le même article 9 tel que modifié institue une élection présidentielle à un tour, ce qui, encore une fois, traduit la peur de Bongo de voir le peuple l'acculer à un deuxième tour qui lui serait forcément fatal. Bongo sait qu'il n'a jamais gagné d'élection au Gabon et qu'au jour d'aujourd'hui il n'a aucune chance d'être élu dans la transparence. Alors, pour se protéger, il institue une élection à un tour dans l'espoir de jouir d'une majorité relative. Ce que Bongo oublie, cependant, c'est que personne au Gabon ni dans le monde n'accordera de crédit à une élection comme celle qu'il prépare.

L'on s'arrêtera là car la liste des enfantillages clownesques du bongoïsme en termes de prestidigitations constitutionnelles pourrait faire l'objet de tout un livre. Toujours est-il que le régime Bongo détient aujourd'hui deux des records les plus honteux du monde: Bongo est maintenant, après Fidel Castro, le plus ancien président du monde (38 ans de pouvoir); s'il s'impose en décembre 2005, il sera parti pour passer 45 ans au pouvoir. Bongo détient aussi l'un des records de manipulations constitutionnelles les plus ignominieux au monde, vu que de 1967 à 2003, le régime Bongo n'a cessé de "brigander " la constitution gabonaise, la modifiant au moins trente et une fois en 36 ans (1967-2003), soit à peu près une fois par an en moyenne. Aujourd'hui c'est une constitution entièrement taillée sur la petite mesure d'Omar Bongo: l'homme se sait petit au propre comme au figuré et sa manière de compenser cette petitesse se traduit par des comportements petits, mais exagérés, comme ceux qui consistent à s'assurer de voler une élection en rejetant la transparence électorale et à confondre stabilité politique et monarchie dictatoriale à vie.

A cela, il faut ajouter que Bongo n'a jamais gagné d'élection au Gabon, ce qui automatiquement fait de lui un imposteur. Gbagbo, qui au moins a la légitimité qui découle d'une élection qu'il a non seulement gagnée par les urnes, mais que le peuple ivoirien a renforcée par deux fois en se soulevant (face à Robert Guéi et face à la France) pour confirmer Gbagbo à ce poste. S'il y a quelqu'un qui a des leçons de légitimité à donner à l'autre, c'est bien Gbagbo.

Bongo la risée du monde

Il n'y a peut-être que Bongo qui ne sait pas qu'il est la risée du monde entier. Rien que par sa manière négligée de s'exprimer, les autres présidents s'esclaffent à chacune de ses interventions à l'ONU et dans les meetings présidentiels, sans parler des interviews médiatiques qui, en général, couvrent le Gabon et les Gabonais de honte. Il suffit de lire le type de réponse que Bongo donne lors des interviews qu'il accorde aux journalistes du monde. Sur la Côte d'Ivoire par exemple, RFI lui posa le 23 août 2004, la question suivante:

Question de RFI : Alors, Monsieur le président, revenons sur le cas d'Alassane Ouattara. Que lui conseillez-vous ? D'être candidat ?

Réponse d'Omar Bongo: Vous voyez Ouattara, ce jeune technocrate appelé par Houphouët, il devient par la suite politicien. Il n'a pas fait de bruit mais à cause de Ouattara par-ci, Ouattara par-là, on a fait un mythe. Aujourd'hui, Ouattara est là. Ouattara à droite, Ouattara devant, Ouattara derrière. Comment voulez-vous que j'aille lui dire, ne te présente pas. Au nom de quoi ?

En gras, nous avons souligné le type de réponses indignes d'un chef d'Etat qui ont, malheureusement, fait la notoriété du bonhomme Bongo dans le monde, à tel point que quand les journalistes l'approchent, ce n'est point parce qu'ils sont intéressés par la brillance de sa pensée, mais plutôt parce qu'ils veulent rire des conneries qu'il va, à coup sûr, pondre. Qu'est-ce que, bon dieu, ça peut bien vouloir dire "Aujourd'hui, Ouattara est là. Ouattara à droite, Ouattara devant, Ouattara derrière"? Bongo parle quelle langue? Si le français est difficile pour lui, qu'il fasse au moins comme Bush quand il visite la France. Qu'il apporte un interprète qui va traduire en français sa langue maternelle pour lui. Cela aura au moins le mérite de hisser nos langues inconnues en langues internationales. Mais des histoires du style "Ouattara à droite, Ouattara devant, Ouattara derrière" ne sont pas faites pour faire honneur au Gabon, surtout que Bongo a oublié dans sa litanie ouattarienne d'ajouter: "Ouattara à gauche, Ouattara en haut, Ouattara en bas, Ouattara partout."

Et ne parlons pas des affaires humiliantes comme celle de Miss Pérou, où Bongo plongea le Gabon dans la honte mondiale en tentant de séquestrer une pauvre péruvienne attirée faussement au Gabon pour assouvir les appétits sexuels du dictateur Gabonais. Mais quel exemple à donner à son peuple, mon Dieu! Un président qui se veut réellement représentatif de son pays se doit d'être non seulement le garant des institutions telles que dictées dans l'article 8 de la Constitution, mais aussi le garant de la moralité. A un moment où le SIDA fait des ravages au Gabon, un président "couche-là" ne peut qu'encourager l'immoralité par l'exemple qu'il donne, car beaucoup se diront: "Puisque le président le fait, pourquoi pas moi?". Et voilà comment un mauvais président peut instituer l'immoralité comme valeur et pousser la jeunesse d'un peuple à sa perte, en encourageant des comportements volages qui disséminent un peu plus le SIDA au sein de la population. Il n'en demeure pas moins que la nouvelle de la fameuse séquestration de Miss Pérou fit le tour du monde. Les Russes, les Chinois et tous les pays obscurs et connus du monde la publièrent, en parlèrent, plongeant le pays dans un état d'humiliation sans pareil. Le Gabon, dont certains n'avaient jamais entendu parler, devint soudain connu de tous, sur la base d'une histoire de fesses. Drôle de manière de véhiculer l'image de son pays, Monsieur Bongo!

Bongo le génocidaire de son peuple

Parlons maintenant brièvement de la gestion désastreuse que Bongo a faite du Gabon en 38 ans. Comparativement à la Côte d'Ivoire, l'économie gabonaise ne pèse pas lourd puisque dépendante en grande partie du secteur pétrolier. L'économie gabonaise sous Bongo vit donc en permanence sous perfusion pétrolière à un moment où celle de la Côte d'Ivoire repose sur un tissu agricole conséquent et bien établi. Certes, le revenu par habitant de l'Ivoirien est bas (1500 dollars US) par rapport à celui du Gabon (5900 dollars), mais cet avantage en chiffres n'est guère visible dans le niveau de développement du Gabon. D'abord parce que le revenu par tête du Gabon fluctue massivement en fonction des cours du pétrole (3810 dollars en 2003, contre 5900 dollars en 2004), ensuite parce que 38 ans après l'arrivée de Bongo au pouvoir, et malgré d'immenses richesses, 60% des Gabonais vivent encore sous le seuil de pauvreté (37% pour la Côte d'Ivoire), et le pays croule sous une dette avoisinant 30% de son PIB. A ce rythme-là, si Bongo s'impose en décembre 2005 et finit ce nouveau mandat de 7 ans, il provoquera la mort d'au moins 80.000 Gabonais entre janvier 2006 et janvier 2013, Gabonais qui seront morts inexplicablement de pauvreté dans un Gabon dit riche. Dans un pays où 1 enfant sur 10 meurt avant son premier anniversaire, généralement dans sa première semaine de vie, où l'espérance de vie stagne aux alentours de 50 ans, ce taux de mortalité est si étonnant qu'il est comparable à celui de pays en guerre civile. Or, le Gabon est supposé être un pays "stable" vivant dans la "paix". Comment peut-on, en temps de paix, perdre autant de citoyens qu' pays en situation de guerre civile? Evidemment, au pays de Bongo, les mots ne font pas peur, au point que le mot "paix" est devenu la sauce servie aux Gabonais à chaque discours pendant les 38 dernières années.

Parlons maintenant des "couilles" d'Omar Bongo, spécifiquement. Les statistiques du Département d'état américain sur le Gabon nous disent que les forces armées gabonaises tous corps confondus (marine, armée, forces aériennes, gendarmerie, police) se composent de 8000 membres et que la garde de Bongo représente un corps de 1500 membres. Vu que la garde de Bongo est la véritable armée du Gabon, les autres corps étant privés d'armements et de logistique de guerre pour éviter les coups d'Etat, on se rend compte que sur un total de 9500 membres au total, la garde de Bongo pèse à peu près 16% de tous les corps armés de la nation. Mon dieu, 16% des forces armées pour protéger un seul homme! Si ce n'est pas un manque de couilles ça, alors on ne sait plus ce que c'est. Bongo a donc à lui tout seul, la capacité de faire la guerre aux forces régulières de la nation, montrant ainsi, encore une fois, l'image bunkerisée d'un homme aux abois, qui va partout en Afrique proclamer la nature "pacifique et stable" du Gabon, alors qu'en fait le pays, de l'intérieur, vit dans la peur de voir l'armée privée de Bongo s'abattre sur lui. Ce qui est sûr, c'est que Bongo, contrairement à Gbagbo, ne peut espérer voir les Gabonais risquer leur vie pour lui ou pour sauver son régime comme les Ivoiriens par deux fois l'ont fait pour sauver Gbagbo, d'abord face à Guei, ensuite face à la France. Et voila pourquoi le bouffon gabonais s'entoure non pas d'une garde républicaine, mais bel et bien d'une armée de guerre, pour contraindre à la "paix" les Gabonais, et aller au dehors chanter une paix gabonaise qui n'existe pas.

Bongo le rigolo

Regardons maintenant de plus près certains des commentaires désobligeants faits par Bongo à l'encontre de son "frère" Gbagbo. Dans l'interview accordée à RFI citée plus haut, Omar Bongo disait ceci de Gbagbo:

Question RFI : Le président Laurent Gbagbo vous suivra-t-il ?

Réponse d'Omar Bongo: Ecoutez, moi je ne suis pas un donneur de leçon, dites-vous bien. Gbagbo à chaque fois que je lui parle, il a une logique propre à lui. Il vous donne l'impression parfois de quelqu'un qui écoute beaucoup. Or, il n'écoute pas. Parfois aussi, il vous donne l'impression qu'il ne vous écoute pas, mais il vous écoute. Par exemple à Accra, nous avons insisté pour qu'il réintègre les trois ministres limogés, mais il a dit non, mais qu'il était prêt à les nommer à d'autres postes. Mais lorsque Bédié, Ouattara, Soro sont entrés, il a dit: "Alors Soro, tu vas bientôt retourner au gouvernement (... ) ". Et ceux-ci ont applaudi. Mais il a également dit qu'il n'avait encore rien décidé mais moi je savais qu'il avait accepté.

Ce que l'on voit, dans les propos de Bongo, c'est d'abord une manière de parler des autres présidents, eux au moins légitimes, comme des enfants. Voilà pourquoi le journal en ligne Notre Voie du 9 juin rappelle que Bongo avait déjà dit de Gbagbo que "Le président Gbagbo dit une chose le matin et son contraire le soir. Il n'est pas digne de confiance".

Ce n'est donc que justice que Gbagbo lui ait répondue le 6 juin dernier. Mais hormis cela, comme Bongo le confirme lui-même, Gbagbo lui au moins sait reculer quand les conditions l'imposent. Gbagbo en arrivant au pouvoir a trouvé une constitution dictatoriale en place qui n'avait pas été façonnée par lui. Il a ainsi, malgré ses réticences, accepté non seulement les dispositions d'Accra telles que Bongo les expose ci-dessus, mais également cédé sur des points importants, comme par exemple permettre à Alassane Ouattara d'être candidat là où la constitution ne le permettait pas.

Question RFI : En relisant l'accord d'Accra III, il n'a été nulle part écrit que tous les candidats à l'élection présidentielle pouvaient se présenter. Or, il semble que toutes les difficultés soient nées de cela...

Réponse d'Omar Bongo : Nous n'avons pas dit explicitement cela. Nous avons demandé la révision de l'article 35 notamment dans ses problèmes d'éligibilité. L'actuelle Constitution dit de "père et de mère" nous avons préféré mettre le "ou" (de père ou de mère) de nationalité ivoirienne. La cause de la crise ivoirienne est l'article 35 et cette ivoirité, les "et" et "ou". Il faudrait faire en sorte que tout le monde se présente. Il est facile de se présenter à une élection mais c'est l'après élection qui compte. Donc, moi je pense qu'être candidat ne veut pas dire forcément qu'on sera élu. Je l'ai dit à Gbagbo. J'ai dit à Laurent : écoute, tu as été élu, mais il n'est pas dit que tu seras battu. Alors, il faut laisser les différents candidats se présenter eux-mêmes, ils verront avec le peuple.

Ah bon! Ainsi Bongo sait donner des leçons de démocratie hors de son pays! Mais quand a-t-il montré la même préoccupation pour son propre pays? Quand il s'agit de la Constitution ivoirienne, on voit Bongo devenir expert en jurisprudence et débattre de la valeur sémantique des "et" et "ou", donner des leçons à Gbagbo en lui conseillant de laisser tout le monde se présenter car cela ne veut pas dire qu'on sera élu, etc.

Mais au Gabon, Omar Bongo maintient une constitution qui exclut les gens qui ont la trentaine, entérine la présidence à vie et prépare la fraude. Gbagbo au moins aime son pays. Il sait reculer quand il faut sauvegarder un minimum de dignité à la nation. Mais comment Bongo qui ne cesse de renforcer sa dictature au Gabon peut-il donner des leçons de flexibilité à Gbagbo quand lui-même se fossilise dans des comportements de rigolo? Même quand le mouvement d'opposition BDP se rend en France pour rencontrer les Gabonais et discuter avec eux, Omar Bongo perd 1,5 milliard de F CFA pour l'en empêcher. Au Gabon, d'autres milliards ont été perdus pour acheter toute l'opposition. Pourquoi Omar Bongo a-t-il autant peur de la transparence électorale?

Si, donc, Bongo veut démontrer aux Gabonais qu'il a des couilles et qu'il n'est pas rigolo, la solution est toute trouvée, qu'il modifie la constitution gabonaise en revoyant les articles incriminés comme suit:

1) Modifications constitutionnelles

Article 9: Le Président de la République est élu pour cinq (5) ans au suffrage universel direct. Il est rééligible une fois.

Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n'est pas obtenue au premier tour, il est procédé à un second tour, le deuxième dimanche suivant la proclamation des résultats par la Cour Constitutionnelle.

Seuls peuvent se présenter au second tour les deux candidats ayant recueilli le plus grand nombre de suffrages au premier tour.

Au second tour, l'élection est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés.

Article 10: (….)

Sont éligibles à la présidence de la République, tous les Gabonais des deux sexes jouissant de leurs droits civils et politiques, âgés de trente deux (32) ans au moins.

(…)

En gras, nous signalons les lignes que nous proposerions à la place des dispositions actuelles. Modifier ces deux articles selon ces principes est une chose simple qu'Omar Bongo pourrait facilement faire pour montrer à Gbagbo et à tous ses critiques qu'il n'a pas peur de la transparence électorale et qu'il n'est pas prêt à s'imposer aux Gabonais pendant 45 ans.

Quant aux dispositions de l'article 10 concernant la candidature des personnes naturalisées, elles doivent faire l'objet d'un débat national franc. Il va sans dire que dans la plupart des pays du monde, l'on n'accepte pas facilement que des étrangers ou personnes naturalisées soient éligibles à la présidence de la république. Par contre, la descendance de ces personnes, du moment que leurs parents sont solidement établis dans le pays en tant que Gabonais d'adoption, mérite des égards particuliers puisque cette descendance, elle, est gabonaise par le droit du sol. La logique voudrait que cette descendance ait droit d'éligibilité, même si, par le jeu démocratique, les "autochtones" auraient le droit d'attirer l'attention des votants sur le caractère "étranger" de tels candidats, laissant ainsi le peuple jouer de manière autonome l'arbitre quant à qui il veut à sa tête. Mais il n'appartient nullement aux politiciens de fixer des limitations aussi arbitraires et absurdes que celles qui veulent qu'au Gabon, ne peuvent se présenter comme candidats aux présidentielles que la quatrième génération de descendants d'étrangers naturalisés.

2) Appel à l'ONU

Pour les élections de décembre 2005, un autre signe de bonne volonté de Bongo serait de tout simplement inviter l'ONU au Gabon et lui laisser, comme l'avait proposé le BDP, l'entière responsabilité d'organiser du début à la fin les élections présidentielles de décembre. Ceci permettrait de garantir la transparence minimale qui s'impose dans une élection aussi cruciale que celle de décembre 2005. Et comme le BDP l'avait dit, si Bongo gagne dans ces conditions de transparence, le BDP s'inclinerait et reconnaîtrait Bongo comme président du Gabon. Pour le moment, le BDP ne reconnaît pas Bongo comme président du Gabon car, en 38 ans, Omar Bongo n'y a jamais été élu de manière transparente et démocratique.

Si Bongo peut donc, dans le cadre des élections de décembre, simplifier au maximum les contraintes constitutionnelles, laisser les Gabonais qui le souhaitent s'exprimer ou se porter candidat, alors la bataille pour la démocratie au Gabon serait gagnée.

Mais ça c'est le rêve. La réalité est que Bongo n'a jamais été démocrate et ne le sera jamais. Il faudra, pour changer Bongo, le pousser à la sortie car il est incapable de la même flexibilité patriotique qu'il a semblé exiger de Laurent Gbagbo.

Les faits sont donc avérés. Gbagbo, en disant des faits concrets dans le cadre de ses commentaires, ne peut avoir insulté Bongo. Dire à un voleur reconnu comme voleur qu'il est voleur n'est pas une insulte. Dire de Bongo qu'il est rigolo parce qu'il dit aux autres de faire ce qu'il n'ose pas faire au Gabon est loin de constituer un outrage. Car, rigolo, Bongo l'est en réalité. Incompétent, Bongo l'est aussi. Sans couilles, Bongo l'est encore. Le président Laurent Gbagbo a tout simplement donné des leçons de compétence à l'imposteur gabonais en lui balançant au visage sa propre constitution entachée de lois "rigolotes".

Gbagbo aura même été surprenant par les précisions contenues dans ses commentaires. Par exemple, il a parlé de Bongo comme "le père Bongo". Le mot "père" n'est pas anodin ici. Il paraît en effet que dans le régime Bongo, le culte de la personnalité a atteint des sommets tellement maladifs que tout le monde appelle maintenant Bongo "papa". Et il n'y a plus personne au Gabon qui sorte d'une audience avec Bongo qui n'ait à la bouche la formule "Bongo m'a donné des conseils, comme un père". Comme de juste, en ce dimanche 12 juin de "soutien" acheté, Ntoutoume Emane, Premier ministre du gouvernement gabonais, a lui-même confirmé ce culte de la personnalité en appelant sans vergogne Bongo "papa" en public: "Notre papa à tous est très content de ce que vous avez fait. Avec Madame la première dame, ça lui va tout droit au coeur et il vous remet quelque chose pour que vous puissiez prendre un pot à Gabon Expo."

Quand on sait que Ntoutoume Emane a presque le même âge qu'Omar Bongo (Ntoutoume Emane est né en 1939 et Bongo en 1935), l'on a presque envie de vomir. Vomir parce que, au Gabon, la corruption a atteint des proportions tellement "normalisées" que le Premier ministre gabonais n'hésite même plus à venir féliciter publiquement les foules en leur proposant d'aller prendre un "pot" pour les remercier de ce qu'ils "ont fait". Un aveu, donc, que le soutien à Bongo n'était pas du tout spontané. Derrière ces cris de "soutien" se cachait plutôt l'impatience d'aller boire la bière qui avait été promise à ceux qui crieraient le plus. Rien que de l'artifice, en somme. Envie de vomir, encore, parce que Ntoutoume Emane aura un jour à expliquer aux Gabonais comment un homme de 70 ans (Bongo) aura pu avoir un enfant de 66 ans (Ntoutoume). Monsieur Ntoutoume Emane, sachez que personne au Gabon ne veut de ce "papa" rigolo là. Apparemment, le gouvernement sous Bongo est lui aussi une grosse escroquerie, un cirque.

Et la pauvre presse d'état au Gabon! Le signe évident que la presse gouvernementale est bâillonnée et que les libertés d'expression ne sont pas encore garanties chez nous peut se voir dans un des articles publiés par l'Union, le journal gouvernemental, le 8 juin dernier (Voir http://www.bdpgabon.org/content/view/1694/45/). L'Union, ce jour-là, n'arriva même pas à rapporter objectivement les mots de Gbagbo, préférant occulter le mot "rigolo" par la formule elliptique "r…." comme dans " regardez le Gabon : le père Bongo veut donner des leçons. C'est un r... Pour être candidat à l'élection présidentielle, il faut être Gabonais depuis au moins quatre générations". Quel est donc ce pays où un organe de presse officiel n'arrive même pas à rapporter objectivement les choses qui préoccupent la nation? Quelqu'un mourrait-il au Gabon si l'Union disait clairement que Gbagbo a traité Bongo de "rigolo" et que les mots sont de Gbagbo? C'est dire à quel point la clownerie gabonaise est devenue une culture dans notre pays, tout cela à cause du fameux "rigolo" Omar Bongo, qui croit que gérer un pays se résume à faire de gros discours sans sens du style "Ouattara à droite, Ouattara devant, Ouattara derrière".

Et c'est ce même Omar Bongo qui, lors de la fausse marche de soutien orchestrée par son chef de parti Simplice Nguedet Manzéla ce dimanche 12 juin 2005, au lieu de montrer qu'il avait de la hauteur, a sombré encore plus bas que Gbagbo en disant: "Je ne me vois pas descendre plus bas que terre pour aller parler à Gbagbo (…).Mais quand on vient chez quelqu'un tous les jours, quand on vient lui demander des leçons, quand on vient lui demander des conseils, quand on le suit partout hors de son pays et hors du pays du président Bongo, cela signifie que Bongo est plus fort, alors rentrez tranquillement, nous aurons l'occasion de lui répondre."

Et voilà Omar Bongo le grand homme maniant la boue à pleines mains, se vantant comme un enfant du primaire d'être "plus fort" que Gbagbo, un Gbagbo qui le suivrait comme un chien "partout hors de son pays et hors du pays du président Bongo". Pour un pays qui a rappelé son ambassadeur et qui a demandé à Gbagbo de calmer le jeu, si ce n'est pas attiser le feu ça, je ne sais plus ce que c'est. Il me semble que nous allons vers l'escalade vu que des Ivoiriens seraient capables de faire la même chose, et à ce moment, qui sait quel venin Gbagbo pourrait encore cracher à propos d'Omar Bongo?

On ne sait finalement plus à quoi riment les protestations du régime Bongo si, en fin de compte, Bongo a décidé de rejoindre Gbagbo dans la boue que Gbagbo est supposé lui avoir balancée au visage en le traitant de rigolo.

Pour, donc, avoir eu peur de la transparence électorale pendant 38 ans, le verdict est simple. Omar Bongo n'a pas de couilles. Et pour avoir voulu jouer, à l'extérieur du Gabon, le démocrate qu'il n'ajamais été chez lui, le verdict est là aussi, sans appel: "Le père Bongo est un rigolo".

En fin de compte, remercions le président ivoirien d'avoir suscité un vrai débat sur une Afrique faite de singeries suicidaires. Ce que Laurent Gbagbo a fait, et qui est salutaire également, c'est tout simplement d'avoir rabattu le caquet à un petit bonhomme qui commençait à prendre la grosse tête alors même que dans les faits, Omar Bongo est une coquille vide qui ne laissera comme héritage au Gabon que le spectacle d'une inexplicable désolation, dans un pays qui avait pourtant tout pour donner des leçons de démocratie, de transparence et de gestion responsable au reste de l'Afrique. L'héritage de Bongo au Gabon sera sans aucun doute celui d'une médiocrité érigée en culture dans un pays sans état. Pour cet impardonnable échec, Omar Bongo demeure indubitablement et irrévocablement la honte de l'Afrique.

Dr. Daniel Mengara Coordonnateur

Premier ministre du gouvernement gabonais de salut

national en exil BDP- Gabon Nouveau

Source. www.bdpgabon.org

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