Conférence Internationale de Réconciliation, de Dialogue et de Paix pour la Côte d'Ivoire à CRANS-MONTANA (SUISSE), du 16 au 20 octobre 2003.
29 Octobre 2003 Une Conférence Internationale de Réconciliation, de Dialogue et de Paix pour la Côte d'Ivoire, à l'initiative conjointe de l'Institut Robert SCHUMAN pour l'Europe (I.R.S.E.) et du Ministère Ivoirien de la Réconciliation, a eu lieu du 16 au 20 octobre 2003, à CRANS MONTANA en Suisse.
Cette Conférence a eu pour but de créer un cadre de concertation et de réflexion entre les parties en conflit. Il s'agit pour l'Institut Robert SCHUMAN pour l'Europe, d'apporter sa contribution à la recherche de solutions à la crise ivoirienne. Creuset de réflexions et fer de lance de débats d'idées, l'Institut s'exprime à travers des conférences et des représentations diverses, en suscitant et en créant des lieux de rencontres internationales, de dialogue, de recherche par des colloques, séminaires ou des symposiums.
L'une des finalités de l'Institut est d'actionner chez les Européens, par la pensée et l'action, le sens de leurs responsabilités pour remplacer, dans le monde entier, des rapports de force de toute nature par la recherche en commun de la justice pour chacun et pour tous ainsi que la mise en œuvre de celle-ci, grâce à des Institutions habilitées à prendre des décisions.
C'est à cet égard que la Conférence Internationale de Réconciliation, de Dialogue et de Paix pour la Côte d'Ivoire, a été organisée autour des thèmes suivants :
- "Le Dialogue interreligieux et interculturel : chemin d'espérance pour la Paix";
- "Les clés du changement et de la communication dans un univers complexe";
- "La situation socio-politique générale de la Côte d'Ivoire";
- "Paix, la Démocratie et l'Etat de Droit et dimensions de la Médiation";
- "Situation en Côte d'Ivoire et sa place en Afrique et dans le concert des Nations":
- "La coopération internationale, élément essentiel de la paix et de la démocratie - Développement durable et justice sociale";
- "Le Dialogue interculturel et interreligieux est-il essentiel à une culture de Paix?";
- "Dimension politique des Droits de l'Homme : bien universel ou fruit de la culture occidentale?"
- Quel avenir pour la Côte d'Ivoire et quelle solidarité des autres Nations?"
La motion et le communiqué de presse ci-dessous, ont sanctionné les travaux.
MOTION
A l'initiative conjointe de l'Institut Robert SCHUMAN pour l'Europe (IRSE), ONG dotée du statut consultatif auprès du Conseil de l'Europe, et du Ministère ivoirien de la Réconciliation Nationale, s'est tenue, du 16 au 20 octobre 2003, à Crans Montana, dans le Canton du Valais, en Suisse, une Conférence internationale de réconciliation, de dialogue et de paix pour la Côte d'Ivoire.
Cette rencontre a vu la participation d'une délégation ivoirienne comprenant des représentants de l'Assemblée Nationale, du Ministère de la Réconciliation Nationale, des religions (catholique, méthodiste, musulman), des partis politiques (FPI, PDCI, RDR, UDPCI), des membres du Cabinet du Président de la République et des Ambassadeurs de Côte d'ivoire en France, à Berne et à Genève.
Les responsables de l'IRSE ont invité des personnes ressources compétentes en matière de médiation pour la paix et des relations internationales. Les participants ont regretté l'absence de mouvements et autorités de Côte d'Ivoire invités qui n'ont pu participer à la rencontre.
La rencontre a permis aux membres de la délégation ivoirienne d'une part de réitérer leur attachement à la paix par le dialogue et la réconciliation, à la démocratie et aux droits de la personne humaine et aux membres de la délégation européenne d'autre part de mieux saisir les enjeux de la crise ivoirienne.
Entièrement satisfaits du déroulement des travaux, les participants expriment leurs sincères remerciements à l'IRSE ainsi qu'aux autorités locales de Crans Montana et du Valais pour la qualité de l'accueil et des conditions de travail.
Ils sollicitent l'appui de l'IRSE au Ministère ivoirien de la Réconciliation Nationale :
1) - dans la conduite de ses activités sur le terrain en direction des organisations politiques et de la société civile,
2) - dans l'organisation d'une rencontre internationale de réconciliation, de dialogue et de paix pour la Côte d'Ivoire en 2004 à Abidjan.
En ce qui concerne la rencontre d'Abidjan, les participants décident de mettre sur pied un Comité d'organisation sous la co-responsabilité de l'IRSE et du Ministère Ivoirien de la Réconciliation Nationale. Ce Comité aura pour mission la préparation de la rencontre d'Abidjan en assurant notamment la sensibilisation en Côte d'Ivoire auprès des parties concernées et en Europe auprès du Conseil de l'Europe et de l'Union Européenne pour le succès du processus de paix et de réconciliation nationale en cours en Côte d'Ivoire.
Par ailleurs, compte tenu de l'impact maintes fois souligné au cours de la rencontre de la crise ivoirienne sur l'économie nationale et les relations de la Côte d'ivoire avec les pays de l'Afrique de l'ouest, les participants ont demandé à I'IRSE d'apporter son appui à la tenue d'un symposium économique, social et culturel international en Côte d'Ivoire.
Fait à Crans Montana, le 19 octobre 2003
COMMUNIQUE DE PRESSE
CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE RÉCONCILIATION, DE DIALOGUE ET DE PAIX POUR LA CÔTE D'IVOIRE
A CRANS MONTANA (VALAIS-SUISSE)
DU JEUDI 16 AU LUNDI 20 OCTOBRE 2003
Des représentants de haut niveau de la société politique, culturelle et religieuse de Côte d'ivoire se sont retrouvés, du 16 au 20 octobre 2003, à Crans Montana, en Suisse, à l'invitation de l'Institut Robert SCHUMAN pour l'Europe (IRSE), Participaient également à cette rencontre des "personnes-ressources" européennes invitées par l'IRSE.
Cette rencontre avait pour objectif essentiel d'entrer dans une réflexion fondamentale sur les trois dimensions "réconciliation - dialogue - paix" pour en mesurer l'essence, le mouvement intérieur et découvrir, voire redécouvrir, ce qui mobilise le cœur et la raison de l'action de chacun.
Cette Conférence a permis l'essor de regards supplémentaires éclairés par un dialogue approfondi destiné à encourager le processus de réconciliation nationale qui, malheureusement, demeure confronté à des difficultés de toutes sortes.
Elle a donné l'occasion à chaque participant ivoirien de présenter son point de vue sur la situation socio-politique de la Côte d'ivoire et s'est déroulée dans une ambiance très conviviale marquée par des journées d'échanges intenses et fructueux.
Elle a également permis à plusieurs orateurs de la Délégation européenne, extérieurs au conflit, de faire part de leurs réflexions et de leurs expériences en matière de dialogue et de médiation et de s'exprimer sur la dimension de la paix exigeant la justice et le pardon.
Cette rencontre de Crans Montana, qui a conclu ses travaux par une motion, aura incontestablement favorisé une amélioration de la compréhension mutuelle ivoirienne dans un climat de confiance et de loyauté, en ouvrant ainsi de nouveaux chemins de dialogue et de réconciliation à promouvoir et à mettre en œuvre; ce qui permet d'espérer en une relance du processus de réconciliation nationale amorcée en Côte d'ivoire.
La Conférence Internationale de Réconciliation, de Dialogue et de Paix de Crans Montana pour la Côte d'ivoire a largement comblé les espoirs de ses organisateurs, lesquels se sont engagés à rester en contact avec les différentes parties en conflit pour apporter leur soutien au cas où le besoin d'un nouveau dialogue informe[ se ferait sentir.
Institut Robert SCHUMAN pour l'Europe
Monsieur BAMBA Mamadou, Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères à la 58ème Assemblée Générale de l'ONU :
8 Octobre 2003 "L'Accord de Linas-Marcoussis est l'unique solution de sortie de la crise ivoirienne".
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs,
C’est un grand honneur pour moi de vous transmettre les salutations du peuple de Côte d’Ivoire, du Président de la République, S.E.M. Laurent Gbagbo, du Premier ministre, S.E.M. Seydou Elimane Diarra et du gouvernement ivoirien à l’occasion de la 58ème Assemblée générale des Nations Unies.
Monsieur le Président,
La délégation ivoirienne est heureuse de vous adresser ses chaleureuses félicitions, ainsi que ses vœux les plus ardents de réussite dans la conduite de la haute et importante mission qui vous a été assignée par tous les Etats Membres de notre Organisation.
Votre élection est le témoignage de la reconnaissance, par la communauté internationale, du dynamisme de la diplomatie de la République de Saint Lucie, votre très beau pays, en faveur des idéaux de l’Organisation des Nations Unies, et un bel hommage à vos éminentes qualités de diplomate.
Elle est également l’illustration de ce qu’aux Nations Unies tous les pays sont traités sur un pied d’égalité. Je voudrais m’en féliciter, et vous assurer de la coopération de ma délégation. Par ailleurs, il me plaît d’exprimer la gratitude de la délégation ivoirienne à S.E.M. Jan Kavan, votre prédécesseur, pour la compétence, et la maîtrise avec lesquelles il a conduit les travaux de la 57ème Session. Je voudrais saisir l’occasion pour renouveler au Secrétaire général, aux Nations Unies et aux familles éplorées, les sincères condoléances du peuple ivoirien pour le décès tragique de son Représentant spécial en Irak, M. Sergio Vieira de Mello, celui des autres cadres des Nations Unies, sans oublier toutes les autres personnes tombées ou blessées sur le champ de bataille pour la paix et la justice.
Cette occasion me permet également de réitérer la gratitude du peuple et du gouvernement de Côte d’Ivoire au Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, qui œuvre inlassablement pour la paix dans le monde et en Afrique, et ne ménage aucun effort pour apporter son soutien personnel et celui de l’Organisation à la restauration de la paix en Côte d’Ivoire.
Monsieur le Président,
La Côte d’Ivoire, jadis modèle de stabilité et havre de paix jouissant d’une relative prospérité économique, connaît depuis près d’une décennie, une crise latente qui a abouti au coup d’Etat du 24 décembre 1999, et le 19 septembre 2002, à une autre tentative de coup d’Etat, qui, cette fois, s’est transformée rapidement en rébellion armée appuyée par des éléments extérieurs, avec pour objectif la remise en cause des institutions républicaines et du gouvernement démocratiquement élu. Cette crise cause un énorme préjudice à la population ivoirienne et à tous ceux qui ont choisi de vivre en Côte d’Ivoire et d’y mener librement leurs activités.
A l’initiative de la France, une table ronde a réuni les différentes forces politiques ivoiriennes, qui a débouché sur ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’Accord de Linas Marcoussis. Cet Accord auquel les Nations Unies ont conféré une reconnaissance internationale formelle par la résolution 1464 du Conseil de sécurité, après l’onction des Chefs d’Etat et dirigeants d’Institutions internationales réunis au centre de conférence Kléber, à Paris, prévoit, entre autres, la formation d’un gouvernement de réconciliation nationale, dirigé par un Premier ministre de consensus doté de prérogatives de l’exécutif nécessaires à la mise en œuvre dudit accord.
Le gouvernement de réconciliation nationale, formé le 13 mars 2003, a réalisé des progrès importants, au nombre desquels la signature, le 3 mai 2003, d’un accord de cessez-le-feu intégral entre les Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) et les Forces nouvelles (ex-rébellion armée), la mise en place du programme national consensuel du désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR), la normalisation des relations entre la Côte d’Ivoire et les pays voisins, avec notamment la réouverture de la voie ferrée Abidjan-Ouagadougou, la déclaration conjointe de fin de guerre, le 4 juillet par les deux parties et surtout le vote de la loi d’amnistie, le 6 août 2003. Il est à noter que cette loi n’amnistie pas les crimes et délits de droit commun, notamment les crimes concernant les violations des droits de l’homme qui doivent être élucidées.
Monsieur le Président,
S’agissant notamment de la question des droits de l’homme, en dépit de la dure crise qu’elle traverse, la Côte d’Ivoire n’a jamais cessé de mettre au centre de ses préoccupations, le respect de la personne humaine, comme du reste, elle n’a pas interrompu, malgré l’amenuisement de ses capacités financières, sa politique originale d’accueil des réfugiés dont le nombre s’est aggravé avec la crise au Liberia voisin; ce qui nécessite un soutien financier plus accru de la Communauté internationale pour le partage de cette lourde charge; mon pays, Monsieur le Président, devant simultanément assurer le rapatriement de ses nombreux ressortissants réfugiés dans certains pays voisins.
Monsieur le Président,
Il me plaît ici de mentionner que la Côte d’Ivoire a ratifié tous les instruments pertinents relatifs à la protection et à la promotion des droits de l’homme et créé depuis le 5 août 2002, avant même la survenance de la crise, un ministère exclusivement consacré aux droits de l’homme,; en outre, eu égard aux violations massives des droits de l’homme, la Côte d’Ivoire a formellement dès le 5 novembre 2002, sollicité l’envoi d’une mission impartiale d’enquête des Nations Unies pour constater ces violations sur l’entièreté de son territoire, ceci, afin de lutter contre l’impunité.
Monsieur le Président,
Ainsi, après avoir concomitamment saisi dans cette même perspective la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples dont une première mission d’évaluation de haut niveau a déjà visité la Côte d’Ivoire au mois d’avril 2003, après celle des Nations Unies diligentée par son Secrétaire général à la demande du Président de la République, la Côte d’Ivoire, pour apporter la preuve de sa totale coopération avec les différents mécanismes de la commission des droits de l’homme, s’est empressée de réserver une suite favorable, avec propositions de dates, aux demandes de visites formulées :
- Par le rapporteur spécial du Secrétaire général des Nations Unies chargé des personnes déplacées;
- Et par les rapporteurs spéciaux de la commission des droits de l’homme chargés :
- Des formes contemporaines de racisme, de xénophobie et de l’intolérance qui y sont associées;
- De la liberté d’opinion;
- Des migrants;
Et du mercenariat récemment.
Monsieur le Président,
L’impossibilité temporaire pour notre Administration et pour les Rapporteurs spéciaux de se rendre sur l’entièreté du territoire pour vérifier les faits, ajoutée aux appels de détresse des populations de ces zones, interpellent la Communauté internationale dont je tiens à saluer à sa juste valeur le ferme engagement et les efforts immenses déployés pour sortir la Côte d’Ivoire de cette crise.
Monsieur le Président,
Pour en revenir aux progrès enregistrés sur le chemin de la paix, après de longues et difficiles négociations, il est heureux de noter les nominations, le 12 septembre 2003, des ministres de la Défense et de la Sécurité, ce qui ouvre désormais la voie à la mise en œuvre du programme national de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) établi par le gouvernement de réconciliation nationale.
A cet effet, un comité de désarmement et un autre chargé de la réunification ont été mis en place. Pour tous ces faits, le gouvernement entend marquer sa détermination à œuvrer pour le retour de la paix.
Cependant, en dépit de tous ces résultats encourageants, force est de reconnaître que le chemin de la paix continue d’être semé d’embûches. Les difficultés actuelles prouvent que le processus de paix et de réconciliation nationale reste fragile.
Toutefois, le dialogue inter-ivoirien se poursuit et toutes les forces reconnaissent que l’Accord de Linas-Marcoussis est l’unique solution de sortie de la crise ivoirienne.
A cette fin, la Côte d’Ivoire se félicite du ferme engagement américain au Liberia, en appui aux efforts de la CEDEAO, à l’effet d’aider ce pays frère à exorciser les démons de le guerre et de la division. Pour ce faire, en Côte d’Ivoire, comme au Liberia, le programme DDR reste capital.
En effet, le gouvernement attache une particulière importance à ce programme DDR qui, en rétablissant la sécurité et en restaurant l’intégrité territoriale, permettra à la Côte d’Ivoire d’organiser en 2005, des élections transparentes et justes, sous contrôle international.
Je voudrais profiter de cette tribune pour remercier, une fois encore, au nom du gouvernement ivoirien, la communauté internationale, et plus spécialement les Chefs d’Etat des pays de la CEDEAO, le Président et le gouvernement français pour leur inlassable soutien à l’effort de paix en Côte d’Ivoire.
Monsieur le Président,
La Côte d’Ivoire reste préoccupée par la situation internationale et les problèmes qui la caractérisent, au nombre desquels, les pandémies de l’heure (VIH/SIDA, paludisme, tuberculose), les conflits armés, le désarmement, le terrorisme et le développement humain intégral.
En effet, nous observons que, si le VIH/SIDA affecte 20 millions de personnes en Afrique, soit les deux tiers des malades de la planète, le paludisme a toujours, sur le taux de mortalité de ce continent, une incidence au moins égale. Et, comble de malheur, la tuberculose y fait preuve d’un inquiétant regain de vitalité !
La mise en place du Fonds mondial de lutte des Nations Unies contre ces trois pandémies, d’un montant de 10,4 millions de dollars américains, constitue donc un réel motif de réconfort et d’espoir pour les populations affectées, particulièrement celles des pays du Tiers-monde. Il reste cependant à souhaiter que ce Fonds soit davantage doté, qu’il soit rapidement opérationnel et d’accès plus facile pour les pays déjà durement affectés par ces fléaux et qui, ironie du sort, sont aussi le théâtre privilégié des conflits armés.
Il est paradoxal de constater que ces conflits gagnent en nombre, en fréquence et en intensité, notamment en Afrique, à mesure que se renforcent, se diversifient et s’affinent les modes et modalités de leur règlement par l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales.
La Côte d’Ivoire félicite donc notre Organisation et son dévoué Secrétaire général ainsi que les pays et organisations régionales pour les résultats déjà acquis en Sierra Leone, en Guinée-Bissau, en Côte d’Ivoire, au Liberia et dans la région des Grands Lacs, pour ne citer que les cas les plus récents. Elle encourage toutes les parties concernées à persévérer dans l’effort de rétablissement puis de consolidation de la paix dans toutes ces zones meurtries par les guerres. Concernant la situation en Irak en Afghanistan, mon pays souhaite un retour rapide à la paix et à la sécurité afin de permettre à leurs peuples respectifs qui ont beaucoup souffert au cours de cette dernière décennie de consacrer leurs efforts au progrès économique et social.
Au Moyen-Orient, la Côte d’Ivoire appelle à la modération de part et d’autre et au respect de la feuille de route qui constitue la voie au retour de la paix dans cette partie du monde.
En tout état de cause, le droit doit toujours prendre le pas sur la violence, et le dialogue, sous l’égide de la communauté internationale doit toujours être privilégié comme instrument de règlement de tous les différends.
Monsieur le Président,
Les conflits sont, entre autres, le fait de bandes armées, de désœuvrés, de laissés pour compte et déserteurs qui alimentent le marché florissant du mercenariat dans l’Afrique en général et dans notre sous-région en particulier. Le mercenariat, ajouté à la prolifération et au trafic illicite des armes légères, constituent une menace dangereuse pour la paix, et la stabilité de nos pays. Ces fléaux nécessitent une attention spéciale de la communauté internationale tout aussi bien que le terrorisme qui, hélas, continue de faire des victimes.
Notre Assemblée se doit de prendre des mesures concrètes dans la lutte contre ces facteurs déstabilisants dans le monde et particulièrement en Afrique.
La mise en œuvre du programme d’action de la conférence des Nations Unies sur le commerce illicite et la prolifération des armes légères, programme d’action dont l’évaluation en juillet dernier laisse apparaître une prise de conscience universelle du danger de la prolifération et la nécessité de mener des actions coordonnées pour l’éradiquer, constituerait une importante avancée si l’on y met la bonne volonté. Les mesures prises sur le plan région et sous-régional, notamment le Moratoire de la CEDEAO et l’assistance apportée par le PCASED et d’autres structures sont des éléments allant dans la bonne direction. De même, notre Assemblée devrait activer et dynamiser les conventions régionales et internationales, et encourager l’harmonisation des législations pour combattre efficacement le phénomène du mercenariat.
La Côte d’Ivoire adhère au projet d’élaboration et de mise en place, dans le cadre de la CEDEAO, d’un plan général de stabilisation dans la sous-région qui contribuera, j’en suis persuadé, au retour de la paix et de la stabilité durable en Afrique de l’Ouest.
L’action préventive doit être également menée sur plusieurs plans :
* Au plan politique et diplomatique : la diplomatie préventive devrait davantage retenir l’attention de la communauté internationale, car il est important de prévenir, par un système d’alerte rapide, le déclenchement des conflits.
* Au plan économique et social : la lutte contre la pauvreté devrait se poursuivre, notamment par l’insertion des désœuvrés et d’autres marginalisés dans les structures économiques.
* Au plan culturel : l’éducation pour la paix, la multiplication des échanges sportifs et culturels, les rencontres entre les groupes de femmes, de jeunes au niveau de chaque Etat et entre les différents pays pourraient favoriser la tolérance et la compréhension mutuelle entre les peuples, dans le cadre d’un dialogue bien compris entre les civilisations.
Monsieur le Président,
La mondialisation de l’économie peut constituer un facteur de progrès en favorisant la compétitivité qui met sur le marché les meilleurs produits à des prix plus concurrentiels. Cette mondialisation peut, hélas, être également un frein au développement des pays pauvres qui subissent les fluctuations des prix de leurs produits sur le marché international et qui de plus, doivent faire face à une concurrence déloyale imposée par les Etats qui subventionnent leurs produits à l’exportation.
Avec ses résultats mitigés, la conférence ministérielle de l’OMC qui vient de se tenir à Cancun a permis de mesurer l’ampleur des conséquences dommageables sur les paysans africains, des subventions apportées aux producteurs du nord. En faussant les règles de la libre concurrence, les pays industrialisés font prospérer les producteurs les plus nantis tout en appauvrissant notre conscience davantage ceux qui luttent pour leur survie. Cette situation urgente doit interpeller notre conscience afin que nous trouvions ensemble, les voies et moyens de corriger une telle injustice.
Il est également urgent d’entreprendre des actions visant à stabiliser les prix des produits de base à un taux rémunérateur.
Pour que les pays démunis sortent du cercle vicieux de la pauvreté, il faut associer à la juste rétribution du travail de leurs paysans, l’accroissement de l’Aide publique au développement qui devrait atteindre le 0,7% du PNB des pays industrialisés, et la remise de la dette.
Saisissons l’occasion qui nous est offerte par la présente session pour réfléchir ensemble sur les moyens de renforcer la coopération Nord-Sud dans le cadre du Nouveau partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD).
Dans le cadre de la coopération Sud-Sud, les pays les plus avancés devraient envisager d’accroître les échanges et le transfert de technologies en faveur des plus défavorisés d’entre eux afin de soutenir les efforts de ces derniers.
Monsieur le Président,
Le suivi coordonné des résultats des grandes conférences internationales placées sous l’égide des Nations Unies fait l’objet de nos préoccupations. La lutte contre la pauvreté ne peut être gagnée que si les recommandations adoptées dans le cadre de ces sommets sont mises en œuvre.
Il n’est pas utile de multiplier les cadres de réflexion si les conclusions relatives au financement du développement ou au transfert de technologie, notamment, ne peuvent pas être mises en œuvre et exploitées sur le terrain, dans un nouvel esprit de solidarité vraie.
Mon pays, la Côte d’Ivoire, appelle de tous ses vœux, l’avènement de ce nouvel esprit de solidarité que commandent la mondialisation et l’interdépendance de nos Etats tout comme elle adhère au projet de réforme de Nations unies pour plus de démocratie et d’efficience.
Puisse la sagesse habiter chacun de nous afin que nos ressources et notre intelligence soient mises au service de l’édification d’un monde meilleur où règnent la paix, la solidarité et la justice, un monde reflétant les idéaux de la Charte des Nations Unies.
Je vous remercie.
Paru dans FRATERNITE-MATIN du 08 octobre 2003.
Message de Son Excellence Monsieur BAMBA Mamadou, Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères.
6 Octobre 2003 A Abidjan, le 19 septembre 2003, à l'occasion de la Journée Internationale de la Paix.
Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général de l'ONU pour la Côte d'Ivoire,
Excellences Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes,
Voici un an, jour pour jour, que la Côte d'Ivoire se réveillait dans la stupeur et la consternation au bruit des tirs de mortiers et de canons. C'était la guerre.
Nous avons connu une année de souffrance et de désolation avec des morts qui se comptaient par milliers, un million de déplacés, 400.000 réfugiés dans les pays voisins sans compter la destruction des infrastructures économiques et sociales.
Un an après, nous voici réunis pour célébrer la Journée Internationale de la Paix décrétée par l'ONU le 7 septembre 2001, pour permettre à tous les peuples du monde de marquer un temps d'arrêt pour apprécier leurs efforts en vue de promouvoir la paix.
Cette célébration revêt pour nous une importance capitale car elle nous permet, au jour anniversaire du déclenchement de la crise militaro politique, de mesurer le chemin parcouru et d'envisager, avec optimisme et lucidité, les étapes qui restent à franchir pour restaurer définitivement la paix dans notre pays.
Je ne voudrais pas ici rappeler les détails du long chemin parcouru depuis le cessez le feu à Bouaké, les différentes médiations à Accra, Bamako, Lomé, Dakar pour conclure à Linas Marcoussis et Kléber où les forces politiques ivoiriennes ont trouvé un terrain d'entente, le 24 janvier 2003, pour sortir leur pays de la crise.
Avec la nomination de l'Ambassadeur Seydou Elimane DIARRA comme Premier Ministre de consensus et la constitution du Gouvernement de réconciliation nationale qui vient tout juste d'être complété, le processus de paix et de retour à la normalité suit son cours de façon inéluctable, car l'ivoirien est de nature pacifique et refuse de s'installer dans l'instabilité chronique.
Aussi, en cette Journée Internationale de la Paix, sommes nous heureux de nous joindre aux peuples épris de paix à travers le monde, pour exprimer notre profond désir de voir la paix restaurée dans les régions en conflit afin que les gouvernements puissent consacrer leurs ressources, l'énergie et l'intelligence des citoyens à l'avènement d'un monde de prospérité et de bonheur partagé.
Néanmoins, l'occasion nous est donnée de partager quelques réflexions sur notre action en faveur de la paix:
- Comme le disait le Président Félix Houphouêt Boigny, la paix est d'abord un comportement. Cela implique que la paix imprègne quotidiennement nos actes, notre attitude, nos déclarations. Que chaque Ivoirien et Ivoirienne, grand ou petit, responsable ou simple citoyen, s'examine pour voir s'il a contribué à la paix dans notre pays depuis le déclenchement de la crise. Si ce n'est pas le cas, il est temps de changer d'attitude pour créer un climat favorable à la paix dans notre pays.
- La Paix est aussi considérée comme un état d'esprit, l'état de notre cœur. Comme dit le message de l'UNESCO, “ la guerre prend naissance dans le cœur des hommes et c'est dans le cœur des hommes qu'il faut inculquer la paix ”.
Cela suppose une éducation pour la paix, une culture de la paix depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte.
La campagne lancée par l'UNESCO vise à changer les réflexes belliqueux par la promotion de la tolérance, la charité, et l'acceptation de la différence raciale, religieuse et ethnique ainsi que la compréhension mutuelle.
La Côte d'Ivoire, qui a inscrit au programme scolaire l'éducation pour la paix dès la prochaine rentrée, entend faire siennes les stratégies de l'UNESCO consistant à :
- inculquer, à nos enfants et à nos jeunes, un esprit d'ouverture et de compréhension à l'égard des autres peuples, de la diversité de leurs cultures et de leurs histoires, et de l'humanité profonde qu'ils ont en commun avec nous;
- enseigner combien il est important de refuser la violence et d'adopter des moyens pacifiques pour résoudre les différends et les conflits;
- forger, dans les générations à venir, des sentiments d'altruisme, d'ouverture et de respect d'autrui, de solidarité et de partage fondés sur une confiance en leur identité et sur une capacité à reconnaître les multiples aspects de la personne humaine dans des contextes culturels et sociaux différents.
La paix est indissociable du développement économique et social durable.
La faim et la pauvreté sont le terreau fertile de l'instabilité sociale et politique. Une société, qui produit des marginaux, des laissés pour compte, des désoeuvrés, est une société menacée. Promouvoir le développement économique et social de toutes les couches de la société sans exclusive est capital pour préserver la paix.
Enfin, la paix est un choix politique. Il faut bâtir les fondements d'une nation sur la démocratie, la bonne gouvernance, les élections libres et transparentes, le respect des droits de l'homme, l'équité et la justice pour sauvegarder la paix.
Le dialogue et la négociation pour une solution pacifique des différends en lieu et place de la guerre, s'impose pour qui respecte la vie humaine et aspire à la paix.
Je ne voudrais conclure mon propos sans exprimer les remerciements du peuple et du Gouvernement ivoiriens à Monsieur Kofi ANNAN, Secrétaire Général de l'ONU, qui a bien voulu adresser au peuple ivoirien, un message spécial à l'occasion de la Journée Internationale de la Paix.
Je vous prie, Monsieur le Représentant Spécial, de l'assurer de notre engagement et de notre détermination à appliquer scrupuleusement les résolutions 1464 et 1479 du Conseil de Sécurité pour mener à bien le processus de paix.
Certes, la voie est semée d'embûches mais avec patience et persévérance, nous rebâtirons la nation ivoirienne sur un socle solide, celui de la paix, de la justice, de la tolérance et la fraternité vraie.
Je vous remercie.
"J'ai ôté les saletés de mon coeur".
1 Octobre 2003 Roger BANCHI (MPIGO) casse la baraque dans FRATERNITÉ-MATIN :
J'ai ôté les saletés de mon coeur".
(Article paru dans NOTRE VOIE du 30 septembre 2003)
Notre confrère “Frat-Mat” a réalisé une importante interview, hier, avec Roger Banchi. Dans l’entretien, le rebelle du MPIGO devenu ministre des Petites et Moyennes entreprises crache des vérités insoupçonnables sur la rébellion ivoirienne et sur le président Gbagbo. Des aveux et (presque) de la repentance dont nous proposons, ci-dessous, en cette période de réconciliation nationale, des morceaux choisis. A lire.
Radiation du MPIGO et du gouvernement
“…Rassurez-vous, le représentant du MPIGO au sein du gouvernement de réconciliation nationale, du conseil national de sécurité, lui signataire des accords de Linas-Marcoussis et d'Accra II qui fondent notre présence au sein du gouvernement, ne peut être démis par quelques farfelus rassemblés dans la précipitation pour matérialiser les rêves de certains à Bouaké”.
Ma présence dans la rébellion
“Presque tous ceux comme moi qui ont milité dans la mouvance du Premier ministre Alassane Ouattara pendant des années qui nous ont conduits à octobre 2000, peuvent répondre à cette question. C'est ça qui nous a amenés là. Pourtant, je tiens à le dire sincèrement et clairement. Depuis le 1er janvier 2001, j'ai fait le serment de ne plus idolâtrer un leader politique comme je l'avais fait. Seul le Seigneur est digne de louanges. Ce n'est pas pour ADO ni pour aucun autre leader que je me suis engagé dans cette voie. Et je parle pour moi. Si vous voulez comprendre, pensez à un engrenage… Les éléments d'analyse que nous avions à cette époque, la frustration aidant, nous faisaient désigner Laurent Gbagbo et son régime comme la source de tous les problèmes de la rancoeur aveugle, on prend de la hauteur et son jugement avec. Laurent Gbagbo n'est pas plus responsable de ce qui nous arrive que Bédié, Ouattara et feu le général Guéi. Pardonnons-nous tous. J'ai tout pardonné au président de la République, à Laurent Gbagbo. J'arrive même à avoir de l'affection sincère pour lui”.
Et le désarmement
“Je voudrais préciser qu'à mon niveau, la notion de territoire sous contrôle me dérange aujourd'hui. Nous faisons partie d'un gouvernement. Et on devrait être en ce moment au stade de la libre circulation des biens et des personnes. C'est mon point de vue. Je suis particulièrement dérangé par le fait qu'il y ait encore des Forces nouvelles et des zones sous contrôle gouvernemental. Faisant partie du gouvernement ivoirien, nous n'avons plus à contrôler de territoire. Il n'y a plus de territoire MPIGO, de territoire MJP, de territoire MPCI. Il y a la Côte d'Ivoire que nous voulons réunifiée. C'est tout. Le schéma politique actuel n'autorise rien d'autre qu'une réunification immédiate du territoire ivoirien. Depuis la déclaration du 4 juillet, les Forces nouvelles sont dans une situation étrange. On ne peut pas avoir déclaré ce qu'on a dit le 4 juillet et continuer à parler de zone sous contrôle”.
La déclaration de fin de guerre
“Le 4 juillet, beaucoup de choses ont été dites dont la subordination des Forces nouvelles au chef de l'Etat, chef suprême des armées. Dès lors, tous les chefs de guerre présents à Bouaké, à Man, Korhogo et autres sont subordonnés au chef des armées. Le colonel Bamba Sinima l'a déclaré clairement devant la nation. On ne l'a pas lynché à Bouaké. Cela veut dire que la base du MPCI a accepté ! Ou bien c'est la sorcellerie? Moi, je suis allergique à la mauvaise foi et à l'inconséquence”.
Gbagbo est notre patron
“Il faut comprendre une chose et c'est ce qu'on n'a jamais expliqué aux jeunes sur le terrain. Lorsque nous avons librement signé les accords de Linas-Marcoussis et d'Accra II, nous avons reconnu l'autorité du chef de l'Etat, du président Laurent Gbagbo. Nous sommes ministre. Il est le président de la République. C'est notre patron. Cela fait mal à entendre à certains à Bouaké ou à Korhogo, mais ça traduit la réalité des faits. Alors, on attend les Forces nouvelles, c'est-à-dire des gens qui ont la prétention de gouverner ce pays, d'agir avec maturité. Il n'y a pas d'autre conduite à tenir que celle-là”.
Gbagbo diabolisé pour rien
“Qu'on se le dise. Détester et diaboliser le président de la République n'est pas un travail. Ça ne donne pas de diplôme et ce n'est pas un fonds de commerce… signifiant. Je l'ai suffisamment fait et ça ne m'a rapporté que des ennuis et des vilains sentiments. Depuis que j'ai ôté ces saletés de mon coeur, je suis devenu bien plus lucide. Dieu n'offre pas l'esprit de discernement aux gens haineux. Je préconise la même thérapie à tous dans ce pays et particulièrement à certains de mes frères”.
Gbagbo, un cerveau politique
“Il n'est pas méchant, mais c'est un lutteur redoutable. Si tu le défies au combat, il va te cogner jusqu'ààààà (pour parler prosaïquement) et tu vas dire qu'il est méchant. Mais si tu entretiens des rapports cordiaux et non agressifs, il peut te le rendre très bien. C'est un cerveau politique de premier ordre, extrêmement intelligent et complexe. Il est facile de se tromper sur son compte et faire l'erreur monumentale de le sous-estimer. Erreur de gawa. Il faut être de très mauvaise foi pour ne pas reconnaître au président de la République sa maestria politique. Le dire, c'est juste reconnaître ce qui lui est dû. Je conseille à ses adversaires, moi, je n'en suis plus, de commencer à lui rendre le respect qu'il mérite pour les avoir, tous terrassés dans l'arène politique à ce jour, en tout cas. Et je le dis, je n'en suis plus parce que la pratique des arts martiaux m'a appris qu'il faut savoir jauger son adversaire et combattre dans sa catégorie. A méditer. Parmi mes collègues ministres issus des Forces nouvelles, il y a peut-être un peu d'hypocrisie. Guillaume Soro entretient de très bon rapports avec le chef de l'Etat”.
Pour que cesse l’hypocrisie
“Je ne sais pas ce que Soro Guillaume dit de ses rapports avec le chef de l'Etat en dehors du conseil des ministres. Mais pour ce qui m'est donné de voir, en tout cas, il existe des rapports tout à fait cordiaux entre le secrétaire général du MPCI et le chef de l'Etat. Il est vrai que beaucoup de nos ministres ont un discours acerbe dès qu'ils sortent du conseil des ministres, mais ils sont tous très respectueux du président de la République. Je n'ai donc pas le sentiment d'être particulièrement plus attaché au président de la République que les autres”.
René Amani et Martin Bléou, de bons choix
“Ce sont des choix de qualité auxquels j'ai adhéré. Leur performance au conseil des ministres m'a rassuré sur leur capacité à assumer efficacement leurs charges ; surtout que le ministre de la Défense (René Amani, ndlr) est un choix que les Forces nouvelles ont fait librement”.
Pourquoi je refuse de boycotter le gouvernement
“Dans la salle du conseil national de sécurité, les Forces nouvelles ont adhéré à la nomination des deux ministres. Pour le premier , le ministre de la Défense, c'était, comme je l'ai dit tantôt, notre choix. Après Bouaké, Soro Guillaume avait donné comme consigne le choix du ministre Amani. Pour le second (Martin Bléou Djézou, ministre de la Sécurité intérieure, ndlr), nous n'avons pas émis, en tout cas, un refus catégorique. Toute la salle a plus ou moins adhéré à l'argumentation du général Ouassénan Koné qui a dit qu'il est logique que le chef de l'Etat choisisse deux personnes parmi les quatre propositions qui lui ont été faites. Moi, je ne peux pas adhérer à une position au cours d'une réunion et me renier dès que j'en sors quelques minutes après. C'est la raison pour laquelle j'ai refusé d'obtempérer au mot d'ordre de boycott du conseil des ministres extraordinaire qui a eu lieu après”.
Une sélection de César Etou (Source : “Frat-Mat” n°11667, PP. 14, 15, 17)
Bienvenido, Banchi !
Dans une rébellion en état de déliquescence avancée, c’est désormais lui la vedette. Depuis le dernier conseil des ministres, il a ravi ce statut à un Soro Guillaume imbu de sa petite personne et qui n’a pas vu le vent tourné. Hier, dans les colonnes de “Fraternité-Matin”, Roger Banchi a fait, dans la première partie de l’interview qu’il a accordée à ce confrère, un vrai malheur. Chaque phrase qu’il lâche est un véritable obus pour ses camarades de la rébellion. “Rassurez-vous, le représentant du MPIGO au sein du gouvernement de réconciliation nationale, du conseil national de sécurité, signataire des accords de Linas-Marcoussis et d’Accra II qui fondent notre présence au sein du gouvernement, ne peut être démis par quelques farfelus rassemblés dans la précipitation pour matérialiser les rêves de certains à Bouaké”, entame-t-il. Puis, froidement, il reconnaît avoir été pris dans un engrenage. Par Alassane Dramane Ouattara. Intoxiqué comme tous ceux qui fréquentent le président du RDR, il reconnaît, aujourd’hui, qu’il s’est trompé sur le compte du président Laurent Gbagbo. Que lui et son camp ont commis “l’erreur monumentale, l’erreur de gawa” de diaboliser et de sous-estimer Gbagbo. Après six mois de contact avec le président de la République qu’il qualifie de cerveau politique de premier ordre, il a décidé de tourner la page de la rébellion. “Soro n’est pas notre chef. C’est un guide. Sa charge à lui, c’est de conduire la troupe et ceux qui lui font confiance vers des lendemains meilleurs, pas vers la mort et des lendemains funestes”. Et vlan !
Roger Banchi a décidé de répondre à l’appel de tous ceux qui invitent les rebelles à déposer les armes et à rentrer dans la République. Il lui a juste manqué le courage ultime pour la vivifiante repentance. mais, avouons-le, pour un début, c’est rassurant. Alors, Akwaba frère ! Bienvenido, Banchi ! Soit le bienvenu ! Ensemble, bâtissons notre nation.
César Etou et Guillaume T. Gbato