"A Bouaké, René Amani était notre choix - Soro entretient de bons rapports avec le Président".
30 Septembre 2003 Interview de Monsieur Roger BANCHI, Ministre des Petites et Moyennes Entreprises (PME), parue dans FRATERNITE MATIN du 29 septembre 2003.
Vous avez refusé d’aller à Bouaké pour répondre de votre participation au Conseil des ministres extraordinaire, vous contestez la décision de votre radiation du MPIGO. Etes-vous désormais dans une logique de bras de fer ?
Je n’engage aucun bras de fer, j’agis conséquemment à la réalité des faits. C’est tout. Le secrétariat des Forces nouvelles n’a aucun outil juridique pour me démettre de cette charge de ministre, représentant du MPIGO au sein du gouvernement. La question est close. A ce jour, c’est fini, c’est fini (éclats de rire). Je vais laisser s’user ceux qui veulent s’exciter à faire des marches, à protester, à parler sur les ondes des radios étrangères parce qu’on leur tend un micro. Quand ils vont jeter le manche après la cognée, ils vont venir me retrouver dans ce gouvernement où je les attends.
• Vous êtes certainement entré librement dans la rébellion. Mais vos amis vous reprochent votre indiscipline.
Je suis un électron libre parce que je ne m’inscris pas dans une démarche politicarde. Je l’ai dit à mes amis des Forces nouvelles. Je ne suis pas obsédé par Laurent Gbagbo. Je suis obsédé par la Côte d’Ivoire. C’est ce qui explique mes réactions. Je ne fais pas de la sorcellerie politique et je ne mange pas de ce pain-là. En outre, il est toujours avantageux d’avoir quelqu’un qui défend une vision autre que la vision strictement politicienne. J’ai toujours cultivé, au niveau des Forces nouvelles, cet esprit d’indépendance. C’est dérangeant. Il y a des gens qui envisagent un mouvement politique comme une secte. Il y a un gourou qui a la vision suprême et les autres sont des robots ou des moutons de Panurge. Pour des mouvements comme les nôtres, cela n’est pas productif et intéressant. Parce que pour peu que le gourou soit dans le faux, il entraîne tous les membres de la secte dans le trou, avec lui. J’ai toujours pensé qu’il fallait justement avoir une discussion libre, et surtout avoir cette dose d’empathie qui permet de se mettre à la place de l’autre et de comprendre ou tolérer sa pensée. C’est peut-être ce que j’ai et que les autres n’ont pas : l’empathie.
• Vous avez connu Soro Guillaume bien avant le déclenchement de la rébellion. Qu’est-ce qui peut expliquer la dégradation de vos relations aujourd’hui ?
Pour dire vrai, je ne considère pas que nos relations se soient dégradées. La dernière fois que nous nous sommes parlé, c’était dans un climat convivial et cordial. Jusqu’à preuve du contraire, il demeure pour moi un ami.
• Mais vous l’accusez de manipuler tous les “farfelus” pour vous radier de votre mouvement.
On ne peut pas empêcher un chien de mordre. Il faut prendre Soro comme il est. C’est l’animal politique. C’est un homme politique, c’est un manipulateur. Il dribble comme il peut. Il fait ce qu’il a à faire et je ne peux pas me fâcher avec lui pour cela. Car, il faut savoir compartimenter les choses. C’est quelqu’un qui est en construction politique. Il est en train de se préparer un futur politique. Je ne peux pas lui contester cela, ni l’empêcher. Mais Soro reste mon ami. Je peux ne pas approuver sa façon d’agir, mais il restera mon ami. C’est Bogota. Bogota, c’est mon gars. Voilà.
• Avec du recul, si la rébellion était à refaire, vous engageriez-vous de nouveau ?
Non. Je ne serai pas capable de rassembler la même colère. Je ne serai pas capable d’éprouver les choses que j’ai éprouvées à l’époque. Je ne peux plus jamais me retrouver humainement dans le même contexte. Je ne pourrai plus faire ça, ne serait-ce que pour les leçons que j’ai tirées de cette expérience et de ce passage de ma vie. Aujourd’hui, j’ai compris, une bonne fois pour toutes, une chose : les armes ne sont pas une solution de règlement pour un problème comme le nôtre. C’est la même leçon que tirent toutes les personnes éclairées et intelligentes : l’arme n’est pas une solution. Car finalement, au bout du compte, ce sont des pertes inutiles en vies humaines.
• Vous semblez ne pas être sur les mêmes longueurs d’onde que vos amis des Forces nouvelles qui réorganisent militairement et économiquement leur zone.
322.462 km2, c’est sacré pour moi. C’est du sang, de la sueur et des larmes de beaucoup de personnes. La sécession, c’est un tabou. Je ne vais jamais, Jamais, jamais m’associer à une entreprise qui peut conduire à la partition de mon pays. Je suis contre tout ce qui s’apparente à cela, même ce qui est évoqué en filigrane. Moi, je suis un Ivoirien. J’ai fréquenté l’école sous le mandat du ministre Balla Kéita où nous chantions l’hymne national. Je me tourne vers tous ceux qui sont dans la rébellion, qui sont issus des Fanci, les “Zinzin” et les “Bahéfouê” : “Quand vous entendez quelqu’un qui met en cause l’intégrité du territoire national, réagissez. Si vous avez été Fanci dans votre vie, RE-A-GIS-SEZ. C’est interdit, c’est tabou”.
• Avec ce discours nouveau, on pourrait vous classer parmi les “Jeunes Patriotes”.
Le discours n’est pas nouveau. Le discours, c’est ce que je suis, c’est ce que j’ai toujours été. Franchement, je n’ai jamais critiqué la position des “Jeunes Patriotes”. On peut contester leurs méthodes. Quand Blé Goudé déclare qu’il va organiser une marche pour déloger les ministres des Forces nouvelles, je désapprouve. Mais sa révolte est légitime. Le peuple a crié et crie : “On est fatigués, on est fatigués”. Pourquoi n’entend-on pas ce cri ? La raison véritable pour laquelle j’ai participé au conseil des ministres hier (Ndlr, jeudi dernier), c’est pour ne pas briser le coeur de nos mamans, de tous ceux qui sont traumatisés par l’angoisse. C’est vous dire que je respecte le point de vue des “Jeunes Patriotes” comme j’ai respecté le combat de ceux qui étaient, à l’époque, nos adversaires qui défendaient la République, contre la rébellion. Nous, nous voulions le renversement du régime. Je ne dis pas, je n’ai jamais dit que c’était bon. Cela fait partie d’un parcours. Alors, si mon discours s’apparente à celui que tiennent les “Jeunes Patriotes”, tant mieux. La jeunesse ivoirienne est donc rassemblée.
• Vous confortez alors dans leur position ceux qui vous ont radié du MPIGO.
Non, non, non. Eux, ils doivent effecteur le cheminement intellectuel que j’ai fait pour arriver là où moi je suis aujourd’hui. En participant à un gouvernement, on est dans la République. On ne peut pas faire d’une rébellion un chemin politique. C’est antithétique. La prise des armes est arrivée à son terme. Elle ne se justifie plus. Pour n’importe quel lettré politique, il est évident que les idées doivent être défendues aujourd’hui sur le terrain politique et nulle part ailleurs. La rébellion, c’est fini, c’est fini. Tous les signes sont là.
• Le peuple, selon vous, crie sa fatigue. Le secrétaire général des Forces nouvelles a demandé aux personnes fatiguées de démissionner en faisant allusion au Chef de l’Etat.
Des provocations, encore des provocations, toujours inutiles. Je ne cautionne pas de telles sorties parce que ce n’est pas mon éducation. Ce n’est pas mon style. Je ne peux pas insulter mon patron, le Président de la République.
• L’application de l’accord de Linas-Marcoussis pose problème notamment au niveau de la nomination des directeurs centraux des départements sous votre tutelle. Quelle est votre appréciation de la situation ?
Dans l’exercice de nos fonctions ministérielles, nous avons effectivement de gros problèmes. Dans mon cabinet par exemple, je n’ai pas accès à mon budget, parce que mon directeur financier n’a pas encore été nommé par décret. Ça traîne. Mais moi j’appelle cela des problèmes d’intendance.
• Vous banalisez la situation.
Je ne les minimise pas. Ce sont des problèmes d’intendance, qui peuvent être résolus par le dialogue, la négociation, le jeu politique habituel de concertation, du donner et du recevoir. On n’a rien à apprendre sur ce chapitre-là. Au-delà de ces considérations, il y a les vraies questions, les questions fondamentales concernant les accords de Linas-Marcoussis. Nous sommes en train de plancher sur la politique d’identification. Qui est un point fondamental de Marcoussis, contrairement à la nomination d’un directeur central d’administration. C’est vrai que c’est important pour gérer son cabinet…
• N’est-ce pas parce que vous n’avez pas connu le syndrome Aboké que vous prenez de telles positions ?
Concernant cette affaire, moi je pense que l’on ne devrait pas en faire un problème. Mais l’épisode Aboké doit-il mettre en péril le processus de paix en Côte d’Ivoire ? Il y a une balance. Il y a d’une part Aboké et d’autre part, la Côte d’Ivoire. De grâce, on ne peut pas mettre ces deux entités sur la même balance. Il y a des implications politiques que je connais dans l’affaire Aboké. Elles portent sur la gestion de la Télévision nationale, de la propagande et de l’information. Mais aujourd’hui, face aux enjeux véritables de ce pays au bord du gouffre financier, confronté à la misère et à la pauvreté, la sagesse ne nous commande-t-elle pas de le réunifier d’abord et de le sauver avant d’aborder en 2004 ces problèmes de nomination des directeurs centraux ? On ne peut pas subordonner l’un à l’autre parce que ces deux problèmes ne se valent pas. Moi, je suis prêt à avoir un cabinet ministériel qui n’a pas de directeur financier, qui n’a pas de budget, c’est-à-dire un ministre à quatre sous tant que je peux être au gouvernement pour me battre pour l’application des accords de Linas-Marcoussis. Je trouve disproportionné que pour un problème de nomination de directeur central, on aille “ghettoïser” la moitié du pays. Ce n’est pas logique.
• On ne vous suit plus quand on sait que, pour cette question de nomination du directeur central de la RTI, vous étiez membre de la délégation des Forces nouvelles qui a fait bloquer pendant plusieurs heures la tenue de la réunion du Conseil national de sécurité.
Je vais dire en vérité, ce qui s’est passé et comment je l’ai vécu personnellement. Sur cette question, j’ai décidé de me solidariser avec l’ami, avec le membre des Forces nouvelles, Soro Guillaume. Je lui ai renvoyé l’ascenseur pour des moments où il a été à mes côtés. Je savais que c’était un chantage politique. Ce ne sont pas des méthodes que j’apprécie, mais c’est de la politique dure. Oui, je me suis solidarisé. J’ai détesté tout le temps que nous avons fait poireauter tous ces membres de la communauté internationale. J’ai ressenti cela comme une honte. Ça a été ma journée la plus éprouvante depuis que nous sommes arrivés à Abidjan après la formation du gouvernement. C’était humiliant pour notre pays. J’ai bu ce calice jusqu’à la lie. Nous avons obtenu ce décret (Décret n°2003-347 du 12 septembre 2003 portant transformation de la société d’économie mixte de type particulier dénommée Radiodiffusion télévision ivoirienne en société anonyme, ndlr) par le chantage politique, mais nous avons humilié notre pays, nous avons donné un spectacle déplorable. Je me suis associé à cette entreprise que je regrette du fond du coeur. Mais je l’assume.
Propos recueillis par
FERRO M. BALLY
Cérémonie de signature de l'Accord de Siège entre la République de Côte d'Ivoire et la Mission des Nations-Unies (MINUCI) - Abidjan, le 18 septembre 2003.
25 Septembre 2003 Discours de Son Excellence Monsieur BAMBA Mamadou, Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères.
Excellence Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies,
Excellence Madame et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
C'est pour moi un plaisir renouvelé de vous accueillir dans l'enceinte du Ministère d'Etat, Ministère des Affaires Etrangères pour procéder à la signature de l'Accord de Siège entre le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire et la Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire (MINUCI) que vous dirigez.
Il m'est particulièrement agréable de consacrer officiellement l'installation de la Mission de l'Organisation des Nations Unies en Côte d'Ivoire (MINUCI) et d'offrir, dans le cadre de cet accord, les facilités et immunités visant à aider à l'accomplissement de son mandat.
La cérémonie de ce matin m'offre, une fois encore, l'opportunité d'évoquer les actions menées par l'Organisation des Nations Unies sous l'autorité du Secrétaire Général, Son Excellence Monsieur KOFI ANNAN, qui, dès le déclenchement de la crise politico-militaire que traverse notre Pays depuis un an, a apporté un soutien constant aux initiatives visant à la restauration de la paix en Côte d'Ivoire.
En effet, la Côte d'Ivoire a, depuis les premières heures du conflit, bénéficié de l'appui sans réserve de la communauté internationale dans sa quête pour le règlement négocié de la crise.
L'Organisation des Nations Unies a suivi étroitement l'évolution de la situation en Côte d'Ivoire et condamné par la voix de son Secrétaire Général, l'utilisation de la force par les insurgés pour obtenir un changement politique.
C'est le lieu de rappeler et de saluer de nouveau, la réaction du Conseil de Sécurité qui, par une déclaration de son Président, a condamné fermement, dès le 20 décembre 2003, l'usage de la force comme moyen de changement de l'ordre constitutionnel en Côte d'Ivoire, tout en appelant avec insistance au strict respect de sa souveraineté et de l'intégrité de son territoire.
Il me plaît ici de rappeler la présence du Secrétaire Général de l'ONU lors des pourparlers inter-ivoiriens de Kléber après la signature, le 24 janvier 2003, des Accords de Linas Marcoussis.
Fidèle aux objectifs de la Charte, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies a adopté le 4 février 2003, la résolution 1464, faisant siens les Accords de Linas-M arcoussis-Kléber. Il a ainsi appuyé les efforts déployés par la C.E.D.E.A.O. et la France en faveur d'un règlement pacifique de la crise militaro-politique, eu égard à la grave menace que constitue cette crise pour la paix et la sécurité de la sous région tout entière.
Le Conseil de Sécurité, sur rapport du Secrétaire Général des Nations Unies, a également adopté le 12 mai 2003 la Résolution 1479, portant création de la MINUCI, pour accompagner la mise en œuvre par les parties ivoiriennes de l'Accord de Linas Marcoussis.
Monsieur le Représentant Spécial,
En vous nommant à ce poste, le Secrétaire Général de l'ONU a fait un choix judicieux qui favorise le dénouement heureux de cette crise. En effet, grand diplomate et fin négociateur, rompu aux réalités africaines et grand ami de la Côte d'Ivoire, vous êtes, Professeur Albert TÉVEODJRÉ, la personne la mieux indiquée pour réussir cette délicate mission qui consiste à œuvrer inlassablement, avec discrétion, impartialité et compétence, au retour à la paix dans notre pays.
Votre présence à nos côtés nous a été d'un apport inestimable pour l'application de ces accords, qui a abouti aux actions suivantes :
- la déclaration de fin de guerre du 4 juillet 2003;
- la réouverture de la frontière avec le Burkina Faso et le rétablissement des liaisons ferroviaires et routières avec les voisins immédiats;
- les visites ministérielles entre la Côte d'Ivoire, d'une part le Burkina Faso, le Mali, la Guinée, le Ghana d'autre part dans le cadre de la reprise et de consolidation des relations bilatérales;
- la contribution de la Côte d'Ivoire à l'élaboration de l'Accord de paix d'Accra sur le Liberia;
- le vote de la loi d'amnistie;
- les nominations des Ministres de la Défense, de la Sécurité, de la Famille de la Femme et de l'Enfant.
Ces actions seront complétées dans un proche avenir par:
- la réalisation du programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion (D.D.R.);
- le redéploiement de l'Administration sur toute l'étendue du territoire national;
- la réunification du pays;
- la programmation d'une rentrée scolaire et universitaire pour tous nos enfants;
- la relance des activités économiques et commerciales;
- la lumière sur les violations des Droits de l'Homme sur toute l'étendue du territoire:
la Côte d'Ivoire ne peut demeurer une zone de non droit, une terre d'impunité.
Il reste certes encore des difficultés évidentes à aplanir et des défis certains à relever. Dans les mois à venir, des dispositions seront prises pour l'adoption des amendements des lois sur le foncier rural, des conditions d'éligibilité à la Présidence de la République ouvrant la voie à des élections libres, transparentes et démocratiques.
L'objectif que poursuit le Gouvernement de réconciliation nationale est de mettre en œuvre intégralement et dans le délai prescrit, les dispositions de l'accord de Linas Marcoussis et d'Accra Il.
A cet égard, il ne peut que saluer le retour à la phase Il de sécurité dans la région d'Abidjan et à la phase IlI dans les zones sous occupation des forces nouvelles.
Ce retour permettra, j'en suis convaincu, une reprise rapide des activités opérationnelles de développement en faveur des populations affectées par cette crise sans précédent.
Il faudra néanmoins, des moyens adéquats disponibles afin d'éviter des retards dans l'exécution du programme national du DDR ainsi que la réunification totale du territoire, la reconstruction des infrastructures détruites par la guerre, la remise en état du système éducatif et sanitaire.
Il faut une contribution conséquente de nos partenaires qui s'avère être d'une impérieuse nécessité pour un retour définitif de la paix et de la stabilité en Côte d'Ivoire.
Nous invitons par conséquent au respect des engagements pris à Kléber par les partenaires au développement et les pays amis.
Monsieur le Représentant Spécial,
Je ne saurais terminer mon propos sans exprimer une fois encore tous les remerciements et la gratitude du -Gouvernement ivoirien à la communauté internationale, aux organismes et pays amis ainsi qu'au système des Nations Unies qui se sont résolument engagés à nos côtés pour l'avènement de la paix et de la réconciliation nationale en Côte d'Ivoire.
Tout en vous réitérant mes vœux de plein succès dans I'accomplissement de votre mission en Côte d'Ivoire, j'aimerais vous assurer, Monsieur le Représentant Spécial, de ma totale et fraternelle disponibilité, de la collaboration de mon Département pour le bon déroulement de votre mission et sa parfaite réussite.
Je vous remercie.
"Ma Lettre aux Ivoiriens".
19 Septembre 2003 Par Son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo
Président de la République de Côte d`Ivoire.
Mes chers compatriotes
Voilà un an que notre pays vit dans la guerre. C'est un an de cauchemar. Car cette situation ne ressemble pas à la Côte d'Ivoire. Dans l'impossibilité de joindre chacun de vous, en ce jour anniversaire de la triste nuit du 18 au 19 septembre 2002, j'ai choisi de m'adresser à vous à travers cette lettre.
Mes premières pensées vont naturellement aux victimes innocentes de cette guerre absurde. A ceux qui sont morts comme à ceux qui sont marqués à vie dans leur chair et dans leur âme. Mais cet anniversaire me donne aussi l'occasion de partager, avec mes compatriotes et avec tous nos amis qui nous ont secourus et qui continuent de nous aider, le bilan que je dresse de cette année perdue.
Je l'ai déjà dit. Ceux qui ont attaqué la Côte d'Ivoire ne peuvent pas affirmer qu'ils ont agi ou qu'ils agissent pour le bien des habitants de ce pays. La souffrance quotidienne de nos concitoyens, sur toute l'étendue du territoire national, témoigne du contraire.
Ainsi se trouvent confortés le sens de mon combat politique et mon option de la transition pacifique à la démocratie. Nul n'ignore les raisons pour lesquelles les Ivoiriens ont porté librement leur choix sur le programme que je leur ai présenté aux élections présidentielles de l'an 2000.
Je me suis battu, pendant trente ans, pour une transition pacifique à la démocratie, parce que pour moi, c'est la seule voie qui permettra à la Côte d'Ivoire de demeurer en tant que nation et de relever les nouveaux défis qui se posent à notre pays, à l'Afrique et au monde. Et cela pour trois raisons principales que je rappelle :
- La démocratie permet à la Côte d'Ivoire de sortir, sans violence, du blocage politique causé par trente ans de parti unique, comme je l'ai écrit dès 1983, dans "CÔTE D'IVOIRE POUR UNE ALTERNATIVE DÉMOCRATIQUE".
- La démocratie permet à la Côte d'Ivoire de sortir de la crise économique qui a commencé dans les années quarte vingt et qui a atteint son point culminant dans les années quatre vingt dix, avec la rupture de nos relations avec les principales institutions financières internationales.
- La démocratie permet enfin de mettre en œuvre une politique qui donne à tous les habitants de ce pays une protection égale contre la maladie, à tous les enfants l'égalité des chances dans la vie et à toutes les régions la garantie d'un développement équilibré.
Aujourd'hui, nous avons connu tous les régimes : le parti unique, le coup d'Etat, le régime militaire, la rébellion. Chaque expérience nous démontre l'importance de la démocratie. C'est elle qui fonde la stabilité et le développement des grands pays. C'est elle qui sauvera la Côte d'Ivoire.
C'est pourquoi je me propose ici de jeter avec vous un regard sur le chemin que nous avons parcouru ensemble, avant de donner mon sentiment sur le processus actuel de règlement de la crise.
Souvenons nous de l'état où se trouvait notre pays en l'an 2000, au moment où j'arrivais au pouvoir.
Au plan politique tout d'abord. La mort du Président Houphouët-Boigny, survenue en 1993, avait vu éclater au grand jour la guerre de succession qui couvait entre ses héritiers. C'est dans ce climat délétère que s'est déroulé le mandat du Président Bédié. La guerre des héritiers a conduit la Côte d'Ivoire au coup d'Etat de décembre 1999.
Pour éviter que notre pays ne s'écarte irrémédiablement de la voie de la démocratie, j'ai appelé mon parti et tous les Ivoiriens, à l'impliquer dans la gestion de la transition militaire. Ensemble, nous avons adopté une nouvelle Constitution fondée sur le respect des Droits de l'Homme et un Code électoral garantissant la transparence des élections.
Mais le pays n'en demeurait pas moins dans une impasse économique. La Côte l'Ivoire enregistrait une croissance négative de - 2, 3 % en l'an 2000. Une contre performance jamais réalisée dans toute l'histoire économique du pays.
Les performances des régies financières étaient mauvaises, avec une moins value de recettes de 139,5 milliards en l'an 2000 contre 119 milliards en 1999. La dette extérieure représentait toujours près de 90 % du Produit Intérieur Brut. Un pourcentage qui hypothéquait nos ressources et compromettait nos relations avec les institutions financières internationales. Les arriérés intérieurs avaient atteint 433 milliards de francs.
L'incapacité du pays à honorer ses engagements extérieurs a amené les institutions financières internationales et les partenaires au développement à rompre leurs relations avec la Côte d'Ivoire. Tous les secteurs de l'économie étaient en crise.
Au plan social, le sort des jeunes dans un système scolaire en panne, se traduit par des crises à répétition. La pauvreté grandissante dans les campagnes et en ville, le délabrement des infrastructures sanitaires, l'incapacité de se soigner, ont fini par donner aux Ivoiriens le sentiment d'être les laissés pour compte du développement.
La situation de la sécurité était des plus préoccupantes. La guerre civile au Liberia a occasionné la circulation d'armes de guerre dans toute la sous région et l'apparition du grand banditisme à Abidjan et dans les grandes villes.
C'est dans ce climat d'insécurité que la Côte d'Ivoire a connu les affrontements nés du refus de la junte militaire de proclamer les résultats de l'élection présidentielle et des appels à la contestation de ces résultats une fois proclamés.
Ainsi donc, quand j'arrivais au pouvoir, l'Etat lui-même était à reconstituer. Je me suis fixé pour première mission de rassembler dans la République, autour de nos institutions, toute la classe politique et d'appeler tous les Ivoiriens et tous ceux qui vivent en Côte d'Ivoire à la repentance, au pardon et à la réconciliation en organisant le Forum pour la réconciliation nationale. C'est dans cet esprit que j'ai formé les gouvernements successifs et entrepris les réformes nécessaires à la reprise économique et à la mise en œuvre du programme politique pour lequel vous m'avez élu.
Parmi les réformes engagées, il faut rappeler toutes les mesures ayant permis le rétablissement des relations avec les bailleurs de fonds : le budget sécurisé, la désignation des responsables des régies financières par appel à candidatures, le respect des échéances de la dette extérieure, la négociation et la signature d'un programme avec le FMI et la Banque Mondiale, l'ouverture à de nouveaux partenaires au développement.
Notre Parlement a adopté les lois créant les institutions démocratiques prévues par la Constitution : la Commission Electorale Indépendante, le Conseil Constitutionnel, etc. Dans le même temps, le Parlement a voté les lois créant le nouveau statut de la police, le statut du corps préfectoral, etc..
L'élaboration d'une loi de programmation militaire visait à doter le pays d'une armée capable de remplir avec efficacité ses missions traditionnelles de défense et de sécurité. Cette loi n'était pas achevée quand la guerre a éclaté.
La décentralisation était en marche. L'engouement qu'a suscité l'élection des Conseils généraux de Département est à la mesure des espoirs que les populations rurales en particulier placent dans la décentralisation. Cette élection a montré en outre que toutes les formations politiques du pays avaient accepté d'entrer dans le jeu démocratique en participant au scrutin.
La réforme de la filière café-cacao a permis de "rendre le pouvoir" aux paysans et fonder ainsi le développement sur la richesse de ceux qui la produisent effectivement.
La gratuité des fournitures scolaires et la suppression de l'uniforme vise à empêcher que la situation sociale et économique des parents n'écarte les enfants de l'instruction.
L'Assurance Maladie Universelle enfin est un système de couverture sanitaire qui concerne tous les habitants de Côte d'Ivoire, sans distinction de nationalité afin d'établir l'égalité de tous devant la maladie.
Telles sont les raisons pour lesquelles vous m'avez élu. Mon devoir était de répondre à vos attentes. Pendant les deux ans que nous avons mené ensemble ces réformes, j'ai bénéficié de votre confiance. Nous étions loin de penser que cela pouvait irriter au point de conduire à déclarer la guerre à la Côte d'Ivoire.
C'est pourquoi je dis que l'attaque intervenue dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 est une guerre contre la démocratisation et la modernisation de la Côte d'Ivoire.
La crise ivoirienne n'est donc pas ce qu'on a dit qu'elle était. Elle n'est pas une mutinerie, car les Zinzins et les Bahéfouès n'ont servi que de paravents. Elle n'est pas une guerre des clans car le pouvoir ne s'est pas retrouvé opposé à lui-même.
Il s'agit d'un coup d'Etat mené dans la violence qui a échoué et qui s'est transformé en rébellion. Des putschistes, appuyés par des mercenaires étrangers, ont attaqué notre pays pour prendre le pouvoir par la force. Ayant échoué, ils occupent une partie du territoire national, avec l'appui des pires criminels de guerre que l'Afrique de l'Ouest ait jamais connus.
Ils se sont livrés à des atrocités sans nom sur les populations civiles. Ils continuent de piller les ressources agricoles et minières dans les zones qu'ils occupent. La vie économique et sociale du pays est désorganisée. La Côte d'Ivoire vit au ralenti.
C'est contre cette voie funeste pour le pays, contre ce mode anachronique de la conquête du pouvoir par la force que je me bats, avec vous, depuis la nuit du 18 au 19 septembre 2002.
Les forces armées et de défense de Côte d'Ivoire se sont trouvées en première ligne dès le départ. Elles ont donné la riposte qui s'imposait pour libérer la ville d'Abidjan. Elles ont payé un lourd tribut dans ces premiers combats. Honneurs à nos soldats tombés, les armes à la main.
Dans les villes et campagnes du Nord, des agents des forces de l'ordre (policiers, gendarmes, agents des douanes et des eaux et forêts) ont été systématiquement assassinés, souvent avec leurs familles. Les survivants (autorités civiles, fonctionnaires, opérateurs économiques, citoyens ordinaires) ont dû tout abandonner pour fuir, dans les conditions les plus éprouvantes. Ils ont tout perdu.
C'est toute cette souffrance infligée à notre peuple et à notre pays qui s'appelle la crise ivoirienne. Or, à un moment donné, l'on a voulu montrer du doigt, en Europe notamment, des faits d'insécurité comme étant la manifestation de la crise ivoirienne. L'événement ce ne serait plus la guerre mais, par exemple, les " escadrons de la mort ". Or l'événement dans ce pays reste bien le fait qu'un pouvoir élu démocratiquement est attaqué par une rébellion armée visant à le renverser.
Pour mettre fin aux souffrances et rétablir la dignité de la Côte d'Ivoire, deux options s'offraient à moi : la voie de la guerre et la voie de la négociation. Pour ne pas aggraver la douleur de notre peuple et préserver les chances de l'unité nationale, j'ai choisi la négociation.
La négociation s'est engagée, dès le début de la crise, sous les auspices de la CEDEAO. Je tiens ici à remercier tous les Chefs d'Etat de la sous région et le Président Tabo Mbeki, alors Président en exercice de l'Union Africaine, pour les efforts qu'ils n'ont cessé de déployer en vue de la paix en Côte d'Ivoire.
Je voudrais également, en votre nom, exprimer toute notre reconnaissance à la France qui, en plus d'une importante force d'interposition présente sur le terrain, a proposé la Table Ronde de Linas Marcoussis à la classe politique et à la rébellion.
J'estime, pour ma part, que l'Accord de Marcoussis n'était pas la meilleure des solutions. Mais j'ai résolu d'appliquer avec sérieux, les dispositions de cet accord qui sont de nature à sortir la Côte d'Ivoire de la crise. Je l'ai dit à plusieurs reprises. L'important ce n'est pas d'être pour ou contre Marcoussis. L'important c'est d'être pour ou contre la paix. Pour ou contre les intérêts à long terme de la Côte d'Ivoire. Je suis pour la paix. C'est pourquoi j'ai fait ma part de sacrifice. Les points les plus difficiles, à mes yeux, sont aujourd'hui derrière moi.
Ces points sont au nombre de quatre :
1. La nomination de Seydou Diarra et la formation du Gouvernement. La plus grande majorité de l'opinion nationale était contre ce gouvernement. Le problème n'était pas le fait d'admettre des personnalités autres que celles de mon parti dans le gouvernement. Ce que les Ivoiriens ont refusé, c'était de voir siéger dans le gouvernement de la République des rebelles, ceux-là mêmes qui ont pris les armes et attaqué le pays et qui sont toujours armés. A force de parlementer, de discuter avec les uns et les autres, j'ai réussi à vous convaincre. Vous avez accepté, au nom de la paix. Ce gouvernement qui existe depuis février 2003 est aujourd'hui complet.
2. La loi d'amnistie. Sur ce point également, les réticences étaient nombreuses et justifiées. Il s'agissait en effet d'accorder l'amnistie à des rebelles qui n'ont pas encore déposé les armes et qui occupent une partie du pays. Là aussi, j'ai du me faire violence en demandant à notre Parlement de voter la loi d'amnistie que j'ai promulguée aussitôt.
3. La réintégration des militaires déserteurs dans l'armée. J'ai demandé au ministre chargé de la défense de prendre un arrêté réintégrant dans l'armée tous les militaires déserteurs qui ont participé ou non au coup d'Etat de 99, aux différentes tentatives de coups d'Etat et à la guerre civile.
4. La réinsertion des militaires déserteurs dans les unités de l'armée. J'ai demandé au Chef d'Etat major de recevoir et d'affecter les militaires déserteurs qui reviennent dans les unités de l'armée. Parmi ces militaires il y en a qui ont pris les armes contre leurs frères d'armes. Ceux-ci ont accepté de les recevoir.
Voilà ce qui était pour moi, chef d'Etat, difficile à vous faire accepter. Je vous remercie de m'avoir compris. Il reste d'autres points de l'Accord de Marcoussis se rapportant notamment à la Constitution en son article 35, à la loi sur le foncier rural, à la loi sur l'identification et au code de la nationalité.
Ces problèmes sont importants. Mais leur règlement ne peut être un préalable à l'intégrité du territoire et à la paix.
Nous avons consenti d'importants sacrifices, mais la moisson reste maigre. Le seul résultat positif que nous ayons obtenu, c'est la cessation de la guerre en tant que batailles aux fusils et aux canons, opposant deux groupes armés. C'est un pas de géant dans la conquête de la paix. Ce pas signifie la fin de la mort massive de nos concitoyens et des personnes qui vivent en Côte d'Ivoire. Il permet à certains de nos compatriotes de regagner leurs lieux d'habitation.
Mais ce résultat est cependant mince, au regard des problèmes de la nation et de l'Etat. Depuis huit mois, nous faisons du "sur place". Nous piétinons. Nous tournons en rond.
Presque tous les problèmes qui ont décidé les Ivoiriens à accepter l'Accord de Marcoussis ne sont pas encore résolus.
- Le pays reste coupé en deux;
- La radio et la télévision nationales n'émettent pas dans les zones sous occupation rebelle;
- L'administration n'est pas déployée sur l'ensemble du territoire national;
- La justice n'est pas rendue sur l'ensemble du territoire national, certaines régions étant livrées à l'arbitraire des armes;
- Les services sociaux (école et santé) sont perturbés.
Tous les sacrifices que nous avons consentis méritent un sort meilleur. Aujourd'hui, encore moins qu'hier, la rébellion ne peut pas triompher. Faisons alors triompher la raison. C'est pourquoi, en votre nom, je demande à la communauté internationale, singulièrement à la CEDEAO, à la France, à l'ONU, tous représentés au sein du Comité de suivi, de faire entendre raison à ceux qui ont pris les armes contre la Côte d'Ivoire. Le pacte moral qui nous lie à la communauté internationale, c'est de refuser la voie de la guerre pour mettre fin à la guerre.
J'entends respecter ce pacte. Mais j'entends également ne pas laisser compromettre l'avenir de la Côte d'Ivoire qui est lié à celui de toute l'Afrique de l'Ouest.
Mes chers compatriotes,
C'est en votre nom que j'invite les rebelles à comprendre qu'ils ne doivent pas compromettre davantage leur réintégration dans la communauté nationale, en exaspérant leurs concitoyens et la communauté internationale.
En 2005, nous devons organiser, à la date constitutionnellement indiquée, des élections justes, libres et transparentes. Mais que vaut cette proclamation, si aujourd'hui même, nous sommes incapables de réunifier le pays ? Que vaut cette proclamation, s'il existe des gens armés à travers les brousses, les villages et les villes de Côte d'Ivoire ? Que vaut cette proclamation, si nous n'avons même pas entrepris l'identification des citoyens et la délivrance des pièces d'identité ? Que vaut cette proclamation, si aujourd'hui nous ne faisons pas le recensement électoral et l'établissement des listings électoraux ? Que vaut enfin cette proclamation d'intention, si nous sommes incapables d'installer les préfets dans les départements, eux qui demeurent le symbole de la permanence de l'Etat et veillent à la régularité des opérations de vote ?
Non, je ne souhaite pas que mon pays s'enlise dans une paix factice. L'arrêt des hostilités ouvertes n'est pas la fin de la guerre. Je proclamerai la fin de la guerre lorsque notre pays aura retrouvé son unité.
En cette date anniversaire du déclenchement de la guerre, je vous demande, mes chers compatriotes, de prendre courage, de ne jamais désespérer de la Côte d'Ivoire.
Pendant toute cette année, l'épine dorsale de notre résistance a été la fermeté du lien entre le peuple, son armée et le Chef de l'Etat. Là est notre force. Là est le chemin de la paix.
Je demande aux rebelles de déposer les armes. Ce pays a déjà trop souffert. Le temps est venu de mettre fin aux souffrances de notre peuple. Le temps est venu de reconstruire notre pays.
Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire
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Allocution de Son Excellence Monsieur Mamadou BAMBA, Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères.
18 Septembre 2003 A l'occasion d'une audience accordée aux initiateurs et organisateurs du Colloque de Valorisation des Compétences de la Diaspora 2003 (CIVACAD), à Abidjan, le 05 septembre 2003.
Messieurs les Conseillers Spéciaux de Monsieur le Président de la République,
Messieurs les Conseillers Spéciaux de Monsieur le Premier Ministre,
Excellences, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Ministères de la Construction et de l'Urbanisme, de la Culture et de la Francophonie et de l'Industrie et du Développement du Secteur Privé,
Messieurs les Directeurs Généraux,
Messieurs les Directeurs Généraux Adjoints,
Messieurs les Directeurs représentant les Directeurs Généraux,
Madame le Directeur Général de CORHS INTER et Associés, Initiatrice du CIVACAD 2003,
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,
Cher amis Journalistes,
Il y a seulement un peu plus d'un mois, précisément le 29 Juillet 2003, à la salle "Chandelier-Lagune" de l'Hôtel Ivoire, était organisée la cérémonie solennelle de lancement du Colloque International de Valorisation des Compétences de la Diaspora 2003, en abrégé CIVACAD 2003.
L'organisation de ce Colloque qui sera placé sous le parrainage de l'OIM, la très respectable Organisation Internationale pour les Migrations et dont j'ai accepté la Présidence, est une heureuse initiative qui revêt à mes yeux le plus grand intérêt pour notre pays.
A travers la tenue du CIVACAD 2003, il s'agit en effet, de déclencher chez l'ensemble de nos compatriotes vivant à l'extérieur un nouvel élan de solidarité et un réel sursaut qui devront les conduire à prendre résolument en main les destinées économiques du pays pour sa reconstruction, surtout en cette période de sortie de crise.
En effet, de l'avis unanime de tous les experts, bien organisée, la Diaspora africaine constitue un gisement exploitable dont les économies du continent peuvent tirer le meilleur profit.
Il est donc certain que dans le processus en cours de Reconstruction et de Développement du pays, la part croissante de la contribution des Ivoiriens de l'Etranger dans l'économie nationale, leur potentiel élevé d'épargne et d'investissement militent aujourd'hui plus que jamais en faveur de leur prise en compte comme partenaires incontournables dans l'élaboration des solutions de sortie de crise.
Je voudrais donc saisir l'heureuse occasion de notre rencontre de ce jour pour rendre un hommage appuyé et mérité à tous les organisateurs du CIVACAD 2003 pour avoir eu l'heureuse initiative de faire naître dans l'esprit des Ivoiriens de l'Etranger, l'ingénieuse idée de la tenue prochaine à Abidjan de ce Projet de grande envergure qui vise à :
1)- Faire l'inventaire des compétences et expertises des cadres ivoiriens de la Diaspora au public ivoirien;
2)- Mobiliser tous les cadres ivoiriens de la Diaspora à l'effort de développement du pays,
3)- Faire connaître les cadres ivoiriens de la Diaspora au public ivoirien et aux partenaires au développement de la Côte d'Ivoire;
4)- Amener les cadres ivoiriens de la Diaspora à transférer et à mettre au service de leurs compatriotes restés au pays leur savoir, leur savoir-faire et leur savoir être;
5)- Amener les cadres ivoiriens de la Diaspora à venir partager leurs expériences professionnelles avec leurs compatriotes intervenant dans les mêmes domaines;
6)- Inviter les cadres ivoiriens de la Diaspora à venir développer des partenariats d'affaires avec leurs compatriotes et
7) Mettre en place un réseau de lobbying au plan international.
Après avoir entendu le Commissaire Général, la Présidente du Comité de Coordination et le Président du Comité Scientifique du CIVACAD 2003 ainsi que les représentants des Partenaires au Projet, et m'être rendu personnellement compte de l'avancement appréciable et impressionnant des préparatifs du Colloque, laissez-moi vous en faire part de toute mon admiration pour le chemin parcouru depuis le 29 novembre 2002, date à laquelle mon Département a marqué son accord pour appuyer ce Projet qui va constituer une GRANDE PREMIERE pour notre pays.
Je suis heureux de constater que les initiateurs ainsi que les partenaires du Projet partagent avec le Ministère d'Etat Ministère des Affaires Etrangères, la vision et la nécessité de conclure un partenariat fort entre l'Etat, le secteur privé et les Ivoiriens de l'Etranger afin de permettre à notre pays d'atteindre le statut de pays émergent.
C'est en effet en ayant conscience de la nécessité de s'appuyer d'abord sur nos ressources propres et de mobiliser l'investissement privé domestique, qu'il nous sera possible à moyen terme de permettre à notre pays de disposer d'une véritable force motrice capable de l'aider à procéder à son redécollage économique.
C'est donc le lieu et l'occasion pour moi d'exprimer au nom du Chef de l'Etat et du Gouvernement, mes plus chaleureuses félicitations et mes plus sincères remerciements à Madame le Directeur Général du Cabinet CORHS INTER et Associés et à tous ses collaborateurs du Comité de Coordination, du Comité Scientifique et du Comité d'Organisation du CIVACAD 2003 pour leur dévouement, pour leur engagement et le bilan globalement positif de leurs actions au niveau de la préparation de cet événement exceptionnel. Les mêmes félicitations et remerciements vont également à tous les responsables des structures nationales privées ou étatiques qui ont cru au Projet dès le départ, qui l'ont adoubé, porté à bout de bras et qui continuent à l'accompagner.
Mes remerciements s'adressent ainsi tout particulièrement à Messieurs et Mesdames les Directeurs Généraux de l'APEX-CI, du CEPICI, du BNETD, du FDFP, de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Côte d'Ivoire, de la SOTRA, de l'ATCI, de FRATERNITE MATIN, de la RTI, de la POSTE DE COTE D'IVOIRE, de la CECP, de la COOPEC, de l'HOTEL IVOIRE, de AIR IVOIRE, de EURALAIR, de la Direction Générale des Impôts, du Groupe ACCOR, du Secrétariat National à la Gouvernance et au Renforcement des Capacités, pour leur soutien de tous les instants au Projet.
Mes remerciements vont également à Messieurs les Directeurs Généraux des autres structures nationales que je n'ai pas citées, mais qui sont ici représentées et notamment Monsieur le Directeur Général de la BHCI et Monsieur le Représentant du Directeur Général des Douanes, pour leur présence remarquée et appréciée et pour l'espoir qu'elles font naître ainsi de les voir prendre très prochainement le TRAIN DU CIVACAD 2003.
La tournée d'information et de contact prévue pour les prochains jours par les initiateurs et organisateurs du Projet en Amérique du Nord et au Canada ainsi qu'en Europe et en Afrique, constitue à cet égard, un puissant moyen de sensibilisation de nos compatriotes de la Diaspora.
Je vous invite donc instamment à vous joindre à eux car cette tournée sera également pour vous l'occasion de faire auprès des Ivoiriens de la Diaspora, la promotion de vos structures et de vos produits, avec la caution de l'Etat, puisque je crois savoir que la délégation sera conduite par Son Excellence Monsieur le Commissaire Général du CIVACAD 2003 que je voudrais également saluer pour avoir su jusqu'ici conduire avec brio les travaux préparatoires du Colloque.
En soutenant le Projet du CIVACAD 2003, ce n'est guère le projet du Cabinet privé CORHS INTER et Associés que vous appuyez mais, et je tiens à le réaffirmer haut et fort, c'est un projet de l'Etat ivoirien que vous adoubez et dont vous permettrez la réalisation effective pour le plus grand bien du Pays et pour le bonheur de tous ses fils et filles.
En cette période de reconstruction et de développement de notre pays, ce serait assurément de votre part une contribution positive et significative à la politique économique et sociale de la Côte d'Ivoire.
Et je crois que c'est justement à dessein que le thème général du Colloque porte sur: «l'Identification et la Valorisation des Compétences de la DIASPORA. Quelle stratégie pour une implication effective des Ivoiriens de l'Etranger dans la Reconstruction et le Développement de la Côte d'Ivoire? »
Je voudrais donc exhorter, vous tous, partenaires ou futurs partenaires au Projet du CIVACAD 2003, à vous impliquer davantage et résolument dans l'organisation de ce Colloque afin d'en garantir la réussite totale. Réussite dont la Côte d'Ivoire en sera la seule et unique bénéficiaire, grâce à votre soutien, à votre engagement et à votre détermination sans faille.
En ce qui le concerne, le Gouvernement par ma voix, réaffirme ici son soutien franc et ferme au Projet du CIVACAD 2003 auquel il a toujours accordé la plus grande attention. Tout d'abord, parce que dans le cadre du NEPAD, le Nouveau Partenariat du Développement de l'Afrique, les pays africains ont été appelés à assurer la promotion du secteur privé. Ensuite, parce que ce Projet va dans le droit fil des buts et objectifs assignés à sa création à la Direction des Ivoiriens de l'Etranger qui, il convient de le rappeler, a pour mission entre autres, de suivre les questions de la réinsertion des Ivoiriens de la Diaspora dans la vie socio-économique nationale et d'initier toute question pouvant créer les conditions propices au rapatriement de fonds et à l'investissement en Côte d'Ivoire par les nationaux résidant à l'étranger.
Pour sa part, l'OIM, l'Organisation Internationale pour les Migrations, n'a pas hésité à accorder son parrainage au projet de CIVACAD 2003, consciente qu'elle est en effet, en tant que Organe Spécialisé de la famille des Nations Unies dans les questions de gestion des flux migratoires dans le monde, de l'importance du retour des compétences des émigrés en vue du développement de leurs pays respectifs.
Je voudrais saisir cette heureuse opportunité pour prier le Représentant de la Mission de l'OIM à Abidjan, ici présent, d'être le fidèle interprète du Gouvernement auprès de Madame le Directeur Général Adjoint de l'OIM pour la nouvelle marque de confiance manifestée ainsi à l'endroit de la Côte d'Ivoire, et lui redire la franche détermination de notre pays à continuer d'entretenir de fructueuses relations de Coopération avec l'OIM, notamment dans le domaine de la mise en place des mécanismes de retour des compétences des émigrés dans leurs pays d'origine.
Il est en effet de notoriété publique que plusieurs avantages substantiels peuvent être retirés du phénomène de l'émigration, surtout d'une émigration forte responsable et bien organisée, notamment la mobilisation de l'épargne intérieure ainsi que son transfert vers l'investissement productif et la création d'emplois.
Il est ainsi heureux de constater qu'un nombre appréciable d'africains de la Diaspora issus de pays de la sous-région se sont investis efficacement dans les pays d'accueil dans des activités économiques pouvant générer des flux financiers importants pour leurs Etats d'origine respectifs.
Ainsi, les Maliens de l'extérieur apportent une contribution essentielle à l'économie de leur pays grâce notamment à leurs interventions financières. Les potentialités d'épargne de l'immigration malienne en France se chiffraient en 2002 à environ 135 milliards de francs CFA dont 30 510 sont mobilisés actuellement par les Banques.
En ce qui concerne le Sénégal, des flux financiers importants transférés par les Sénégalais de l'extérieur en 2003, représentaient officiellement 160 milliards de FCFA, soit 6 % du PIB et 72 % de l'Aide Publique au Développement (A.P.D); en 2.002, ils se sont situés à 170 milliards de F CFA soit 7 % du PIB et donc 82 % de l'A.P.D, dont 20 milliards de F CFA en provenance des Etats-Unis d'Amérique.
En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, à vrai dire, nous ne disposons pas encore de chiffres réels et fiables sur les flux financiers générés par le travail de nos compatriotes à l'extérieur. S'il est vrai que les chiffres énoncés dans l'intervention de tout-à-l'heure par Monsieur le Directeur Général de la BHCI, qui a parlé de 80 millions de F CFA seulement, transférés en 7 ans dans sa Banque, par 700 Ivoiriens de la Diaspora, s'il est vrai, dis-je, que ces chiffre n'incitent pas à l'optimisme, il n'y a cependant pas lieu de céder au découragement. D'après les informations en notre possession, notre pays dispose aujourd'hui d'une importante Diaspora qu'on peut estimer entre 500.000 et un million de personnes. Et ceux-ci sont tout-à-fait prêts aujourd'hui à servir d'appuis ou de relais efficaces aux opérateurs économiques ivoiriens en quête de financement ou de partenaires étrangers. Il est donc heureux que les initiateurs et les organisateurs du CIVACAD 2003 ainsi que les partenaires au Projet aient fait avec nous le pari de l'avenir en donnant à notre pays, à travers le Projet d'organisation du CIVACAD 2003, la chance et la possibilité de bénéficier à terme des compétences de la Diaspora ivoirienne.
A cet égard, je voudrais encourager nos compatriotes établis hors de Côte d'Ivoire à venir investir dans leur pays davantage que par le passé. Aujourd'hui plus que jamais, en cette période de rareté des appuis budgétaires extérieurs, la Côte d'Ivoire a le plus grand besoin d'eux.
Je tiens à les assurer, pour ce faire, de la ferme volonté du Chef de l'Etat, du Premier Ministre et du Gouvernement d'encourager et d'accompagner la migration du secteur privé dans leur direction, et d'instaurer sous peu un climat des affaires favorables à la mobilisation de leurs fonds vers l'investissement productif.
C'est dans cette profession de foi que je voudrais clore mon propos tout en vous remerciant bien sincèrement de votre attention soutenue et de votre présence très appréciée.
Plan de sécurité des Nations-Unies : Communiqué du Ministère d'Etat, Ministère des Affaires Etrangères.
18 Septembre 2003 Le vendredi 12 septembre 2003, le Représentant Résident du PNUD par intérim, a remis au Ministère d'Etat, Ministère des Affaires Etrangères une note en date du 11 septembre 2003 informant le Gouvernement ivoirien que les Nations Unies ont décidé les réductions suivantes des phases du plan de sécurité des Nations Unies :
- Zone 1 : le Centre et l'Est de la région comprise entre Tabou (exclue), Noé, Bondoukou et Duékoué (exclue) : passage de la phase IV à la phase Il;
- Zone 2 : la région Ouest comprise entre Tabou, Duékoué et Bin-Houyé jusqu'à la frontière libérienne: passage de la phase IV à la phase III;
- Zone 3 : la ville d'Abidjan : passage de la phase III à la phase Il;
- Zone 4 : la région du Nord sous contrôle des Forces Nouvelles: passage de la phase IV à la phase III.
L'ONU se réjouit de l'évolution heureuse de la situation sécuritaire en Côte d'Ivoire et souligne que le passage à la phase Il du plan de sécurité des Nations Unies dans certaines zones, donne le signal pour le retour des familles des agents des Organisations du Système des Nations Unies en Côte d'Ivoire.
Aussi, tout en félicitant le Gouvernement ivoirien pour les actions menées en faveur de la paix et de la sécurité en Côte d'Ivoire qui ont permis la baisse sensible des phases du plan de sécurité des Nations Unies, l'ONU exhorte le Gouvernement ivoirien à poursuivre ses efforts en vue d'une amélioration continue de la situation sécuritaire en Côte d'Ivoire, seul moyen de rassurer les opérateurs économiques privés et les autres partenaires au développement.
Fait à Abidjan, le 13 septembre 2003
20ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la République de Côte d'Ivoire et la République Populaire de Chine.
9 Septembre 2003 Allocution de Son Excellence Monsieur BAMBA Mamadou,
Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères,
prononcée à Abidjan, le 30 août 2003.
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Honorables invités,
Madame l'Ambassadeur de Chine,
Permettez-moi de saluer votre présence si distinguée qui rehausse cette sympathique cérémonie de l'éclat de votre inestimable amitié à l'égard de la coopération ivoiro-chinoise et de ses principaux acteurs.
Au rang de ces acteurs, l'Ambassadeur de Chine en Côte d'Ivoire, Son Excellence Madame ZHAO BAOZHEN occupe une place de tout premier plan.
Nous sommes donc réunis aujourd'hui pour souffler les vingt bougies de l'anniversaire d'une longue et fructueuse amitié entre la Côte d'Ivoire et la Chine.
En effet, c'est le 2 mars 1983, avec la bénédiction et la volonté des Présidents LI XIANG NIAN et Félix HOUPHOUET BOIGNY, que la Côte d'Ivoire et la Chine décidèrent de s'ouvrir l'une à l'autre pour établir entre elles des relations diplomatiques avec échange d'Ambassadeurs, donnant ainsi le coup d'envoi d'une coopération fructueuse dans tous les secteurs d'activités que peuvent couvrir les relations de confiance entre deux Etats amis.
En cet instant solennel où est manifeste Ia volonté commune de nos deux pays d'élargir et de diversifier ces liens d'amitié et de coopération qui les unissent si heureusement, je voudrais rendre hommage, au nom du Président de la République, du Premier Ministre et du Gouvernement tout entier, aux différentes autorités politiques des deux pays qui, depuis le 02 mars 1983, n'ont ménagé ni leur temps, ni leurs efforts afin que cette coopération atteigne le niveau qui est le sien aujourd'hui.
J'associe à cet hommage les différents Ambassadeurs qui se sont succédés à Pékin et à Abidjan et dont le dévouement à cette coopération, n'a d'égal que leur abnégation au service du travail bien fait.
Ai-je besoin de citer parmi eux Madame l'Ambassadeur ZHAO BAOZHEN dont Ia compétence, Ia disponibilité, la conscience professionnelle et le talent de diplomate émérite sont chaque jour mis à la disposition de cette coopération, tant est palpable le travail qu'elle accomplit au bénéfice de nos deux peuples depuis son arrivée en Côte d'Ivoire, aidée en cela par une équipe dynamique de diplomates chevronnés ?
Il me plaît de lui rendre un hommage tout particulier pour sa contribution à la consolidation et à la diversification de ces liens d'amitié et de coopération si solidement établis entre nos deux pays depuis vingt ans.
Je voudrais, Madame l'Ambassadeur, vous dire toute notre satisfaction et notre profonde gratitude pour tout ce que vous faites en faveur de la coopération entre nos deux pays.
Pour revenir au bilan de cette coopération, il convient de signaler qu'elle s'est enrichie depuis l'établissement de nos relations diplomatiques, d'une dizaine d'accords dans des domaines aussi variés que l'agriculture, le commerce, la culture etc.
Ainsi, sur le plan agricole, notre pays a pu réaliser, avec l'inestimable concours financier de la Chine le périmètre rizicole de Guiguidou, d'une superficie de 442 hectares, où s'exerce le millénaire et légendaire savoir-faire chinois en la matière.
Au plan culturel, le joyau architectural que représente aujourd'hui le Palais de la Culture d'Abidjan est un lieu privilégié de rencontres culturelles d'envergure en Côte d'Ivoire.
La tenue en ces lieux en ce moment de la sixième édition du MASA (Marché Africain des Spectacles et des Arts), participe à sa manière de la commémoration de cet anniversaire.
Au plan économique et financier, l'importante contribution de la République Populaire de Chine au progrès économique de Ia Côte d'Ivoire s'est concrétisée au cours de ces vingt années, par l'octroi à notre pays de lignes de crédits à taux préférentiels, et par des dons destinés au financement de grands projets ivoiriens, A ce jour, le Gouvernement chinois a ainsi accordé à le Côte d'Ivoire un appui financier global de cinquante quatre (54) milliards de francs CFA dont quarante sept (47) milliards de francs CFA au titre de l'aide remboursable, et sept (7) milliards de francs CFA de dons.
Dans un passé récent, la République Populaire de Chine n'a pas hésité à apporter son secours à la Côte d'Ivoire pour le financement de la Réunion de l'Union Postale Universelle que Ia Côte d'Ivoire se proposait d'abriter en 2004.
Ce projet ayant été annulé en raison de la crise politique, la République Populaire de Chine a décidé que ce financement soit maintenu à la Côte d'Ivoire pour être affecté à d'autres projets, ce qui constitue un geste supplémentaire d'amitié et de solidarité.
Je tiens à vous remercier, Madame l'Ambassadeur, au nom du Gouvernement ivoirien pour tous ces bienfaits et hauts faits au service du développement économique et social de la Côte d'Ivoire.
Madame l'Ambassadeur,
Le peuple ivoirien est unanime à reconnaître que cette sollicitude de la Chine à l'égard de son pays s'est accrue en importance depuis que nous nous honorons de vous avoir à la tête de Ia Mission Diplomatique chinoise.
J'en veux pour preuve la part non négligeable prise chaque jour par le secteur privé chinois, en partenariat avec les hommes d'affaires ivoiriens, dans l'industrialisation de la Côte d'Ivoire. Aux côtés des entreprises de montage automobile HUA-KE et YITWO qui constituent déjà deux des fines fleurs de notre coopération bilatérale, d'autres unités industrielles de grande envergure sont en cours de réalisation ou en projet, notamment dans le domaine de la fabrication de produits pharmaceutiques.
Cette place de choix que la République Populaire de Chine prend de plus en plus dans les relations diplomatiques et le développement de la Côte d'Ivoire, mais aussi dans le cœur des Ivoiriens et que nous vous devons aussi, Madame l'Ambassadeur, pour la part importante que vous y prenez, traduit Ia volonté constante des autorités ivoiriennes et chinoises de diversifier et de consolider leurs liens dans un monde confronté aux défis de la mondialisation.
Il s'agit de rechercher ensemble les convergences sur tous les plans en vue de faire face à ces défis. Et les différents Présidents qui se sont succédés à Ia tête de nos deux Etats ne s'y sont pas trompés, eux qui ont décidé de se rencontrer au plus haut niveau pour se connaître davantage et faire connaître leurs peuples en même temps que leurs environnements économiques et sociaux.
J'en veux pour preuve les différentes visites effectuées au cours de ces vingt ans en Côte d'Ivoire par le Président Yang SHANGKUN et en Chine par les Présidents Henri KONAN BEDIE et Laurent GBAGBO et les membres de leurs gouvernements respectifs, visites qui ont permis à ces différents Chefs d'Etat et Ministres de toucher du doigt les réalités ivoiriennes et chinoises tant sur le plan économique, culturel que social. Ces visites s'inscrivent dans la volonté de nos deux pays et de nos hauts responsables de se connaître pour mieux s'apprécier.
Il convient également d'y ajouter les nombreux échanges de visites d'élus (Députés, Maires) et de hauts fonctionnaires qui ont concouru au renforcement de la connaissance mutuelle.
Je dois avouer que les effets que nous escomptons de tous ces échanges n'ont pas manqué de se concrétiser.
En témoignent Ia construction en cours, par la Chine, de la Maison des Députés à Yamoussoukro, les différents dons faits par votre pays au Ministère des Affaires Etrangères et à l'Administration ivoirienne en général, de même que votre soutien aux Mairies de Côte d'Ivoire, pour leur permettre de s'acquitter, avec le maximum d'efficacité, des différentes tâches qui leur sont dévolues.
En témoigne également la solidarité particulièrement agissante dont votre pays fait preuve depuis l'éclatement de la grave crise politique que vit la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002, et qui a vu la Chine faire bénéficier les populations déplacées de sa générosité exemplaire comme un baume à leurs meurtrissures.
En effet, au moment où cette crise politique sans commune mesure a essayé de briser Ia Côte d'Ivoire dans ses espérances les plus légitimes et que les ressources financières de notre pays ont dû être réorientées vers des objectifs prioritaires du moment, Ia Chine, par des dons de toutes natures, a su donner de l'espérance aux désespérés fuyant les zones de conflit.
Soyez en tout cas assurée que la grave crise politique actuelle, nous conforte dans notre conviction concernant la nécessité de resserrer davantage les liens d'amitié sincère et de coopération fructueuse, existant si heureusement entre nos deux pays et nos deux peuples.
Le Gouvernement ivoirien oeuvrera inlassablement à la consolidation et à la promotion des liens d'amitié et de coopération avec la Chine.
Tout en renouvelant la confiance des dirigeants ivoiriens au Gouvernement chinois pour Ia part qu'il continuera de prendre dans l'œuvre de renforcement de notre coopération, je vous prie de transmettre à vos autorités mes vœux de bonheur pour elles-mêmes ainsi que de prospérité continue pour le peuple chinois ami.
Excellence Madame l'Ambassadeur,
Je voudrais saluer une fois encore le travail remarquable que vous avez réalisé ici, tel, selon l'expression d'Audiberti, un tâcheron énorme, un veilleur de nuit présent sur tous les fronts de la générosité, de l'humanisme.
Vous pouvez être fière du travail accompli et des résultats obtenus.
Vous faites selon les mots de Victor Hugo « votre métier de flambeau ».
Pour célébrer l'amitié et la coopération ivoiro-chinoise auxquelles je souhaite un joyeux anniversaire, je vous invite à lever vos verres.
Je vous remercie.