Juillet 2003

Bamba Mamadou (Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères) : Je suis contre les diplomates militants.

31 Juillet 2003

Interview parue dans FRATERNITE MATIN du 31 juillet 2003.

Comment êtes-vous parvenu personnellement à aborder en quelques mois, à comprendre et même réussir à relancer notre diplomatie alors que pendant deux ans elle a manqué d’impulsion et de propulseur et a donc accusé un grand retard ?
Notre diplomatie a connu deux années difficiles du fait du coup d’Etat du 24 décembre 1999. Un pays qui en connaît est d’emblée mis au ban des nations. Dans ce cas-là la diplomatie en prend un sacré coup. Le coup d’Etat de 1999 a des conséquences qui courent jusqu’à maintenant. La décision des Etats-Unis d’imposer l’article 508 qui interdit aux privés américains d’investir en Côte d’Ivoire a été prise dès ce coup d’Etat. En ce qui nous concerne, il faut retenir deux éléments essentiels : d’abord, au niveau international, les diplomates ivoiriens sont reconnus pour leur grande qualité. J’affirme donc que nous avons de très grands et bons diplomates et qui forment une très bonne équipe. Ces diplomates portent l’action gouvernementale à l’extérieur. Ce que je fais, je ne le fais pas seul. Ensuite, j’appartiens à un gouvernement chapeauté par un Premier ministre qui est un diplomate, un ancien ambassadeur et qui guide mes pas. Au plan local, le Chef de l’Etat apporte son aimable contribution au travail que les diplomates ivoiriens et moi-même nous faisons. A titre personnel, mes activités ou responsabilités passées m’ont quelque peu disposé à cette fonction de ministre des Affaires étrangères que j’exerce aujourd’hui. J’ai débuté ma carrière parlementaire sous l’autorité de personnalités notamment les Présidents Henri Konan Bédié, Charles Bauza Donwahi et Emile Brou qui ont une grande expérience de la vie publique et qui m’ont formé. Puis j’ai siégé à l’ONU et dans diverses organisations inter-parlementaires mondiales : l’Union des Parlements africains qui est l’équivalent de l’OUA au niveau continental ; l’Union inter-parlementaire qui est l’équivalent de l’Onu ; le Comité inter-parlementaire de l’UEMOA ; à l’Assemblée nationale, nous avons travaillé pour mettre en place le parlement de la CEDEAO avant le coup de l’Etat. Ces discussions, ces négociations, ces confrontations finissent par former les uns et les autres. Enfin, j’appartiens à un parti politique, le PDCI-RDA dont les valeurs sont la tolérance, la pondération et la responsabilité qu’il inculque à tous ses cadres.

• Puisque vous semblez imprimer votre marque personnelle à la diplomatie, quel type de diplomate, voulez-vous pour cette nouvelle diplomatie ivoirienne ? Des diplomates tout court ou des diplomates militants du parti au pouvoir comme le voulait et le demandait votre prédécesseur ?
Le diplomate est au service de l’Etat, quel que soit le Président. Il est le représentant permanent de l’Etat pour défendre les intérêts, l’honneur et l’image de son pays. Donc je suis tout à fait contre l’idée de diplomates militants qui servent davantage leur parti, donc un clan, au lieu de servir la Côte d’Ivoire. Dans le cadre de la diplomatie ivoirienne, vous savez qu’il y a un problème de rajeunissement. La filière de formation des diplomates à l’ENA est fermée depuis plusieurs années. C’est pourquoi à Bruxelles, le Premier ministre et moi avions eu à solliciter le concours de la Belgique pour la formation et le perfectionnement de nos diplomates. Pour non seulement permettre à ceux qui sont déjà en fonction de se recycler, mais également pour former de jeunes diplomates en vue de faire face au problème du rajeunissement. Sinon cette fonction risque de ne plus avoir de serviteurs. Par ailleurs, en ce qui concerne la palette d’activités des diplomates, elle est très variée, mais à un moment donné, certains pays ont privilégié certaines palettes par rapport à d’autres. Aujourd’hui, il faut privilégier l’éco-diplomatie, car nous sommes un pays en reconstruction et le dialogue politique avec tous les pays notamment voisins pour la paix et la stabilité sous-régionale.

• Vous avez également déjà établi un nouvel organigramme de la diplomatie ivoirienne. Que contient-il ?
Cet organigramme vient d’être adopté par le gouvernement. Il fait un parfait dosage entre les zones géographiques et les directions thématiques. Ces zones géographiques constituent le socle de l’organigramme. Concrètement nous aurons des départements Afrique, Amérique, Europe, etc. Il n’y avait pas ces zones mais des directions thématiques et cela créait des confusions. Car les diplomates ivoiriens n’avaient pas de correspondants dans les autres pays. Le deuxième élément essentiel de cet organigramme c’est le Bureau d’étude, d’analyse et de prospective qui nous permettra de faire des anticipations. Il faut que la diplomatie ivoirienne anticipe et amène le gouvernement à prendre parfois des mesures préventives. Troisième élément, c’est que dans quelques semaines, nous allons nous doter d’un Office des réfugiés et des apatrides. Quatrième élément qui porte sur l’image de la Côte d’Ivoire, c’est le département de la Commu-nication et de l’Information. Cinquième élément essentiel, c’est le département des Affaires générales et de la Sécurité. C’est l’un des enseignements que nous tirons de la crise actuelle, à savoir que nous ne pouvons pas ne pas nous doter d’une structure qui travaille sur tous les dossiers de sécurité du pays. Car nous appartenons à des organisations comme la CEDEAO ou l’UA, etc., dans lesquelles figurent ou doivent figurer les conseils de paix et de sécurité.

• Comment allez-vous régler le problème de la rotation des diplomates, particulièrement les ambassadeurs dont certains rechignent parfois, dit-on, à quitter leur poste et le problème de ceux qui restent trop longtemps au département central et partent trop tardivement en poste ?
J’ai trouvé dans la maison, des règles et usages et je dois les observer. Les diplomates ivoiriens passent six ans à l’extérieur et trois ans à l’intérieur. Mais je dois dire que très bientôt il y aura un mouvement diplomatique en Côte d’Ivoire. Ceux qui ont fait leurs trois ans à l’intérieur vont partir en poste. Ceux qui ont atteint la limite d’âge vont faire valoir leurs droits à la retraite. Ceci dit, je rappelle que pour moi, il faut privilégier la promotion des diplomates de carrière. Ce doit être la règle et le tour extérieur ne peut qu’être l’exception.
Nous avons des cadres qui ont été formés à la diplomatie, c’est leur métier et ils doivent pouvoir l’exercer. Mais pour une question d’opportunité, le Chef de l’Etat peut être amené à nommer des personnes qui ne sont pas des diplomates de carrière. Mais ce ne doit pas être la règle, sinon alors, on casse l’outil diplomatique. Certains parlent de quota dont dispose le Chef de l’Etat pour expliquer la nomination de diplomate du tour extérieur. Je dois rappeler qu’avant tout, c’est lui qui nomme tous les ambassadeurs et tous les diplomates. La question est de savoir s’il doit bénéficier d’un quota. Je suis d’accord pour le principe, mais je pense qu’il est du devoir du ministre des Affaires étrangères d’attirer l’attention du Chef de l’Etat sur le nécessaire équilibre à trouver pour ne pas déstabiliser la diplomatie ivoirienne. Les diplomates nommés au tour extérieur apportent leur connaissance, leur expérience professionnelle aux diplomates de carrière. Beaucoup ont été d’excellents ambassadeurs. Ils viennent compléter, agrandir, enrichir mais sans jamais se substituer au corps des diplomates de carrière ivoiriens.

• Vos ambitions pour la nouvelle diplomatie ivoirienne vous ont conduit à vouloir prendre pour le seul ministère des Affaires étrangères l’actuel bloc ministériel. Comment l’expliquez-vous ?
Le Chef de l’Etat et le Premier ministre qui attachent un intérêt tout particulier à la diplomatie ivoirienne ont décidé que le Bloc ministériel revienne au ministère des Affaires étrangères. Un peu comme dans les pays développés où ce ministère occupe souvent des palais. C’est d’abord l’image du pays. Il nous faut maintenant trouver où loger le ministère de la Justice et cette recherche est en cours et bientôt ce sera chose faite. Il nous reviendra donc de réorganiser ce bloc afin qu’il puisse incarner la belle image de la Côte d’Ivoire. Avant notre arrivée, un certain nombre de projets étaient en cours, nous nous employons à les faire aboutir, notamment le projet de construction d’un hôtel des diplomates, qui sera un cadre avec des salles de réunions, des bureaux, une cafétéria, un restaurant, etc. L’autre souci que j’ai c’est le problème de l’équipement du ministère. Grâce à la bonne volonté d’un certain nombre de pays développés, nous commençons à avoir quelques équipements. Nous avons même l’intention de renforcer notre cellule de crise. Elle est pour le moment embryonnaire. Nous l’avons actionnée à l’occasion de la situation des Ivoiriens réfugiés à Monrovia (Liberia), mais nous allons l’installer définitivement. Car aujourd’hui avec les crises qui éclatent partout et les Ivoiriens qui sont de plus en plus portés vers l’extérieur, il faut qu’elle existe et que dès qu’il y aura une crise quelque part, elle la suive et permette au gouvernement de prendre une décision rapide à partir d’éléments objectifs. Ce réaménagement du Bloc pour notre seul ministère a un coût, mais notre avantage c’est que certains pays nous aident en nous donnant des équipements de bureau et des véhicules. Cela nous permet de réduire les coûts de modernisation de notre bâtiment.

• Pour terminer cet entretien, revenons sur la satisfaction qu’à certains moments vous avez laissé paraître concernant l’action de notre ambassadeur à Bruxelles en ce qu’elle n’a rien négligé pour que la récente visite de travail du Premier ministre en Belgique connaisse un bon aboutissement…
Madame Marie Gosset, notre ambassadeur à Bruxelles, est reconnue par tous ses pairs comme un ambassadeur qui fait un travail remarquable. Nous nous en rendons compte depuis Abidjan. Les dossiers sont suivis avec rigueur, elle a d’excellentes relations avec le gouvernement belge mais aussi avec les responsables de l’Union européenne. Si les audiences du Premier ministre et de sa délégation ont été facilitées et si l’accueil à tous les niveaux a été bienveillant, c’est parce que notre ambassadeur a des relations très introduites auprès des responsables. On ne peut représenter un Etat quand on a des relations conflictuelles avec les dirigeants du pays où l’on est accrédité. Donc je voudrais saluer le travail remarquable accompli par Mme Gosset et lui exprimer tout mon soutien.


Propos recueillis à New York par
LEBRY LEON FRANCIS
Envoyé spécial


Le plan de bataille de Son Excellence Monsieur Bamba Mamadou, Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères.

31 Juillet 2003

Interview parue dans FRATERNITE MATIN du 30 juillet 2003.

Diplomatie

Interview/Bamba Mamadou(Ministre des Affaires étrangères)
“La Côte d’Ivoire doit être dirigée avec sagesse et ouverture d’esprit”
• L’Union européenne vient de faire un geste fort dans sa coopération avec la Côte d’Ivoire en lui accordant 20 milliards jeudi dernier pour sa réhabilitation après la crise. Cet appui, comment doit-il être perçu ?
La Côte d’Ivoire commence à retrouver sa place dans le concert des nations. Le Premier ministre a conduit une délégation en Belgique du mardi 15 au vendredi 18 juillet et sa visite comportait deux volets essentiels : bilatéral et multilatéral. Votre question touche au volet multilatéral, à savoir les rapports entre la Côte d’Ivoire et l’Union européenne. L’UE a accordé en effet un financement post-crise d’un montant de 30 millions d’euros soit environ 20 milliards de FCFA. Ce geste démontre qu’elle est satisfaite des efforts que les Ivoiriens font pour sortir leur pays de la crise. Ces efforts de pacification et de stabilisation sont donc à encourager, du point de vue de l’Union européenne.
C’est pourquoi la Commission a accordé ce financement post-crise. L’appui à l’accord de Linas-Marcoussis d’un montant de 6 millions d’euros, l’appui à la réconciliation (1,5 million d’euros), l’appui au processus de démobilisation, désarmement et réinsertion (5 millions d’euros), le rétablissement des populations déplacées (5 millions d’euros), le financement des médicaments (5 millions d’euros), l’audit expertise d’accompagnement (800 mille euros) et enfin, les divers et imprévus (1,7 million euros).
Ce qu’il faut donc retenir au plan bilatéral, c’est le satisfecit général donné par l’Union européenne au bilan du gouvernement de réconciliation nationale.
Et l’UE encourage les Ivoiriens à persévérer dans cette voie pour que la Côte d’Ivoire retrouve rapidement sa stabilité, parce qu’elle est la locomotive de la sous-région. En d’autres termes, c’est elle qui tire la plupart des pays de la sous-région vers la paix, la stabilité et la prospérité. Et l’UE a tenu à remercier le Chef de l’Etat, le Premier ministre, le gouvernement de réconciliation, tous les partis politiques signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis et la population ivoirienne pour les efforts consentis.

• Cet appui marque-t-il la normalisation de notre coopération avec l’UE, laquelle avait été mise en sourdine depuis le déclenchement du conflit en Côte d’Ivoire ?
La normalisation est devenue aujourd’hui une réalité. Le symbole en est que le président de la Commission européenne, M. Romano Prodi, a répondu favorablement à l’invitation que lui a adressée le Premier ministre pour se rendre en Côte d’Ivoire. Il viendra pour donner une impulsion nouvelle au processus de stabilisation, de paix et de réconciliation.
Donc les rapports avec l’UE se normalisent, mais aussi avec l’ensemble des pays du monde. Sur le plan bilatéral, le gouvernement belge en fera autant. Les engagements qu’il a pris le 15 juillet dernier par les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération vis-à-vis du gouvernement de réconciliation nationale, en témoignent. Le Premier ministre et sa délégation ont été reçus dès leur arrivée par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et par le ministre de la Coopération. Ils ont rendu un hommage appuyé au Premier ministre ivoirien pour le travail qu’il conduit avec sagesse, sérénité et lucidité. M. Diarra a présenté trois projets urgents, à savoir le redéploiement de l’administration ivoirienne sur tout le territoire et qui devient une priorité aujourd’hui après la réconciliation du 4 juillet dernier entre les deux forces armées à savoir les FANCI et les Forces nouvelles.
Ensuite, autre dossier celui de l’Education en ce qui touche à son équipement, l’organisation des examens et le financement des engagements ; enfin, la santé. Sur ces trois dossiers, le gouvernement belge s’est engagé à les financer et il a même opté pour une solution pratique en demandant une réunion entre les experts belges et les experts ivoiriens. Cette réunion a eu lieu dès le lendemain de l’entretien des ministres belges avec notre Premier ministre et il a été demandé à la Côte d’Ivoire d’identifier de façon précise les projets, de les classer par priorité et de déposer un chronogramme.
Un délai de 15 jours a été fixé aux experts ivoiriens pour faire ce travail. Une fois cela élaboré, les autorités belges se rendront en Côte d’Ivoire pour rencontrer les autorités ivoiriennes et pour mettre en place un comité de suivi. Ce comité élaborera la feuille de route et les Belges commenceront à financer. Là encore les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération ont accepté l’invitation que le Premier ministre leur a adressée de venir en visite en Côte d’Ivoire en décembre. On peut donc dire que ce voyage du Premier ministre en Belgique a été largement positif et c’est un signe fort donné par la communauté internationale à la Côte d’Ivoire, un signe d’encouragement à poursuivre l’œuvre de pacification et de stabilisation, mais également à œuvrer en tant que locomotive, à la stabilisation de toute la sous-région.

• Après Bruxelles, vous vous êtes rendu aussitôt à Paris pour négocier d’autres financements…
En effet, j’ai passé 48 heures à Paris pour suivre la réunion des experts sur le financement de l’Eco-force et j’ai fait le point de la coopération avec l’UNESCO sur la question de sa contribution au financement des examens en Côte d’Ivoire. Je signale que lors de mon précédent passage à Paris, j’avais déjà eu à rencontrer le DG de l’Unesco et il m’avait informé officiellement du versement de 300 mille dollars à la Côte d’Ivoire et qu’il a envoyé une commission d’experts dans le pays pour procéder à l’élaboration d’un plan d’action sur le moyen et long termes de redynamisation de l’ensemble de nos objectifs éducatifs en Côte d’Ivoire.

• Toutes ces bonnes réactions de nos partenaires montrent aussi que notre diplomatie est réellement relancée, n’est-ce pas ?
La bonne diplomatie ne repose que sur la bonne politique intérieure, car le diplomate ne fait que “ vendre ” les progrès réalisés dans son pays. Donc on ne peut pas parler de succès diplomatique sans parler du succès du travail gouvernemental réalisé sur place.
Aujourd’hui, les ambassadeurs et moi-même, sous l’autorité du Chef de l’Etat et du Premier ministre, nous nous efforçons de rattraper le retard, de repositionner la Côte d’Ivoire et de lui donner sur le plan international, l’image qui fut la sienne il y a quelques années. Et je puis dire qu’avec la bonne compréhension de la communauté internationale, les relations se normalisent très bien et même plus vite qu’on l’aurait pensé.

• Dans la relance de l’action du ministère des Affaires étrangères, on sait que vous comptez mettre un accent particulier sur l’éco-diplomatie. Quel contenu lui donnez-vous ?
- Lorsque vous observez l’évolution de la situation intérieure, vous voyez que nous allons vite à la résolution du volet économique de la crise, c’est-à-dire la reconstruction, donc le développement. Or, qui dit développement dit financement. Et la diplomatie a un rôle essentiel dans ce domaine-là. Elle travaille pour établir la renommée, la crédibilité et l’image, qui précèdent l’investissement. C’est pourquoi, nous allons dans les tout prochains jours, nous organiser pour entrevoir tous les volets de notre diplomatie et surtout pour un pays en crise qui veut s’en sortir très rapidement, dans l’intérêt de nos concitoyens mais aussi dans l’intérêt des peuples des pays voisins.

• La diplomatie politique de la Côte d’Ivoire donne-t-elle déjà de bons signes d’espoir dans la sous-région?
Oui, mais beaucoup reste à faire pour que notre diplomatie soit compétitive à l’instar de celle de nos voisins. Il faut avoir une approche réaliste des choses. La paix et la stabilité de la Côte d’Ivoire ne peuvent être durables que si autour de nous il existe la paix et que les foyers de tension sont définitivement éteints. Notre crise a eu des conséquences sur l’ensemble des pays voisins, compte tenu du poids économique de la Côte d’Ivoire. La plupart des marchandises allant vers ces pays partent du Port d’Abidjan. La Côte d’Ivoire étant coupée en deux, le transport de marchandises avait été arrêté. Aujourd’hui le gouvernement a mis en place des corridors économiques de sécurité, ce qui permet la reprise progressive des échanges entre la Côte d’Ivoire et le Mali, le Niger et le Burkina Faso. La diplomatie ivoirienne à ce niveau, travaille à stabiliser l’ensemble de la sous-région. Car la paix est très fragile. Nous avons l’expérience du conflit libérien, qui a éclaté en 1989 et qui ne fait que voyager dans la sous-région. Donc il faut une politique régionale globale de stabilisation et de pacification de la région. La Côte d’Ivoire, dans la recherche des solutions, participe activement à la résolution de la crise libérienne. Mes collègues et moi sommes allés dans les pays voisins pour marquer très clairement notre volonté de paix et de réconciliation avec les pays voisins. Ce message a été bien entendu. Il faut dire aussi que ces pays se préoccupent de la situation en Côte d’Ivoire à cause de notre poids économique mais aussi parce qu’ils sont liés à la Côte d’Ivoire sur le plan humain. La plupart de ces pays ont de forts contingents de compatriotes qui vivent chez nous depuis de nombreuses années.
Donc nous avons économiquement, socialement et politiquement des liens très forts avec ces voisins, des liens que nous entendons préserver. Ces pays ont rétabli avec nous des relations de confiance. Il n’y a qu’à voir les visites que les autorités se rendent ; cela traduit une évolution très nette entre ces différents Etats et la Côte d’Ivoire. Notre seul souci aujourd’hui, c’est le Liberia.

• Comment ce souci se traduit-il ?
Au cours de notre crise, il y a eu interférence entre le conflit ivoirien et le conflit libérien. Cela était particulièrement visible à l’Ouest du pays. La situation du Liberia est particulière car la crise libérienne n’a pas été réglée dans ce qu’elle a d’essentiel, notamment la démobilisation, la démilitarisation et la réinsertion des enfants soldats. Le Liberia a pris l’allure d’un marché de mercenaires et de trafic important d’armes. En plus il y a des inquiétudes quant à la gestion de l’intérêt général au Liberia par les dirigeants de ce pays.
Le Chef de l’Etat ivoirien s’est rendu lui-même à l’ouverture de la conférence sur le Liberia à Accra. Je l’ai précédé pour avoir un entretien qui a été très enrichissant, avec le Président ghanéen John Kufuor. J’ai participé aussi sous la présidence de celui-ci à un mini-sommet à huis clos qui a eu lieu à Maputo (Mozambique) sur le Liberia et auquel assistaient les Présidents du Nigeria, de la Sierra-Leone, le Secrétaire général de l’Onu et les ministres des Affaires étrangères du Ghana et de Guinée. A ce niveau il a été décidé de l’envoi de soldats de la CEDEAO et la Côte d’Ivoire apportera son appui médical selon l’engagement pris par le Chef de l’Etat ivoirien. Tant qu’il n’y aura pas de paix dans ce pays, la situation générale de la sous-région restera fragile. Et les mercenaires voleront de pays en pays soit pour s’impliquer dans les crises, soit pour en créer en vue de déstabiliser la plupart de ces pays.
• Le rétablissement des relations de confiance entre la Côte d’Ivoire et ses voisins a-t-il touché le Burkina Faso que nombre d’Ivoiriens accusaient d’être fortement impliqué dans la crise en Côte d’Ivoire ?
Mes collègues du Commerce, des Transports et moi-même, nous nous sommes rendus au Burkina. J’ai eu un entretien avec le ministre des Affaires étrangères, puis une audience avec le Président Blaise Compaoré. Nos relations sont devenues normales et très bientôt nous allons réactiver la Commission mixte ivoiro-burkinabé pour relancer les échanges sur tous les plans. Nous pensons ouvrir ce cadre de travail à d’autres secteurs notamment la Communication. Parce qu’il nous faut tirer tous les enseignements de la crise actuelle et faire en sorte que nous ne connaissions plus ce genre de relations conflictuelles entre deux pays qui sont condamnés, sur tous les plans, à vivre ensemble, dans la paix et la fraternité.

• Vous en avez brossé quelques aspects, mais quels sont les véritables
ondamentaux de la nouvelle diplomatie ivoirienne ?
Ces fondamentaux ont été jetés, dès notre accession à l’indépendance par le premier Président Félix Houphouet-Boigny, à savoir la paix, la stabilité en Côte d’Ivoire et la coopération constructive avec l’ensemble des nations du monde. Ces fondamentaux restent valables. Ils sont même plus actuels aujourd’hui qu’hier et davantage demain. Mais le monde a évolué et donc ces fondamentaux doivent être complétés pour intégrer de nouveaux paramètres. C’est pourquoi je vais très bientôt organiser un séminaire entre diplomates ivoiriens d’une part, mais aussi avec l’ensemble des organisations mondiales d’autre part. Le monde change, changeons nous aussi.

• Vous voulez donc redimensionner la diplomatie ivoirienne ?
Parlons plutôt d’enrichissement de la nouvelle diplomatie ivoirienne, puisque je parle de paramètres nouveaux. Nous allons associer à ce séminaire l’Union européenne, la France, les Etats-Unis, l’Union africaine, la CEDEAO, etc., pour réfléchir ensemble sur ce que doit être la diplomatie de la Côte d’Ivoire dans le monde d’aujourd’hui. Prenons nos rapports avec la France : elle parle aujourd’hui, de partenariat avec les pays
africains dont la Côte d’Ivoire. Quelle doit être la réponse ivoirienne à cette évolution ? Nous devons y réfléchir et voir comment faire évoluer positivement nos rapports avec elle en optant pour un partenariat ivoiro-français, pour que les deux pays puissent préserver leurs bons rapports, les enrichir au vu de la marche du monde. Il y a des données sociologiques, économiques, technologiques, la globalisation du monde qui influence les relations favorise nécessairement les adaptations de la coopération pour répondre aux défis des temps actuels, dans l’intérêt des deux pays. Ce séminaire aura à réfléchir sur l’ensemble de ces questions afin d’enrichir notre diplomatie. Et nous allons tirer tous les enseignements de la crise actuelle.

• Justement la France, vous y êtes en compagnie du Premier ministre pour des rencontres de haut niveau avec les autorités politiques et économiques. Qu’attendez-vous de ces contacts ?
La France et la Côte d’Ivoire ont une tradition d’amitié et de coopération reconnue comme exemplaire dans le monde entier. Quand la crise a éclaté, la France s’est engagée sans hésiter aux côtés de la Côte d’Ivoire pour trouver une solution pacifique négociée au conflit. Le soutien de la France est à la fois financier, militaire et diplomatique. La France a inscrit le dossier ivoirien à l’agenda international. Il y a eu les accords de Linas-Marcoussis et d’Accra. La France, notre partenaire privilégié, doit être informée des efforts consentis par le Chef de l’Etat, le Premier ministre et le gouvernement en vue d’un retour rapide de la paix et de la stabilité dans le cadre du respect intégral de cet accord. Nous voulons évoquer également avec la France, les difficultés que nous rencontrons et exprimer nos besoins immédiats, à moyen et long termes. Elle est aussi notre avocat au plan international. Elle intervient auprès des institutions financières internationales et celles-ci nous soutiennent. Elle intervient au niveau des Nations unies pour que nous ayons l’appui de la communauté internationale dans le cadre de nos efforts de sortie de crise. Donc nous pensons qu’avec un partenaire de ce poids, de cette dimension et d’une telle fidélité, il faut qu’il y ait constamment le dialogue. Quant à l’aspect disons économique de cette prochaine visite, il vise d’abord à rassurer nos partenaires dans ce domaine. Il s’agit de leur dire que la Côte d’Ivoire a tourné définitivement le dos à la crise et qu’elle est sur une pente ascendante vers la paix et la stabilité, tant au plan national que dans la sous-région. Dire à ces partenaires qu’ils peuvent venir reprendre chez nous leurs investissements. Car, disons le, l’investissement est un facteur de sortie de crise. Je suis persuadé que là, nous bénéficions de l’appui du gouvernement français, afin que les opérateurs économiques français reviennent en Côte d’Ivoire. Rappelez-vous, quand la crise avait atteint son paroxysme, beaucoup de ressortissants de la France avaient quitté la Côte d’Ivoire, simples citoyens ou opérateurs économiques. La France peut et doit nous aider aujourd’hui pour que ses investisseurs et ses citoyens reprennent le chemin de la Côte d’Ivoire. Enfin, nous remercions les dirigeants français et exprimons notre reconnaissance à l’Etat et au peuple de France pour tous les actes et souhaitons que le gouvernement français mobilise les donateurs afin que les engagements pris à Kléber soient honorés.

• Depuis quelques mois et au plus fort de la crise, la France a décidé d’imposer aux détenteurs de passeports diplomatiques et de service un visa pour s’y rendre. Cette mesure a été mal perçue au niveau diplomatique et de l’opinion publique ivoiriennes…
Le gouvernement a pris acte de cette décision de la France. Nous sommes en diplomatie, la France a introduit le visa et la Côte d’Ivoire a appliqué le principe de la réciprocité pour les ressortissants français. Toutefois, je voudrais insister sur un fait : aujourd’hui nous parlons de restauration et de la promotion de l’image de la Côte d’Ivoire, or l’une des plaies de notre diplomatie a été la distribution, sans mesure, des passeports diplomatiques et de service. C’est pourquoi je m’attelle à assainir ce secteur et dans les tout prochains jours, avec l’accord du Président de la République et du Premier ministre, j’initierai des actions d’assainissement. En effet, avant de reprocher quoi que ce soit à quiconque, commençons d’abord nous-mêmes à mettre de l’ordre dans la maison.

• Il y a un peu plus d’un an, maintenant, avant votre arrivée, le ministère des Affaires étrangères avait entrepris une telle opération d’assainissement. N’a-t-elle pas donné les résultats attendus ?
Entre cette décision de mon prédécesseur et aujourd’hui, il y a eu la crise que nous avons connue et cette crise a eu des effets pervers, notamment au niveau de l’octroi des passeports. Donc maintenant, nous sommes obligés d’assainir et tirer toutes les conséquences de cette distribution trop large de ces documents.

• En ce qui concerne les passeports ordinaires, leur acquisition relève d’un parcours du combattant. Leur délivrance parcimonieuse serait justifiée par une rupture des stocks. Est-ce cela la vérité ?
Il faut savoir que l’Etat fournit à perte ces passeports dits ordinaires. Car leur fabrication à un coût. Or les recettes générées par leur octroi ne couvrent pas ce coût. On peut même parler d’endettement de l’Etat pour ces passeports.
Dans ces conditions, le fournisseur fait de la rétention, car l’Etat de Côte d’Ivoire lui doit de l’argent. C’est ce qui peut expliquer certaines pénuries à certains moments, mais de manière générale, il faut dire que pour ces passeports ordinaires, les Ivoiriens sont bien servis.

• Revenons aux passeports diplomatiques. On a souvent reproché à la
Côte d’Ivoire d’en fournir à des personnes qui n’étaient pas ivoiriennes. Allez-vous inverser cette tendance ? On ne le dit pas toujours très clairement, mais il faut savoir que par cette politique-là, la Côte d’Ivoire a contribué aux combats de libération des peuples africains. Et bien des leaders africains ont pu mener ce combat pour leur pays et voyager pour cette cause, grâce au soutien diplomatique et financier de la Côte d’Ivoire. Nous avons eu à donner des passeports diplomatiques à des leaders africains dont certains sont encore vivants, pour leur permettre de mener leur combat pour la libération de leur pays. Cette période est terminée car l’Afrique est décolonisée. Les passeports ivoiriens sont exclusivement destinés désormais aux Ivoiriens.

• Sur votre visite en France, vous avez exprimé un bel optimisme. Etiez-vous allé à l’ONU aux côtés du Premier ministre avec ce même optimisme ?
Sûrement. Je rappelle que j’étais déjà seul à l’ONU au mois d’avril dans le cadre du conseil de médiation de la sécurité de la CEDEAO pour rechercher l’appui constant de l’ONU.
La situation était encore plus difficile à ce moment-là que maintenant. Le Conseil de sécurité et notamment le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, nous a donné cet appui. Et le fait d’installer en Côte d’Ivoire un bureau de liaison marque la volonté de l’ONU de nous aider véritablement. Rappelons que l’ONU était déjà à Kléber à travers son Secrétaire général en personne. Donc avec le Premier ministre, nous sommes allés à l’ONU à New York pour remercier d’abord M. Kofi Annan de son appui, l’informer ainsi que son organisation des progrès réalisés par la Côte d’Ivoire dans le processus de sortie de crise, mais aussi leur exposer les difficultés que nous rencontrons encore et solliciter leur soutien et suggestions.

• Ce n’était donc pas, comme l’ont affirmé certains, pour vous faire établir une nouvelle feuille de route à l’ONU, comme au cours de la présente visite en France ?
Sachez que la feuille de route, nous l’avons déjà, c’est l’accord de Linas-Marcoussis. C’est ce qui guide l’action du gouvernement. Et ce qui est important aujourd’hui, c’est que les Ivoiriens dans leur grande majorité adhèrent aux accords de Linas-Marcoussis et d’Accra.
Le Chef de l’Etat accompagne le gouvernement dans la réalisation de l’accord de Marcoussis. Les forces politiques signataires de cet accord et que je salue pour la foi et la conviction qu’ils y mettent, contribuent à la réalisation intégrale desdits accords, de même que la société civile.
Donc aujourd’hui, tous les Ivoiriens travaillent au retour de la paix, de la réconciliation. Je le rappelle, l’accord de Marcoussis constitue l’instrument essentiel de sortie de crise. Donc nous ne sommes pas à New York et nous n’irons pas à Paris pour chercher une nouvelle feuille de route car on l’a déjà. C’est pour informer et inviter les uns et les autres à continuer d’aider la Côte d’Ivoire pour qu’elle sorte le plus rapidement possible de la crise. J’étais récemment à Maputo au Mozambique pour le sommet de l’Union africaine et le Secrétaire général de l’ONU saluait les efforts essentiels faits par la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire a fait en quelques mois des progrès remarquables et a réussi en si peu de temps ce que beaucoup de pays en guerre n’ont pas réussi en plusieurs années de recherche de solutions. Cela a été salué par les Chefs d’Etat et de gouvernement et par le S.G de l’ONU. Tout cela constitue pour nous un encouragement à aller très vite, à tourner très rapidement et définitivement la page de cette triste période de notre histoire.

• Le Premier ministre est intervenu vendredi en débat ouvert au Conseil de sécurité à l’ONU… Comment avez-vous vécu ce moment solennel ?
Kofi Annan a toujours honoré la Côte d’Ivoire. Il nous avait déjà offert cette tribune pour informer la communauté internationale, des efforts déjà consentis dans le cadre de la recherche de la paix et de la réconciliation. Il renouvelle donc cet honneur au gouvernement à travers son Premier ministre. Les Ivoiriens doivent ressentir cela d’abord comme un acte de solidarité de l’ONU et de Kofi Annan vis-à-vis du peuple ivoirien. Ils doivent aussi considérer ce geste comme un élément d’encouragement à faire davantage pour la sortie de crise. Et ils doivent comprendre que la Côte d’Ivoire est un grand pays, car le fait que l’ONU place le dossier ivoirien comme préoccupation majeure, traduit la place géo-politique de la Côte d’Ivoire dans la sous-région.
Kofi Annan doit être salué et remercié en ce qu’il est un grand ami de notre pays et un grand Africain. D’ailleurs, l’un des pays qui soutiennent sans réserve la Côte d’Ivoire depuis le début de la crise jusqu’à aujourd’hui, c’est bien son pays, le Ghana, avec son Président John Kufuor.

• C’est donc de la part de l’ONU, un hommage appuyé à la mise en œuvre par le gouvernement des accords de Marcoussis ?
Bien sûr. Ce gouvernement, sous l’autorité du Premier ministre est un gouvernement efficace et qui répond aux vœux des Ivoiriens. Il regroupe toutes les tendances politiques. Je pense que Seydou Diarra a réussi la performance de mettre dans un même gouvernement les ennemis d’hier. C’est un acte de courage politique qui doit nous inspirer tous. Désormais la Côte d’Ivoire doit être dirigée avec sagesse, avec ouverture d’esprit. Nous devons rechercher à tout instant le rassemblement des Ivoiriens autour des valeurs essentielles que sont la paix, l’unité nationale, la prospérité et le bonheur partagé.

• Considérez-vous comme un avantage pour ce gouvernement, que son chef soit lui-même un diplomate ?
Oui et je rends hommage à l’Ambassadeur Diarra, notre Premier ministre. Les diplomates sont des personnalités ayant de grandes qualités telles la patience, la tolérance, l’ouverture d’esprit et surtout cette volonté magnifique de la coopération avec tout le monde. M. Seydou Diarra nous montre tous les jours qu’il a toutes ces qualités. Il conduit le gouvernement avec intelligence, il fait de bons résultats sans avoir à gêner qui que ce soit. Je pense que ces qualités aujourd’hui sont essentielles puisque la crise ivoirienne a provoqué un traumatisme énorme au niveau des Ivoiriens. Il faut donc encourager le Premier ministre ainsi que tous les acteurs politiques qui œuvrent pour cette sortie de crise. Le chef du gouvernement travaille quotidiennement à rapprocher les Ivoiriens. La création dans ce gouvernement d’un ministère de l’Intégration régionale vise à montrer que la Côte d’Ivoire ne peut pas vivre seule. Comme le disait le Président Houphouet-Boigny: “ Ce n’est pas l’oasis qui va vers le désert, mais bien le désert qui va à l’oasis ”. La Côte d’Ivoire qui a bien compris cela ne veut être une oasis dans le désert, elle sait qu’elle doit privilégier l’intégration régionale et la paix .

• Cela fait croire à certains que la Côte d’Ivoire a désormais une diplomatie à deux têtes…
Les deux ministères des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale sont des ministères déterminants dans ce gouvernement. Il n’y a pas de diplomatie à deux têtes, les titulaires se complètent harmonieusement. Dans la plupart des pays, les ministres des Affaires étrangères sont assistés de ministères délégués ou de secrétaires d’Etat. Moi je n’en ai pas et cela accroît le travail que je dois abattre avec mes ambassadeurs. Mon collègue chargé de l’Intégration et moi nous nous entendons parfaitement. Les attributions une fois déterminées, nous nous sommes mis au travail dans une parfaite complémentarité. En ce qui concerne mon collègue, il s’attelle surtout à l’intégration économique africaine et moi je m’occupe de la diplomatie internationale de la Côte d’Ivoire.


Propos recueillis par
Lebry Léon Francis



Atteintes à la sûreté de l'Etat depuis septembre 2000 - Voici le projet de loi d'amnistie.

22 Juillet 2003

Notre Voie - 7/21/2003 6:41:52 PM

EXPOSÉS DES MOTIFS
Dans son histoire récente la Côte d`lvoire a été confrontée à différentes crises socio- politiques dont la plus importante demeure celle du 19 septembre 2002.
Ces événements douloureux, qui ont occasionné de nombreuses pertes en vies humaines, de multiples traumatismes physiques ou psychologiques ainsi que d`importants dégâts matériels, ont fait et font encore l`objet de poursuites judiciaires à la diligence des pouvoirs publics. Consécutivement à ces procédures judiciaires, des personnes se trouvent actuellement en prison, soit en exécution de condamnations pénales déjà prononcées, soit à la suite d`une mesure de détention préventive, dans le cadre de dossiers en cours devant les tribunaux tandis que d`autres personnes ont pris le chemin de l`exil pour échapper à la justice ou à d`autres formes de sanctions.
Cette situation rend difficile le retour à la paix. Heureusement, avec le précieux concours de pays amis, diverses initiatives ont été prises pour une rapide sortie de crise.
C`est ainsi que dès le début des négociations de Lomé, le ler novembre 2002, dans sa volonté de lever tout obstacle à la résolution de la crise des 18 et 19 septembre 2002, le président de la République avait donné son accord à la délégation gouvernementale, pour que les militaires et civils emprisonnés pour atteinte à la sûreté de l`État, soient immédiatement libérés et que les militaires et les soldats en exil bénéficient d`une loi d`amnistie qui serait présentée en urgence à l`Assemblée nationale.
Quant à l`Accord de Marcoussis du 24 janvier 2003, il prévoit dans les mêmes termes la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et l`amnistie en faveur de tous les militaires détenus pour atteinte à la sûreté de l`État, ainsi que des soldats en exil.
Enfin, lors du conseil des ministres du jeudi 8 mai 2003, le chef de l`État avait donné des instructions fermes au Ministre de la Justice pour que des dispositions soient prises, afin de faire cesser toutes les poursuites judiciaires entreprises contre les auteurs réels ou présumés des atteintes à la sûreté de l`État, depuis les 17 et 18 septembre 2000, en attendant l`adoption d`un projet de loi d`amnistie en conseil des ministres et le vote de la loi à l`Assemblée nationale.
Ces différentes démarches appellent quelques réflexions :
1-L’idée d’amnistie n’est pas nouvelle. Elle a été préconisée dès le départ, comme une mesure prise pour rassurer les insurgés et faciliter le retour à la paix.
2- Il s’agit ici d’une amnistie réelle, c’est-à-dire accordée en considération de la nature de l’infraction commise, à savoir l’atteinte à la sûreté de l’Etat.
3- Il s’agit en plus d’une amnistie collective, c’est-à-dire accordée à tous ceux qui sont poursuivis pour atteinte à la sûreté de l’Etat. L’amnistie ayant donc pour effet d’effacer les faits, quelle que soit la qualité des auteurs, les infractions ne sauraient disparaître à l’égard des militaires, et persister à l’égard des civils.
C’est pourquoi, bien que les Accords de Lomé et de Marcoussis visent expressément les militaires, il est logique de faire bénéficier de l’amnistie les civils combattants ou politiques, accusés eux aussi d’atteinte à la sûreté de l’Etat dans le cadre des évènements incriminés.
Au demeurant, l’extension de l’amnistie aux civils se justifie d’autant plus que, quel que soit leur degré de participation à ces évenements, ces civils ne peuvent être plus coupables que les militaires qui, les armes à la main, en ont été les acteurs matériels.
Il serait donc, sinon injuste, du moins inéquitable, que les auteurs principaux soient amnistiés, et que les complices continuent d’encourir les foudres de la loi pénale.
4- Enfin, les instructions données par le Chef de l’Etat, le 8 mai 2003, montrent son intention d’étendre les effets de l’amnistie aux évènements qui se sont produits depuis le 17 septembre 2000.
Ainsi, le présent projet de loi d’amnistie est conçu comme une mesure urgente en faveur de tous les militaires et des civils accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat, depuis les évènemens du 17 septembre 2000.
Le 03 mai, un accord de cessez-le-feu a été signé à Tiébissou. Deux mois plus tard, le 04 juillet, les militaires ont officiellement déclaré la fin de la guerre.
Aujourd’hui l’espoir renaît. Les Ivoiriens, las de la guerre, ont hâte de consolider cette marche vers la paix. En l’espace de quelques mois, la Côte d’Ivoire est en train de relever la tête. C’est le moment où jamais d’accompagner et d’accélérer ce que l’on a appelé «l’exception ivoirienne», en appliquant l’un des engagements pris devant la nation, devant la communauté internationale, et soutenus par le Président de la République. L’amnistie peut donc être considérée comme une étape essentielle dans la phase actuelle du processus de réconciliation.
Aussi est-il proposé que soient effacées, par l’amnistie, toutes les infractions contre la sûreté de l’Etat, commises ou simplement tentées, liées tant à la crise armée du 19 septembre 2002 qu`à toutes celles dénoncées depuis les événements des 17 et 18 septembre 2000, quels que soient les auteurs, co-auteurs ou complices, civils ou militaires de ces faits, se trouvant sur le territoire national ou en exil : que soient effacées également les peines qui en sont résultées ou sont susceptibles d`en résulter, et que les bénéficiaires de cette mesure puissent être réintégrés au sein de notre armée et de notre administration.
Bien entendu, pour avoir subi un traumatisme aussi important, les Ivoiriens sont hantés par la tentative de la vengeance, de la haine et de l`exigence légitime de réparation. Il faut demander Pardon pour l`irréparable. Le Gouvernement réitère la demande de pardon que le Premier Ministre avait formulée à l`endroit de toutes les personnes blessées dans leur chair, dans leur esprit et dans leur cœur.
Le Gouvernement se félicite aussi de ce que l`Accord de Marcoussis, pour respecter les droits légitimes des victimes, ait prévu des mesures d`accompagnement à la loi d`amnistie.
Ainsi, une commission internationale est prévue pour diligenter des enquêtes sur toute l`étendue du territoire, à l`effet d`établir la vérité des faits, situer les responsabilités des uns et des autres et en tirer toutes les conséquences de droit.
Des mesures d`indemnisation et de réhabilitation des victimes sont envisagées, et la création d`un Ministère des Victimes de la Guerre est la manifestation la plus concrète de la bonne volonté du Gouvernement.
Toutes les dispositions humanitaires seront également respectées.
C`est pourquoi, l`intérêt supérieur de la Nation commande le dépassement de soi. La commune volonté de vivre ensemble nous enjoint d`accepter que, par la force de la loi, la République réintègre toutes ses filles et tous ses fils.
Une telle opportunité aurait le mérite d`apaiser les cœurs et de renforcer la dynamique de la réconciliation nationale. Tel est l`objet du présent projet de loi.
Laurent Gbagbo
PROJET DE LOI PORTANT AMNISTIE
CHAPITRE l:
CHAMP D`APPLlCATION
Article premier:
Sont amnistiées de plein droit, quels que soient leurs auteurs, co-auteurs ou complices, réels ou présumés militaires ou civils, se trouvant sur le territoire national ou en exil, et quelles que soient leur nature et les peines qu`elles ont entraînées ou sont susceptibles d`entraîner, les infractions contre la Sûreté de l`État commises depuis les événements des 17 et 18 septembre 2000, celles en relation avec la crise armée du 19 septembre 2002, ainsi que les infractions militaires que sont l`insoumission, l`abandon et la désertion.
Article 2:
Sont couvertes par l`amnistie, les infractions énumérées à l`article premier, commises en relation avec les événements:
- des 17 et 18 septembre 2000;
- des 24, 25, 26 et 27 octobre 2000
- des 4 et 5 décembre 2000;
- des 7 et 8 janvier 2001:
- du 10 février 2001
- des 18 et 19 septembre 2002:
Article 3:
La présente loi d`amnistie ne s`applique pas:
a) aux infractions économiques;
b) aux infractions constitutives de violations graves des droits de l`Homme et du droit international humanitaire.
CHAPITRE ll:
EFFETS DE L`AMNISTIE
Article 4: L`amnistie éteint l`action publique, efface toutes les condamnations prononcées et met fin à toutes les peines principales et complémentaires, ainsi qu`aux mesures de sûreté, éducatives et disciplinaires.
Aucune poursuite ne peut être initiée pour les faits couverts par l`amnistie et découverts ou révélés après la promulgation de la présente loi.
ARTICLE 5 :
Par dérogation aux dispositions de l’article 108 alinéa 4 ou pénal, l’amnistie entraine de plein droit la réintégration dans les fonctions ou emplois publics, grades, offices publics ou ministériels, la reconstitution de carrière, la restitution des décorations et la réintégration dans les ordres nationaux.
Article 6 :
Les juridictions d’instruction et de jugement saisies de fait entrant dans le champ d’application de la présente loi devront ordonner le dépôt des procédures au greffe.
Les personnes detenues dans le cadre de ces procédures sont immédiatement mises en liberté.
Les personnes condamnées mais non détenues ne pourront être astreintes à l’exécution des condomnations.
Article 7 :
Les poursuites relatives aux faits amnistiés par la présente loi non encore exercées ne pourront plus l’être.
Chapitre III :
Dispositions diverses
Articles 8 : Il est interdit à tout magistrat et à tout fonctionnaire de rappeler ou de laisser subsister, sous quelque forme que ce soit, dans un dossier administratif ou dans un dossier de procédure judiciaire, les condamnations, les déchéances, mesures de sûreté et disciplinaires effacées par l’amnistie.


Laurent Gbagbo





Production de pétrole et de gaz naturel en Côte d'Ivoire - Le projet BAOBAB en phase de réalisation.

22 Juillet 2003

Notre Voie - 7/21/2003 6:45:05 PM

Selon le ministre, “les recherches, au terme des années 2001 et 2002, ont abouti à 2 forages dont un de découverte et un de confirmation” ; découverte en eau potable (1 500m), la première dans l’offshore ivoirien.
Il faut noter que le champ Baobab, qui fait partie du bloc CI-40 situé sur les côtes ivoiriennes, a une réserve récupérable estimée à 200 millions de barils d’huile d’une densité de 23°API. Au dire de M. Léon Emmanuel Monnet, les parts d’intérêt du bloc CI-40 se répartissent comme suit : 57,61% pour CNR, opérateur dudit bloc, 15% pour la PETROCI et 27,39% pour SVENSKA Petroleum Exploitation Production AB. Les hydrocarbures produits sont transportés à travers les canalisations sous-marines jusqu’au système de traitement et de stockage qui a une capacité de stockage de 2 millions de barils. En outre, le début de la production du pétrole brut est prévu pour le deuxième trimestre de 2005 avec une production en rythme de croisière de 60 000 barils par jour. Le pétrole sera commercialisé directement à partir du système de traitement et de stockage par la MODEC, société américaine, et le gaz naturel associé sera acheminé à travers les installations du champ Espoir.
Pour conclure, le ministre d’Etat, ministre des Mines et de l’Energie, a réaffirmé l’attachement du gouvernement et du président Laurent Gbagbo au développement du secteur pétrolier et “saluent la décision du consortium du Bloc CI-40 d’entrer en phase de réalisation du projet Baobab”.
Le président du CNR International, M. Alain Knight, prenant la parole, a officiellement annoncé la signature des trois principaux contrats relatifs au développement du champ Baobab. Il a, en outre, révélé qu’un troisième contrat relatif à l’approvisionnement des conduits et les appareils nécessaires à l’installation des équipements sous-mains reste à adjuger.

Koné Modeste



14 ème Edition du Forum de CRANS MONTANA.

14 Juillet 2003

La 14ème édition du Forum Economique s'est déroulée du 26 au 29 juin 2003, à CRANS MONTANA, dans le Canton du Valais.

La délégation ivoirienne à ce rendez-vous annuel, était composée de :
- Monsieur DANO DJEDJE Sébastien, Ministre de la Réconciliation Nationale,
- Monsieur KAHE KPLOHOUROU Eric, Ministre de la Réforme Administrative,
- Son Excellence Monsieur KOUAME N'Goran, Ambassadeur de Côte d'Ivoire en Suisse,
- Monsieur ZAHUI Marcelin, Directeur Général de la Caisse d'Epargne et Chèques Postaux,
- Monsieur GNAKO Alfred, Contrôleur Général, Fonds de Garantie des Coopératives de Café-Cacao,
- Monsieur BROU Yapi, Administrateur, Fonds de Garantie des Coopératives de Café-Cacao,
- Monsieur AGNERO Gnagne Paul, Président du Conseil d'Administration de la Société d'Opérations Ivoirienne d'Electricité (SOPIE),
- Monsieur YOKORE Bernard Gobo, Directeur Financier de la SOPIE.


Mission de prospection à Berne du Gouverneur du District d'Abidjan.

14 Juillet 2003

Une délégation ivoirienne, conduite par Monsieur DJEDJI AMONDJI Pierre, Gouverneur du District d'Abidjan, et composée de Monsieur MAMBE Robert, 5è Vice-Gouverneur dudit District, a effectué une mission de prospection à Berne, du 13 au 16 juin 2003, afin de rencontrer des opérateurs économiques suisses, désireux d'investir en Côte d'Ivoire, et particulièrement à Abidjan.

Les échanges, entre cette délégation et ses interlocuteurs, ont porté entre autres, sur les réalisations de certains projets d'intérêt communautaire, notamment :
- le train urbain,
- l'aménagement des berges lagunaires,
- l'abattoir municipal,
- la station d'épuration,
- la construction de gares routières,
- la Société Immobilière du District,
- etc…


Déclaration de fin de guerre des Forces Armées Nationales Ivoiriennes (FANCI) et des Forces Nouvelles.

11 Juillet 2003

Face aux périls graves qui pèsent sur le processus de réconciliation nationale, les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'ivoire et les Forces Armées des Forces Nouvelles se sont rencontrées le mercredi 02 juillet 2003 à Abidjan et ont convenu de la présente déclaration, aux fins de rassurer l'ensemble des populations vivant en Côte d'Ivoire, et de consolider la logique de paix qui habite la grande majorité des Ivoiriens.

Ainsi :

Considérant que la Côte d'Ivoire a suffisamment souffert de la guerre dans laquelle elle est plongée depuis le 19 septembre 2002,

Considérant qu'il faut faire cesser immédiatement la douleur et la détresse des populations,

Considérant que tous les conflits s'achèvent nécessairement par le dialogue et la concertation,

Considérant que chaque mort supplémentaire est inutile et complique davantage la réconciliation nationale,

Considérant que la partition, même momentanée de la Côte d'ivoire, ne profite à aucune partie,

Considérant que la guerre ne peut se justifier qu'au regard de la défense des valeurs en rapport avec l'intérêt général et collectif et que seul, celui-ci peut commander le sacrifice d'un combattant,

Considérant que la Côte d'Ivoire est le bien commun de tous les Ivoiriens et que comme telle, elle représente l'intérêt général à défendre vaille que vaille,

Considérant que la diversité des communautés, des traditions, des cultures, des croyances et des opinions est source de richesses,

Considérant que la viabilité de la Côte d'Ivoire réside dans son économie et que cette économie est mise à mal par plus de huit mois de guerre,

Considérant l'intérêt que la communauté internationale porte à la Côte d'ivoire à travers le déploiement des forces impartiales de la MINUCI, de la MICECI et de LICORNE,

Considérant enfin la nécessité de garantir à la jeunesse et aux générations futures des chances égales,

Les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'ivoire et les Forces Armées des Forces Nouvelles, prenant en compte le respect du cessez-le-feu intégral signé le 03 mai 2003 et la levée des zones de guerre,

1) - déclarent la fin de la guerre, ce jour 04 juillet 2003,

2) - s'engagent à soutenir les dispositions de l'accord de Linas-Marcoussis et aménagements d'Accra,

3) - affirment leur subordination au Président de la République et au Gouvernement de Réconciliation Nationale,

4) - sont déterminées à œuvrer ensemble pour dissuader toute velléité de reprise des hostilités par des manipulations souterraines et irresponsables et à pacifier le territoire national en le débarrassant de tous les combattants étrangers,

5) - réaffirment la poursuite du programme national de démobilisation, de désarmement et de réinsertion,

6) - et soutiennent les actions visant le retour à la normalité administrative, économique et sociale.

En conséquence, les Forces de défense et de sécurité de Côte d'ivoire et les
Forces Armées des Forces Nouvelles,

7) - recommandent au Président de la République de nommer dans les délais raisonnables, les Ministres en charge des portefeuilles de la Défense et de la Sécurité.

Conformément aux procédures d'Accra II,

8) - invitent les Députés à voter la loi d'amnistie qui leur sera proposée par le Gouvernement de Réconciliation Nationale, car, cette disposition, prévue par l'Accord de Linas-Marcoussis, réunifiera la Côte d'Ivoire en soumettant toutes les populations aux mêmes lois,

9) - demandent à tous les Agents de l'Etat, en particulier, à ceux en contact direct avec les populations, de faire preuve de justice, de rigueur, de probité et de responsabilité républicaine dans l'exercice de leur fonction,

10) - invitent les hommes politiques à s'impliquer sans réserve dans l'application des dispositions des accords de Linas-Marcoussis et d'Accra, dont ils sont les signataires,

11) - appellent les hommes politiques à suspendre le réarmement des forces et à différer les livraisons d'armes afin de faciliter la mise en œuvre du programme national de Démobilisation, de Désarmement et de Réinsertion (DDR),

12) - exhortent les hommes politiques à poser des actes allant dans le sens de l'unité nationale et à tenir des discours rassembleurs,

13) - invitent avec insistance la presse nationale à agir au profit du rapprochement des populations, de l'unité et de la concorde nationale,

14) - appellent la jeunesse ivoirienne dans sa totalité à l'union, à la fraternité et au respect des lois et dispositions légales,

15) - s'engagent à démanteler partout en Côte d'Ivoire, les groupements de jeunes mal-intentionnés, armés ou non, aux fins de sécuriser les populations et rassurer la communauté internationale,

16) - invitent l'ensemble des populations vivant sur le territoire ivoirien à cultiver la tolérance et le respect des différences,

17) - s'engagent à garantir une égale sécurité à toutes les populations et en particulier aux membres du Gouvernement de Réconciliation Nationale,

18) - mettront tout en œuvre pour favoriser la libre circulation des personnes et des biens sur toute l'étendue du territoire national.

Fort de ce qui précède, les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire et les Forces Armées des Forces Nouvelles estiment que notre pays a suffisamment payé le prix du sang durant ces longs mois de guerre.

Toutes les populations vivant en Côte d'Ivoire doivent donc s'inscrire dans la logique de paix actuelle en abandonnant définitivement les attitudes et les propos qui divisent, car, le sang versé pendant cette guerre doit servir de fondement à un nouvel élan de fraternité et de solidarité.

C'est pourquoi, aujourd'hui, la Côte d'ivoire doit prendre date avec l'histoire en montrant aux yeux de la communauté internationale, qu'elle dispose de la ressource et de la capacité nécessaires à transcender ses contradictions pour s'inscrire à nouveau dans la paix.

En outre, le devoir de mémoire impose de nous souvenir des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui sont morts ou marqués à jamais dans leur chair par cette guerre.

Dans la défense des valeurs qui nous sont chères, nous, soldats des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'ivoire et des Forces Armées des Forces Nouvelles avons fait notre devoir. Il s'agit à présent de savoir tirer les leçons de cet engagement, pour que notre pays ne connaisse plus jamais la guerre.

Pour cela, nous, les acteurs de premier plan pendant cette guerre, unis dans la ferme volonté de retrouver une armée nationale véritablement républicaine, traçons les sillons de notre devenir commun, en acceptant de taire les armes au profit de la discussion et de la concertation.

Enfin, les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'ivoire et les Forces Armées des Forces Nouvelles, ensemble, invitent toutes les populations vivant sur le territoire ivoirien à les suivre dans cette voie de paix, car, elles n'hésiteront pas à prendre leurs responsabilités face à de nombreux désordres.

Fait à Abidjan, le 04 juillet 2003.


Pour des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire
Le Général de Division Mathias Doué Chef d'Etat-Major des Armées

Par ordre le Colonel Kadio Miézou Chef du COIA

Pour les Forces Armées des Forces Nouvelles
Le Colonel Bakayoko Soumaïla Chef d'Etat-Major par intérim des
Forces Armées des Forces Nouvelles.


***


L'appel du Gouvernement à tous les Ivoiriens.

11 Juillet 2003

Citation :

Mesdames, Messieurs,

Pendant plusieurs décennies, notre pays, la Côte d'ivoire, a vécu dans la stabilité et la paix, valeurs auxquelles ses habitants sont restés très fortement attachés, au point d'en faire une tradition.

Cependant, les graves événements successifs qui ont émaillé la vie politique et sociale de la Côte d'ivoire depuis ces dix dernières années, et en particulier les récents événements qui ont conduit à la guerre, ont mis de manière tragique un terme à cette situation exceptionnelle dans la sous-région.

En effet, depuis ces derniers événements, la Côte d'ivoire vit la plus grave crise de sa récente histoire, dont les conséquences sont dramatiques aux plans politique, économique, social et psychologique,

Nous déplorons, entre autres :

- les nombreuses pertes en vies humaines qui ont endeuillé des familles entières et fait des milliers de veufs, de veuves et d'orphelins;

- les mutilés et blessés de guerre, les handicapes de toutes natures;

- les déplacés, les réfugiés et les exilés qui réduisent les forces vives de la Nation;

- les traumatismes psychiques;

- a détérioration de l'état sanitaire des populations;

- les destructions massives et brutales de biens matériels, fruit de toute une vie de labeur;

- la partition de fait du territoire national qui a entraîné fa désorganisation, voire la disparition de l'Administration publique dans certaines zones;

- la destruction et la dégradation de l'outil de production provoquant le ralentissement ou l'arrêt des activités dans de nombreux secteurs de l'économie nationale, avec son cortège de licenciements, de chômage et d'accroissement de la pauvreté;

- le climat d'insécurité qui a entraîné la remise en cause des relations de la Côte d'ivoire avec certaines institutions internationales;

- la détérioration du climat politique qui se traduit par le manque de confiance réciproque et la suspicion généralisée;

- l'exacerbation des clivages de toutes sortes;

- la déchirure du tissu social;

- la détérioration de l'image et du prestige du pays.

Toutes ces portes matérielles, en vies humaines et les dérives qu'elles entraînent menacent les fondements même de la Nation.

Malheureusement, beaucoup de nos compatriotes semblent ne pas avoir pris conscience de l'ampleur de ces drames.

Ces faits suffisamment graves interpellent notre conscience collective et nous invitent à renoncer définitivement à la guerre et à dire ensemble : « Plus jamais ça ! ».

C'est justement conscient des conséquences de la guerre et du rôle important de la Côte d'Ivoire aux plans régional, sous-régional et international, que, des le début du conflit, le Président de la République, garant de l'unité nationale et de l'intégrité du territoire, a opté de façon ferme et résolue pour une cessation des hostilités et un retour à la paix, par la voie du dialogue et de la concertation.

Dans cette optique, tous les acteurs de cette crise n'ont ménagé aucun effort à travers les pourparlers d'Accra 1, de Lomé et de Dakar qui ont abouti au premier cessez-le-feu de Bouaké, puis aux accords de Linas-Marcoussis et d'Accra 2.



La formation du gouvernement de réconciliation nationale qui en a résulté et dans lequel se retrouvent toutes les sensibilités politiques, ainsi que les parties qui étaient en conflit, illustre et confirme l'option et la volonté commune de la majorité des Ivoiriens de mettre fin à cette guerre qui n'a que trop duré et causé trop de tort à notre pays.

Pour aboutir à un retour à la vie normale, le Président de la République et le Gouvernement de réconciliation nationale, dès sa mise en place, ont mené des actions et pris un certain nombre de mesures, dont les principales sont :

- la rencontre de Kara qui a créé les conditions de [a signature d'un cessez-le-feu intégral sur toute l'étendue du territoire;

- la levée du couvre-feu;

- la Suppression des zones de guerre;

- la levée des barrages civils sur la quasi-totalité de l'étendue du territoire;

- des avancées notables dans l'établissement de couloirs économiques et l'ouverture du trafic entre la Côte d'ivoire et ses voisins;

- le déploiement conjoint des Forces Armées Nationales, des Forces Nouvelles, des Forces de l'Opération Licorne et des Forces de la CEDEAO à l'Ouest du pays;

- la tenue d'un Conseil de Gouvernement à Bouaké.

La mise en œuvre de ces mesures et actions a permis d'obtenir les avancées significatives suivantes :

- les progrès dans les échanges économiques et commerciaux avec les pays de la sous-région;

- l'amélioration de la situation sécuritaire, avec le retour d'Abidjan à la phase 3 du système des Nations Unies;

- le respect du cessez-le-feu intégral marqué par une accalmie sur tous les fronts;

- le passage en phase 2 du système français, avec l'ouverture, dès septembre prochain, des établissements scolaires français en Côte d'ivoire;

- la création de zones de confiance;

- la sécurisation progressive de l'ensemble du territoire;

- la tenue des réunions des conseils généraux à Bouaké et à Sakassou.

Le Président de la République et le Gouvernement de réconciliation observent avec satisfaction que toutes ces mesures et actions contribuent fortement à l'instauration d'un climat de confiance entre les Ivoiriens eux-mêmes, d'une part, et entre la Côte d'ivoire et la communauté internationale, d'autre part.

A ce jour, tous s'accordent à reconnaître que le processus de paix et de réconciliation se poursuit avec célérité. En effet, les concertations entre les Etats-Majors des Forces Armées Nationales de Côte d'ivoire et du Burkina Faso, en vue de la réouverture et d'un meilleur contrôle des frontières, viennent de s'achever.

Et, dès demain, mardi 17 juin 2003, une rencontre importante aura lieu entre les FANCI, les Forces Nouvelles, pour déterminer les sites de cantonnement des forces en présence.

Ces actions seront poursuivies dans les mois et semaines à venir pour consolider la paix et renforcer l'esprit de réconciliation, afin de faire disparaître, de façon définitive, les clivages et les divisions nés de la guerre.

C'est ainsi qu'au plan socio-politique, des missions ministérielles sont prévues, dès la semaine, sur l'ensemble des zones Nord et Ouest.

Au plan administratif, le redéploiement de l'Administration territoriale sur l'ensemble du pays démarrera dans quelques semaines... Ceci devra achever de garantir la sécurité et la libre circulation des personnes et des biens sur toute l'étendue du territoire.

Au plan économie, on observer une amorce de reprise dans le secteur privé. Une importante mission gouvernementale conduite par le Premier Ministre se rendra, au cours du mois de Juillet, auprès de nos partenaires extérieurs au développement en vue d'une relance et d'une redynamisation des relations bilatérales et multilatérales,

En outre, l'appui des bailleurs de fonds au programme de reconstruction devrait permettre à court et moyen termes à notre pays d'entreprendre la réhabilitation des ses infrastructures socio-économiques et la relance de son économie,

Au plan international, toutes ces actions devraient permettre à la Côte d'ivoire de reprendre sa place et son rayonnement dans le concert des nations.

Aujourd'hui, tous les acteurs de la vie économique et politique, nationale et internationale, s'accordent à reconnaître que la Cote d'ivoire est appelée à reprendre son rôle moteur dans le développement sous-régiorial, compte tenu des avancées constatées.

La qualité de ses infrastructures et la richesse de ses ressources humaines contèrent à notre pays un potentiel indéniable. Ces atouts devraient permettre à la Côte d'Ivoire, réconciliée et stabilisée durablement, de figurer dans l'élite des Pays à économie émergente,

Face à ces enjeux et défis majeurs et aux avancées significatives du processus de réconciliation, le Président de la République et le gouvernement déplorent, malheureusement, des dérives verbales et des actes posés par certains de nos compatriotes qui sont de nature à fragiliser la paix et le processus de réconciliation.

Le Président de la République et le gouvernement réaffirment, ici et maintenant, leur engagement total, ferme et résolu pour la paix et la réconciliation nationale. C'est un choix mûri et délibéré, car ils restent plus que jamais convaincus qu'il n'y a pas d'autre alternative à la résolution de notre crise que la recherche à tout prix de la paix et de la réconciliation.

Pour le destin de notre grand pays et pour le devenir de notre jeunesse, le présent nous le commande et l'avenir nous l'exige.

C'est pourquoi, le Président de la République et le gouvernement interpellent fermement tous ceux ou toutes celles, à quelque niveau que ce soit, qui tiendraient des propos ou poseraient des actes de nature à compromettre le retour définitif à la paix et la réconciliation entre toutes les filles et tous les fils de notre Nation et les invitent à la mesure, au sens des responsabilités, au dépassement de soi et au pardon dans l'intérêt national.

Le Président de la République et le Gouvernement tiennent à réaffirmer que le gouvernement de réconciliation nationale est un ensemble cohérent. Il ne doit donc pas exister ni doute ni ambiguïté quant à la confiance existant entre ses membres et leur solidarité dans la conduite des affaires de l'Etat.

Aujourd'hui plus qu'hier, le Président de la République et le gouvernement de réconciliation nationale sont l'émanation d'une Côte d'Ivoire une et indivisible, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest.

Plus que jamais conscients de la responsabilité qui leur incombe de réussir le pari de la paix et de la cohésion sociale, le Président de la République et le gouvernement en appellent au civisme, à la responsabilité individuelle et collective, au patriotisme de tous. Ils demandent en particulier :

- aux hommes politiques, de faire désormais preuve de retenue et d'adopter en toutes circonstances des comportements républicains;

- aux fonctionnaires et aux forces de l'ordre de prendre conscience de leur responsabilité particulière et d'accomplir leurs tâches quotidiennes dans un esprit républicain;

- aux responsables et aux éléments des Forces Nouvelles de continuer à s'impliquer dans le processus de. paix et d'adopter en toutes circonstances des comportements républicains;

- aux responsables de syndicats, d'organisations socio-professionnelles et de société civile de poursuivre leurs efforts de réconciliation et de paix, Pour la reconstitution du tissu social et d'inviter surtout leurs membres à écarter toutes invectives et à s'engager résolument dans la voie de l'apaisement et de la réconciliation;

- aux responsables des confessions religieuses de continuer à agir et à prier pour la paix et à exhorter leurs fidèles à s'inscrire résolument dans le processus de paix et de réconciliation;

- aux animateurs des médias privés et publics d'exercer leur métier dans le strict respect de l'éthique et de la déontologie professionnelle, dans l'intérêt supérieur de la Nation;

- aux communautés étrangères vivant en Côte d'Ivoire d'agir dans le sens de la préservation de la paix sociale, de l'apaisement et d'inviter les uns et les autres au respect des lois ivoiriennes et des institutions républicaines;

- à la communauté internationale de soutenir et d'accompagner le processus de réconciliation et de paix;

- aux partenaires au développement d'élargir leurs champs d'intervention et d'accroître les ressources nécessaires à la reconstruction du pays ;

- aux citoyens de la République de Côte d'Ivoire de s'engager résolument, chacun à son niveau, à apporter sa contribution effective et son sacrifice personnel à la réconciliation nationale et à la paix .

Si la guerre a suscité un énorme élan de solidarité, il faudrait que la recherche de la paix et la réconciliation nationale en suscitent davantage,

Il faut donc, maintenant, qu'à l'effort de guerre, se substitue l'effort de paix.

Ensemble, mobilisons-nous afin de permettre à la Côte d'ivoire, notre beau pays, de demeurer la patrie de la vraie fraternité, le modèle d'hospitalité et de l'espérance promise à l'humanité !

Vive la Côte d'Ivoire, unie, indivisible et prospère !

Je vous remercie.

Fin de citation.

Fait à Abidjan, le 16 juin 2003