Allocution de SEM Youssouf BAKAYOKO, Ministre des Affaires Etrangères à la 33ème Session de la Conférence des Ministres des Affaires Etrangères de l'Organisation de la Conférence Islamique (19 au 21 Juin 2006 )
22 Juin 2006 MONSIEUR LE PRESIDENT,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Honorables Délégués,
Mesdames et Messieurs.
Je voudrais en tout premier lieu transmettre les salutations amicales du Chef de l’Etat de Cote d’Ivoire, Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, a Son Excellence Ilham ALIEV, Président de la République d’Azerbaijan, dont le pays a accepte d’abriter cette conférence ministérielle.
Je voudrais ensuite, adresser au nom de la délégation ivoirienne, nos félicitations à Son Excellence Monsieur Elmar Mammadyarov, Ministre des Affaires Etrangères d’Azerbaijan pour son élection a la tète du Bureau de notre Conférence. J’y associe, bien entendu, tous les autres membres du Bureau et vous assurer du soutien de la délégation ivoirienne et de notre disponibilité à vous aider à réussir la mission qui vient de vous confier.
Je saisis cette occasion pour féliciter également Son Excellence Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères de la République du Yémen, Président sortant et son Bureau pour le travail remarquable qu’ils ont accompli pendant leur mandat.
Il me plait aussi, de féliciter Son Excellence Monsieur Ekmeleddin ISHANOGLU, Secrétaire General de l’OCI, ainsi que tous ses Collaborateurs, pour le travail abattu et les encourager a poursuivre avec détermination l’œuvre de consolidation des liens d’amitié et de coopération entre les Etats membres de l’OCI.
Je voudrais exprimer toute notre reconnaissance au Gouvernement et au peuple de la République d’Azerbaijan pour l’accueil fraternel et la chaleureuse hospitalité qu’ils nous ont réserves depuis notre arrivée dans cette belle ville de Bakou, capitale de l’Azerbaijan.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Honorables délègues.
Cette session de la CIMAE se tient à un moment particulier de l’histoire de l ; a Oummah islamique. En effet, elle a lieu quelques mois après le 3eme Sommet Extraordinaire de l’Organisation de la Conférence Islamique qui s’est tenue à la Mecque, à l’initiative du Serviteur des Deux Saintes Mosquées, Sa Majesté le Roi ABDALLAH IBN ABDELAZIZ AL-SAOUD que nous saluons et que nous remercions pour cet acte historique au bénéfice de la Oummah Islamique.
Comme nous le savons, ce 3eme sommet Extraordinaire a été un succès. En effet, de grandes décisions y ont été adoptées visant a resserrer les rangs de la Oummah et lui permettre de faire face aux défis qui se posent a elle. D’importantes mesures ont également été prises pour permettre a notre organisation commune
, l’OCI, de faire un bond en avant, notamment grâce a une reforme de ses structures et une redynamisation de son action.
Monsieur le Président,
Au nombre des décisions adoptées par le 3eme Sommet Extraordinaire figurent en bonne place celles contenues dans le Programme d’Action Décennal de l’OCI. Ce programme, s’il est mis en œuvre, constituera, a n’en point douter, un moyen efficace pour permettre a la Oummah d’aller de l’avant et d’adopter des réponses aux attentes de ses membres.
A cet égard, la question du développement économique et social des Etats membres, devra demeurer en tète des préoccupations de notre Organisation et une attention particulière être accordée aux besoins de l’Afrique dans ce domaine. En effet, est-il besoin de rappeler que ce continent demeure le plus pauvre et à l’ endroit duquel une réelle solidarité doit s’exercer ? A titre d’exemple, je citerai les chiffres suivants tires des sources de l’Union Africaine :
- 340 millions d’Africains, soit environ la moite de la population de ce continent vivent avec moins de 1 dollar par jour ;
- Le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans est égal a 140 pour mille ;
- L’espérance de vie a la naissance est égale a 54 ans ;
- 58% seulement de la population africaine à accès à l’eau potable ;
- Le taux d’alphabétisation des personnes de plus de 15 ans est égal a 41% ;
- L’Afrique doit se contenter de 18 lignes téléphoniques
pour mille personnes contre 146 dans le monde entier et 567 pour les pays a revenus élevés.
On pourrait ainsi multiplier les exemples s’agissant des besoins de l’Afrique.
C’est pourquoi nous nous félicitons de la décision prise par le Sommet Extraordinaire de la Mecque d’accorder un intérêt particulier aux problèmes de ce continent parmi lesquels figure en bonne place la pauvreté.
Monsieur le Président,
La lutte contre la pauvreté est un defi majeur non seulement pour l’Afrique mais aussi pour la communauté internationale toute entière. Ce defi devra être relevé certes par des politiques volontaristes menées par les Etats eux-mêmes mais également par l’ensemble des organisations et ONG dont le travail dans ce domaine est appréciable. Aussi, tout en me réjouissant des actions entreprises par l’OCI dans ce cadre en faveur des pays africains, je souhaite une mise en œuvre diligente du Programme d’Action Décennal de l’Organisation qui contient des volets consacres a l’allégement de la pauvreté dans les Etats membres et le renforcement des activités visant a la réalisation du développement économique et social des pays africains par la mise en place d’un Programme Spécial a cet effet.
Si l’adoption de ce Programme Spécial pour le développement de l’Afrique a été salue a sa juste valeur par le Sommet Extraordinaire et la communauté internationale dans son ensemble, c’est parce qu’il est porteur d’espoir et d’espérance. Il conviendrait des lors de faire en sorte que ceux-ci ne soient pas déçus mais que « l’essai soit transforme », notamment par des actions concrètes et efficaces. Certes, les Etats membres, principalement les Etats africains, auront leur rôle a jouer dans la mise en œuvre de ce Programme. Mais il appartient aussi et surtout a l’OCI et la BID d’en être les moteurs. A cet égard, je voudrais vous faire part de la satisfaction de mon pays vis-à-vis des résultats du Conseil des Gouverneurs de la BID qui vient de se tenir au Koweït et qui se sont traduits, entre autres, par l’approbation d’une augmentation du capital de la Banque et la mise en place d’un Fonds Spécial destine a la réduction de la pauvreté et la création d’emplois dans les Etats membres de l’OCI .Le Conseil des Gouverneurs a également invite les Etats membres a apporter leur contribution financière a ce Fonds. Je voudrais saisir cette occasion pour remercier le Royaume d’Arabie Saoudite qui a annonce une contribution de 1 milliard de dollars a ce Fonds et inviter les pays qui en ont les moyens et la possibilité a y contribuer.
C’est aussi l’occasion de féliciter la Banque Islamique de Développement pour le remarquable travail qu’elle accompli, depuis sa création, au service des économies, du commerce et des investissements des Etats membres. La contribution de cette Institution a la lutte contre l’analphabétisme et les maladies contagieuses mérite également d’être soulignée et appréciée a sa juste valeur.
Il convient aussi de rendre hommage à la Turquie et à la Malaisie qui ont mis en place le projet de stratégie de développement pour l’Afrique, montrant ainsi la voie à suivre. Je les encourage dans leurs efforts visant a aider de manière concrète et efficace les pays africains et je souhaite vivement que d’autres pays leur emboîtent le pas.
Il me plait aussi d’exprimer notre reconnaissance aux Etats membres qui ont contribue, avec l’Organisation Mondiale de la Santé et la Banque Islamique de Développement, au programme de l’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite dans le monde.
Monsieur le Président
Dans le rapport qu’il nous a présente, le Secrétaire General a fait un tour d’horizon des questions politiques à l’ordre du jour de notre Conférence. Celles-ci sont nombreuses, mais vous me permettrez de faire un constat qui se dégage dans le domaine politique. Au moment où se tient cette session de la CIMAE, force est de noter que, certains Etats membres de notre organisation se trouvent malheureusement dans des situations politiques ou sociopolitiques difficiles. Ces pays sont a la rechercher de la paix, bien précieux s’il en est, sans lequel aucun développement n’est possible.
La délégation ivoirienne souhaite vivement que tous les pays retrouvent le plus rapidement possible la paix et la stabilité. C’est pourquoi nous appelons de nos vœux un règlement rapide et pacifique des différents conflits auxquels sont confrontes les pays de la Oummah.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Honorables delegues,
Pour le Ministre des Affaires Etrangères de Cote d’Ivoire que je suis, comment parler de conflit, de paix et de stabilité sans évoquer la situation dans mon propre pays ?
Comme vous le savez, la Cote d’Ivoire, jadis havre de paix et de prospérité, traverse depuis bientôt quatre ans une crise sociopolitique sans précédent.
Sans vouloir vous faire la genèse de cette crise, permettez moi de vous donner quelques éléments d’information sur la situation actuelle du pays.
Conformément a la résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations Unies, un Premier Ministre de consensus a été designe en la personne de Monsieur Charles Konan Banny, ancien Couverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BECEAO) qui a forme un Gouvernement de transition charge de ramener le paix et d’organiser de élections transparentes et démocratiques dans le pays.
Dans cet esprit, le Chef de l’Etat et le Premier Ministre mènent en tandem plusieurs actions :
- la rencontre du 28 février 2006 a Yamoussoukro pour la première fois en terre ivoirienne, des quatre (04) principaux leaders politiques ivoiriens ;
- la 2eme réunion denommee (Yamoussoukro II) qui s’est tenue a Abidjan en mars 2006 sous la présidence de Son Excellence Monsieur SASSOU N’GUESSO, Président de la République du Congo et Président en exercice de l’Union Africaine ;
- la poursuite du dialogue entre les militaires ;
- l’organisation des examens scolaires dans les zones ex-assiégées, prélude au redéploiement partiel de l’administration, notamment dans le domaine de l’Enseignement ;
- le démarrage simultané des audiences foraines et du pre-regroupement des forces belligérantes le 18 mai dernier, deux opérations clés, dont l’objectif est l’organisation des élections au plus tard fin octobre 2006.
Sur le plan économique, l’apaisement du climat politique a redonne l’espoir aux opérateurs économiques.
Ces avancées que je viens d’évoquer doivent s’inscrire dans un processus irréversible. Il faut consolider ce climat de confiance qui revient progressivement. Le temps est venu de transformer les efforts ponctuels en une action collective de la Communauté Internationale pour le retour définitif de la paix en Cote d’Ivoire.
Je tiens a remercier tous ceux qui, dans cette période difficile, aident la Cote d’Ivoire a sortir de la crise, et j’invite tous nos partenaires internationaux et notamment ceux des secteurs du développement a apporter leurs concours au processus de redressement de la Cote’ d’Ivoire.
J’invite particulièrement l’Organisation de la Conférence Islamique a s’impliquer dans le processus de paix et de reconcilation en Cote d’Ivoire.
L’OCI ne doit pas rester en marge de ce processus. Elle doit y prendre toute sa place et jouer pleinement son rôle.
Je voudrais, cet égard, me réjouir de la décision de la réunion des Hauts Fonctionnaires préparatoire de cette CIMAE qui s’est tenu le mois dernier a Jeddah de proposer l’inscription, a l’ordre du jour de notre Conférence, d’un point intitule : « la situation en Cote d’Ivoire » et de recommander l’adoption d’une résolution sur cette question.
Je voudrais saisir cette occasion pour remercier encore une fois tous les Etats membres de l’OCI pour leur soutien a la Cote d’Ivoire.
Pour terminer, je voudrais souhaiter, au nom de ma délégation, plein succès a nos travaux.
Je vous remercie Monsieur le Président.
22 Juin 2006