Message de Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, Président de la République, à l'occasion du 44è Anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire.
10 Aout 2004 Ivoiriens,
Ivoiriennes,
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d'Ivoire.
La Côte d'Ivoire, notre pays, célèbre demain, le quarante quatrième anniversaire de son indépendance. Pour la deuxième année consécutive, la fête nationale se tient dans un contexte de crise. Mais, d'une année à l'autre, nous prenons confiance en nous-mêmes, en notre capacité à sauvegarder la souveraineté de notre pays et de notre peuple.
Un peuple qui n'a pas rencontré de grands événements ne peut devenir un grand peuple dans l'Histoire. C'est une donnée constante dans la vie des nations. Cette crise est donc une épreuve de la vie, un examen de passage, dont le peuple ivoirien sortira grandi.
Ce soir, je voudrais, à la veille de la commémoration de notre accession à la souveraineté internationale, exprimer, en mon nom personnel et en votre nom à tous, la reconnaissance de la nation ivoirienne à la communauté internationale, pour l'assistance qu'elle ne cesse de nous apporter afin que la Côte d'Ivoire retrouve la paix et le chemin de la prospérité.
Il est bon en effet de reconnaître la contribution inestimable de la communauté internationale dont l'action a permis les différentes réunions des parties ivoiriennes à Lomé, à Linas Marcoussis et à Accra. Mes remerciements vont en particulier à tous les acteurs internationaux du processus de paix :
- L'Organisation des Nations Unies et son Secrétaire Général, Monsieur Kofi ANAN;
- La Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest et son Président, mon ami KUFUOR;
- L'Union Africaine, son Président Olosegun OBASANDJO et le Président de la Commission Alpha Oumar KONARE;
- La France, l'Union Européenne, les Etats-Unis d'Amérique et le Canada.
Mes chers compatriotes,
Nous avançons ! Nous avançons ! Et nous approchons de la fin. Nous marchons inexorablement vers la fin de la crise. Ensemble, avec les pays de la sous région, les pays amis et la communauté internationale tout entière, nous levons les derniers obstacles, les dernières inquiétudes et les dernières suspicions, pour rétablir la confiance entre nous, mériter la confiance et l'aide de tous nos partenaires extérieurs. C'est pourquoi j'ai pris l'initiative de contacter tout le monde à l'intérieur et en Afrique. Mes voyages m'ont conduit à Addis-Abeba, à Rabat, à Bamako, à Libreville, à Brazzaville et à Accra. Ce tour n'est pas encore terminé. C'est pourquoi je n'ai pas encore parlé. Je veux parler aux ivoiriens de façon claire et sans ambiguïté. Je vous demande de me donner le temps de terminer le tour que j'ai décidé d'entreprendre avant de m'exprimer sur le chemin parcouru, sur les acquis des différentes négociations, en particulier sur l'Accord signé à l'issue de la réunion qui vient de se tenir à Accra les 29 et 30 juillet 2004 et à laquelle ont pris part plusieurs chefs d'Etat africains ainsi que le Secrétaire Général des Nations Unies.
Nous allons appliquer cet accord qui fait aujourd'hui l'objet de nombreux commentaires. J'écoute ces commentaires souvent avec beaucoup d'amusement. Mais le temps n'est pas encore venu pour moi de parler. Je parlerai quand les rumeurs se seront tues et quand j'aurai bouclé la boucle. C'est-à-dire quand nous aurons définitivement mis fin à la guerre.
Il ne s'agira plus pour nous de parler d'espoir. Il s'agira pour nous de dire que la guerre est finie et d'indiquer les voies de la renaissance. Pour le moment je demande aux uns et aux autres de lire le texte signé à Accra ; rien que le texte. Aujourd'hui comme hier, la solution se trouve entre nos mains. Il faut que les ivoiriens prennent conscience que c'est entre nos mains que se trouve la solution de nos problèmes.
Je rappelle à tous ceux qui sont envoyés en Côte d'Ivoire, à quelque niveau de responsabilité qu'ils se situent, dans le règlement de la crise ou simplement dans le suivi des décisions que nous avons prises, que leur mission est de nous aider. Ils doivent faire leur travail qui est de nous aider. Ils ne doivent pas jeter de l'huile sur le feu en intervenant de façon intempestive dans les médias nationaux. Cet état de choses n'est pas tolérable et il ne sera pas toléré.
La situation est encore fragile. Nous devons tous faire preuve de sagesse. Je compte sur le sens des responsabilités de chacun. Je demande aux ivoiriens de garder toute leur sérénité.
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d'Ivoire,
S'il est de mon devoir de remercier ceux qui nous aident, comment pourrais-je ne pas rendre hommage aux ivoiriens ? D'abord pour leur constance dans la résistance mais aussi pour leurs efforts de tous les jours qui permettent à la Côte d'Ivoire de rester débout et de garder intactes les bases de l'économie nationale, malgré la guerre, malgré les souffrances.
En dépit d'un environnement particulièrement défavorable, l'économie nationale se comporte relativement bien. C'est tout à l'honneur des opérateurs économiques nationaux et étrangers qui continuent de faire confiance à notre pays.
Les difficultés engendrées par la guerre sont suffisamment connues. Il s'agit de l'insécurité, particulièrement dans les zones sous contrôle de la rébellion, avec des entraves à la circulation des biens et des personnes, la baisse du prix des matières premières, la perte de confiance dans le développement des marchés et un déficit de l'assistance financière extérieure. Pour mettre fin à cet état de fait, nous ne devons ménager aucun effort pour aller à la réunification du pays, à la paix et à la réconciliation nationale.
C'est un devoir que nous avons vis-à-vis de notre jeunesse, vis-à-vis des générations futures. C'est pourquoi, je tiens à saluer tous les acteurs du système scolaire dont le travail a permis à la Côte d'Ivoire de connaître, depuis bien longtemps, une année scolaire relativement normale, là où les choses peuvent être normales. J'ai eu plaisir à participer et à les encourager aux différentes cérémonies de distribution de prix aux meilleurs élèves et meilleurs étudiants. Cela démontre que malgré les épreuves, nous sommes tous attachés à l'excellence. L'école demeure le seul espoir de notre jeunesse, c'est-à-dire de notre nation. Dans cette phase de notre évolution, la responsabilité de la classe politique, de toute la classe politique est grande. Je compte sur les uns et les autres pour que notre jeunesse garde espoir.
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire !
Accord d'Accra III sur la Côte d'Ivoire.
2 Aout 2004 1) - A l’invitation de Son Excellence M. John Agyekum Kufuor, Président de la République du Ghana et Président en exercice de la CEDEAO, et de Son Excellence M. Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies, les chefs d’Etat et de gouvernement africains, ci-après, ainsi que leurs représentants dûment accrédités, ont rencontré à Accra les 29 et 30 juillet 2004, Son Excellence M. Laurent Gbagbo, Président de la République de Côte d’Ivoire, Son Excellence M. Seydou Elimane Diarra, Premier Ministre du Gouvernement de Réconciliation Nationale et les principales Forces politiques ivoiriennes signataires de l’Accord de Linas Marcoussis, à savoir le FPI, le MJP, le MPCI, le MPIGO, le PDCI-RDA, le PIT, le MFA, le RDR, l’UDCY, et l’UDPCI :
Son Excellence M. Mathieu Kérékou
Président de la République du Benin
Son Excellence M. Blaise Compaoré
Président du Faso, chef du Gouvernement
Son Excellence M. Denis Sassou N'Guesso
Président de la République du Congo
Son Excellence M. Laurent Gbagbo
Président de la République de Côte d’Ivoire
Son Excellence M. El Hadj Omar Bongo Ondimba
Président de la République Gabonaise
Son Excellence M. John Agyekum Kufuor
Président de la République du Ghana,
Président en exercice de la CEDEAO
Son Excellence M. Gyude Bryant
Président du Gouvernement national de transition du Liberia
Son Excellence M. Amadou Toumani Touré
Président de la République du Mali
Son Excellence M. Mamadou Tandja
Président de la République du Niger
Président en exercice de l’UEMOA
Son Excellence M. Chief Olusegun Obasanjo
Président et Commandant-en-chef des Forces armées de la République Fédérale du Nigeria et Président en exercice de l’Union Africaine
Son Excellence M. Ahmad Tejan Kabbah
Président de la République de Sierra Leone
Son Excellence M. Thabo MBeki
Président de la République de l’Afrique du Sud
Son Excellence M. Gnanssingbé Eyadema
Président de la République Togolaise
Son Excellence M. Fernando Da Piedade Dias Dos Santos
Premier Ministre de la République de l’Angola
Son Excellence M. Cheikh Tidiane Sy
Ministre d’Etat à la Présidence, représentant le Président de la République du Sénégal
Son Excellence M. Momodou Kebba Jallow
Haut Commissaire de la République de la Gambie au Ghana, représentant le Président de la République de la Gambie
Son Excellence M. El Hadj Mamadou Falilou Bah
Ambassadeur de la République de Guinée en République du Ghana, représentant le Président de la République de Guinée
2) – Les Personnalités suivantes ont également participé à la rencontre :
Son Excellence M. Alpha Oumar Konaré
Président de la Commission de l’Union Africaine
Son Excellence Dr Mohammed Ibn Chambas
Secrétaire exécutif de la CEDEAO
3) – Lors de la rencontre présidée par Son Excellence M. John Agyekum Kufuor, les Forces politiques ivoiriennes ont examiné les différents obstacles qui se posent à la mise en œuvre totale des Accords de Linas Marcoussis et d’Accra II. Elles ont formulé des propositions quant à la manière de surmonter ces obstacles et de parvenir à un consensus sur les questions clés auxquelles le processus de paix est confronté.
4) - Les Forces politiques ivoiriennes ont réitéré leur engagement aux principes et programme du Gouvernement de contenu dans les Accords de Linas-Marcoussis et d’Accra II. Elles ont aussi réaffirmé leur détermination à s’engager résolument dans la voie d’une application intégrale et inconditionnelle desdits accords.
5) - En vue de remettre le processus de paix sur la bonne voie, et d’assurer une mise en œuvre durable des dispositions de l’Accord de Linas-Marcoussis, les Forces politiques de Côte d’Ivoire ont convenu des mesures suivantes :
Critères d’éligibilité à la présidence de la République (Art.35 de la Constitution) et autres réformes législatives.
6) - En raison des graves menaces persistantes contre l’intégrité territoriale de la Côte d’Ivoire causée par la crise continue, le Président de la République doit faire valoir les pouvoirs que lui confère la Constitution, en vue de la mise en des dispositions de la section III sur l’éligibilité, du programme de Gouvernement de Réconciliation Nationale annexé à l’Accord de Linas-Marcoussis pour la fin du mois de septembre 2004.
7) - Comme indiqué à la réunion d’Addis-Abéba du 6 juillet 2004, le Président de la République a convoqué le 28 juillet une session extraordinaire de l’Assemblée Nationale pour procéder à l’adoption de toutes les réformes juridiques conformément à l’esprit et à la lettre de l’Accord de Linas-Marcoussis.
8) - Les Forces politiques ont réitéré leur engagement de garantir le soutien de leurs députés à l’Assemblée Nationale pour l’adoption de ces textes législatifs pour la fin août 2004 tel que stipulé dans l’Accord de Linas-Marcoussis.
Désarmement, Démobilisation, Réintégration (DDR).
9) - Les parties se sont engagées à commencer le DDR au plus tard le 15 du mois d’octobre 2004. le processus sera conduit sur la base d’un calendrier spécifique en conformité avec les dispositions pertinentes de l’Accord de Linas-Marcoussis et les décisions adoptées à cet effet à Grand Bassam et à Yamoussoukro. Le processus de DDR concernera tous les groupes paramilitaires et de milices. Il a également été convenu de la restructuration des forces de défense et de sécurité conformément à la feuille de route élaborée et validée à Grand Bassam.
10) - Elles demandent au Premier Ministre du Gouvernement de fixer un calendrier pour la restauration de l’administration d’Etat et des services publics dans l’ensemble du pays.
Délégation de pouvoir au Premier Ministre.
11) - Les parties ont rappelé que dans sa lettre en date du 22 décembre 2003, le Président a notifié au Premier Ministre que la délégation de pourvoir qui lui est conférée au terme de l’article 53 de la constitution lui permet de mettre en œuvre toutes les dispositions de l’Accord de Linas-Marcoussis jusqu’à la tenue des élections prévues en octobre 2005. A cet égard, le Président traduira les termes de sa lettre sous forme de décret qui précisera les domaines couverts par cette délégation de pouvoir conformément aux dispositions pertinentes de l’Accord de Linas-Marcoussis. Le Président de la République et le Premier Ministre se sont entendus sur un texte de décret de délégation de pouvoir et sur des mesures complémentaires adéquates.
Reprise des activités du gouvernement de réconciliation nationale.
12) - Le Président de la République, le Premier Ministre et les Forces politiques ivoiriennes ont convenu de l’urgence de reprendre les activités du Gouvernement de Réconciliation Nationale en vue de lui permettre de jouer son rôle vital pour un retour à un ordre normal dans le pays et d’assurer une mise en œuvre durable de l’accord de Linas-Marcoussis. Ils ont également convenu de convoquer une réunion du Conseil des Ministres une semaine après la signature de cet accord.
Droits de l’homme.
13) - Les parties ivoiriennes reconnaissent que la restauration d’une paix et d’une stabilité durable exige le respect des droits de l’Homme et de l’Etat de Droit. A cet effet, elles ont convenu de coopérer pleinement avec la commission internationale d’enquête qui a été mise en place conformément à l’Accord de Linas-Marcoussis pour enquêter sur les violations des droits de l’homme commises en Côte d’Ivoire depuis le début de la crise le 19 septembre 2002.
14) - elles ont également convenu que la Commission Nationale des Droits de l’Homme telle que prévue par l’Accord de Linas-Marcoussis soit créée et commence ses travaux sans délai.
Groupe de suivi.
15) - Les parties sont convenues de mettre sur pied un groupe de suivi tripartite comprenant des représentant en Côte d’ivoire de la CEDEAO, de l’Union Africaine et de l’Opération des Nations Unies. Le groupe de suivi fera des rapports tous les 15 jours sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord d’Accra III, au Président en exercice de la CEDEAO, au président de la Commission de l’Union Africaine et au Secrétaire Général des Nations Unies.
Motion de remerciements.
16) - Les parties ont exprimé leur profonde gratitude au Président John Agyekum Kuffor, président en exercice de la CEDEAO et au Secrétaire Général des Nations Unies, ainsi qu’à tous les Chefs d’Etats et autres dignitaires participant à la réunion pour leurs efforts inlassable dans la recherche de la paix en Côte d’Ivoire et pour leurs sages conseils et avis qui ont permis aux parties de parvenir au présent Accord.
17) - Tous les participants ont exprimé leur profonde gratitude à Son Excellence Monsieur John Agyekum Kufuor, Président de la République du Ghana, au Gouvernement et au peuple ghanéen pour leur accueil chaleureux et leur hospitalité généreuse qui ont contribué à la tenue des négociations dans un climat d’ouverture et d’entente mutuelle.
Paru dans "Le Courrier d'Abidjan" du 31 juillet 2004.